Tout le monde connaît
l'histoire : les morts sont sortis de leur tombe et ont envahi
la planète toute entière. La moindre morsure infligée à un être
encore en vie, et celui-ci rejoint les rangs des zombies après avoir
subit une longue agonie. Zombie (Dawn
of the Dead),
le quatrième volet de l'hexalogie réalisée entre 1968 et 2009 par
le réalisateur américain George A. Romero fait suite à La
Nuit des Morts-Vivants (The
Night of the Living Dead),
premier volet d'une saga des morts-vivants ayant redéfini les codes
du genre en transformant les morts-vivants en être décharnés
avides de chair humaine. Si la version que nous connaissons de Zombie
demeure objectivement la meilleure d'entre toutes grâce aux
connaissances en terme de montage du réalisateur italien Dario
Argento, il faut savoir qu'il en existe plusieurs autres. La plus
célèbre alternative à la version européenne qui dure cent-dix
sept minutes reste la version séminale réalisée au départ par
George Romero lui-même. Une version américaine plus longue d'une
dizaine de minutes mais aussi nettement moins rythmée. Et surtout,
bénéficiant d'un score fidèle au style vieillot du premier volet
datant de 1968 mais totalement désuet et peu en accord avec ce
second volet de la saga. La refonte effectuée par Dario Argento
permet au long-métrage de George Romero de le débarrasser de tout
superflu et lui permet de gagner en intensité ainsi qu'en modernité
grâce à la formidable musique du groupe italien Goblin.
Moins
connue, la version intitulée Dawn Of The Dead:
The "Extended Mall Hours" Cut est
l’œuvre d'un fan qui a regroupé en 2008 la version diffusée à
l'époque au festival de Cannes dans le sud de la France et le
montage de Dario Argento. Plus proche du montage initial de George
Romero que de celui de Dario Argento, cette version étend le film
sur une durée de deux heures et trente-six minutes dans lequel,
beaucoup de scènes de dialogues ont été ajoutées ainsi que
quelques séquences parmi lesquelles la décapitation d'un
mort-vivant à l'aide d'une pale d'hélicoptère. Cette version
permet surtout, tout comme celle de George Romero, de percevoir
l'immense apport du travail effectué par Dario Argento sur la
version européenne. Mais s'il existe sans doute encore d'autres
montages en fonction des pays, le Japon s'est permis quelques
modifications qui devraient faire bondir les fans de l’œuvre des
réalisateurs américain et italien. En effet, outre de menus détails
dont la modification n'a pas vraiment d'importance, d'autres
modifient à outrance l’œuvre de George Romero...
Le
fait que le film soit fort logiquement doublé en japonais, que
l'intégralité des sons aient été retravaillés (les tirs d'armes
sont ridicules et les coups portés sonnent comme ceux des films de
karaté) ou que certains textes explicatifs aient été insérés ne
sont pas les faits les plus rédhibitoires. Non, ce qui pourrait
éventuellement agacer le fan de la première heure (bien que rien ne
l'oblige à s'imposer cette version) demeure dans le fait que deux
des principes fondamentaux faisant de Dawn of the
Dead
le film légendaire qu'il est aient disparu ! Déjà écourté
d'une dizaine de minutes par rapport à la version originale, cette
fois-ci, l’œuvre de George Romero passe de cent-dix sept minutes à
seulement quatre-vingt douze. Soit, si l'on calcule bien, vingt-cinq
minutes de métrage en moins. Un fait qui s'explique en raison de
coupes drastiques effectuées sur les nombreuses séquences gore qui
pour le coup, disparaissent toutes (les éditeurs japonais voulant
ainsi éviter les foudres de la censure). Adieu donc, le formidable
travail effectué par le maquilleur Tom Savini, certains trous étant
comblés alors par d'inattendus arrêts sur image (la femme noire
dont le compagnon dévore le bras en est un parfait exemple). Autre
ignominie imposée par cette version : la disparition pure et
simple du sublime score du groupe de rock progressif italien Goblin
pour une musique qui ne souffre absolument pas la comparaison (on
peut même y entendre Oxygène
Part.3 de
Jean-Michel Jarre lorsque l'hélicoptère survole le
centre-commercial !!!). Cependant, cette version raccourcie, remontée
et doublée en japonais se révèle une véritable curiosité. À
réserver aux japonophones ou à toutes celle et ceux qui connaissent
l’œuvre originale au point de n'avoir pas besoin de suivre les
dialogues...
Survival of the
Dead
sonne comme le testament du maître incontesté et incontestable du
film de zombies qui en pratiquement cinquante ans de carrière
(puisque mort le seize juillet 2017) a donné ses lettres de noblesse
au genre avant de tomber peu à peu en disgrâce la décennie
précédente avec ses deux derniers longs-métrages consacrés à son
hexalogie zombiesque. On parle évidemment de George A. Romero.
L'immense auteur de La Nuit des Morts-Vivants
(1968),
de Zombie (1978), et du Jour des Morts-Vivants
(1986). Mais également, et cela, tout le monde ne le sait peut-être
pas, des cultissimes Martin
en 1977, et Creepshow
en 1982. Après avoir exploré d'autres territoires durant les deux
décennies suivant le troisième volet de sa saga des morts-vivants,
ces derniers sont réapparus en 2005 à travers Le
Territoire des Morts
qui reste à ce jour, le dernier volet digne de cette saga avant la
chute consécutive au désastreux Chronique des
Morts-Vivants
sorti en 2008, et qui malgré les avis partagés mais généralement
approuvés, est bien le pire d'entre tous. Car non, le dernier
long-métrage de George A. Romero Survival of the
Dead
n'est pas le plus mauvais d'entre eux. Et même si cette dernière
exploration dans le domaine est loin d'atteindre les qualités de ses
prédécesseurs, il faut tout de même reconnaître qu'à une échelle
minuscule, il demeure davantage ''visible'' que le précédent.
Il
demeure assez difficile d'ailleurs d'expliquer pourquoi ce dernier
effort est très légèrement au dessus de l’infâme Chronique
des Morts-Vivants.
Peut-être parce que le cinéaste américain originaire de Pittsburgh
a eu la ''brillante'' idée d'abandonner le principe du Found
Footage.
Peut-être aussi parce que le film est sensiblement plus gore... mais
ça n'est par contre sans doute pas grâce à des dialogues qui
volent une fois encore très bas et s'avèrent parfois très
vulgaires (''J'te
laisserai bien m'lécher mais les mec savent pas y faire
[…] c'est
dommage qu'il n'y ait pas une autre salope dans l'coin''!!!).
Sans doute pas non plus grâce aux effets-spéciaux de François
Dagenais et aux effets visuel de Colin Davis qui usent et abusent des
CGI et donnent des résultats dignes des pires productions du genre.
Pourtant,
dans ce domaine, George A. Romero fait parfois preuve d'inventivité.
