Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

Labels


Affichage des articles dont le libellé est David Lynch. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est David Lynch. Afficher tous les articles

vendredi 17 janvier 2025

David Lynch (1946-2025)

 


 

Entendre ou lire au beau milieu de la nuit la mort de l'un des plus grands cinéastes américains ayant jamais existé a ceci de très inconfortable que d'apprendre cette triste nouvelle vous saisit à la gorge. Impossible, pourtant, de verser la moindre larme tant l'annonce semble nimbée d'autant d'étrangeté que pour son premier chef-d’œuvre signé voilà presque un demi-siècle. Eraserhead, ou ''Tête de gomme'' pour les intimes. L'on apprend ainsi que celui dont nous attendions le retour avec la ferveur de disciples trépidants d'impatience de voir le retour de leur messie, celui de cet authentique génie du septième art, est mort. Dont l'œuvre fut si remarquable que j'osais finalement à peine me risquer à en faire la critique... Demeureront alors de grands regrets. Comme celui de n'avoir découvert sur grand écran que son formidable Blue Velvet. Bien des années après être tombé tout à fait par hasard, et à la télévision, sur son œuvre séminale. Comme beaucoup, sûrement, je suis tombé sous le charme de cette séduisante bourgade de Lumberton où la vedette de cinéma en devenir Kyle MacLachlan allait sous les traits de Jeffrey Beaumont découvrir sur une pelouse, une oreille humaine. Début d'un récit fascinant, mêlant l'image léchée du Soap Opera à des personnages tous plus tordus les uns que les autres ainsi qu'à des visions cauchemardesques. Et puis, il y eut la rencontre du cinéaste avec l'actrice Isabella Rosselini, à laquelle il offrit le rôle de Dorothy Vallens en cette année 1985 (le film ne sortira qu'en 1986 sur le territoire américain et l'année suivante en France) et auprès de laquelle il vivra par la suite et ce, jusqu'en 1990. Donnant vie à des tableaux macabres habités par des ''freaks'', on ne compte plus les chefs-d’œuvre de David Lynch. Elephant Man est pour une grand majorité du public, ou du moins pour les spectateurs les moins en adéquation avec son travail postérieur, son Grand Œuvre.


Et même s'il n'en fut pas lui-même le maître d’œuvre absolu puisque s'inspirant en partie par le livre du chirurgien britannique Frederick Treves The Elephant Man and Other Reminiscences et par celui d'Ashley Montagu The Elephant Man, a Study in Human Dignity, difficile de ne pas tomber effectivement en pâmoison devant cette touchante adaptation cinématographique de l'authentique histoire de Joseph Carey Merrick qui durant la seconde moitié du dix-neuvième siècle passa du statut de bête de foire sous le nom d'Homme-Éléphant (pour cause de difformité physique due au Syndrome de Protée) avant sa rencontre avec Frederick Treves qui l'introduisit ensuite dans le cercle de la Haute Société victorienne. Dans un superbe noir et blanc, Elephant Man n'allait donc pas prendre le même chemin que Eraserhead tout en empruntant parfois quelques gimmicks propres à ceux généralement employés par David Lynch. Le cas Dune apparaît ensuite comme une anomalie dans la carrière du cinéaste. Comme un énorme bubon qu'aujourd'hui certains tentent de résorber à la suite du diptyque signé ces dernières années par le canadien Denis Villeneuve que tous ne peuvent s'empêcher de comparer. Pourtant, en toute vérité, la version de David Lynch reste sans doute aujourd'hui son œuvre la moins méritante. Un film de science-fiction, adaptation du Cycle de Dune du romancier américain Frank Herbert, dans laquelle, une fois encore, David Lynch tente d'injecter sa propre vision du septième art, avec ses zones d'ombre, son brouillard narratif, lequel n'avait sans doute pas besoin d'être étayé dans ce cas très précis tant l'ouvrage d'origine s'avérait déjà complexe à adapter sur grand écran. Décalé, la comédie Sailor et Lula ne nous préparait sans doute pas en 1990 à la vague déferlante qui allait ensuite ravager tout ce que l'on pouvait imaginer du rêve américain vu par le prisme d'un cinéaste visionnaire. Car dès l'année suivante et à travers l'excellente série Twin Peaks, tout aussi étranges qu'ils seront, les longs-métrages de David Lynch à venir formeront un tout parfaitement indissociable (en dehors de The Straight Story en 1999) permettant à ceux que Eraserhead fascina des décennies en arrière de replonger une ou plusieurs fois dans l'univers torturé de l'artiste.


