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samedi 15 mai 2021

Phone Booth de Joel Schumacher (2002) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Joel Schumacher à la mise en scène (The Lost Boys en 1987, A Time to Kill en 1996), Larry Cohen à l'écriture (It's Alive en 1974, God Told Me To deux ans plus tard), Colin Farrel (Minority Report en 2002, Alexander en 2004) et Forest Whitaker (Bird en 1988, Ghost Dog: The Way of the Samurai en 1999) à l'interprétation... Une belle brochette d'artistes pour une œuvre cinématographique risquée. Surtout lorsque l'on considère que Phone Booth prend le pari de ne situer son action que dans un unique cadre. Et quel cadre... Plus exigu qu'un appartement, une cabine téléphonique ! Il fallait le faire. Imaginer tenir son public en haleine durant quatre-vingt une minutes avec pour protagoniste, un homme qui paraît rapidement antipathique. Arrogant, amoureux de sa femme, mais promettant monts et merveilles à une maîtresse à laquelle il ment. Stuart Shepard est un attaché de presse populaire, suivi par un stagiaire qui à ses côtés a malheureusement peu de chance d'avoir un avenir heureux. Quant à celle qu'il retrouve régulièrement dans une chambre d'hôtel sans pour autant avoir encore jamais couché avec elle, pourquoi donc Stu l'appelle-t-il toujours de la toute dernière cabine téléphonique encore debout du quartier de New York où il a ses habitudes alors qu'il porte sur lui un téléphone mobile ? Après avoir proprement ''jeté'' un livreur de pizzas auquel on a chargé d'apporter une commande à Stu, ce dernier, comme à son habitude, téléphone à Pam, la jeune femme en question. Mais alors qu'après leur conversation, l'attaché de presse raccroche, le téléphone sonne. Stu décroche et une voix qu'il ne connaît pas le menace de le tuer si jamais il quitte la cabine ou raccroche le combiné...


Voici comment démarre l'étrange et inquiétante aventure que va vivre durant les prochaines heures cet infecte manipulateur qu'interprète l'acteur Colin Farrell. Reposant donc sur un scénario écrit par le réalisateur et scénariste Larry Cohen, Phone Booth (sorti chez nous sous le titre Phone Game) est typiquement le genre de long-métrage reposant sur des fondations fragiles mais qui grâce aux talents conjugués du réalisateur, du scénariste et des interprètes est capable d'offrir un vrai grand moment de cinéma. Tout le long-métrage repose essentiellement sur le dialogue entamé entre Stu et celui dont, comme cela paraît évident, nous ne connaîtront l'identité qu'à la toute fin des quatre-vingt une minutes. Un format relativement court, mais bien heureux se doit d'être le spectateur qui à peu prêt la première moitié du film passée, se rendra compte que le long-métrage aurait sans doute même gagné un surcroît de rythme si Joel Schumacher s'était contenté de réaliser une œuvre d'une toute petite heure seulement. En effet, il n'aurait sans doute pas été négligeable de débarrasser Phone Booth de quelques séquences redondantes et par extension, inutiles. Après, le film n'en est pas moins relativement intéressant. La personnalité dont on ne sait encore de qui il s'agit possède un cynisme que même le doublage et la voix suave de l'acteur français Éric Herson-Macarel parviennent à retranscrire...


Et si Phone Booth s'offre des allures de huis-clos, la situation du principal décor (celui de la cabine téléphonique dans laquelle la caméra ne s'insinue finalement pas tant que cela) n'empêche jamais le réalisateur d'exploiter l'environnement qui l'entoure. Surtout, Joel Schumacher et Larry Cohen parviennent à créer quelques véritables moments de tensions, tels la séquence des prostituées qui de l'autre côté vont se plaindre auprès de leur maquereau. Une séquence que n'aurait sans doute pas renié Brian De Palma. Zooms sur les fenêtres des immeubles, rue encombrée de passants et d'agents de police... le réalisateur s'approprie tout d'abord l'environnement mais s'intéresse aussi et surtout à son principal interprète dont le personnage se délite au film des minutes. De l'attaché de presse sûr de lui, Colin Farrel en fait un homme apeuré à l'idée de mourir ou de voir périr celle qu'il aime. Ce jeu pervers qu'entreprend l'inconnu armé d'un fusil à lunette semble en revanche devoir être pris pour une gaudriole plus que pour un véritable thriller angoissant. Car la voix et les mots souvent bien choisis de l'inconnu désamorcent une partie de l'appréhension. Derrière la grosse machine divertissante, toute auréolée qu'elle puisse être par la mise en scène de Joel Schumacher, le film s'inscrit également (et donc, malheureusement) dans une Amérique puritaine où le mensonge, la trahison ou l'adultère se doivent d'être expiés. Le message est un peu lourd (ou léger, c'est selon) et ne justifie surtout pas vraiment toute cette mise en scène orchestrée par un individu dont réalisateur et scénariste choisiront de conserver un certain flou. Quant au formidable Forest Whitaker, son temps de présence à l'écran est bien évidemment insuffisant... Fun mais dispensable...

