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jeudi 2 juin 2022

City of Lies de Brad Furman (2018) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

City of Lies est l'antépénultième long-métrage dans lequel apparaît jusqu'à ce jour l'acteur Johnny Deep, aux côtés de Forest Whitaker. Un duo solide pour un film qui a priori bénéficie d'un scénario qui ne l'est pas moins puisque le réalisateur Brad Furman se penche sur un fait divers ayant réellement eu lieu. En effet, le film se penche sur deux assassinats ayant eu lieu à six mois d'intervalle. Les victimes ne furent autres que deux des plus célèbres rappeurs américains répondant aux ''doux'' noms de Tupac Shakur (né Lesane Parish Crooks le 16 juin 1971 à New York et mort le 13 septembre 1996 à Las Vegas) et The Notorious B.I.G. (né Christopher George Latore Wallace le 21 mai 1972 lui aussi à New York et mort le 9 mars 1997 à Los Angeles). Alors que les deux hommes se lièrent d'amitié durant le courant de l'année 1994, celle-ci est consommée lorsque une rivalité va opposer les raps East Coast et West Coast, The Notorious B.I.G étant alors l'un des principaux représentants de la première tandis que Tupac Shakur faisait partie de la seconde. Écrit par le scénariste Christian Contreras sur la base du roman L.A.Byrinth de Randall Sullivan auquel le film empruntait à l'origine son titre, City of Lies se penche avant tout sur l'enquête menée par un détective du département de police de Los Angeles connu sous le nom de Russell Poole. Un flic qui mena tout d'abord une investigation au sujet d'un scandale au centre duquel était impliqués certains policiers de la Division Rampart du Département de la Police de Los Angeles (le fameux LAPD). Incarné par un Johnny Deep volontairement bedonnant et claudiquant, le réalisateur va adjoindre au personnage de Russell Poole un journaliste du nom de Darius Jackson. Lequel est interprété par Forest Whitaker...


Le titre du roman à l'origine du long-métrage aurait sans doute mieux collé à cette affaire qui d'un point de vue de la mise en scène se révèle effectivement labyrinthique. Car il semble s'agir moins pour le réalisateur Brad Furman de remonter la piste des assassins des deux stars du rap que de démontrer la corruption qui gangrène les autorités policières. En découle un récit nébuleux, formé autour de nombreux flash-back, et dans lequel peu d'individus en ressortiront grandis. Forest Whiterkar a beau conserver le charisme qu'on lui connaît depuis des décennies, on se demande parfois ce que son personnage de journaliste peut avoir de contributeur dans cette difficile et délicate affaire de meurtres et de corruption. Tout comme les personnalités que furent Tupac Shakur et The Notorious B.I.G qui elles, sont par contre presque totalement balayées du récit. City of Lies démarre d'ailleurs autour d'une affaire de meurtre qui a priori n'a aucun point commun avec ceux des deux rappeurs. Sachant que Tupac Shakur est déjà mort depuis six mois et que The Notorious B.I.G a perdu la vie quelques jours auparavant. L'ombre de Rodney King, cet homme d'origine afro-américaine devenu malheureusement célèbre pour avoir été la victime de brutalités policières de la part de quatre flics le 3 mars 1991 (menant à son tragique décès) plane littéralement sur l’œuvre de Brad Furman et auquel il fait régulièrement référence. On aurait sans doute aimé que le réalisateur pénètre un peu plus profondément dans l'univers du Rap ou dans les entrailles de la police. Mais n'est pas Oliver Stone (JFK) ou David Fincher (Zodiac) qui veut et City of Lies ne délivre qu'une enquête policière poussive, parfois compliquée à déchiffrer et dont le traitement d'un sujet au potentiel au demeurant fort passionnant est gâché par une mise en scène et une direction d'acteurs qui manquent de réelles ambitions...