Ici, un zombie s'enflammant après avoir reçu une fusée de détresse
dans le thorax. Là, d'autres flottant dans un lac et tentant de
s'emparer d'un soldat. On pourra même imaginer que les scénaristes
de la série télé The
Walking Dead
se sont inspirés du film lors de la traumatisante séquence durant
laquelle, la tête d'une quinzaine de personnages est suspendues à
des pics et laissés ''vivants''. Lors d'un final assez gore
rappelant dans une moindre mesure les festins sanglants des seconds
et troisième longs-métrages du cinéaste, on aurait pu louer
l'ambition d'un George A. Romero se lâchant comme au bon vieux
temps. Mais trop tard, le mal étant fait. Avec son histoire opposant
deux familles rivales, ses militaires bas du front, et son absence de
morale, Survival of the Dead
clôt de la pire des manières, une saga qui débuta puis se
poursuivi brillamment jusqu'au début du siècle présent. À noter
que plusieurs projets sont en court, inspirés de l’œuvre de
George A. Romero. Les auteurs de La Nuit des
Morts-Vivants
semblent en effet sur le point de produire la suite de cet
authentique chef-d’œuvre tandis que le propre fils du réalisateur,
George Cameron Romero semble avoir prévu de tourner rien moins que
la préquelle du dit film. Mais les nouvelles à ce sujet se faisant
plutôt rares depuis un certain temps, on peut se demander s'il est
encore sur les rails...
Ahurissant de voir avec
quel engouement certains critiques ont encensé le cinquième volet
de l'hexalogie consacrée aux morts-vivants par le cinéaste
originaire de Pittsburgh, George A. Romero lors de sa sortie en 2008.
Consternant, même, au vu du pitoyable résultat qui ne vaut en
réalité guère mieux qu'une série Z fauchée comme les blés.
Après avoir été l'inspirateur de tant d'autres avec sa Nuit
des Morts-Vivants,
son Zombie
et son Jour des Morts-Vivants,
après avoir mélangé horreur, cannibalisme, résurrection,
épidémie, critique sociale, politique et militaire, le maître es
zombie a peu à peu perdu de sa superbe. On pourra encore sauver de
son œuvre ''zombiesque'' son Territoire des
Morts-Vivants
et ses zombies ''intelligents'' et le cruel Kaufman (Dennis Hopper),
mais certainement pas cette Chronique des
Morts-Vivants
laide à pleurer et employant une technique du found-footage déjà
vieille de quarante ans.
Une
mise en abyme, certes, du cinéma. Un film dans le film. Puis un
documentaire dans le film, à travers l'expérience d'abord vécue en
préambule par une équipe de journalistes, puis par un groupe
d'étudiants en cinéma parodiant ces petites bandes horrifiques mal
fagotées avec un sens de l'humour appréciable avant que George A.
Romero ne confonde la dite parodie avec le produit même de son
imagination dans ce qui reste comme son film le plus faible. Entre un
hôpital déserté, la traversée en camping-car d'un territoire
parsemé d'une ridicule poignée de macchabées retournés à la vie,
la rencontre avec les parents zombifiés de l'héroïne nous contant
son périple en voix-off ou celle des personnages avec la garde
nationale, Chronique des Morts-Vivants
enrobe son sujet de dialogues épouvantablement puérils, de
situations absurdes et d'effets-spéciaux de très mauvaise qualité.
Ce
cinquième chapitre de la saga des zombies de George A. Romero est
l'épisode de trop. Tourné à l'épaule comme n'importe quel
documentaire témoignant des débuts d'une situation qui en connaîtra une
bien des années en arrière aussi périlleuse que
celles vécues par les héros des trois premiers volets. Un reboot
mal fagoté et inutile. Un remaniement moderne et insupportable d'une
Nuit des Morts-Vivants
à ciel ouvert dont le vase-clos à été abandonné ici pour
transformer une intrigue claustrophobique au racisme rance en
road-movie à peine regardable. George A. Romero abandonne les
différents points de vue de ses personnages passés ainsi que la
féroce caractérisation de certains pour une vue à la première
personne qui ne fonctionnera jamais tant que nous seront imposés des
protagonistes mal campés et désastreusement mièvres. Qui s'émeut
alors de la tentative de suicide de Mary ? Qui se soucie ensuite de
sa mort et de sa transformation en zombie ? Qui pleure la
disparition de Gordo, devenu mort-vivant et abattu par sa fiancée
Tracy ? Personne ? Normal ! Qui peut donc se soucier
de ces individus à la personnalité survolée de si haut qu'il est
quasiment impossible de s'y attacher ? Chronique
des Morts-Vivants agonise
après seulement quinze petites minutes, et ce, malgré quelques
séquences qui laissaient présager le meilleur pour malheureusement
laisser la place au pire. Gregory Nicotero, lui-même originaire de
Pittsburgh, a beau avoir derrière lui une solide expérience dans le
domaine des effets-spéciaux, aucun d'eux ne vaut les brillants
effets gore produits dans le passé par Tom savini. Il est donc
conseillé d'oublier très vite toute idée de voir Chronique
des Morts-Vivants comme
un segment à part entière de la saga des zombies de George A.
Romero. Plutôt comme un sursaut malodorant d'une obsession qui
poursuivit son auteur jusqu'à la fin de ses jours...
Les morts ont
définitivement pris possession de notre planète et les quelques
dizaines de milliers de survivants qui ont encore la chance d'être
en vie sont parqués dans une ville scrupuleusement gardée par
l'armée. Au beau milieu de cette citée vouée aux différents
trafiques trône une tour immense où vivent quelques centaines de
privilégiés. Fiddler's Green prône le retour à la vie d'avant,
avec ses boutiques par dizaines et son apparente tranquillité. Du
haut de cette tour, Kaufman dirige la ville et fait affaire avec
Cholo DeMora, chef d'un commando de mercenaire qui rêve de poser les
armes et de venir s'installer dans l'un des nombreux appartements de
la tour Fiddler's Green. Mais Kaufman, lui, n'est pas de cet avis.
Cholo part alors dans une croisade et est bien décidé à faire
payer le prix du sang à celui qui a refusé de l'y accueillir. Pour
contrer la menace que représente le mercenaire, Kaufman engage alors
Riley et Slack pour arrêter Cholo qui vient de plus de s'emparer
d'un véhicule lourdement armé.
Mais la menace vient
également d'ailleurs. En effet, l'armée des morts est en route pour
Fiddler's Green. Dirigée par Big Daddy, un zombie un peu plus
intelligent que ses congénères, les cadavres déambulent, s'arment,
et marchent vers la ville et sa tour. Le fleuve qui les sépare de
leur but ne devient bientôt plus qu'anecdotique et le massacre entre
vivants et morts peut alors commencer...
Vingt ans après le
troisième volet de la saga des morts-vivants initiée en 1968 avec
La Nuit des Morts-Vivants, et poursuivie en 1979 et
1985 avec respectivement Zombie et Le Jour des
Morts-Vivants, le cinéaste George Romero, grand spécialiste
de la question des zombies revient donc avec le quatrième épisode
d'une saga qui en compte six jusqu'à maintenant. Si depuis quelques
années le mythe du mort-vivant connaît un essor phénoménal à
travers des dizaines de films et quelques séries télévisées bien
senties, c'est bien grâce à ce Territoire des Morts.
