Il est des personnages
dans la vie de tous les jours que l'on n'oublie pas. Dans le septième
art aussi d'ailleurs. Sandrine Bonnaire fait partie de ces actrices
remarquables qui ont imprimé de leur seule présence bon nombre de
longs-métrages. Il n'y a qu'à la contempler dans La Cérémonie
de Claude Chabrol ou dans Monsieur Hire de
Patrice Leconte pour se rendre compte du potentiel de cette actrice
française qui un jour de juin 1982, à l'âge de quinze ans, eut la
bonne idée d'accompagner sa sœur Corinne à un casting pour le film
de Maurice Pialat, A Nos Amours. Alors que Sandrine
n'a pas la prétention de figurer au générique, c'est pourtant elle
que le cinéaste prendra dans son film. C'est ainsi que la carrière
de l'actrice débute réellement puisque jusqu'à maintenant, elle
n'avait fait que de la figuration dans deux autres longs-métrages.
Elle remportera d'ailleurs pour sa prestation dans le film de Pialat
le César du meilleur espoir féminin. César encore puisque en 1986,
et en interprétant le rôle principal du film qui nous intéresse
ici, elle remportera cette fois-ci le César de la meilleure actrice.
Oui, il existe des
personnages que l'on n'oublie pas, et Mona, de son vrai nom Simone
Bergeron est de ceux-ci. Une jeune femme sans attaches, sans toit ni
lois donc, ni personne pour lui dicter sa conduite ou la remettre
dans le droit chemin. Ça n'est pas que Mona soit une voleuse (elle
ne fera rien pour dérober à un compagnon de passage le petit poste
de radio sur lequel elle lorgnait pourtant) mais on le sait dès les
premières minutes, la jeune femme finira tristement, son corps
reposant raide comme un morceau de bois dans un fossé. La cinéaste
Agnès Varda remonte le cours de l'histoire de cette vagabonde qui
marche sans but précis, fait des rencontres, et laisse surtout
derrière elle une curieuse impression. La cinéaste française a
choisi de ne juger ni son héroïne, ni celles et ceux qui croisent
sa route. Une route semée de quelques embûches. On la verra violée,
humiliée, questionnée, rejetée, mais aussi la proie d'une
curiosité que l'on aurait pu croire malsaine mais qui en réalité
demeure protectrice envers cette jeune femme qui, durant un instant,
trouve l'épaule réconfortante d'une platanologue, une certaine Mme
Landier, très justement interprétée par l'immense actrice Macha
Méril.
Agnès Varda filme son
œuvre sans concession au divertissement. Ou si peu. A travers les
pseudos-témoignages de tous ceux qui l'ont rencontrée durant les
quelques jours qui précèdent sa mort tragique, on n'en apprendra
pas beaucoup sur Mona à part qu'elle fut secrétaire avant de tout
abandonner. Sur son passé tout comme sur ce qui l'a menée à vivre
en marge de la société. Sandrine Bonnaire est habitée par son
personnage et n'hésite pas à donner de sa personne lorsqu'il s'agit
d'incarner une femme libérée de toutes contingences. Les cheveux
sales, un vieux cuir que l'on imagine sentir très mauvais, une tente
pour maison et un caractère mêlant insouciance et méfiance. Voilà
ce qui caractérise sans doute le mieux cette jeune clocharde dont
l'unique but semble être de trouver de quoi manger.Ses petits amis
sont comme elle. Des marginaux. Pas forcément à la rue, mais des
individus qui inquiètent les ménagères de cinquante ans qui
n'osent pas les accueillir sur le pas de leur porte.
Avec Sans Toit ni
Loi, la cinéaste Agnès Varda réalise ce qui demeure sans
doute chez nous comme LA référence sur les conditions de vie des
sans-abris. Qu'elle ait tout abandonné sur un coup de tête ou non,
on trouve son héroïne forcément touchante. D'autant plus que l'on devine une
certaine douceur sous cette crasse, Sandrine Bonnaire esquissant de
temps en temps un joli sourire avant de se renfermer à nouveau. En
tout cas, un film qui marque les esprits. Un petit bijou...








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