 

samedi 21 mai 2022

Bloodsport, tous les coups sont permis de Newt Arnold (1988) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Je réalise combien ce que la démarche de se lancer dans un cycle consacré au réalisateur Jess Franco peut avoir de compliqué. Choix des longs-métrages parmi les deux-cents (et même un peu plus) qu'il réalisa durant sa carrière de réalisateur, scénariste, compositeur et acteur. Cela ne m'était pas arrivé depuis un certain temps mais l'overdose m'est tombée sur le coin de la gueule après seulement cinq d'entre eux. Non pas que je sois fleur bleue ou que l'érotisme me dérange au point de détourner le regard chaque fois qu'un sein ou une fesse se pointe devant l'objectif, mais lorsque le sexe prend le pas sur l'écriture afin de combler les vides scénaristiques, l'ennui et le désespoir s'installent, très rapidement accompagnés par une série d'inexplicables nausées. J'avais prévu de clore le sujet avec Sinfonia Erotica mais n'ai pu aller au terme de ce récit apparemment intéressant mais auquel j'ai mis un terme après seulement vingt-cinq minutes de projection. Tout ça pour aller faire un tout petit tour du côté de Jean-Claude Van Damme. En cette année 1988 où sorti sur nos écrans de cinéma un certain Bloodsport, tous les coups sont permis. Histoire de revenir dans un univers cinématographique moins piteux tout en prenant tout de même des gants. En évitant le changement radical (on ne contraint pas un héroïnomane à cesser immédiatement toute consommation de sa drogue préférée en lui conseillant plutôt de tenter la buprénorphine ou tout autre substitut de synthèse) et en évitant de créer une rupture trop brutale avec ce cinéma Z qui nous aura accaparé durant presque une semaine, il me semblait qu'un court voyage au pays de l'un des plus célèbres acteurs belges était une alternative plutôt saine. D'autant plus que parmi les nombreux films d'action et de combat interprétés par le bonhomme en question, celui-ci avait totalement échappé à ma vigilance...


On ne va tout d'abord pas s'emballer pour le scénario de Sheldon Lettich adapté à l'écran par lui-même ainsi que par Christopher Cosby et Mel Friedman puisque les spectateurs sont coutumiers du fait. En effet, entre les personnages incarnés par Jean-Claude Van Damme et les tournois de full contact, kickboxing et autres arts martiaux, c'est une passion qui ne cessera jamais vraiment de le poursuivre. Dans Kickboxer de Mark DiSalle, il tentera de vaincre le redoutable Tong Pô que son frère Eric affronta avant de se retrouver au tapis, la moelle épinière sectionnée. Dans Full Contact de Sheldon Lettich, le légionnaire Lyon Gaultier débarquera aux États-Unis afin de subvenir aux besoins de sa belle-sœur depuis que son frère a été assassiné par un gang de trafiquants de drogues. Là-bas, il affrontera divers adversaires dans des combats de rue organisés par une certaine Cynthia (l'actrice Deborah Rennard). Et la liste est longue. Dans le cas de Bloodsport, tous les coups sont permis, Jean-Claude Van Damme interprète le rôle du capitaine Frank Lux dont l'objectif est de participer au Kumite qui s'avère être un tournoi d'arts-martiaux clandestin se déroulant à Hong Kong. L'objectif de l'américain est non seulement de remporter le tournoi mais également de rendre hommage à son ami Senzo Tanaka dont le fils est récemment décédé. Si le scénario n'a rien de vraiment transcendant, on sait à l'époque pourquoi l'on se rend dans une salle de cinéma pour y découvrir le dernier Van Damme :


Pour y découvrir des combats, encore et toujours des combats. .Et cette malice qui passe dans le regard de celui que certains jugent de ringard quand d'autre l’idolâtrent déjà. Son succès, le film de Newt Arnold le doit d'autant plus à son principal interprète qu'à l'époque, Jean-Claude Van Damme propose de retourner plusieurs séquences. Oui, et alors qu'il devra patienter près de huit années pour passer lui-même derrière la caméra avec Le grand tournoi en 1996, le belge reprend certaines séquences de combats qu'il filme sous différents angles qui une fois remontées donnent un rythme éminemment plus soutenu qu'à l'origine. Alors que la cultissime Cannon envisage de sortir directement Bloodsport, tous les coups sont permis en vidéo, le film sort finalement sur grand écran. Une légende est née. Pas celle du film. Et encore moins celle de Franck Dux, cet obscur personnage, fondateur de sa propre école d'arts-martiaux (la Dux Ryu Ninjutsu), supposé mythomane et qui se serait inventé toute une série d'événements propres à sa vie personnelle qui auraient servi de matière première au récit du film. Non, on parle bien là de JCVD ! La première partie du long-métrage est plutôt convaincante. Surtout lorsqu'il s'agit de mettre scène le belge lors d'un entraînement que lui inculque son maître Senzo Tanaka (l'acteur hongkongais Roy Chiao que l'on a pu notamment découvrir dans Le jeu de la mort de Bruce Lee en 1978 ou dans Indiana Jones et le Temple maudit de Steven Spielberg six ans plus tard). Bloodsport, tous les coups sont permis offre également l'opportunité d'y découvrir une guest inattendue : la présence de l'immense Forest Whitaker dans le rôle de Rawlins. Mais aussi celle, nettement plus logique, de l'acteur hongkongais Bolo Yeung qui depuis n'a jamais cessé de parcourir le cinéma d'action de son impressionnante carrure et de son effrayant regard ! On le devine d'emblée comme incarnant le plus redoutable des adversaires auxquels Jean-Claude Van Damme/Frank Lux devra se confronter. L'un des principaux atouts du film réside également dans la multiplicité des arts-martiaux employés puisque ici, le principe même du Kumite permet de faire briller n'importe lequel d'entre eux quel qu'il soit. Avec, parfois à la clé, la mort de l'un des adversaires sans que cela n'ait aucune conséquence sur le vainqueur...