Loin d'être totalement dépassé par ses suiveurs, le cinéaste
montre une fois de plus qu'il demeure le meilleur dans la catégorie
qui l'a fait connaître des décennies plus tôt.
Avant d'être un film
authentiquement gore, LeTerritoire des Morts
est tout d'abord un film d'action. Voire même, une œuvre de guerre.
Dans un univers qui s'inspire aussi largement du New-York
1997
de John Carpenter que de tout un pan du cinéma d'anticipation des
années quatre-vingt, le film est une très belle réussite et
relance le mythe et la saga abandonnée (mise de côté serait-il
plus judicieux de dire) vingt années auparavant.
Les
effets-spéciaux conservent le charme d'antan, l'usage du latex étant
encore à l'époque fort coutumier. Pourtant, on y aperçoit déjà
les prémices des effets numériques. Non pas que Le
Territoire des Morts
soit le premier à lancer la mode des effets gore numériques, mais
dans le vaste domaine des films d'horreur basés sur la mythologie
des morts-vivants, il semble faire partie des fondateurs.
George
Romero profite du récit pour y inclure une critique sociale dont il
a l'habitude. Son œuvre creuse un fossé entre morts et vivants, et
même entre vivants eux-mêmes. On assiste aussi à l'humanisation des morts-vivants qui désormais communiquent entre eux et sont capables de se munir de divers ustensiles pour se défendre et combattre leur principal ennemi, l'homme. Contrairement aux chapitres
précédents, le cinéaste inclus quelques têtes bien connues du
septième art sans que cela ne nuise à la crédibilité de l’œuvre.
En effet, on y découvre les acteurs Robert Joy, Simon Becker, John
Leguizamo et surtout Dennis Hopper. Il convoque même la propre fille
du cinéaste Italien Dario Argento, la très
sulfureuse Asia. Si l'on demeure encore loin des cultissimes Nuit
des Morts-Vivants et Zombie,
à l'époque, Le Territoire des Morts
parvenait à réconforter ceux des fans qui pouvaient douter des
capacités de George Romero à renouveler le genre. Malheureusement,
la suite allait nous démontrer les limites d'un courant et peut-être
même celles de celui qui lui donna ses lettres de noblesse...
Avant d'aborder la seconde trilogie de George Romero consacrée aux Morts-vivants, petit retour sur Document Of The Dead, excellent documentaire retraçant le parcours du tournage de Dawn Of The Dead avec images et témoignages à l'appui. Aujourd'hui, première partie consacrée à la Pré-production ainsi qu'à la production.
Document Of The Dead
s'ouvre sur une scène dans laquelle Groucho Marx déclare :
"C'est comme la vie à Pittsburgh, si on peut appeler ça une
vie". C'est ainsi donc que démarre ce très instructif
documentaire essentiellement porté sur les deux premiers volets de
la première trilogie des morts-vivants de George Romero. Le cinéaste
nous explique que tourner dans la petite ville de Pittsburgh est
différent que partout ailleurs. C'est peut-être ainsi pour la
liberté qu'elle lui offre que George s'y sent si bien. Elle lui
permet de faire ce qu'il veut sans être influencé par tout ce qui
touche à la mode. Un esprit d'indépendance qu'il s'efforcera
d'ailleurs de conserver tout au long de sa carrière.
A l'origine de ce
Document Of The Dead, des
étudiants de la School Of Visual Arts. Réalisé par Roy Frumkes, ce
documentaire aborde les étapes essentielles qui vont de la
pré-production à la distribution en passant par la post-production.
On y fait la connaissance des plus importants élément humains du
projet. A commencer par George Romero lui-même. Puis le producteur
Richard Rubinstein. Le chef-opérateur Michael Gornick, Carl
Augenstein, le chef-électro, Tom Savini, le célèbre spécialiste
des effets-spéciaux (qui dans Zombie
porte également les costumes d'acteur et de cascadeur). Et enfin les
principaux interprètes de Dawn Of The Dead,
Ken Foree, Scott Reiniger et David Emge.
Pré-production:
La
pré-production concerne avant tout l'écriture, le financement ainsi
que l'organisation du tournage. C'est ainsi l'occasion pour nous de
découvrir le style de Romero, et ce, à travers les premières plans
de Martin, l’œuvre
qu'il a mise en scène juste avant Zombie.
Une approche qui privilégie l'image à la parole. Ce sont les
détails et l'action qui définissent le rôle des personnages et
notamment celui de Martin. C'est durant la phase d'écriture que naît
le montage. Il y apparaît dans ses grandes largeurs. On notera
d'ailleurs que pendant le tournage, le cinéaste ne change rien au
script. Le plus flagrant étant le portrait du héros de La
Nuit Des Morts-Vivants dont le
script ne donne aucun renseignement sur la couleur ou les origines.
Ce qui remet en cause certaines idées qui peuvent naître de
certaines actions durant le film. Quand à l'ironique conclusion,
elle arbore un visage bien différent lorsque l'on apprend que
l'acteur principal du film a été choisi non pour sa couleur mais
pour son talent. Dès les débuts de Martin, Romero joue avec le
temps, définissant ainsi une dimension supplémentaire très facile
à déchiffrer (l'image passe de la couleur au noir et blanc) et
qu'il ne fera qu'accentuer durant l'intrigue. Le premier montage de
Martin durait presque 2h45. Celui de Dawn Of The Dead original fut
lui aussi très long, ce qui explique sans doute les différentes
versions disponibles selon les régions. Mais ce qui apparaît si
long n'est en fait que l'accumulation de descriptions concernant les
nombreuses scènes d'action du film et dans lesquelles Romero s'est
perdu.
Romero
serait-il influencé par Hitchcock ? Le cinéaste se revendique
avant tout de Welles et Hawks. Il reconnaît avant tout que le propre
du cinéaste est de s'inspirer de ce qu'il a vu, de ce qu'il aimé.
Afin d'appuyer ses propos, quelques images de La Nuit Des
Morts-Vivants montrent une
technique qu'employait déjà le célèbre cinéaste anglais. La
Nuit... fut même comparée au
cinéma muet. On découvre la source d'inspiration de Romero. En tout
cas, le film qui lui a fait aimer ce cinéma d'épouvante auquel il
donne vie : La Chose D'Un Autre Monde.
On peut d'ailleurs noter des similitudes entre ce dernier et le
Zombie de Romero. Le
confinement des personnages qui pourtant, sont loin d'être en
sécurité. Le danger est partout et même, à une échelle plus ou
moins importante, il ne permet jamais aux héros de souffler ne
serait-ce qu'un instant.