 

mardi 13 avril 2021

The Incredible Shrinking Woman de Joel Schumacher (1981) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

En 1957 sortait sur les écrans de cinéma l'un des plus grands films de science-fiction des années 50, The Incredible Shrinking Man de Jack Arnold. En pleine mode où les créatures de toutes sortent se mettaient à grandir dans d'effroyables proportions (Tarantula ! que réalisa lui-même le réalisateur trois ans auparavant ou Them ! de Gordon Douglas en 1954), Jack Arnolds décide d'inverser le principe en mettant en scène Scott Carey, un homme ordinaire qui à la suite d'une sortie en bateau et après avoir été en contact avec une brume étrange se mettait à rapetisser jusqu'à atteindre la taille d'un insecte. L'intrigue situait alors le plus intéressant de son intrigue dans la cave de sa propre demeure où il allait notamment affronter une araignée plus grande qu'il ne l'était lui-même. Adaptation cinématographique de la nouvelle écrite par le romancier américain Richard Matheson parue en 1956, The Shrinking Man, le film est considéré comme un classique de la science-fiction. Statut qu'il conserve d'ailleurs plus de soixante-ans après sa sortie. Le concept fut reprit à la fin des années quatre-vingt par le réalisateur Joe Johnston avec le fameux Chérie, j'ai rétréci les gosses dans lequel l'acteur Rick Moranis en inventeur de génie mais laborieux était le créateur d'une machine qui par accident allait réduire dans de ridicules proportions ses enfants ainsi que ceux de ses plus proches voisins. Énorme succès dans les salles, le long-métrage de Joe Johnston n'est cependant pas le premier à avoir repris le concept du roman de Richard Matheson puisque le 30 janvier 1981 sort sur les écrans américains la seconde adaptation officielle du célèbre ouvrage. D'abord confié au réalisateur John Landis, celui-ci refuse finalement d'en assurer la réalisation et c'est un autre grand cinéaste qui se retrouve aux commandes du projet...


Joel Schumacher... FUTUR grand cinéaste devrions-nous plutôt dire puisqu'en 1981, il n'a derrière lui que deux téléfilms réalisés en 1974 et 1979. On peut donc affirmer qu'il demeure encore inconnu chez nous, les Générations Perdue, L'expérience Interdite ou Chute Libre n'ayant même pas encore pris la forme de projets. Alors qu'un quart de siècle auparavant Jack Arnolds avait traité son sujet avec un minimum de sérieux, Joel Schumacher opte pour une vision beaucoup plus joyeuse du thème. Première différence entre le héros du premier et celui du second : désormais, il ne s'agit plus d'un homme mais d'une femme. Ensuite, ça n'est plus en passant à travers un brouillard à l'origine mystérieuse que Pat Kramer se met à rétrécir mais à la suite d'une combinaison de produits ménagers avec lesquels elle est entrée en contact. Interprétée par l'actrice Lily Tomlin (qui au beau milieu d'une riche carrière au cinéma et à la télévision apparaîtra notamment dans Desperate Housewives dans le rôle de Roberta Simmons), il s'agit d'une femme d'intérieur elle aussi tout à fait ordinaire, mère de trois enfants et épouse de Vance (l'acteur Charles Vance que l'on pu découvrir dans Rosemary's baby de Roman Polanski en 1968 ou Beethoven de Brian Levant en 1992), un publicitaire. Au fur et à mesure qu'agit l'étrange mixture responsable de son état, Pat devient célèbre non seulement auprès des habitants de son quartier qui s'agglutinent devant sa maison mais aussi et surtout auprès des médias. Bientôt, elle devient si petite que sa famille lui offre une maison de poupée, comme cela fut le cas pour le héros de The Incredible Shrinking Man. C'est alors là que les deux longs-métrage divergent d'un point de vue scénaristique, outre leur ton foncièrement divergents...