Évidemment, Bloodsport, tous les coups sont permis n'est pas très fin. Question scénario, le tout est relativement basique. En règle générale les combats sont rapidement expédiés et la caractérisation est revue à la baisse. Ici, faut que ça frappe, que ça saigne, que les coups s'enchaînent avec ce son typique des années quatre-vingt lorsque un poing rencontre le visage, le flanc ou l'estomac d'un adversaire. Le récit instaure une romance sommaire entre notre héros et la journaliste Janice Kent (l'actrice Leah Ayres), quelques pointes d'humour (ce spectateur qui ramasse les plombages en or d'un adversaire mis au tapis) mais le gros du récit tourne évidemment autour du tournoi. On dirait parfois un jeu vidéo en live dans l'esprit de la série Street Fighter (Capcom) dont le premier volet sort justement un an avant le film de Newt Arnold. Le rire s'impose parfois involontairement lors de séquences caricaturales. On pense notamment à ce combattant qui use d'un art mimant vaguement la capoeira (art martial originaire du Brésil) tout en ressemblant davantage à un primate qu'un authentique sportif. Ou lorsque cet autre adversaire à la peau d'ébène exhibe son arrogance face à un Jean-Claude Van Damme qui n'aura pas besoin de plus de deux coups pour l'envoyer au delà des limites du tatami ! On devine d'avance la conclusion. Un film sans surprise, que les amateurs de films d'arts-martiaux et de JCVD considèrent comme culte. Que l'on soit fan ou pas de l'un ou de l'autre, Bloodsport, tous les coups sont permis se regarde avec un certain plaisir. Tout juste faudra-t-il penser à ranger ses neurones aux vestiaires avant de s'y plonger...

 

samedi 15 mai 2021

Phone Booth de Joel Schumacher (2002) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Joel Schumacher à la mise en scène (The Lost Boys en 1987, A Time to Kill en 1996), Larry Cohen à l'écriture (It's Alive en 1974, God Told Me To deux ans plus tard), Colin Farrel (Minority Report en 2002, Alexander en 2004) et Forest Whitaker (Bird en 1988, Ghost Dog: The Way of the Samurai en 1999) à l'interprétation... Une belle brochette d'artistes pour une œuvre cinématographique risquée. Surtout lorsque l'on considère que Phone Booth prend le pari de ne situer son action que dans un unique cadre. Et quel cadre... Plus exigu qu'un appartement, une cabine téléphonique ! Il fallait le faire. Imaginer tenir son public en haleine durant quatre-vingt une minutes avec pour protagoniste, un homme qui paraît rapidement antipathique. Arrogant, amoureux de sa femme, mais promettant monts et merveilles à une maîtresse à laquelle il ment. Stuart Shepard est un attaché de presse populaire, suivi par un stagiaire qui à ses côtés a malheureusement peu de chance d'avoir un avenir heureux. Quant à celle qu'il retrouve régulièrement dans une chambre d'hôtel sans pour autant avoir encore jamais couché avec elle, pourquoi donc Stu l'appelle-t-il toujours de la toute dernière cabine téléphonique encore debout du quartier de New York où il a ses habitudes alors qu'il porte sur lui un téléphone mobile ? Après avoir proprement ''jeté'' un livreur de pizzas auquel on a chargé d'apporter une commande à Stu, ce dernier, comme à son habitude, téléphone à Pam, la jeune femme en question. Mais alors qu'après leur conversation, l'attaché de presse raccroche, le téléphone sonne. Stu décroche et une voix qu'il ne connaît pas le menace de le tuer si jamais il quitte la cabine ou raccroche le combiné...