Si
Richard Rubinstein finance le projet, George Romero conserve
cependant un contrôle total en ce qui concerne la créativité. Il a
écrit le scénario, réalisé le film, puis l'a monté. Mais
Rbinstein n'a pas seul financé le projet. Il a fallut également
compter sur le soutien du groupe Dario Argento en Italie. Un
financement important qui, de l'aveu de George Romero est un avantage
et non une contrainte.
Production :
L'équipe
tourne maintenant depuis huit semaines dans un immense centre
commercial. Si le résultat à l'écran est trompeur, Romero a le
droit de n'utiliser les vastes locaux que de 23h à 7h du matin.
Aujourd'hui, l'équipe tourne la fameuse scène des tartes à la
crème. Une scène totalement improvisée et tournée dans le calme
et la bonne humeur. Deux traits de caractère qui définissent assez
bien le personnage de George Romero qui préfère tourner dans des
conditions idéales plutôt que d'imposer des pressions à ses
acteurs ainsi qu'à son équipe de tournage. Le cinéaste aime
également se sentir en confiance, ce qui est le cas sur le tournage
de Dawn Of The Dead. Plutôt que d'agir comme un véritable
dictateur, il préfère écouter les suggestions de ses
collaborateurs, quitte à effectuer quelques modifications.
Les
fêtes de fin d'année arrivent. Ce qui pose un problème car bien
sûr, le magasin va bientôt connaître des changements au niveau de
la décoration. C'est ainsi que le tournage est interrompu afin
d'éviter de perdre du temps. George Romero en profite pour monter ce
qui a pour l'instant été tourné.
Comparativement,
Dawn Of The Dead. Possède beaucoup plus d'effets-spéciaux
que tous les autres films de Romero. Une charge de travail que l'on
doit au grand spécialiste qu'est Tom Savini qui selon les besoins
pouvait avoir de cinq à deux-cent maquillages à réaliser. Le
maquilleur explique la technique employée pour créer un zombie. On
en apprend également davantage sur la technique employée pour les
impacts de balles et les explosions. Tom Savini interprète dans le
film le rôle d'un biker. Cette nuit, c'est sa disparition qui est
filmée. Une scène durant laquelle il doit effectuer une cascade
l'obligeant à sauter par dessus une rambarde située au premier
étage du centre commercial. La scène nous est montrée alors sous
deux angles différents : Le tournage ainsi que la scène telle
qu'elle est visible le film une fois terminé.
Malgré
l'impression de désordre qui transpire parfois de certains plans, on
constate que Romero connaît par cœur le story-board. Les plans,
lorsqu'ils ne sont pas purement improvisés ne sont pas le fruit du
hasard mais les conséquences d'une véritable réflexion de la part
du cinéaste. La meilleure preuve est d'ailleurs visible dans le
court extrait de Martin qui démontre le fruit d'un travail
sur le story-board et le montage tout à fait stupéfiant.
Malgré
le script du départ, il a fallut se rendre à l'évidence. Tourner
dans un aussi vaste décor oblige à faire quelques concessions. Il a
fallut intégrer l''équipe à la vie du centre commercial. Les
propriétaires des lieux étant sensibles au cinéma, ils ont accepté
de le prêter généreusement. Payer pour pouvoir y tourner son film
aurait été impossible pour George Romero. L'éclairage lui-même
pose un problème. L'immensité des locaux oblige le chef-électro à
revoir sa copie. Il doit en effet être capable de répondre à
chaque impératif comme celui de couvrir cent mètres à l'aide d'un
projecteur. Le résultat sur l'écran est pourtant bluffant.
Lors
de la fameuse scène des camions de Dawn Of The Dead. Romero
isole les trois acteurs y intervenant afin de manipuler les images.
Mêlant différentes techniques, il y accentue le suspens, le rythme
et la tension. Retour sur La Nuit Des Morts-Vivants et l'un
des plus extraordinaire plan de l’œuvre. Un zombie y est filmé en
gros plan avant de reculer et de reveler la présence d'une armée de
congénères. Le danger qui n'était jusque là qu’imminent est
désormais bien présent. En se servant de l'espace, Romero accentue
le danger. Maîtrisant un sujet qu'il n'a jamais vraiment étudié,
le cinéaste fait preuve d'un instinct remarquable.
Dix-huit ans après "La Nuit Des Morts-Vivant" et huit après "Zombie", George Romero revient une fois de plus nous conter l'effroyable parcours de ses morts sortis de terre. Ils n'ont jamais été aussi nombreux qu'en cette année 1986. Durant les huit années qui séparent le précédent volet de la saga de "Day Of The Dead", les zombies ont eu le temps de conquérir la totalité des territoires et malgré leur évidente décrépitude physique, ils n'ont jamais été aussi puissants. Certains paraissent aujourd'hui capables d'utiliser des objets simples et se meuvent un peu plus rapidement que par le passé.
Une fois encore, George Romero va cantonner ses personnages dans un lieu unique, foyer de toutes les dissensions. Après quelques minutes, on regrette presque les images prometteuses du début et qui laissaient présager une aventure palpitante au cœur d'une cité investie par une légion de morts-vivants. Alors que ces derniers sont sortis de terre il y a plusieurs décennies, l'homme, lui, décide de s'y enfoncer. Une base militaire sert de cadre à ce nouveau huis-clos.
Alors que le major Cooper vient de mourir, le capitaine Rhodes (Joseph Pilato déjà aperçu dans le rôle d'un agent de police dans la version extended de "Zombie") prend sa place au commandement. Une dizaine de militaires, trois scientifiques, un pilote d'hélicoptère et un mécanicien constituent l'ensemble du personnel présent dans la base. Si le major Cooper n'était déjà pas un tendre, Rhodes, lui, se comporte en véritable tyran et fait presque regretter aux scientifiques la disparition de l'ancien dirigeant. Si du coté des soldats, aucun n'a de soucis à se faire, la présence et l'utilité de Sarah et du docteur Ted Fisher sont remis en cause quotidiennement par le capitaine Rhodes. Le pilote John, le technicien William et même Logan, le seul scientifique qui parvient encore à impressionner Rhodes et que tout le monde surnomme Frankenstein, n'ont quand à eux pas encore trop de mouron à se faire.
Le rôle des militaires étant à l'origine de protéger les scientifiques lors de leurs travaux de recherche afin d'éradiquer les morts-vivants, ils semblent avoir oublié la raison de leur présence et passent le plus clair de leur temps à maltraiter le personnel en blouse blanche. Si les moins dangereux se contentent de boire et de faire pousser de l'herbe en surface, le danger vient bien de Rhodes mais aussi et surtout des soldats Steel et Rickles. Ces derniers opposent une ferme résistance aux besoins des scientifiques et se comportent en véritables despotes. Le soldat Miguel quand à lui, se révèle plutôt lâche et incapable d'assumer son rôle de protecteur. C'est même Sarah, avec laquelle il entretient une relation, qui joue ce rôle face à la présence non seulement des morts-Vivants mais aussi celles de Steel et Rickles qui profitent des faiblesses de l'homme pour lui en faire voir de toutes les couleurs.