Du prolongement de la série sur grand écran sous le titre Twin Peaks: Fire Walk with Me jusqu'au titanesque mais incompris Inland Empire, en passant bien évidemment par Lost Highway et Mulholland Drive, David Lynch aura signé l'une des filmographies les plus remarquables. Incommodante, tantôt effroyable, tantôt sublime et donc indispensable, celui dont nous attendions le retour sur grand et petit écran nous a donc quitté hier. Atteint d'emphysème aggravé par les incendies de Los Angeles qui font actuellement les premières pages des journaux américains, ce Grand, ce très Grand Monsieur du cinéma va laisser un immense vide autour de lui. Ne nous restera donc plus que les dizaines, les centaines de documents visuels et sonores qu'il aura laissé derrière lui. De ses longs-métrages, donc, mais aussi ses courts, souvent expérimentaux, et parmi lesquels, à n'en point douter, The Grandmother servit sans doute de modèle à Guillermo del Toro pour son remarquable Le Labyrinthe de Pan en 2006. Sa discographie, dont je laisserai ceux qui la connaissent mieux que moi en parler, de sa collaboration avec le compositeur américain Angelo Badalamenti, mort lui aussi, il y a un peu plus de deux ans. Avec lequel David Lynch entretint une relation professionnelle longue d'un demi-siècle et de laquelle déboucha notamment en 1990 le démentiel spectacle musical Industrial Symphony No. 1: The Dream of the Broken Hearted, porté par la voix sublime de la chanteuse Julee Cruise, aujourd'hui également disparue... Le pire cauchemar qu'aura involontairement créé David Lynch aura été de nous avoir quitté si subitement, sans crier gare et sans nous ''avertir'' au préalable. S'il n'aimait pas évoquer ses films et trouvait tout autant inutile que les autres s'en chargent à sa place, il est certain que dans les jours à venir, les discussions seront vives à leur sujet ainsi qu'au sien... Adieu David, et surtout, merci pour tout ce que vous avez accompli.

 

vendredi 14 juin 2024

Lost Highway de David Lynch (1997) - ★★★★★★★★★☆

 


 

C'est en repensant à un article consacré à Eraserhead qui dort dans les entrailles de mon PC, tellement navrant que je n'ai jamais osé le publier, que je me suis enfin décidé à consacrer un cycle à l'un de mes quatre ou cinq cinéastes préférés. Si l'on devait me poser la question et citer instantanément deux ou trois noms, Alejandro Jodorowsky, David Cronenberg et David Lynch seraient sans doute parmi les premiers à m'inspirer... L'ami Mike (il se reconnaîtra) et moi avons eu beau évoquer chacun nos préférences en la matière de ce génie qui n'a pas refait surface sur grand écran depuis son incroyable Inland Empire en 2006, je réalise en fait qu'il m'est presque impossible de réellement dresser mon top trois des œuvres que David Lynch a réalisé depuis ses débuts. Il m'est en effet plus simple de rejeter Sailor et Lula que de dire si Eraserhead trouve finalement davantage grâce à mes yeux que Lost Highway, Mulloland Drive ou encore Blue Velvet qui durant de très nombreuses années demeura mon préféré. Peut-être parce que je l'avais découvert à l'époque sur grand écran, contrairement aux autres. ''Dick Laurent is dead...''. C'est sur cette simple phrase que démarre véritablement Lost Highway. Une forme d'énigme comme le cinéaste aime à les cultiver. Régurgiter à travers des mots ce que l'on a pu ressentir durant ce qui s'avère de la part de son auteur une énième expérience cinématographique est rude (Il n'y a guère que le Jodorowsky de Santa Sangre, le Cronenberg de Faux-semblants ou le Noé de Enter the Void pour me faire autant vibrer). Terriblement rude. Surtout lorsque le réalisateur conserve auprès de lui la plupart des clés, laissant ainsi le spectateur se démerder avec sa propre manière d'envisager le récit. Autant dire qu'aller chercher chez d'autres les explications qui permettraient de coucher sur papier dématérialisé une analyse éclairée ne servirait à rien. Et quitte à se tromper sur la marchandise, quelle importance ? Qui d'autre que David Lynch lui-même peut véritablement se targuer de connaître le fin fond de l'affaire ? Réponse : personne... Comme je m'étais fait à l'époque la réflexion au sujet de Eraserhead, la plupart des longs-métrages signés du réalisateur américain ressemblent à des cours d'eau relativement tranquilles, du moins jusqu'à un certain point. Jusqu'à ce que la quiétude des eaux soit dérangée par de tempétueuses cascades brouillant des pistes qui jusque là s'avéraient étonnamment fluides. Ça n'est bien sûr pas toujours vrai (Inland Empire), mais Lost Highway fait figure d’œuvre bicéphale, où la schizophrénie vient frapper de plein fouet non seulement le récit mais les spectateurs eux-mêmes.