Voici comment démarre l'étrange et inquiétante aventure que va vivre durant les prochaines heures cet infecte manipulateur qu'interprète l'acteur Colin Farrell. Reposant donc sur un scénario écrit par le réalisateur et scénariste Larry Cohen, Phone Booth (sorti chez nous sous le titre Phone Game) est typiquement le genre de long-métrage reposant sur des fondations fragiles mais qui grâce aux talents conjugués du réalisateur, du scénariste et des interprètes est capable d'offrir un vrai grand moment de cinéma. Tout le long-métrage repose essentiellement sur le dialogue entamé entre Stu et celui dont, comme cela paraît évident, nous ne connaîtront l'identité qu'à la toute fin des quatre-vingt une minutes. Un format relativement court, mais bien heureux se doit d'être le spectateur qui à peu prêt la première moitié du film passée, se rendra compte que le long-métrage aurait sans doute même gagné un surcroît de rythme si Joel Schumacher s'était contenté de réaliser une œuvre d'une toute petite heure seulement. En effet, il n'aurait sans doute pas été négligeable de débarrasser Phone Booth de quelques séquences redondantes et par extension, inutiles. Après, le film n'en est pas moins relativement intéressant. La personnalité dont on ne sait encore de qui il s'agit possède un cynisme que même le doublage et la voix suave de l'acteur français Éric Herson-Macarel parviennent à retranscrire...


Et si Phone Booth s'offre des allures de huis-clos, la situation du principal décor (celui de la cabine téléphonique dans laquelle la caméra ne s'insinue finalement pas tant que cela) n'empêche jamais le réalisateur d'exploiter l'environnement qui l'entoure. Surtout, Joel Schumacher et Larry Cohen parviennent à créer quelques véritables moments de tensions, tels la séquence des prostituées qui de l'autre côté vont se plaindre auprès de leur maquereau. Une séquence que n'aurait sans doute pas renié Brian De Palma. Zooms sur les fenêtres des immeubles, rue encombrée de passants et d'agents de police... le réalisateur s'approprie tout d'abord l'environnement mais s'intéresse aussi et surtout à son principal interprète dont le personnage se délite au film des minutes. De l'attaché de presse sûr de lui, Colin Farrel en fait un homme apeuré à l'idée de mourir ou de voir périr celle qu'il aime. Ce jeu pervers qu'entreprend l'inconnu armé d'un fusil à lunette semble en revanche devoir être pris pour une gaudriole plus que pour un véritable thriller angoissant. Car la voix et les mots souvent bien choisis de l'inconnu désamorcent une partie de l'appréhension. Derrière la grosse machine divertissante, toute auréolée qu'elle puisse être par la mise en scène de Joel Schumacher, le film s'inscrit également (et donc, malheureusement) dans une Amérique puritaine où le mensonge, la trahison ou l'adultère se doivent d'être expiés. Le message est un peu lourd (ou léger, c'est selon) et ne justifie surtout pas vraiment toute cette mise en scène orchestrée par un individu dont réalisateur et scénariste choisiront de conserver un certain flou. Quant au formidable Forest Whitaker, son temps de présence à l'écran est bien évidemment insuffisant... Fun mais dispensable...

 

samedi 22 septembre 2018

Ghost Dog: The Way of the Samurai de Jim Jarmusch (1999)