Alors que le héros du long-métrage de 1957 se retrouvait seul et isolé dans sa propre cave, Pat, elle, n'a jamais été aussi bien entourée et intéresse même une équipe de scientifiques mal intentionnés qui en kidnappant la mère de famille espèrent trouver la formule qui leur permettra de réduire des populations entières. Si le propos laisse envisager un ton sérieux, le public a droit aux gaudrioles incessantes de ses interprètes. Joel Schumacher n'ayant apparemment pas l'intention de calmer le jeu même lorsque cela semble nécessaire, le réalisateur oppose des scientifiques ultra caricaturaux et surtout, un singe prénommé Sidney sous le costume duquel se cache le spécialiste des effets-spéciaux de maquillage Rick Baker. Si le ton de The Incredible Shrinking Woman est furieusement léger, il n'en demeure pas moins que le film bénéficie de quelques effets visuels plutôt réussis malgré l'allégement d'un budget qui passa alors de trente à dix millions de dollars. Si certaines séquences proposent un humour relativement lourd, on appréciera par contre le soin apporté à certains décors aux proportions revues à la hausse ou le travail sur la profondeur de champ qui permet à l'actrice principale d'être parfaitement intégrée dans des décors où évoluent des personnages à taille normale. Bien sûr, en comparaison du film de Jack Arnolds, celui de Joel Schumacher fait pâle figure. Il n'empêche que The Incredible Shrinking Woman est parfois très drôle (ce gorille que rien dans l'interprétation de Rick Baker ne fait pour rendre crédible) et propose certaines séquences vraiment très réussies (la scène du broyeur d'évier). Détails amusants : comme le noteront sans doute certains spectateurs, Lily Tomlin interprète plusieurs rôles à l'écran. De plus, la fin laissait présager une séquelle lorsque l'héroïne découvre au moment où s'inverse le phénomène, qu'elle ne cesse cette fois-ci plus de grandir...

 

vendredi 26 juin 2020

Falling Down (Chute Libre) de Joel Schumacher (1993) - ★★★★★★★☆☆☆



Si nos pensées pouvaient agir comme les balles d'un revolver ou d'un fusil, chacun de nous sèmerait derrière lui mort et désolation. Qui peut se vanter de n'avoir jamais voulu la mort d'un voisin écoutant sa musique un peu trop fort, d'un automobiliste dressant son majeur devant son interlocuteur tout en le définissant sous divers noms d'oiseaux ou d'un type lui barrant la route à l'accueil d'une banque ou la caisse d'un supermarché ? Personne, convenons-en. Parfois il en est qui passent à l'acte comme William Foster, ce père de famille et ancien époux d'Elisabeth Travino dont il lui est interdit de s'approcher à moins de cent mètres. Aujourd'hui, la chaleur est écrasante et pris dans un immense embouteillage qui risque de le mettre en retard pour l'anniversaire de sa fille Adele, William pète littéralement un câble, sort de son véhicule et se met en route pour retrouver sa petite ''famille''. Mais en chemin, l'homme qui n'a plus toute sa raison va semer la mort et la terreur. Il s'en prend notamment au gérant d'une épicerie, à deux membres d'un gang de latinos, s'attaque à un fast-food puis à un vendeur de surplus militaire néo-nazi dont il abandonne derrière lui le cadavre. Alors que les victimes encore vivantes de Foster témoignent au commissariat, l'inspecteur Martin Prendergast dont c'est le dernier jour en poste avant la retraite s'intéresse de très près à cette affaire. Aidé par l'inspectrice prénommée Sandra, il se lance à la poursuite de William avant que celui-ci ne parvienne à ses fins : retrouver son ex-femme et leur fille Adele...

