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mercredi 9 septembre 2026

Ils ne verront jamais le jour : A Topiary de Shane Carruth

 


 

Auteur des très complexes œuvres de hard science-fiction Primer en 2004 et Upstream Color en 2013, le réalisateur, scénariste, monteur, producteur et acteur américain Shane Carruth avait prévu de tourner entre ces deux longs-métrages un projet particulièrement ambitieux. Intitulé A Topiary et initialement produit par Steven Soderberg et David Fincher, le film fut finalement rangé dans les cartons faute de financement suffisant. Les deux cinéastes/producteurs ne parvenant pas à réunir la somme de quatorze millions de dollars prévue pour donner forme à ce que Shane Carruth considère désormais comme ce qui a ''gâché toute son existence''. Il est aussi probable que le projet ait donné des sueurs aux financiers, témoins d'une ambition et d'une étrangeté du point de vue de l'intrigue qui aurait sans doute refroidi une grande partie du public. Il faut dire qu'avec Primer, le réalisateur avait démontré son absence de compromis, visant ainsi un auditoire féru de science-fiction adulte tellement rigoriste en matière de complexité qu'il abandonnait sur le bord de la route une partie même des amateurs de S-F ! Une œuvre telle alambiquée qu'elle pouvait faire ressentir un profond ennui mêlé d'un certain rejet face à tant d'arrogance... Une voie dans laquelle Shane Carruth persévéra neuf ans plus tard et à laquelle n'échappa pourtant pas vraiment A Topiary qui cependant ne vit et ne verra probablement jamais le jour...


Selon certaines sources, le long-métrage aurait duré environ deux-heures et trente minutes. Ce qui n'est désormais ni un exploit ni une épreuve insurmontable si l'on jette un œil à cette longue liste de grosses productions qui de nos jours s'alignent aisément sur cette durée. Le problème semble en outre provenir d'un autre aspect du projet. Car si le concept de A Topiary semblait ambitieux, sa forme, elle, pose des questions quant à l'approche d'un cinéaste axant davantage son intrigue autour des événements que sur la caractérisation des personnages. Tout ceci en nous balançant bien évidemment un flot ininterrompu d'informations alambiquées, à l'image de ses deux autres films ! Le problème avec Shane Carruth, qui peut être également vu de manière beaucoup plus optimiste comme une forme d'imaginaire hautement débridée, est justement cette inextinguible source d'inspiration, cette audace scénaristique et cette soif de mettre en images tant d'idées plus ou moins ''saugrenues'' et incompréhensibles par le commun des mortels qui firent sans doute hésiter les producteurs à mettre autant de billes dans un tel projet..


A l'origine, le concept de A Topiary dont on ignore quels devaient être les interprètes devait tourner autour du personnage d'Acre Stowe. Un géomètre de trente ans totalement obsédé par des figures géométriques en forme d'étoiles visibles à divers endroits de notre planète. Une fascination partagée par d'autres individus qu'il aurait été amené à rencontrer. Transporté en leur compagnie jusqu'aux confins du monde, l'odyssée du héros l'aurait mené à observer un engin dont l'importance aurait été révélée durant la conclusion de la première partie du script. Auraient alors dû intervenir ensuite des adolescents passionnés de technologies avancées, comme les révéla notamment le cinéma de science-fiction des années quatre-vingt. Des gamins manipulant l'objet en question, révélant ainsi ses étonnantes propriétés et son rapport direct avec une civilisation dite extraterrestre. Sur la base de ces quelques données scénaristiques, l'on aurait pu être en droit d'espérer que Shane Carruth se soit calmé en terme de complexité tout en demeurant toujours ambitieux. Un sujet fascinant dont on regrette qu'au final il n'ait pas été concrétisé. Cinéaste rare puisque en plus de vingt ans de carrière il n'aura finalement signé que deux longs-métrages et un épisode de la série télévisée Breakthrough en 2017, on peut toujours espérer que Shane Carruth reprenne un jour la route des studios de cinéma pour se placer derrière la caméra après près de dix années de silence . Et si rien ne vient confirmer qu'il retournera un jour à la réalisation, peut-être son hypothétique retour sera-t-il marqué par la volonté de reprendre les rênes de ce projet abandonné depuis plus de dix ans...