Pour son septième long-métrage Ghost Dog: The Way of the Samurai, le cinéaste américain Jim Jarmusch choisissait une voie très particulière en mêlant culture japonaise, hip-hop, et gangstérisme. Incarné par l'emblématique acteur Forest Withaker, Ghost Dog se pose en apôtre de la 'Zen Attitude', celle de son personnage principal, alors qu'il est lui-même confronté à un monde fait de violence. Le 'Ghost Dog', c'est ce tueur à gages invisible dont seul son 'Maître' connaît le visage. Rescapé d'une mort certaine huit ans auparavant, il voue pour celui qui l'a sauvé, un respect sans limites. Le 'Ghost Dog' est un samouraï des temps modernes qui ne vit non pas au temps du Japon Féodal dans le pays d'origine de cette classe guerrière qui le dirigea entre le douzième et le dix-septième siècle, mais à la toute fin des années quatre-vingt dix, époque où Jim Jarmusch tourna son film. Capable de tendresse envers ses dizaines de pigeons voyageurs (le personnage incarné par Forest Withaker préfère en effet utiliser un mode de transmission de messages remontant à l'antiquité) tout comme de commettre des assassinats sur contrats avec un naturel déconcertant, le 'Ghost Dog' étudie depuis le sauvetage dont il a bénéficié de la part de Louie, un membre de la Mafia italienne, l'Hagakure, qui est un ouvrage spirituel à l'attention du guerrier tel qu'il se définie lui-même.

A contrario, le 'Ghost Dog' est capable de faire des concessions au monde moderne. Car si ce marginal qui ne vit non pas dans la rue mais sur le toit d'un immeuble sur lequel il a installé son propre pigeonnier s'entraîne au sabre, c'est armé d'un flingue et d'un silencieux qu'il élimine ceux que son maître lui demande d'assassiner. Autre concession faite au monde moderne : l'utilisation d'un gadget électronique lui permettant d'ouvrir des serrures (portails, voitures...). Mais à part ces quelques incartades, le 'Ghost Dog' vit tel un ascète, n'exécutant que les tâches qui lui incombent pour survivre puisqu'il faut bien se nourrir. L'histoire de Ghost Dog: The Way of the Samurai aurait tout aussi bien pu s'arrêter à ces quelques considérations existentielles mais le cinéaste en décide autrement.

Car faut-il le rappeler, l’œuvre de Jim Jarmusch s'inscrit également dans le contexte du polar noir. Et même si l'humour y est étonnamment présent, l'affaire qui intéresse ici les protagonistes se révèle particulièrement sombre. En effet, après avoir honoré son dernier contrat, le 'Ghost Dog' est désormais traqué par ceux-là même qui l'on employé. Payé pour tuer un ancien collaborateur de Ray Vargo, l'un des grands pontes de la Mafia italienne, il a laissé derrière lui un témoin. Et ce témoins n'est autre que la fille de Vargo, Louise. Une faute grave qui ne servira en réalité que de prétexte aux membres de la Mafia pour faire éliminer le témoin gênant qu'est devenu le 'Ghost Dog'.

Le casting accompagnant Forest Withaker est on ne peut plus hétéroclite puisque à ses côtés, nous découvrons notamment la présence de l'acteur Henry Silva, habitué à des rôles de bandits, ainsi que l'acteur ivoirien Isaac de Bankolé, désormais basé à New York, mais que le public français découvrit dans un certain nombre de longs-métrages tournés dans l'hexagone dans les années quatre-vingt: L'Addition de Denis Amar en 1984, Les Keufs de Josiane Balasko en 1987, ou encore Vanille Fraise de Gérard Oury en 1989. Ghost Dog: The Way of the Samurai est une excellente surprise. Entre certains de ses aspects plutôt contemplatifs et l'intrigue tournant autour de la Mafia italienne, Jim Jarmusch compose une œuvre profondément touchante, incarnée par un Forest Whitaker lumineux. Un bijou...

mardi 7 août 2018

How it Ends de David M. Rosenthal (2018) - ★★★★★★★☆☆☆



En une vingtaine d'années de carrière, le cinéaste, scénariste et producteur américain David M. Rosenthal a signé une grosse poignée de longs-métrages. Et parmi eux, How it Ends, dont tout le monde semble s'accorder afin de reprendre le titre et se poser la question, « comment cela se termine-t-il ? » Une question légitime. Car il faut reconnaître au film une fin douteuse. Qui n'apporte pas de véritable réponse sur le sort que le cinéaste a décidé d'accorder à son héros et son épouse. Vague fumisterie, ou mise en place d'une éventuelle séquelle en cas de succès ? La question reste posée. En dehors de cette petite mais incommodante décision de laisser en suspens le récit alors même que le spectateur s’apprêtait sans doute à assister à l'une de ces bad end nihilistes relativement réjouissantes (puisque se détachant de l'impétueux flot de happy end qui fleurissent dans le cinéma mondial), How it Ends est une sacrée bonne surprise. S'inscrivant davantage dans la mouvance actuelle des longs-métrages post-apocalyptiques que des films catastrophe. Ces derniers étant majoritairement précédés de visuels saisissants, il faudra en revanche, et pour une fois, patienter jusqu'à la dernière minute pour comprendre l'ampleur réelle de cet événement qui touche les États-Unis dans de larges proportions...

