Calibre
de Matt Palmer. Ou comment un accident de chasse va transformer la
vie de deux amis d'enfance ainsi qu'un village tout entier en
cauchemar, et créer une tension palpable parmi les spectateurs.
Bluffant ! Tel est donc ce tout premier long-métrage d'un
cinéaste originaire du Royaume-Unis. Un coup d'essai se transformant
en véritable coup de maître. Tout ici est fait pour que le
spectateur assiste à un drame particulièrement inconfortable de
l'acabit du final de Southern Comfort que
l'américain Walter Hill réalisa trente-sept ans plus tôt. Ce
sentiment de malaise qui se dégage généralement du contraste entre
l'arrivée dans un village rural d'individus fraîchement débarqués
de la ville avec leurs illusions et leur arrogance, et l'accueil pas
toujours très chaleureux de ses habitants. C'est un peu ce que l'on
ressent très rapidement avec Calibre.
Deux gamins qui quittent leur confort de citadins pour un week-end de
chasse entre amis de quinze ans aux alentours d'un village écossais.
D'emblée,
Matt Palmer instaure un climat pesant qui ne cessera pas de grandir
jusqu'à atteindre des proportions que le spectateur ressentira aussi
viscéralement que nos deux jeunes héros incarnés par Jack Lowden
et Martin McCann. Interprétant respectivement les personnages de
Marcus et Vaughn, le cinéaste confronte ses deux interprètes aux
caractères profondément antagonistes de leurs personnages. Car
s'ils ont beau être amis depuis quinze ans, ils divergent sous bien
des aspects. Le premier est un chasseur expérimenté, célibataire,
et d'une totale maîtrise de lui-même tandis que le second possède une
compagne qui bientôt lui donnera un enfant. La chasse n'étant pas
sa passion première, tuer le rebute. Lorsque les deux personnages
débarquent dans ce village de l’Écosse profonde, ils sont plus ou
moins bien accueillis. Si certains voient d'un bon œil leur arrivée,
très rapidement, des tensions naissent entre Marcus et Vaughn et quelques habitants.
D'ailleurs, l'un des villageois tiendra des propos qui s'avéreront
prophétiques lorsqu'il menacera Marcus.
Mais
alors que le malaise s'installe déjà, le spectateur est encore loin
d'imaginer jusqu'où Matt Palmer jouera la carte de l'angoisse. Si
Calibre n'a
vu le jour sur la plate-forme Netflix
qu'il
y a six mois environs, le projet est vieux de onze ans. Le tournage
quant à lui a débuté en 2016. L'une des grandes forces du
long-métrage de Matt Palmer demeure dans l'écriture d'un scénario
qui peu à peu enferme les citadins dans une situation inextricable.
Si l’ambiguïté de la séquence se déroulant dans le bar au début
du film laisse entrevoir les tensions qui viendront appesantir plus
tard le récit, elle n'est rien en comparaison de ce qui va suivre.
D'abord au cœur de cette forêt étouffante (surtout de nuit), lieu d'un drame
particulièrement troublant. Puis au village ou pas même leur
chambre ne signifie un quelconque lieu de repli.
Matt
Palmer étudie en profondeur la psychologie de ses deux principaux
interprètes confrontés aux scrupules qui les taraude (et qui
semblent tout d'abord concerner Vaughn), face à d'impressionnants
« golgoths »
dont un Ian Pirie particulièrement flippant. Discrète, la partition
musicale d'Anne Nikitin intègre parfaitement l'intrigue. On n'est
jamais gênés par une quelconque surenchère musicale, la bande-son
étant cependant relativement présente. Pas d'excès non plus en
terme d'action, le cinéaste préférant faire évoluer ses
personnages dans un contexte anxiogène né du regard de certains
autochtones et des décors qui tranchent de manière assez brutale
avec ceux des grandes métropoles. Ici, même si l'on n'est pas au
cœur d'un village habité par des individus que le cinéma
d'outre-atlantique a pour habitude de nommer des « rednecks »,
on sent bien que les habitants ont leurs propres règles, leur propre
mode de vie, leurs propres lois. Matt Palmer réalise donc une œuvre
puissamment incommodante. Déjà un classique qui aurait peut-être
mérité une étoile de plus si le final n'avait pas été abordé de
manière aussi simpliste...
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