 

samedi 12 juin 2021

The Dead Center de Billy Senese (2018) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Second long-métrage de Billy Senese après Closer to God en 2014, The Dead Center venait à bien nommé quatre ans plus tard pour nous rappeler que même au sein d'une thématique vue et revue sur petit et grand écran ou en littérature, il est toujours possible de proposer quelque chose de neuf. C'est en partie en cela que le film de Billy Senese tient toutes ses promesses. Mais pas que. Il y a aussi le traitement, cette manière si particulière de nous conter une histoire tournant autour du thème apparemment éculé du Mal. Sans fioritures exagérées qui décrédibiliseraient instantanément le propos, le réalisateur plonge ses interprètes au cœur d'une mystérieuse affaire concernant un certain Michael Clark qu'interprète l'acteur Jeremy Childs, frère siamois cinématographique du Michael Shannon/Curtis LaForche du troublant Take Shelter réalisé par Jeff Nichols et sorti en janvier 2012. Tourné sous sédatifs mais pas pour autant ennuyeux, The Dead Center distille une ambiance relativement inconfortable notamment due au contexte situé dans un asile de fou où les patients soliloquent d'incohérents monologues, où les infirmiers font leurs rondes nocturnes et où les médecins tentent de mettre un nom sur les diverses pathologies dont sont atteints leurs patients. Et parmi ces derniers, Michael Clark, justement, que le réalisateur décrit malheureusement dès les premiers instants comme un homme s'extrayant d'un sac mortuaire après que ceux qui le prirent en charge l'aient considéré comme mort...


Un de ces détails qui font l'erreur de briser un chouilla du mystère qui entoure un ou plusieurs personnages. Fort heureusement, il y a là suffisamment de matière pour que le scénario de The Dead Center écrit lui-même par Billy Senese conserve une grande part de mystère. Surtout, le film se décompose en deux sections parfaitement distinctes tout en étant indissociables l'une de l'autre. D'un côté, l'étude comportementale du patient par le psychiatre Daniel Forrester qu'interprète Shane Carruth (acteur, mais aussi réalisateur de Primer et Upstream Color, deux œuvres de hard science-fiction) et de l'autre, l'enquête policière menée par Edward Graham qu'incarne Bill Feehely. Derrière cette double intrigue passionnante où le fantastique s'invite très rapidement comme le sous-entend tout d'abord le comportement du malade, le récit développe un scénario ''multi-prises'' qui laisse envisager tout et n'importe quoi. Au téléspectateur de se faire sa propre opinion, qu'elle soit avérée lors de la dernière partie ou tout à fait en désaccord avec ce qu'a voulu dire l'auteur. ATTENTION SPOILERS !!! On pourra peut-être y voir durant un temps une alternative dépressive au chef-d’œuvre de Jack Sholder, Hidden avant de comprendre que la vérité est ailleurs. Dans les écrits sacrés et notamment dans d'anciens textes religieux et poétiques de l'Inde ancienne comme le relate un article de journal accroché au mur d'une chambre et où est inscrit : ''Je suis la bouche de la Mort. Personne ne m'échappe''. On comprend alors que l'on est loin de l'idée que l'on se faisait au départ et qu'il s'agit plus ici d'un cas de possession ou du moins, d'une présence maléfique positionnée en tant que corps étranger... FIN DU SPOILERS !!!


The Dead Center distille parfois un étrange sentiment de malaise dû à des visions mortifères aussi glaçantes que purent l'être en leur temps les visuels morbides de l'étouffant Macchie solari réalisé par l'italien Armando Crispino en 1975. Mais aussi dû à la présence de l'acteur Jeremy Childs et son regard de poisson mort, le corps recouvert de brûlures dont certaines semblent rituelles. Plutôt que de nous livrer la totalité des clés de l'énigme et quitte à nous laisser croire qu'une suite puisse être immédiatement mise en chantier à l'issue de celui-ci, The Dead Center abandonne le spectateur avec quelques questions en tête. Des réponses que l'on attend mais dont la dérobade ne laissera cependant personne circonspect. Car en effet, l'essentiel est dit et il ne faudra pas bien longtemps pour comprendre quel peut être le rôle de ce curieux patient sans pour autant avoir de réponse quant aux raisons de ses agissements. Une réponse qui d'ailleurs nous est sans doute offerte à travers les dites coupures de journaux. Envoûtant...

 

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