Sorti en France sous le titre Chute Libre, Falling Down est l'un des plus célèbres longs-métrages du réalisateur américain Joel Schumacher qui fut notamment responsable de Génération Perdue en 1987, L'Expérience Interdite en 1990, de deux films tournant autour du super-héros Batman ou de Phone Game en 2002 et Le Nombre 23 en 2007. Film d'action et policier sur fond de drame social poignant, Falling Down est littéralement habité par ses deux principaux personnages qu'interprètent Michael Douglas et Robert Duvall. Deux hommes lâchés dans un contexte urbain auquel le scénario de Ebbe Roe Smith et la mise en scène de Joel Schumacher apportent une aura de film post-apocalyptique dont le spectateur sentira poindre les premiers remous. Au delà du simple divertissement que le film semble être tout d'abord, le réalisateur américain s'efforce de dresser toute une liste de critiques envers ce pays qui l'a vu naître à New York le 29 août 1939 avant d'y mourir quatre-vingt ans plus tard d'un cancer. Quelles que soient les raisons qui animent William Foster, cet individu qui nous est tout d'abord décrit comme un homme tout à fait normal ayant perdu la raison après ce qui semble n'avoir été qu'un gros coup de chaleur, Joel Schumacher bat le chaud et le froid concernant celui-ci. En effet, car si à certaines occasions l'on peut s'émouvoir de cet homme qui ressent à tout pris le besoin de retrouver celles qu'il aime, le scénario le décrit également comme un être froid, violent et surtout, mentalement déséquilibré...

Face à lui, l'inspecteur Martin Prendergast, proche de la retraite, et qui lui-même doit faire face à des problèmes personnels même si de moindre importance. Méprisé de sa hiérarchie qui ne sait pas que sa peur apparente d'être confronté au monde extérieur au commissariat où il séjourne à longueur de journées est directement lié à son épouse Amanda (l'actrice Tuesday Weld), il est en revanche apprécié de certains de ses collègues et notamment de l'inspectrice Sandra qu'interprète l'actrice américaine originaire du Bronx Rachel Ticotin. À redécouvrir aujourd'hui ce film tout de même âgé de vingt-sept ans, on peut se demander dans quelles mesures il aurait pu ou pourrait encore servir de curseur prévisionnel dans un contexte où la vie dans des grandes cités telle que celle décrite dans le film ressemblent de plus en plus à des jungles où l'homme ne cesse de s'attaquer à ses semblables. Et comment Falling Down échappe-t-il aujourd'hui à la polémique lorsque l'on assiste à l'affrontement entre l'antagoniste et l'homme d'origine asiatique ou mexicaine ? Peut-être parce que Joel Schumacher prend de l'avance en se chargeant de lui opposer ensuite l'un de ces immondes représentants de la suprématie blanche adepte du dictateur Adolf Hitler et du troisième Reich...

''Après sept ans, vous savez ce qu'ils m'ont dit ? Que je n'étais pas économiquement viable...''

Là où Falling Down semble ne pas tout à fait assumer son statut de critique cynique envers son pays demeure dans les quelques trop discrètes insinuations que le réalisateur abandonne ensuite pour ne plus s’intéresser qu'à la traque du policier et au dingue qui en ville manifeste son ''grain de folie'' à travers des exactions que n'aurait sans doute pas renié le Terminator du long-métrage éponyme de James Cameron sorti neuf ans auparavant. Ghettoïsation, clochardisation, consumérisme et j'en passe. De menues séquences qui expriment l'état de notre société actuelle que la partition musicale de James Newton Howard rend encore plus marquantes, voire glaçantes. Le long-métrage de Joel Schumacher a la particularité d'être une œuvre profondément divertissante tout en étant cruelle, visionnaire et parfois nihiliste. Surtout, l'américain signa là l'un de ses meilleurs films...

samedi 17 mars 2018

Sélection de 3 films à voir, à revoir... ou à éviter (7)