Au compte goutte, les militaire prélèvent quelques spécimens de morts-vivants errant dans une galerie sombre afin de permettre au docteur Logan de travailler sur ses recherches. Son laboratoire s'encombre chaque fois de plus en plus de cadavres sur lesquels il opère de terrifiantes explorations. Attachés sur des brancards et vidés de leurs organes vitaux, le médecin fou n'hésite pas à se servir des cadavres d'anciens soldats, mettant ainsi sa vie en péril ainsi que celles de Sarah et de Ted. Bientôt, Rhodes menace les scientifiques de se débarrasser d'eux s'ils ne lui donnent pas très vite des résultats concluants.
Comme c'est à chaque fois le cas, les dissensions vont être la cause directe de la perte de contrôle des militaires et causeront la mort d'une grande partie des habitants de la base souterraine.
Domestication des morts:
Depuis le début de la saga, on note une constante évolution. Dans "La Nuit Des Morts-Vivant" les zombies se comptaient par dizaines, pas plus, et ne faisaient qu'errer sans autre but que celui de trouver de quoi se nourrir. George Romero en a fait des créatures anthropophages capables, d'une simple morsure, d'inoculer le virus dont ils sont atteints. On devinait déjà, alors, le sort de la petite fille allongée dans la cave. Mais tout n'était encore que suggéré. Dans "Zombie", on assistait clairement à la lente agonie d'un des quatre héros mordu au bras et à la jambe. Les morts quand à eux semblaient peu à peu se doter d'infimes facultés leur permettant de s'armer très maladroitement d'objets divers. L'homme affirmait que les morts n'étaient en aucun cas anthropophages puisqu'ils ne s'attaquaient jamais à leurs semblables (morts eux aussi) mais seulement aux vivants. Ce détail pouvait se révéler sensiblement rassurant puisque l'idée même d'être dévoré vivant par ses semblables fait partie des raisons qui rendent si terrifiantes ces créatures. Sans véritable transition, on découvre maintenant que ces dernières peuvent être éventuellement domestiquées.
Le docteur Logan conserve dans son laboratoire un spécimen de mort-vivant bien différent des autres. D'ailleurs, il est à noter que les morts dans "Day Of The Dead" ont, malgré les apparences, l'œil bien plus vif que par le passé.
Bub est ce spécimen que Logan garde encore jalousement. Malgré son effrayante apparence, il semble être le candidat idéal au retour vers une illusion d'humanité. On devine même son désir de s'exprimer face à celui qui peu à peu, lui réapprend des choses aussi simples que d'allumer et d'éteindre un magnétophone. Si la musique que lui fait entendre Logan semble avoir un effet sur lui, on se sait en revanche pas si elle lui rappelle sa vie passée ou si elle réside dans une certaine curiosité face à une chose tout à fait nouvelle. Ce qui par contre est très clairement démontré, c'est l'instinctif désir qu'il a de manger de la chair humaine et qui prend toujours le dessus comme c'est le cas lorsque Logan lui présente un saut rempli de viande sanguinolente. Bub est la preuve vivante que les expériences menées par l'équipe scientifique sert l'avenir de l'humanité. Sauf que les militaires voient les choses sous un angle bien différent, et ce, par la fautes des dérives dont est responsable Logan.
D'un coté, les militaires choisissent de réduire l'arrivage des spécimens mis à disposition du docteur. D'un autre, ce dernier ne trouve pas d'autre choix que d'aller puiser parmi les cadavres des militaires et notamment celui du major Cooper décédé récemment. Si jusqu'à maintenant il est parvenu à maintenir une certaine forme de respect de la part du capitaine Rhodes, tout va basculer dans l'horreur lorsque ce dernier constatera que la nourriture dont se nourri Bub n'est autre que de la viande prélevée sur le cadavre du major Cooper.
Effets-spéciaux:
La cité dans laquelle nos héros partent à la recherche de survivants au début du film aurait été un terrain de jeu formidable mais George Romero a préféré, une nouvelle fois, les enfermer dans un environnement clos. Pourtant, il suffit d'explorer du regard les rues jonchées de détritus, les devantures de magasins encore ouvertes et les dizaines de véhicules abandonnés pour imaginer l'extraordinaire jeu de cache-cache auquel auraient pu s'adonner les personnages. Lorsque l'ombre et le bruit de pas trainant du premier mort nous parviennent, on se souvient du doux frisson qui nous parcouru lors de la découverte de "Zombie" quelques années en arrière. On retrouve le teint si spécifiques des morts de Romero. Quoique, ils semblent être passés du vert au bleu mais se meuvent toujours d'un pas lourd et incertain. Avec amusement, on constate que certains ont même été oubliés lors de la séance de maquillage. Le travail accompli par contre sur les cadavres entreposés dans le laboratoire de Logan est bluffant. Rien ne nous est épargné des expériences du médecin un brin déjanté et les entrailles, cerveaux et autres corps dont sont extraits tels ou tels organes sont d'un réalisme assez troublant. On est loin ici du gore noyé sous des centaines de litres d'hémoglobines et pourtant, du sang, il va y en avoir. Il est rarement gratuit et traduit parfois le désir enfoui en chacun de nous de voir mourir certains dont le comportement fini par nous insupporter. L'orgie finale est à ce propos, particulièrement réjouissante: Les morts-vivants s'érigent (bien involontairement) en justiciers et, introduits dans la base par Miguel, éliminent un par un, Steel, Rickles et Rhodes. Les effets-spéciaux atteignent un degré de détail époustouflant, dépassant tout ce que l'on a pu voir jusqu'à maintenant. Savini prouve une fois de plus qu'il est le meilleur dans sa partie.
Remakes:
Ainsi s'achève donc la première trilogie de George Romero consacrée aux morts-vivants. Ces derniers ne donneront plus signe de vie durant presque vingt ans. Un mal peut-être nécessaire et qui a (peut-être) permis au cinéaste de renouveler le genre. Car si l'on tient compte du fait que malgré ses qualités, "Day Of The Dead" parvient avec difficulté à égaler les deux volets qui l'ont précédé (surtout au niveau du scénario et de la mise en scène plutôt mollassons), on espère toujours retrouver la force de ces derniers. Un remake de chacun des trois volet a été réalisé avec plus ou moins de chance. Tom Savini s'est lui-même chargé de celui consacré à "La Nuit Des Morts-Vivants". Le film n'est pas mauvais en soit mais l'on s'attendait (trop?) à une surenchère au niveau des effets-spéciaux. Ils restent somme toute assez sobres et le film ne parvient pas, malgré toute la bonne volonté de Tom Savini, à se hisser à la hauteur du classique de Romero.