Le film apparaît comme un puzzle qui demande un minimum de réflexion pour que chaque pièce soit repositionnée au bon endroit. Puis vient le moment où un type un peu fou débarque dans votre chambre et vient tout foutre en l'air, chacune des pièces en question retombant côté pile et révélant un tout autre décor... Je n'en démords pas : tout ou presque découle de ce geste de ''réconfort'' offert à Fred (Bill Pullman) par la main bienveillante de son épouse Renée (Patricia Arquette) : Une petite tape dans le dos alors qu'il peine à lui faire l'amour. Une humiliation. Difficile d'insinuer autre chose, surtout lorsqu'on a l'art et la manière comme David Lynch de filmer cet acte théoriquement anodin... On devine la suite : suspicion, jalousie et au final, le corps de Renée allongée sur le lit du couple, baignant dans son propre sang. Fred ? Arrêté, accusé de meurtre, condamné à la peine capitale et, en attendant, enfermé dans une cellule du couloir de la mort. Rien que de très classique pour une histoire d'amour virant au cauchemar. C'est pourtant très précisément au moment où le générique de fin devrait logiquement dérouler son habituelle litanie sur fond noir que le récit semble réellement démarrer. Car un fait extraordinaire vient de se produire : Fred a disparu de sa cellule et à sa place s'y est retrouvé une jeune garagiste du nom de Pete (Balthazar Getty). Patatras ! On (ne) reprends (pas) les mêmes et on (ne) recommence (pas). Si vous choisissez de ne pas ôter les parenthèses, alors vous et moi sommes d'accord. Avec son récit à double tiroirs, sa cassure qui intervient après seulement trois-quart d'heures (le film dure près de cent-trente cinq minutes), la symbolique de la veuve noire, ces personnages qui se chevauchent, s'assimilent les uns aux autres, le renversement de certaines croyances typiquement européennes (la Blonde et la Brune, l'épouse et la maîtresse), sa figure démoniaque (l'homme mystère interprété par l'impressionnant Robert Blake), sa part de rêve et ses zones d'ombre, Lost Highway est typiquement ''Lynchéen''. Une œuvre labyrinthique qui à son tour renvoie à cette éternelle obsession du réalisateur pour les drapés rouges derrière lesquels s'activent des forces obscures. Retour dans le passé ou voyage dans le temps, transfiguration, passion charnelle (David Lynch transforme instantanément Patricia Arquette en icône sexuelle et sensuelle), le film est l'un des nombreux chefs-d’œuvre de l'artiste. À regarder encore et encore, sans la moindre réserve et sans modération, jusqu'à cet ultime instant où peut-être la lumière complète se fera sur ce projet totalement fou, barré, rare, complexe, noir mais surtout magnifique...

 

mercredi 15 février 2023

Elephant Man de David Lynch (1980) - ★★★★★★★★★☆

 


 