Si le film de David M. Rosenthal a tant de gueule, c'est tout d'abord parce que l'acteur Forest Whitaker y demeure l'un des principaux interprètes. Incarnant l'une des valeurs fondamentales du pays, l'ancien soldat Tom Sutherland qu'il y incarne reflète le visage du héros tel qu'il est conçu par le peuple américain. Face à lui, le personnage qu'incarne Theo James tient tout d'abord la chandelle à un beau-père avec lequel il entretient des rapports compliqués. Contraints de voyager à bord du véhicule de Tom Sutherland, le beau-fils Will Younger et son beau-père vont devoir faire contre mauvaise fortune bon cœur s'il veulent parcourir les milliers de kilomètres qui les sépare de Seattle et surtout de Sam, la fiancée du premier et la fille du second.

La caricature est facile, et pourtant, des événements bien réels nous ont déjà démontré que le retour à la barbarie en cas de catastrophe de grande ampleur génère un comportement parfois inhumain de la part de l'homme. C'est ainsi que sous la forme d'un road movie de plusieurs milliers de kilomètres, nos deux héros vont devoir braver nombre de dangers. Des épreuves qui prendront autant de visages qu'il existe de tempéraments chez l'homme. Ne vous laissez pas influencer par ceux qui affirment que le film de David M. Rosenthal est creux, sans substance, alors même qu'il est tout le contraire. Si un bon film doit obligatoirement ressembler au San Andreas de Brad Peyton, il faut donc en conclure que How it Ends est un navet. Beaucoup plus profond que la majorité des grosses productions américaines misant le plus gros de leur budget sur les effets-spéciaux, le film de David M. Rosenthal est l'occasion de confronter deux individus qui jusqu'à présent ont manqué le coche. Theo James et Forest Whitaker brillent par leur présence. How it Ends n'est pas que le bête film enrobé de scènes au demeurant fort angoissantes, mais touche parfois au cœur lorsqu'il entreprend de dépasser la simple sphère post-apocalyptique pour s'ouvrir aux rapports entre deux hommes se déchirant chacun pour des raisons qui leurs sont propres, la même jeune femme, ici incarnée par Kat Graham.
La musique du compositeur islandais Atli Örvarsson distille une sourde angoisse qui ne cesse de grandir à mesure que les deux hommes traversent un pays en proie aux flammes et à la violence. L’œuvre de David M. Rosenthal traverse plusieurs états et dresse le portrait d'une Amérique profonde parfois anxiogène. En étudiant le regard et le comportement de certains personnages secondaires (et je pense là notamment à ce flic en uniforme blanc croisé au passage d'un barrage policier), le spectateur sera tenté d'y voir un danger potentiel même si, fort heureusement, le cas n'est pas généralisé. Filmant pour moitié de nuit, l'impact d'une traversée hors des sentiers battus génère un surcroît d'angoisse auquel le spectateur finit par répondre en s'arrachant les ongles. How it Ends réussi donc la mission consistant à provoquer le malaise en terre inconnue. Les principaux acteurs sur lesquels repose la totalité de l'interprétation sont remarquables, quant à la mise en scène, David M. Rosenthal assure sans faire preuve de surenchère. Reste bien entendu cette fin qui, espérons-le, n'a rien de mercantile et n'est pas le signe d'une séquelle prévue en cas de succès. L'avenir nous le dira...

dimanche 3 septembre 2017

Non, non, non ! Je ne parlerai pas de Taken 3 (du très mauvais cinéaste Olivier Megaton)