En 2004, soit vingt-six ans après l'original, Zack Snyder réalise le remake de "Zombie" sous le titre évocateur "L'armée Des Morts". Le film possède indéniablement des qualités propres. L'histoire est menée sur un rythme trépidant et les acteurs sont plutôt à l'aise dans leur rôle. Les morts, eux, sont bien plus véloces que par le passé. Alors qu'avant ils déambulaient sans but véritable et d'une exaspérante lenteur, aujourd'hui, ils courent comme des dératés avec pour seul espoir, que d'enfoncer leurs dents dans la chair bien fraiche de l'un des héros. Malgré leur jeunesse, les effets-spéciaux n'arrivent jamais à égaler ceux de Savini même s'il faut reconnaître qu'il restent tout de même de qualité.
Quatre ans plus tard, C'est Steve Miner qui s'attaque au remake du "Jour Des Morts-Vivants". Lui qui nous régala dans les années quatre-vingts avec de petites productions forts sympathiques (House – 1986) signe ici une véritable abberation. D'abord, il ne s'agit pas vraiment d'un remake mais plutôt d'une préquelle au film de Romero qui s'inserre de manière vraiment maladroite dans la chronologie. Ce qui choque vraiment dans cet ersatz, ce sont les morts eux-mêmes. Il courent bien trop vite, se déplacent au plafond et font des bonds de plusieurs mètres de haut. Mais le pire reste encore leur transformation immédiate lorsqu'ils passent de vie à trépas. Lorsqu'ils s'éveillent de leur mort toute récente, leur visage se transforme en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire en une bouillie sanguinolente. Grotesque !!! (voir aussi l'excellent article écrit par Arnaud sur son non moins excellent blog "Donc Acte !").
La saga des morts-vivants de George Romero:
Night Of The Living-Dead (1968): ★★★★★★★★★☆
Dawn Of The Dead (1978): ★★★★★★★★★☆
Day Of The Dead (1986): ★★★★★★★☆ ☆☆ Land Of The Dead (2005): Diary Of The Dead (2007): Survival Of The Dead (2009):
Les remakes:
Night Of The Living-Dead (1990): ★★★★★☆☆☆☆☆
L'armée Des Morts (2004): ★★★★★★☆☆☆☆
Day Of The Dead (2008): ★☆☆☆☆☆☆☆☆☆
1978. Dix ans que les morts se sont levés. Qu'ils sévissent. Qu'ils dévorent sans distinction d'age ou de sexe leur congénères, eux, encore bien vivants. Le cinéma de George Romero a pris des couleurs. L'amateurisme a laissé place à une plus grande maîtrise du sujet. Peut-être cette dernière est-elle dû à l'implication de Dario Argento dans le projet mais cela, nous en reparlerons plus loin. Tom Savini est enfin de la partie. Avant de réaliser les extraordinaires maquillages de "Zombie" et du très glauque et très flippant "Maniac" de William Lustig, l'homme a fait se premières armes sur le malsain "Deranged : Confessions Of A Necrophile" et sur le curieux "Martin" justement réalisé par Romero lui-même. "Dawn Of The Dead" est donc leur second collaboration. Le spécialiste des effets-spéciaux gore faillit réaliser ceux du premier volet tourné en 1968 mais fut enrôlé au Vietnam en tant que photographe de guerre.
Petite précision avant de continuer : Cet article est basé sur la version européenne du film qui, à mon humble avis, surpasse très nettement la version diffusée aux États-Unis. Ce qui frappe tout d'abords, c'est évidemment le passage à la couleur. On imagine bien avant d'y assister, l'impact que pourront avoir les nombreuses scènes d'horreur ainsi exhibées dans leur couleur d'origine. Ensuite, l'espace réservé à l'intrigue semble avoir été étendu jusqu'aux confins d'un pays en plein désarroi. Si une fois de plus les protagonistes vont batailler contre de redoutables bandes de morts-vivants plus déterminés que jamais à leur faire la peau, ce sera dans un univers bien plus ouvert que l’exiguïté d'une demeure en pleine campagne. Toujours sous le sceau du huis-clos, les quatre personnages principaux vont avoir à faire face à plus d'un problème. Les plus dangereux ne seront une fois de plus pas ceux auxquels on aurait pensé.
Un immense centre commercial. Des boutiques par dizaines, et des zombies par milliers. Une femme et trois hommes finissent par s'y enfermer, certains d'y trouver de quoi y vivre pour longtemps. Si les morts sont nombreux, ils sont en revanche assez lents et incapables de se défendre face à des hommes lourdement armés et bien plus vifs. Sans doute nos quatre héros comptent-ils là dessus pour avoir toujours la main mise sur leurs assaillants. Qui n'a pas rêvé de se promener un jour entre les rayons de son magasin préféré et de s'y servir à volonté sans avoir à mettre la main au porte-monnaie ? Malgré la présence permanente d'une armée de morts-vivants, nos personnages s'acclimatent finalement plutôt bien de leur nouveau mode de vie. Ils se saisissent d'armes et de munitions trouvées dans une armurerie tout aussi bien que de choses parfaitement inutiles.
Transmission du virus :
Pour la première fois, et alors que dans "La Nuit Des Morts-Vivants" l'idée était à peine suggérée, on va assister à l'agonie de l'un des héros par l'entremise d'une tragique et lente mutation faisant suite à la morsure d'un zombie. Un peu trop confiant, il va un peu vite oublier le danger que représentent ces êtres décharnés et va finir entre les mâchoires de l'un d'entre eux. Si au tout début, des retombées radioactives furent à l'origine de l'apparition des tout premiers morts-vivants, leur croissance s'est faite dans l'ignorance générale. Le héros malchanceux est à l'image des milliers, voire des millions, qui déjà avant lui sont tombés entre les griffes de zombies affamés et sont venus ensuite grandir leurs rangs.
Effets-spéciaux :
Si en 1968 les effets-spéciaux étaient encore rudimentaires, dix ans plus tard, le bond effectué est saisissant. Les quelques bouts de latex et autres abats récupérés à la boucherie du coin ont laissé place à l'imagination délirante de Tom savini, maître incontesté en matière d'effets-spéciaux gore. Ici, les morts ne se contentent plus de mâcher un bout de viande récupéré sur on ne sait quelle partie du corps de leur victime mais plongent littéralement les mains et la gueule dans les entrailles. Là, un macchabée prélève à coups de mâchoire de grandes portions de viande sur l'épaule et l'avant-bras de son épouse. Plus loin, un biker est assailli par une dizaine de zombies et finit éventré et dévoré vivant. Et tout ça en gros plans, sans coupure ni précaution envers les âmes sensibles.
A l'époque, l'effet était immédiat. Que l'on se rassure, aujourd'hui aussi. Beaucoup, et même la majorité des films gore proposent des effets brouillons. Ça pisse de partout mais n'impressionne que très rarement. Graphiquement, "Zombie" reste un monument de l'horreur et même si avec le troisième volet ("Day Of The Dead") Tom Savini parviendra à un niveau de détail extraordinaire, son travail sur "Dawn Of The Dead" est déjà remarquable. Les têtes explosent par dizaines. Les maquillages faciaux, eux, restent relativement sobres. Le visage des morts-vivants est peint d'un vert maladif et quelques estropiés semblent avoir été embauchés afin de simuler l'apparition de morts-vivants partiellement amputés dont on ne sait quelle manière. Tom Savini fait une apparition remarquée. Il ne la fait pas seulement sous l'aspect d'un simple figurant mais sous celle d'un biker totalement barge qui exécute les morts-vivants à coup de machette et de revolver.