Dealer... derrière ce titre réducteur, le spectateur pourra envisager le troisième long-métrage du cinéaste français Jean-Luc Herbulot comme une ode à la poudre, à la résine ou tout autre forme que peuvent prendre les drogues et qui sont désormais la principale source de revenus des petits caïds de cités sevrés aux Scarface de Brian de Palma. L'auteur de Concurrence Loyale et de Sick semble avoir plutôt été son inspiration dans le cinéma du cinéaste danois Nicolas Winding Refn et de son excellente trilogie Pusher. Jean-Luc Herbulot concentre ici tous les malheurs de son unique (anti)héros en un seul film. Et ce personnage dont le film semble au départ faire l'apologie n'est qu'un petit voyou sans presque aucune envergure, affublé d'un pull marqué du sceau CCCP, marié, père d'une gamine et amant d'une pute. Le sujet aurait pu se révéler agaçant. Voir ce dealer de drogue érigé en héros d'une œuvre sentant dès le départ, le souffre et la mort. Celle procurée par la dope qu'il vendait jusqu'à maintenant mais qu'il a décidé de laisser tomber. Enfin, presque. Juste une dernière affaire et Dan passera à autre chose. Sauf que comme dans le film de Nicolas Winding Refn ce dernier deal sera celui de trop. Lors d'une descente de flics en civil dans son immeuble, Dan, porteur d'un sachet de cocaïne, décide de planquer la poudre dans les toilettes de Chris, la prostituée. Lorsqu'il repasse plus tard dans l'appartement, le jeune dealer constate que la drogue a disparu. Interrogeant Chris qui nie y avoir touché, Dan est désormais condamné à rembourser son fournisseur, le 'black' Delo, avant minuit. Mais comme une fois encore, rien ne va se passer comme prévu, les heures qui le séparent de l'échéance vont transformer l'existence de Dan et de ses proches en véritable calvaire.
Dealer est brut(al). Il prend le spectateur de front sans jamais rien lui épargner. Ni les errances verbales d'un Dan en voix-off ou prise directe avec ses interlocuteurs. A la manière d'un très long rap sans musique, le héros balance sa mélopée durant plus d'une heure et quart. C'est bien écrit, et même foisonnant de métaphores. L'argot des banlieues y maintient son règne, l’œuvre de Jean-Luc Herbulot ne tournant autour que de ses héros dont le quotidien est gangrené par la violence et la nécessité de faire du fric quoi qu'il en coûte. Le film est un exercice de style parfaitement maîtrisé par son auteur ainsi que par ses interprètes, et notamment l'acteur Dan Bronchinson qui n'interprétait là, que son second personnage sur grand écran après quelques courts-métrages. Dealer, c'est aussi parfois des scènes crues, dont l'une retiendra sans doute l'attention par son caractère difficilement supportable : l'égorgement (halal) de l'ami de Dan dans des conditions abominables. Un acte sans concession qui témoigne de la volonté du cinéaste de ne rien concéder au romanesque. Dealer pue (dans le bon sens du terme) le vécu et dans le paysage français, ça fait du bien, d'autant plus que Jean-Luc Herbulot ne choisi ni de condamner son personnage, ni de le ériger en héros des temps modernes. Il s'agit là simplement d'un témoignage diablement excitant. Le Nicolas Winding Refn ? Peut-être bien, oui...

Wolfen de Michael Wadleigh, An American Werewolf in London de John Landis, Howling de Joe Dante, autant de films traitant du sujet de la lycanthropie. Autant de projets considérés comme de véritables chefs-d’œuvre pour une ou plusieurs raisons. Du moins, parmi les plus célèbres et les plus reconnus, et auxquels j'accorderai toute mon attention dans un prochain article spécial Loups-Garous. Tout ça pour aborder un autre long-métrage traitant du même sujet mais dans un registre le rapprochant nettement davantage du conte que du simple film d'épouvante. The Company of Wolves du cinéaste et écrivain irlandais Neil Jordan, auteur d'une vingtaine de long-métrages pour le grand écran fait partie de ces œuvres qui ont laissé une empreinte indélébile à toutes celles et ceux qui l'ont découvert à l'époque de sa sortie en salle. La première chose qui saute aux yeux, c'est sa ressemblance avec le conte de Charles Perrault, Le Petit Chaperon Rouge dont il reprendra d'ailleurs la trame en fin de récit. D'ailleurs, le cinéaste ne semble pas s'en cacher puisque sa jeune héroïne Rosaleen étant elle-même affublée d'un chaperon de la même couleur que celui que porte celle du célèbre conte pour enfants, le rapport n'est plus inenvisageable. Pourtant, malgré son statut de conte, le film de Neil Jordan est (ou était, du moins à l'époque de sa sortie) à réserver aux adultes.
Le récit tourne donc autour de la jeune et jolie Rosaleen (l'actrice anglaise Sarah Patterson), endormie dans sa chambre, rêvant d'un pays imaginaire où les loups sont tant redoutés que ses habitants en content des légendes effrayantes aux enfants afin qu'ils ne s'éloignent jamais du droit chemin. Une des trois règles que la grand-mère incarnée dans le rêve de Rosaleen auquel fait partie la jeune fille lui conseille d'accorder toute son attention. L'autre règle essentielle dans ce pays s'enfonçant dans une forêt touffue où il n'est pas rare de croiser tout un tas d'animaux, est de ne surtout pas faire confiance aux hommes dont les sourcils se rejoignent. Afin d'appuyer son propos, la grand-mère de Rosaleen, interprétée par la célèbre Angela Lansbury de la série télévisée Arabesque, lui conte ainsi l'histoire d'un voyageur de commerce fraîchement marié, qui le soir de la (pleine) nuit de noce disparaît... c'est presque ainsi que débute donc ce film connu chez nous sous le titre La Compagnie des Loups. Un long-métrage d'à peine une heure-trente mêlant un conte s'inscrivant dans le songe d'une enfant, lui même parsemé de récits s'apparentant à des sketchs. Neil Jordan nous rappelle sans cesse que l'histoire n'est que le cauchemar d'une jeune fille et nous rassure ainsi sur la nature strictement fantasmée. Des situations imaginaires ne reposant que sur la fiction. Avec un budget de deux millions de dollars et la participation des sociétés d'effets-spéciaux Reel Eye Company (spécialisée dans les prothèses) et Snow Business International (spécialisée, elle, dans les effets de neige) La Compagnie des Loups offre un spectacle enchanteur, à la lisière d'un Neverending Story 'lycanthropique', parsemé de décors féeriques en carton-pâte et d'effets-spéciaux parfois très gore. Pourtant, le film ne peut être considéré comme une œuvre à l'usage exclusif des amateurs de films d'horreur. Il s'agit avant tout d'un conte, qui avec plus ou moins de bonheur selon les situations explorées, honore son contrat. On ne peut retirer à La Compagnie des Loups son originalité. Et même si le film, trente-deux ans après sa sortie, a quelque peu vieilli, il a conservé une grande partie de son charme... Original, élégant et captivant...

