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samedi 14 octobre 2023

Hi'Mom ! de Brian de Palma (1970) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Avant de devenir l'un des plus importants réalisateurs américains à l'échelle mondiale, Brian De Palma s'est illustré à travers quelques longs-métrages qui auront patienter des décennies avant de pouvoir débarquer dans les chaumières. Des courts-métrages tout d'abord, signés entre 1960 et 1966, puis plusieurs longs-métrages, Murder a la Mod et Greetings en 1968, The Wedding Party en 1969 ainsi que Dionysus in '69 et Hi'Mom ! l'année suivante. C'est sur ce dernier que nous allons nous pencher dans cet article avant de revenir, pourquoi pas dans un temps prochain, sur ses œuvres précédentes. La valeur que revêt le quatrième long-métrage de Brian de Palma est on ne peut plus considérable. D'abord parce que tout objet portant sa griffe est forcément d'importance. Ensuite, parce que contrairement à la physionomie quelque peu vieillotte de ce film de fin des années soixante et début des années soixante-dix, celui-ci s'avère étonnamment prophétique. Alors qu'Internet n'est pas encore entré dans nos foyers et que les réseaux sociaux ne sont sans doute encore dans l'esprit de certains qu'un fantasme loin d'être encore envisagé autrement que sous la forme littéraire, Brian de Palma crée un personnage qui sans doute se serait merveilleusement fondu dans l'univers du paraître où se livrent une guerre sans merci influenceurs et autres colporteurs de bonnes et de mauvaises nouvelles. Alors que l'on a longtemps collé à l'image de Robert de Niro celle du cinéaste Martin Scorsese qui lui offrit parmi ses plus grands rôles à commencer par Mean Streets en 1973 ou Taxi Driver trois ans plus tard, on peut considérer qu'après Marcel Carné et Norman C. Chaitin, c'est bien Brian de Palma qui offrit à l'acteur ses tout premiers vrais rôles au cinéma. Robert de Niro tourne ici sont troisième long-métrage aux côtés du réalisateur américain qui lui confie donc le rôle principal de Jon Rubin, jeune cinéaste amateur, ancien vétéran de la guerre du Vietnam (il rendossera d'ailleurs le costume de soldat qu'on lui voit porter sur le dos à la fin du récit pour le futur Taxi Driver), dont l'ambition est de se lancer dans le cinéma. Une idée en tête, le voilà qu'il fait le tour des producteurs de films pornographiques afin d'exposer son idée. En effet, Jon vient tout juste de s'installer dans un appartement totalement délabré. Pourquoi ? Parce que l'une des fenêtres donne directement sur l'immeuble d'en face où il peut épier et filmer à sa guise et grâce à sa caméra de fortune, les activités de celles et ceux qui y vivent. L'occasion pour Jon d'expliquer son projet consistant à filmer à leur insu ces voisins d'en face jusque dans leur plus secrète intimité.


C'est donc sur ce postulat de base que repose Hi'Mom ! Et par extension, sur les ambitions d'un individu en outre mythomane s'inventant des récits dont l'un aura notamment pour but de séduire l'une des habitantes de l'immeuble en question. Des années avant que les chaînes de télévision se laissent aller à la dérive, Brian de Palma se positionne en observateur d'un monde perverti par la luxure (le quartier dans lequel s'installe Jon est gangrené par la prostitution, les peep-shows et les cinémas pornographiques). Le long-métrage s'inscrit également au centre du mouvement Black Panther né quelques années auparavant sous l'impulsion des afro-américains Bobby Seale et Huey P. Newton. C'est ainsi que le héros intègre une troupe de comédiens noirs qui vont très rapidement faire parler d'eux à travers des spectacles revendiquant les droits du peuple afro-américain. Si Hi'Mom ! a plutôt vieilli, il conserve cependant le charme de son époque et rejoint parfois le cinéma ''scorsesien'' dans sa vision de l'Amérique d'alors. L'on décèle déjà la passion de Brian de Palma pour l'emploi du slipt-screen ou ce qui deviendra rapidement l'un de ses leitmotivs : le voyeurisme (thème qu'il magnifiera en outre à travers le formidable Body Double en 1984). Hi'Mom ! s'inscrit également dans la recherche d'un cinéma du réalisme à travers des micro-trottoirs effectués auprès de badauds ou par l'emploi d'une caméra portée à l'épaule, rendant l'ensemble extrêmement réaliste d'un point de vue visuel même si certaines séquences débordant de folie viennent tempérer le propos. On pense notamment à sa relation avec la voisine Judy Bishop qu'interprète l'actrice Jennifer Salt que le réalisateur avait déjà dirigé dans deux de ses précédentes œuvres mais que l'on retrouvera surtout dans le premier vrai classique de Brian de Palma en 1972, Soeurs de sang ! Extrêmement à l'aise, le personnage qu'incarne Robert de Niro y ment comme il respire avec un saisissant aplomb. Ce qui laisse augurer des séquences absolument savoureuses comme celle lors de laquelle il affecte de s'être trompé de personne lors d'un rendez-vous pour pouvoir séduire la charmante Judy ou le passage lors duquel ils conversent au restaurant. Divertissant, drôle, politique, tourné en couleur mais aussi en noir et blanc, parfois techniquement intéressant, Hi'Mom ! est une œuvre que tout fan de Brian de Palma se doit de découvrir...