Le danger vient d'ailleurs:
Si la prolifération de créatures est à travers la saga de Romero l'un des aspects les plus inquiétant, le danger vient le plus souvent de l'homme lui-même que de ceux qu'il pourchasse. Si dans "La Nuit Des Morts-Vivants" il vient du duel permanent entre Ben et Harry, deux hommes que tout oppose, dans "Zombie" c'est l'autorité représentée par Roger et Peter qui est mise à mal par une bande de voyous à motos et armés jusqu'aux dents. Ces derniers tuent, pillent les magasins et emportent ce qui, vu l'état actuel des choses, ne le servira pas à grand chose. Tant qu'il ne s'en prennent qu'aux morts-vivants tout va bien. Mais dès qu'ils fleurent la présence de nos héros, tout bascule dans une horreur encore plus insupportable que toutes celles auxquelles on a assisté jusqu'ici. C'est l'apocalypse. Un mélange de bruit, de hurlements et de sang qui ne laissera personne indemne et qui ne prendra fin qu'au moment du festin abominable des morts. D'ailleurs, on est bien obligés de constater que ces derniers ressortent vainqueurs du carnage qui vient d'avoir lieu puisqu'ils finissent par se réapproprier les lieux après le départ des rares survivants.
Des morts guère différents des vivants:
Comme le dit si bien Peter à un moment donné, la présence des morts dans cet immense centre commercial entouré de galeries n'est qu'un réflexe venu du passé, des habitudes qui furent les leurs du temps de leur vivant. Peut-être est-ce une manière aussi pour George Romero de faire une critique sur la consommation à travers le regard presque figé et le pas lent d'une armée de macchabées venus sans but précis fouler le sol de dizaines de magasins. Image amusante, certains semblent d'ailleurs venus faire du lèche-vitrine lorsque derrière certaines d'entre elles, nos héros sont venus se réfugier. Combien attendent-ils l'ouverture des portes afin de se ruer sur l'objet de leur désir?
A l'image de la cave dans "La Nuit...", le supermarché est ici comme un immense refuge, une sorte de labyrinthe qui permettra aux héros, en cas de danger, de fuir leurs assaillants. Il y a beaucoup d'issues et donc les échappatoires sont nombreux. Sauf que chacun peut cacher un danger. On trouve dans le centre commercial tout ce qu'il faut pour tenir un siège durant des mois: De la nourriture, des vêtements, des armes, et même des bijoux. Comme la bague qu'aimerait offrir Stephen à sa compagne Fran. C'est peut-être pour tout cela que les personnages choisissent malgré les recommandations de l'un d'eux, de rester dans le supermarché. Et puis, tout n'y est pas plus dangereux que partout ailleurs. Et d'ailleurs, où aller?
Fran est peut-être celle qui se trouve dans la position la plus délicate vu son statut de femme. C'est pour cette raison que jamais les hommes du groupe ne lui demandent conseil. Encore moins depuis qu'il la savent enceinte. Malgré tout, elle parvient à faire entendre sa voix et même imposer ses idées. Comme d'apprendre à piloter l'hélicoptère dont seul Stephen connait les mécanismes. Elle apprend également à se servir d'une arme. C'est peut-être ce qui sauvera la vie de Roger dans un premier temps.
Versions européenne VS version américaine:
Si derrière "Dawn Of The Dead" se cache tout d'abord George Romero, l'implication du cinéaste italien Dario Argento est pour beaucoup dans la version que nous connaissons en Europe. L'auteur du fantastique "Les Frissons De L'Angoisse" a su imposer sa patte grâce à un montage bien différent de celui visible dans la version américaine. Plus nerveuse, l'œuvre gagne en puissance et en intensité. De nombreuses scènes ont tout bonnement été coupées et ce n'est pas un vain mot que de dire qu'il était nécessaire d'agir ainsi. 8 minutes ont ainsi disparu du métrage et donnent une vision de l'ensemble bien différente de l'original. Le résultat est là: De la pure bande horrifique, Argento en fait un savant mélange de film d'horreur et d'action. Cette dernière est d'ailleurs si présente qu'en occultant volontairement les nombreuses scènes gores, on ne distingue plus qu'un film où l'action est menée sur un train d'enfer.
L'autre point essentiel se trouve dans la partition musicale. Si dans la version américaine on entend ça et là les compositions de l'excellent groupe italien The Goblins, la majeure partie de la bande-son est un désagréable melting-pot de vieux airs qui, si dans "La Nuit Des Morts-Vivants" collait avec son époque, semble totalement déplacé en cette fin des années soixante-dix. Cela est encore plus flagrant lorsque l'on est habitué à voir et revoir le film dans sa version européenne et que l'on jette un œil dans la version américaine. Voir les deux, c'est constater combien le film est l'œuvre non pas du seul cinéaste George Romero mais aussi et surtout de Dario Argento employé ici au montage.
Parmi tous les volets de la saga des morts-vivants, celui-ci est sans doute, avec le précédent, celui qui marque le plus les esprits. De part l'excellence de son montage, ses effets-spéciaux remarquables signés Tom Savini, ainsi que la bande-son signée The Goblins.
Tout commence en 1968 sur une route paisible de Pennsylvanie. Barbara et son frère Johnny viennent fleurir la tombe de leur père enterré dans le cimetière de leur ville natale. On sent bien que Johnny est embêté par cette traditionnelle visite annuelle à laquelle sa sœur attache bien plus d'importance que lui. Il semble tellement s'en irriter qu'il ne peut s’empêcher de provoquer Barbara en lui faisant croire que les morts vont venir la chercher, comme il le faisait lorsqu'ils étaient jeunes.
A force de la pousser dans ses derniers retranchement, Barbara finit par s'éloigner de son frère tout en le suppliant de bien vouloir cesser ce petit jeu. Plus loin, à quelques dizaines de mètres et marchant d'un pas mal assuré entre les tombes, la silhouette d'un homme en costume noir se rapproche peu à peu de la jeune femme. Gênée des bruits qu'occasionnent les quolibets de son frère dans cet endroit où règne généralement le calme, Barbara croise l'homme en baissant le regard. Alors qu'ils se frôlent presque, l'homme agresse subitement la jeune femme et tente de la mordre au visage. C'est alors que Johnny s'empresse de venir au secours de sa sœur. Les deux hommes s'empoignent, et bien que le frère de Barbara parviennent durant un court instant à prendre le dessus sur son assaillant, ce dernier finit par jeter au sol Johnny qui meurt la tête fracassée contre une pierre tombale.