Le voisin d'à côté qui fait tourner sa perceuse durant des heures, le vent sifflant dans les volets comme un air d'Ennio Morricone mal interprété par un mauvais imitateur d'Alessandro Alessandroni, et ce satané repas du soir qui me pèse sur l'estomac. Par vomir, je vais finir. M'évanouir, je ne vais pas tarder. Pioncer, il me reste à espérer. Mais certainement pas devant Taken 3, vais-je me poser. Car trop de plans, tuent l'intérêt et constituent un poison violent pire qu'une colite aiguë en phase d'approche. On la sent venir sans rien pouvoir y faire. Et tandis qu'elle nous dévore l'intestin, le colon ou l’œsophage, l'immonde et prétentieux film d'Olivier Megaton, déjà responsable du précédent volet et de quelques autres longs-métrages tout aussi insignifiants, voudrait un tant soit peu venir définitivement nous pourrir la vie. Taken, premier du nom se suffisait à lui-même. Olivier Megaton n'est pas Pierre Morel et ses suites foncent tout droit dans le mur. On reprend les mêmes acteurs, quelques rides en sus, on leur colle un scénario dont les pages ont jaunies avant même que le premier clap aie retentit, et on filme tout ça à l'aide d'un shaker géant. Taken 2 n'avait pas grand chose à nous offrir. Rassurez-vous : le trois n'en a pas davantage sous la botte.

A la vérité, tout ce que l'on pouvait espérer arrive durant le premier quart d'heure : Famke Janssen meurt enfin. Du moins le personnage qu'elle incarne, Lenore Mills. Cette conne prétentieuse qui n'a jamais vraiment accepté que son ancien époux préfère la fuir au profit de son métier. Faut le comprendre. Avec une jolie (mais carrément insupportable) femme comme elle à la maison, le bonhomme avait de quoi prétendre vouloir bosser auprès de ses amis plutôt que de s'occuper de sa propre enfant. Une gamine fort jolie, mais intellectuellement pas si différente des autres puisqu'en contrevenant aux ordres de son père, celle-ci s'offrait une éducation sexuelle inattendue dans les bras de différents hommes (je rassure les plus prudes d'entre vous : hors caméra et hors contexte) lors de son enlèvement. En désobéissant au paternel, la charmante Kim (Maggie Grace) se voyait punie de fort belle manière. De quoi la contraindre à vie d'écouter les autres et de cesser de n'en faire qu'à sa tête. Désormais rangée (?), cheveux teints, et rondeurs assumées (n'a-t-elle pas effectivement un peu forci?), elle continue cependant à provoquer le malaise en refusant de boire un coup à sa propre santé alors que papa débarque chez elle, une bouteille de champagne (excusez du peu) ) à la main. Renvoyé dans ses pénates avec pour seul lot de consolation, l'immense peluche qu'il avait prévu d'offrir à sa fille chérie, le héros Bryan Mills dont la phrase suivante est demeurée culte auprès des amateurs :
  • « Je ne sais pas qui vous êtes. Je ne sais pas ce que vous voulez. Si c’est une rançon que vous espérez, dites-vous bien que je n’ai pas d’argent, par contre ce que j’ai, c’est des compétences particulières, que j’ai acquises au cours d’une longue carrière. Des compétences qui font de moi un véritable cauchemar pour vous. Si vous relâchez ma fille maintenant, ça s’arrêtera là. Si vous ne la relâchez pas, je vous chercherai, je vous trouverai et je vous tuerai. »
Ça avait quand même de la gueule à l'époque. Et même aujourd'hui d'ailleurs, lorsque l'on (re)découvre le film de Pierre Morel. Liam n'est pas seul à avoir vieilli. Le récit de ce troisième épisode sent tellement le réchauffé que de voir ce très charismatique interprète dans une telle galère fait mal aux yeux, à la tête, et au cœur. J'ai l'air d'avoir une dent contre Olivier Megaton ? Ouais, effectivement. Et pas pour la plus insignifiante des raisons mais parce que ce tout petit cinéaste s'est sans doute pris pour un grand tel qu'Oliver Stone. Celui-là même qui réalisa plus de vingt ans auparavant Natural Born Killer dont la somme de plans donnait le vertige mais montrait à quel point le cinéaste maîtrisait son sujet. Megaton, lui, ne donne qu'envie de vomir. La surenchère de plans n'excédant par les quelques dixièmes de secondes est éprouvante. Visuellement, c'est du grand n'importe quoi, et nerveusement, cela demeure insupportable. blu-ray et dvds de Taken 3 devraient obligatoirement être vendus avec des sacs vomitoires. Testez-le, et dites-moi ensuite si j'en ai trop écrit ou si au contraire, j'aurai dû me montrer encore plus virulent...