 

mercredi 12 avril 2023

Taxi Driver de Martin Scorsese (1976) - ★★★★★★★★★★

 


 

Il arrive, parfois, que les astres s'alignent de telle manière qu'un véritable miracle éclose devant nos yeux. Imaginez : un scénario écrit en un peu moins d'une semaine. Et pas par n'importe qui. Pas un petit scribouillard qui voudrait percer dans le cinéma. Non, plutôt un cinéaste en devenir, écrivant ses propres scripts, quand il n'adaptera pas simplement un classique de l'épouvante (Cat people). Retenez bien ce titre : Hardcore. Et retenez également le nom de celui qui en fut l'auteur : Paul Schrader. C'est donc grâce à lui qu'est né Taxi Driver de Martin Scorsese dans la forme qu'on lui connaît. Car avant que ce dernier ne se planque derrière sa caméra pour filmer les turpitudes d'un chauffeur de Taxi dans la moiteur nocturne de New York, les immenses Robert Mulligan (s'il le faut, je n'en retiendrai qu'un : The Other qu'il réalisa en 1972) et Brian De Palma (Phantom of the Paradise forever...!) faillirent lui voler sa place. Paul Schrader eut finalement le dernier mot. Bernard Herrmann, l'auteur de la prodigieuse bande musicale pour cordes de Psychose allait signer pour Martin Scorsese un thème si célèbre que même celles et ceux qui n'ont jamais vu le film connaissent l'air (Taxi Driver - Main title). Le pauvre n'aura malheureusement pas eu le temps de découvrir son œuvre sur grand écran puisqu'il s'éteindra le 24 décembre 1975, soit un peu plus d'un mois avant que ne sorte Taxi Driver sur les écrans américains. Aux effets-spéciaux : Dick Smith. Immense maquilleur, spécialisé dans le vieillissement (Max Von Sydow était âgé de quarante-quatre lors du tournage de L'exorciste de William Friedkin en 1973 alors même qu'à l'écran il en paraissait trente de plus). Ensuite, bien sûr, il y a les interprètes. À commencer par Robert de Niro, qui avant de rencontrer Martin Scorsese se fit la main chez Marcel Carné, Brian De Palma (déjà lui), Roger Corman ou chez Francis Ford Coppola. Des portes d'entrée que l'on pourrait considérer de royales...


À ses côtés, la sublime Jodie Foster. Cette actrice américaine cultivée, intelligente et qui parle mieux notre langue que la plupart de nos compatriotes ! Elle débarque toute menue, toute fraîche sur le tournage de Taxi Driver comme si elle faisait son entrée dans le monde merveilleux du cinéma. C'est oublier un peu vite qu'elle débuta à l'âge de sept ans dans la série télévisée The Doris Day Show en 1969 et qu'avant de rencontrer Martin Scorsese et ses partenaires de Taxi driver, elle enchaîna trente-cinq rôles dans diverses séries, téléfilms et longs-métrages cinéma. Ensuite, qui oserait demander qui est Harvey Keitel ? Acteur dont l'importance est égale à celle de Robert de Niro auquel il se frottera dans l’œuvre de Martin Scorsese. Là encore, retenez son nom et ce film monstrueux que réalisa Abel Ferrara en 1992, Bad Lieutenant. Ah ! Et tant qu'à faire, gardez également en mémoire Joe Spinell et son visage grêlé. Lui et le personnage de Frank Zito qu'il incarna véritablement dans le glauquissime Maniac de William Lustig. Si maintenant vous rejoignez les trois longs-métrages que je vous ai demandé de retenir et que vous y ajoutez celui de Martin Scorsese, nous tenons là le carré d'as du cinéma new-yorkais underground ''grand public''. Ouais, bon, pour être tout à fait honnête, je ne suis pas certains que Hardcore ait été tourné dans les rue de la Grande Pomme. Mais les siennes y ressemblent parfois terriblement). Au pire l'on remplacera ce dernier par un quelconque outsider. Comme le très glauque Combat Shock de Buddy Giovinazzo qui d'ailleurs, sorti chez nous chez l'éditeur Haxan Films au début des années 90 avec cette très sympathique accroche : La version ''sale'' de Taxi Driver. La boucle étant bouclée, passons aux choses sérieuses...