S'ensuit alors une course-poursuite entre l'homme et Barbara sous la menace d'un orage qui se prépare. Après maintes tentative pour arracher la jeune femme apeurée des entrailles de la voiture dans laquelle elle s'est réfugiée, l'homme se saisit d'une pierre afin de briser le pare-brise avant gauche. C'est à ce moment là que la voiture démarre et que Barbara parvient à s'éloigner du lieu du drame. Quelques temps plus tard, elle arrive devant une demeure abandonnée, y pénètre, et s'y calfeutre alors que la nuit commence à tomber...
Débute alors un huis-clos tendu. Et pas seulement parce que la maison, très vite, va se retrouver entourée d'une ribambelle de zombies tous amateurs de chair fraîche mais surtout parce que les différents protagonistes qui vont faire bientôt leur apparition vont démontrer qu'une fois de plus le danger vient plus de l'homme lui-même que des créatures auxquelles il est confronté. Si Romero fait très vite se confronter l'homme noir aux plus vils instincts de l'homme blanc, c'est peut-être ainsi pour renverser la vapeur et démontrer que le méchant n'est pas celui auquel on pense. D'ailleurs, le premier prend les choses en main et barricade la maison alors que le second se planque sans faire de bruit à l'intérieur de la cave. D'ailleurs ce dernier n'est pas seul et l'on comprend que le groupe ainsi formé y est caché depuis un petit moment. Ben (l'homme noir) tente de faire revenir Barbara, qui s'est évanouie, à la raison. Elle reprend connaissance mais semble avoir perdu la tête. Ben n'a pas envie et n'a de toute manière, pas de temps à perdre avec la jeune femme. Le plus urgent et de bloquer les accès car dehors, les morts se font de plus en plus nombreux.
Lorsqu'interviennent les individus cachés dans la cave, l'ambiance commence très vite à s'échauffer entre Ben et Harry Cooper, l'un d'entre eux. L'homme ne semble pas près à écouter celui qui jusqu'à maintenant résonne de la manière la plus censée. Pour Harry, la seule alternative est de rester planqués dans la cave. Ben, lui, pense que s'y enfermer les empêchera de fuir si jamais la maison finit pas être envahie. La guerre qui semble devoir opposer les vivants aux morts est alors mise au second plan et c'est à celle qui oppose l'homme noir à l'homme blanc qui est mise en avant.
Romero se doute-t-il à l'époque que son film va devenir l'un des grands classiques de l'épouvante ? A-t-il déjà en tête le projet fou de transformer ce petit film d'horreur en une saga qui n'est encore aujourd''hui, pas arrivée à terme ?
Effets-spéciaux:
Tourné en 1968 et en noir et blanc, "Night Of The Living Dead" reste encore quarante-quatre ans après sa sortie un monument de l'épouvante. Pas seulement parce qu'il révolutionne un genre (on y voit pour la toute première fois des morts dévorer la chair des vivants) mais aussi parce qu'il a su conserver tout ce qui devait probablement faire sa force à l'époque. Volontaire ou non, l'utilisation du noir et blanc est un choix qui reste toujours judicieux, faisant d'un sujet même aussi peu crédible que le réveil des morts, une effrayante idée. On est encore loin de la phénoménale suite Dawn Of The Dead que Romero tournera dix ans plus tard en matière d'effets spéciaux. Tom Savini ne fait pas encore partie du projet et les maquillages restent jusqu'à présent, des plus sommaires. Comme pour accoutumer les spectateurs à l'horreur qui va bientôt surgir sur les écrans, les premiers morts se contentent de dévorer quelques insectes rampants arrachés au tronc d'un arbre. Ici, il n'y a pas encore vraiment de contact direct entre la chair vive et celle qui se décharne presque à vue d’œil. On peut tout de même supposer les effroyables conséquences que put avoir l'impressionnante orgie finale sur les spectateurs et qui est l'une des marques de fabrique de George Romero. Les maquillages faciaux sont sommaires, sans doute relatifs aux peu de moyens ou aux capacités limitées en matière d'effets-spéciaux de l'époque. Toujours est-il que le cinéaste parvient à créer l'une des scènes d'horreur les plus cauchemardesques de tous les temps à travers le meurtre d'Helen par sa propre fille. Quelques giclées de sang sur les murs, le visage déformé par l'horreur d'helen opposé à la froideur de celui de sa fille et surtout l'écho de la supplicié qui résonne et rebondit encore dans l'esprit de ceux qui ont assisté à cette scène démentielle.
L’éternel combat du bien contre le mal:
Ce dernier semble vouer un amour sans bornes pour ses monstres et fait d'eux les éternels vainqueurs du combat entre le bien et le mal. Le seul responsable de cet état de fait, c'est l'homme. Si les morts se lèvent de leur tombe, ça n'est pas la conséquence d'une hypothétique prophétie qui viendrait à maturité mais bien cette récurrente façon qu'il a de modifier la nature même des éléments offerts par notre planète. S'il est incapable de se défendre face à son pire ennemi (ici un contingent de morts-vivants avide chair humaine), c'est parce qu'il se laisse chaque fois submerger par ses émotions. Le cadre exigu choisi par Romero permet de créer une atmosphère des plus tendue. Les corps se frôlent, les regards se croisent, les avis divergent. La femme de Harry garde leur petite fille mordue par un zombie et restée allongée et inconsciente dans la cave. Pourtant, si l'on ressent une certaine pitié pour Helen (la femme de Harry), on comprend vite que ce qui anime son mari, c'est sa haine du noir, son désir de garder le contrôle sur le jeune couple formé par Judy et Tom et surtout, sa très grande lâcheté. La peur est un sentiment partagé par chacun d'une manière plus ou moins visible. Enfermés dans la cave, Tom, Judy et helen semblent avoir formé un groupe soudé autour du chef Harry, mais depuis qu'ils ont quitté leur cocon, l'unicité n'est plus. Harry ne parvient plus à la maintenir et seule sa femme reste à ses cotés même si l'on devine que c'est uniquement pour le bien de leur fille. Les esprits s'échauffent alors que dehors, malgré le calme apparent, l'invasion se fait de plus en plus précise. Les rares fois ou Romero projette sa caméra à l'extérieur, on voit grandir les rangs de son armée de morts. Rétrospectivement, on se demande si les personnages n'auraient pas mieux fait de fuir leur refuge plus tôt dans la soirée plutôt que de laisser l'atmosphère s'envenimer.
George Romero fait preuve d'un humour noir très présent et ce, à plusieurs reprises. Le retour inattendu de Johnny, zombifié, qui se chargera lui-même du sort peu enviable de Barbara ainsi que la fin tragique de Ben, le seul survivant de cette véritable nuit de cauchemar qui finira sur le bûcher après avoir été malencontreusement pris pour un mort-vivant par des chasseurs de zombies. La fin du film laisse deviner les projets du cinéaste qui ne compte pas en rester là. Ce n'est certainement pas une poignée d'hommes qui parviendra à éradiquer l'immonde invasion qui ne fait que commencer...