Pour terminer, nous quittons la lycanthropie pour le vampirisme avec une œuvre qui là encore, marqua toute une génération. Celle des années quatre-vingt. On y découvrait presque un Kiefer Sutherland qui n'avait jusque là tourné que dans une poignée de long-métrages, dont le génialissime Stand By Me de Rob Reiner. Ce film, c'est The Lost Boys, ou, Génération Perdue. Une œuvre pas tout à fait aussi culte que l'immense Breakfast Club de John Hughes, et tournant cette fois-ci non pas autour de quelques adolescents collés un samedi après-midi dans un collège, mais une bande de motards aux dents longues. Sur une idée de Richard Donner (réalisateur entre autres de la saga Lethal Weapon), le quatrième long-métrage du cinéaste américain Joel Schumacher surfe sur le succès du premier volet du diptyque Fright Night sorti deux ans auparavant. Il oppose trois gamins à la sauce Goonies (œuvre justement réalisée en 1985 par Richard Donner et notamment interprété par Corey Feldman, présent dans Génération Perdue) à une petite tribu de vampires aux cheveux longs, portant des blousons (souvent) noirs, et adeptes de sang, dont le chef n'est autre qu'un certain David. Une famille constituée de la mère et de ses deux fils Michael et Sam viennent s'installer en Californie, dans une ville réputée pour être la plus criminogène du pays. Des dizaines de personnes, hommes, femmes et enfants ont disparu et il n'est pas rare de voir en ville placardé sur les murs, des avis de recherche à leur nom. Lors d'une sortie nocturne, Michael croise le regard de Star et en tombe immédiatement amoureux. Le hic, c'est que la jolie jeune femme est la compagne de David, le chez des vampires. Michael se retrouve embarqué dans une aventure dont les conséquences vont être terribles : invité à boire un breuvage dont il ignore l'origine, il va peu à peu se transformer lui-même en vampire. Il ne pourra compter que sur son frère ainsi que les deux amis de celui-ci, les frères Frog, pour espérer pouvoir redevenir le jeune homme qu'il était avant sa rencontre avec la bande de motards.
L'un des principaux atouts de Génération Perdue est d'ignorer une partie de la mythologie du vampirisme pour se concentrer sur son époque. Celle des années quatre-vingt, ses voyous organisés en bandes, ses familles éclatées, et même le SIDA, ici, représenté par le rituel durant lequel Michael boit le sang de David et est ainsi infecté. On nage en pleines années 80. La musique et le look des personnages ne trompe personne sur l'époque. Rock FM, coiffures 'fauves', néons, le film de Joel Schumacher est une chasse aux vampires organisée par un trio de gamins, ajoutant à son aspect fantastique, une bonne dose d'humour. A part quelques effets gore dont un du plus bel effet (la scène de la salle de bain vers la fin du film), le film peut se voir comme un bon divertissement familial. S'inscrivant dans une époque révolue et accusant quelque peu son âge, le film risque de déplaire au jeune public d'aujourd'hui, sevré aux Saw et autres torture-porns. A réserver d'abord à ceux qui le découvrirent en salle à l'époque de sa sortie...





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