Tout commence sur une image ambiguë. Le portrait d'une femme définie comme étant la mère de Joseph Merrick, bousculée par un groupe d'éléphants. Si aucune explication n'avait été apportée quelques minutes plus tard par le personnage de Bytes sur les origines de celui qui deviendra en grandissant ''L'homme-éléphant'', nous aurions pu imaginer quelque histoire beaucoup plus sordide. Car après Eraserhead et la naissance d'un bébé né de la peur de paternité, l'immense David Lynch aurait tout aussi bien pu considérer sa nouvelle créature comme le fruit d'un accouplement entre une femme et un pachyderme (sic!). D'autant plus qu'il aurait été autorisé d'évoquer un tel acte contre-nature sans savoir que la mère de Joseph Merrick (Dans le film, David Lynch reprend le prénom John sous lequel le docteur Frederick Treves nomma l'homme en question dans son ouvrage, The Elephant Man and Other Reminiscences) Mary Jane Potterton et son père Joseph Rockley Merrick conçurent un enfant à priori tout à fait normal et dont les premiers symptômes n'apparurent qu'un peu avant ses deux ans. Le fait-divers ne rejoignant alors pas la fiction... Bien que Elephant Man soit à l'origine un film de commande proposé à l'auteur de Eraserhead par le réalisateur, scénariste et producteur Mel Brooks (lequel fut conquis après avoir découvert le tout premier long-métrage de David Lynch), cette seconde étape dans la formidable carrière cinématographique du réalisateur originaire de Missoula dans le Montana ne concède en réalité que peu de choses sur sa manière d'envisager son œuvre puisque Joseph Merrick pourrait tout aussi bien être envisagé comme l'évolution physique du bébé prématuré et monstrueux de son premier film...


Le noir et blanc, aussi superbe soit-il et le sound-design confirmant sans doute que Elephant Man est bien le prolongement de Eraserhead. Imaginons que le bébé ait survécu, qu'il ait été dérobé à ses parents et qu'il fut vendu bien des années après à l'infâme Bytes afin que celui-ci en tire des profits en l'exhibant dans une foire et l'on tient là le chaînon manquant qui relie les deux œuvres. Sauf qu'entre les deux longs-métrages, David Lynch passera d'un budget de 10 000 dollars à celui, beaucoup plus imposant de 5 millions de dollars. De quoi faire perdre la tête à n'importe quel cinéaste... sauf lui. D'une beauté transcendée par le choix du noir et blanc et la reconstitution du Londres de la fin du dix-neuvième siècle, Elephant Man est d'abord une bête curieuse avant d'être un chef-d’œuvre du septième art. Comme pu l'être en son temps le film maudit de Tod Brownind, Freaks, la monstrueuse parade même si cette fois-ci, la créature n'est faite que de latex. Le second long-métrage de David Lynch convie tout d'abord la nature humaine dans ce qu'elle a de plus représentative : curieuse, méfiante, odieuse, voire monstrueuse. Et l'on ne parle pas là de cette foule qui se rue sur le monstre de foire ni de la créature elle-même mais plutôt de ceux qui en font le commerce. Un film en noir et blanc qui traite avant tout du Bien et du Mal, de l'humanité et de la barbarie. Et surtout, du droit à la différence...


''Il est l'exemple même du crétinisme total. C'est un demeuré congénital... Je l'espère en tout cas''

(Dr Frederick Treves)


Trois mondes se télescopent dans Elephant Man dont deux pour lesquels un rapprochement aurait été purement et simplement inenvisageable. Il y a d'un côté, le Londres des miséreux où vivent regroupés les marginaux, les prostituées et plus généralement, les pauvres. D'un autre, la grande bourgeoisie, constituée de notables, d'hommes d'affaire ou de commerçants. Entre eux, la faculté de médecine où pratique le chirurgien Frederick Treves. Humaniste connu pour avoir été le premier à avoir effectué une appendicectomie, sa fonction, ici, lui fait observer une attitude apparemment pas très éloignée de celle de Bytes (qu'incarne l'acteur britannique Freddie Jones). Du moins en apparence puisqu'il présente lors d'un assemblée de médecine, John Merrick et ses nombreuses difformités. La relation entre son exhibition dans les foires et cette séquence cliniquement froide constitue en fait un lien entre la vie passée de l'homme-éléphant (John Hurt, dans un rôle authentiquement bouleversant) et sa vie future, loin de la crasse et de la barbarie (l'homme étant jusque là coutumier des coups de bâtons ''accordés'' par son geôlier/propriétaire) et plus proche d'une certaine culture du ''paraître'', de la ''convenance'' et de l'intelligentsia. Anthony Hopkins interprète le chirurgien avec beaucoup de force et d'honnêteté. À la recherche permanente de nouvelles découvertes en matière de recherche mais aussi préoccupé par la santé mentale et physique de son nouveau patient, l'acteur britannique incarne un homme profondément humain...