lundi 2 janvier 2017

Premier Contact de Denis Villeneuve (2016)



Sorti le 7 décembre 2016, le dernier long-métrage du cinéaste canadien Denis Villeneuve auquel on doit notamment Prisoners, Polytechnique ou encore Enemy est cette fois-ci une œuvre de science-fiction. Premier contact est comme son nom l'intrigue un film basé sur une RR3 ou, rencontre du troisième type, entre une linguiste, le Docteur Louise Banks, et une race d'extraterrestres dont douze vaisseaux-mères sont venus se stationner au dessus de divers endroits de la planète. La jeune femme est immédiatement prise en charge par l'armée, et notamment le Colonel Waber qui dirige le camp de base installé à quelques centaines de mètres seulement de l'un des immenses vaisseaux de forme ovoïde.
Le projet d'adaptation de la nouvelle écrite par Ted Chiang dont s'est inspiré Eric Heisserer pour écrire le scénario du film remonte à 2012. Denis Villeneuve est à l'époque déjà prévu comme étant l'homme qui mettra en images cette merveilleuse histoire confrontant l'humanité à une espèce technologiquement plus évoluée que la notre.

Très vite l'on ressent la forte impression que le film changera toutes nos perceptions en matière de science-fiction. Qu'elle fut jusque là aussi peu crédible que dans la grande majorité des œuvres sorties jusqu'à ce jour ou si proche de la réalité telle que l'on puisse la concevoir (Rencontre du Troisième Type de Steven Spielberg), Premier Contact est un vrai beau film. Aussi sensationnel qu'émouvant. Semant ses effets-spéciaux avec parcimonie, sans jamais en faire trop, le film s'ouvre sur un événement que l'on découvrira à travers le regard ébloui d'un professeur de langues et de ses élèves. Pour « une fois » que l'on nous invite à faire la connaissance d'une civilisation extraterrestre dont les intentions semblent être plus que louables, il ne faut surtout pas bouder son plaisir et se laisser porter par ce magnifique message d'espoir cachant une consigne que certains feraient mieux de suivre à la lettre.

Et pour mieux le faire passer, comment ne pas imaginer encore une fois notre humanité à feu et à sang face à ce qu'elle n'est pas encore en mesure de comprendre ? L’armée si bien mise en scène dans un premier temps et qui vient gâcher ce plaisir des sens que l'extraordinaire musique du compositeur islandais Jóhann Jóhannsson a si bien su coller aux images.

Lorsque l'on pense que le dernier Villeneuve est sorti la même année que l'engeance Independence Day : Resurgence de ce tâcheron de Roland Emmerich, on constate qu'il existe plusieurs grilles de lecture. Entre l’infamie et la poésie, il n'y a que quelques pas que le canadien a admirablement franchis. Amy Adams, Jeremy renner et Forrest Withaker forment un trio éblouissant. Une linguiste, un physicien théoricien et un militaire. Trois univers qui se téléscopent, avec parfois quelques imprévus, mais dont l'émulsion donne à l'ouvrage toute sa force. Sans oublier ces êtres, ces deux « heptapodes » dont ont redoute presque la première apparition, au même titre qu'une Louise banks tremblante, défaillante, deux créatures finalement presque « grotesques » (elles seront surnommée Abbott et Costello du nom de deux célèbres acteurs comiques américains des années cinquante et soixante) de part leur apparence. Des poulpes gigantesques dont la présence aura des conséquences sur le devenir de toute l'humanité. Premier Contact aborde également le sujet du voyage dans le temps puisque l'on découvrira au fil du récit, que certaines images ne sont pas le fruit de souvenirs du passé, mais celui du futur. Une thématique que Denis Villeneuve développera et dont il gardera même une part de mystère.
 


En 2017, le cinéaste canadien devrait réaliser Blade Runner 2049, la suite d'un autre grand classique de la science-fiction réalisée par Ridley Scott. Si l'on pouvait encore jusque là avoir un minimum de doutes sur les capacités du bonhomme à donner suite à ce chef-d’œuvre datant de 1982, Premier Contact a sans doute réussi à calmer les plus réticents. S'il en existait jusque là. On a hâte de voir la suite des travaux de ce petit génie de Denis Villeneuve...



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