Œuvre prestigieuse, dotée d'un somptueux noir et blanc et d'une interprétation remarquable, tout projet de commande qu'il put être, Elephant Man n'en est pas moins un long-métrage marqué du sceau de son auteur. Si formellement, le film est d'une maîtrise totale bien que très classique dans sa narration, limpide et radicalement opposée à la complexité de certains projets futurs du réalisateur américain, David Lynch adopte le même type d'effets sonores que lors de son premier long-métrage. Un fond presque assourdissant semblant avoir été extrait des zones industrielles parcourues par le héros Henry Spencer (Jack Nance) de Eraserhead. Mais si le cauchemar s'arrête ici à la seule évocation d'un homme physiquement repoussant, à l'apparence effroyable ainsi qu'à son tortionnaire et à cette impitoyable foule qui le traque jusqu'à l'acculer dans des recoins, c'est pour mieux transmettre l'humanité, la finesse et l'intelligence de John Merrick camouflée sous l'épiderme d'un homme à l'apparence monstrueuse. Sorti en octobre 1980 aux États-Unis et en avril 1981 dans notre pays, Elephant Man est un très beau film, bouleversant, un monument du septième art et une merveilleuse entrée en matière dans l'univers de David Lynch... Joseph Merrick (5 août 1862-11 avril 1890), Frederick Treves (15 février 1853-7 décembre 1923)... À noter que suite au succès du film dans les salles, Eraserhead sera à nouveau exploité au cinéma sous le titre de... Labyrinth Man !!!

 

mardi 1 août 2017

Cinéma de l'étrange: Eraserhead de David Lynch (1977) - ★★★★★★★★☆☆



Henry traverse à pieds une zone industrielle sinistre au beau milieu de laquelle se situe l'appartement dans lequel il vit. Avant d'y parvenir, il doit traverser une multitude de passages étroits, sombres , humides et enfumés dont il est difficile d'imaginer que l'homme puisse y vivre. Il semble que le chômage y ait fait des ravages puisqu'on n'y croise pas âme qui vive. Réfugié à l'abris de l'immeuble l'hébergeant, il reçoit par l'entremise d'une bien étrange voisine, une invitation à dîner des parents de son ex petite amie Marie.

Il s'y rends alors et retrouve cette dernière ainsi que le couple de parents dont une mère au caractère visiblement bien trempé. Autoritaire, froide et intolérante, elle semble avoir un détail à régler avec henry. Le père lui, au chômage et au comportement totalement opposé à celui de sa femme, est un homme visiblement perturbé par l'opération qui l'a handicapé et poussé à se retrouver sans travail ressassant sans cesse qu'il a retrouvé ses capacités physiques pour, et cela c'est au spectateur de l'imaginer, reprendre le travail. Il justifie notamment par là son incapacité à couper la viande lorsque la petite famille est réunie à table et demande alors à Henry de s'en occuper. Ce dernier va alors assister à une bien curieuse scène qui parait ne toucher que lui lors de laquelle le poulet tout juste sortit du four va prendre vie.

Avant même que le dîner soit consommé, la mère de Mary invite Henry à l'écart pour lui annoncer que sa fille vient d'avoir un bébé, prématuré, mais aussi qu'il en est le père. Il accepte alors l' exigence de la mère de son ex fiancée qui lui demande de l'épouser, ce qu'il s'empressera de faire bien évidemment.
Mary et lui vont désormais vivre ensemble dans le petit appartement d'Henry accompagnés de leur bébé qui plus qu'à l' apparence d' un être prématuré ressemble à une monstrueuse petite créature passant le plus clair de son temps à pleurer. Mary n'y tenant plus, décide de quitter le "cocon" familial et alors Henry, seul face à lui même et à leur enfant difforme va s'enfoncer dans un monde de fantasmes, un univers qui le fera échapper à la dure réalité de son existence...

Premier long métrage de David Lynch, "Eraserhead" inaugure une filmographie longue d' une dizaine de productions "fantastiques" où se côtoient des êtres en marge de la société vivant des situations plus rocambolesques les unes que les autres. Filmé sur une période de cinq années, le film est une vision cauchemardesque sur la solitude d'un être auquel rien ne réussi. Abandonné par sa femme qui ne supporte plus la présence de leur enfant il va tenir le rôle de père mais aussi celui de la mère, s'enfonçant toujours plus loin dans l' horreur d'une situation à laquelle il n' était pas préparé.
Comme très souvent chez Lynch, on a l'impression de se perdre dans un univers qui nous échappe pour arriver au bout du compte à cerner l'intrigue qui alors se révèle limpide. C'est pourtant toujours à ce moment très précis qu'il retourne la situation à son avantage en changeant la donne et en prenant une direction qui finit de nous achever et de nous retourner l'estomac.

Un film à part mais essentiel, unique et culte, à ranger aux cotés d'autres monuments cinématographiques tels que "Tetsuo" de Shinya Tsukamoto, "Lune Froide" de Patrick Bouchitey ou encore "kitchen Sink" d'Alison MacLean.

dimanche 18 septembre 2016

Inland Empire de David Lynch (2006) - ★★★★★★★★★★



Comme je n'aimerais pas être à la place des fans de David Lynch qui, il y a dix ans, se sont précipités pour découvrir ce qui demeure à ce jour son dernier long-métrage. Pour moi, Inland Empire est sorti aujourd'hui, dans cette minuscule salle de cinéma que représente mon salon. Pas de voisins bavards, pas de pop-corn ni de soda, mais pas non plus le sentiment d'être orphelin d'un génie qui n'a pas réalisé un seul long-métrage depuis 2006. Quelques courts-métrages mais rien d'autre. Je sors donc tout neuf d'une projection de presque trois heures. Neuf ? Pas tout à fait. Plutôt lessivé même. Éreinté, épuisé par un trop grand nombre d'émotions, d'interrogations et de sentiments contradictoires qui pourtant, tendent tous vers une même et seule appréciation: « David Lynch demeure toujours l'un des rares génies du septième art ».

Les habitudes risquent pour une fois d'être sérieusement contrariées puisque je ne vous proposerai par de résumé. D'ailleurs, comment faire lorsque l'auteur du film lui-même possède à lui seul l'unique jeu de clés ouvrant les portes des innombrables énigmes qu'il sème au gré de son extraordinaire imagination ? Inland Empire est donc vieux de dix ans. Et si David Lynch avait ainsi clôt un cycle, demeurant silencieux jusqu'à aujourd'hui ? L'avantage d'une œuvre aussi complexe et touffue, c'est que l'on peut y déceler à peu près n'importe quel concept sans même savoir s'il correspond à ce qu'avait imaginé son auteur.

Mais ce qui demeure presque une certitude, c'est qu'il a une nouvelle fois repoussé les limites de son univers pour nous offrir un choc visuel et auditif d'un intensité rare. Comme une optimisation des visions macabres d'Henry Spencer, le héros de son tout premier long-métrage Eraserhead. David Lynch affirme son amour du cinéma à travers le portrait de Nikki Grace, actrice, dont on prédit qu'elle obtiendra le premier rôle dans un film intitulé On High in Blue Tomorrows. Dès les premiers instants, on plonge dans l'univers si particulier du cinéaste. Une mise en abîme diablement maîtrisée. Car ce qu'apprennent les deux personnages principaux, c'est que le scénario du film a déjà fait l'objet d'un long-métrage inachevé en raison de la mort de ses deux plus importants protagonistes.

C'est à ce moment très précis que les événements prennent une tournure curieuse pour les personnages, mais pour nous-mêmes également. David Lynch construit pièce par pièce les murs d'un labyrinthe dans lequel s'engouffre l'héroïne (admirablement interprétée par l'actrice Laura Dern). Entre fiction et réalité. Entre passé, présent et futur, chaque temps se rejoignant inexorablement, Inland Empire projette sa star dans un monde où se confondent sa vie d'épouse et celle du personnage qu'elle incarne à l'écran, sur fond de légendes polonaises et de mystères insondables.

On a parfois l'impression de saisir où veut en venir David Lynch, mais cette appréciation est souvent très vite mise en déroute, et avec une telle élégance, qu'on lui pardonne de vouloir sans cesse nous perdre. Entièrement filmé caméra à l'épaule, filmant souvent ses personnages en plans excessivement serrés, le cinéaste convie pour l'occasion les acteur Jeremy Irons, Harry Dean Stanton et Justin Theroux. Tout comme Laura Dern, ce dernier campe d'ailleurs un double rôle, donnant ainsi l'impression que les personnages baignent dans les eaux troubles de la schizophrénie tout en portant un double costume. Plus encore qu'un film signé David Lynch, Inland Empire demeure également d'une noirceur absolue qui le cantonne parfois dans le domaine de l'horreur pure. Véritable cauchemar sensitif, phénoménal trip visuel, et extraordinaire expérience de perception auditive, le film est un immense chef-d’œuvre...

jeudi 26 mars 2015

Blue Velvet de David Lynch (1987) - ★★★★★★★★☆☆



Lamberton, petite ville américaine où les pelouses sont verdoyantes et où la quiétude semble être la première des impressions que donnent les lieux, un homme arrose son jardin avant d'avoir une attaque. A l'hôpital où il séjourne, son fils Jeffrey Beaumont lui rend visite. Après avoir quitté l’hôpital, ce dernier flâne dans la campagne avoisinante et trouve dans un coin herbeux une oreille coupée. Curieux, il décide de l'emporter avec lui et se rend au commissariat de la ville afin d'en faire part aux autorités. Après que le médecin légiste local ai constaté qu'elle a été coupée à l'aide d'une paire de ciseaux, Jeffrey emmène l'inspecteur auquel il a eu affaire à l'endroit même où il a trouvé l'oreille.

Le soir même Jeffrey se promène dans une rue tranquille de la ville et frappe à la porte de l'inspecteur chargé de l'enquête qui lui promet de lui donner tous les détails de l'affaire une fois qu'elle sera résolue. Dehors il rencontre la fille de ce dernier qu'il connaît depuis l'enfance et la questionne au cas ou cette dernière serait au courant de certains détails concernant l'enquête. Elle lui parle d'une certaine Dorothy Vallens qui serait mêlée à l'affaire. Elle accepte alors de le conduire jusqu'à l'appartement de celle-ci et, attisé par la curiosité, il se fait un devoir d'épier l'inconnue et découvre que l'apparente tranquillité de Lamberton n'est qu'une façade et qu'elle cache en son sein de biens étranges personnages...

Pénétrer l'univers si particulier de David Lynch n'est, pour beaucoup de monde, pas chose aisée. Il demande un effort de concentration, de patience, d'interrogation et de curiosité pour se livrer au cinéphile envieux d'en connaître d'avantage sur celui qui depuis une trentaine d'années triture les méninges de nombre de personnes en mal d'évasions cinéphiles. Depuis ses premiers courts-métrages jusqu'à son dernier film "Inland Empire", le cinéaste nous convie à l'exploration d'un univers sans cesse en expansion qu'il est intéressant de décortiquer image par image ou au contraire définitivement insupportable d'essayer d'analyser lorsque l'on ne s'y est pas préparé longtemps à l'avance et ce, avec conviction. Regarder l'un de ses rares films tortueux et labyrinthiques, c'est prendre le risque de se perdre, à l'image de ses héros, dans les méandres d'histoires alambiquées et de personnages aux destinées troubles, de celles qu'on ne rencontre que très rarement dans la vie de tous les jours.

Alors que le cinéma semble parfois se perdre définitivement dans l'irraisonnable légèreté de scénarios insipides et dans d'insolvables jeux d'acteurs zombifiés par d'indigentes répliques, David Lynch lui, nous offre une approche toute personnelle du septième art. Lorsqu'un génie jette un regard sur le monde qui l'entoure, il offre aux spectateurs conquis les plus belles images qui leur soit offertes à la contemplation. Parler de ce film et de tant d'autres est avant tout un désir de partager l'amour du septième art et pourquoi pas de faire découvrir et aimer des films qui malheureusement passent très souvent sous le nez de ceux qui arrivent à se contenter de ce qu'on leur sert sur de disgracieux plateaux d'argent et à grands renforts de publicité et de bandes annonces grasses et mensongères. 
 
Blue Velvet fait partie de cette catégorie d’œuvres inclassables même si elle demeure aujourd'hui dans sa filmographie comme l'une des plus évidente (et rare) à déchiffrer. Inutile de revenir sur l'interprétation magistrale des acteurs employés ici puisque le cinéaste continue à se fier à des interprètes majeurs du cinéma américain (Isabella Rossellini, Kyle MacLachlane, Dennis Hopper, Laura Dern, Dean Stockwell). La musique signée angelo badalamenti participe elle aussi grandement à l'élaboration de ce rêve (cauchemar?) éveillé qui plonge le commun des mortels dans un univers cérébralement et physiquement éprouvant. Une très granderéussite...
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...