Le cinéma n'étant plus ce qu'il était, on n'imagine pas aujourd'hui un tel parterre de célébrités réunies autour d'un film au budget s'élevant à seulement un million et trois-cent mille dollars. Afin que celui-ci n'excède d'ailleurs pas la somme mise dans le panier, Robert de Niro et Martin Scorsese recalculèrent leur salaire à la baisse... On reconnaît déjà d'emblée cette ''gueule'' incroyable que traînera durant toute sa carrière l'acteur ou les longs travelling que Scorsese expérimenta déjà sur un précédant long-métrage bien connu des cinéphiles, Mean Streets trois ans auparavant. Tiens, à propos du bonhomme. Saviez-vous (moi pas en tout cas) qu'il faillit être l'auteur de ce qui devint en 1970 l'un des portraits les plus saisissant (et authentique) de couple de tueurs en série, The Honneymoon Killers de Leonard Castle ? Et ouais. Mais lorsque d'un point de vue artistique l'on n'est pas très en accord avec certaines attentes, c'est la porte de sortie qui se profile à l'horizon. Et pour Martin Scorsese, la chose survint après une semaine de tournage seulement ! Passant à côté du mythe, le bonhomme s'est heureusement très vite rattrapé... Travelling nocturne dans les rues de New-York : '' Y'a toute une faune qui sort la nuit. Putes,chattes en chaleur, enculés, folles,pédés, pourvoyeurs, camés... Le vice et le fric''. En l'espace de deux phrases seulement, le ton est donné. Tout l'esprit du personnage et du monde dans lequel il va désormais évoluer sont ainsi réunis. D'une certaine manière, Travis Bickle (Robert De Niro) allait ouvrir la voie à une longue série de personnages à l'extrémité desquels l'on retrouverait plus de trente ans après le boucher de Carne et Seul contre tous de Gaspar Noé ! Ancien marine, le jeune chauffeur de taxi déclame de longs monologues intérieurs. Pour cet ancien soldat, la guerre n'a pas pris fin et s'inscrit désormais dans les rues d'un New-york aux mains des proxénètes et autres marchands de sexe. Martin Scorsese et Paul Schrader développent un personnage relativement complexe et parfois presque illogique dans son mode de pensée et certains de ses agissements. Crachant son dégoût de la société dans laquelle il vit, le voilà qui se détend dans une salle de cinéma miteuse projetant... un film porno.


Il y a donc un peu du boucher de Noé chez Travis. De grandes et muettes paroles qui ne dépassent tout d'abord pas sa pensée (un état dans lequel demeurera d'ailleurs jusqu'au bout le personnage formidablement incarné par Philippe Nahon dans Seul contre tous). Et pourtant, on le découvre sous son meilleur jour. Cherchant à communiquer avec autrui mais se retrouvant face à un mur. Et même, DES murs... Du moins jusqu'à sa rencontre avec la jolie assistante du candidat à l’élection Charles Palantine, Betsy qu'interprète Cybill Sheperd. Une relation éphémère dont les conséquences seront terribles puisqu'elle sera la première pierre d'un édifice moral et intellectuel qui emportera Travis dans un tourbillon de violence. Bruyant, fourmillant, le New York décrit pas Martin Scorsese est sordide et malfaisant. Les seules notes d'espoir mènent fatalement au désenchantement. Tenant un journal intime, le chauffeur de taxi va se construire une carapace. Un nouveau modèle de ''vertu''. Un justicier du bitume, en somme. Mais pour cela, il lui faut un but. Et ce but sera personnifié par Iris (Jodie Foster), une gamine d'à peine douze ans se prostituant pour le compte du proxénète Sport (Harvey Keitel). La transformation du personnage n'est pas que mentale mais également physique. Travis retrouve le haut kaki qui constitua une partie de son uniforme lors de la guerre du Vietnam, muscle son corps et transforme ses cheveux en crête iroquoise...


À ce propos, selon certains peuples d'amérindiens, porter une telle coiffure permettait d'encourager les troupes durant les affrontements. Un détail qui sans doute ici a son importance et laisse entrevoir l'action que mènera le chauffeur de taxi lors du dernier acte. Un moyen de se donner la force, la motivation et le courage nécessaires pour mener à bien sa mission. Si l'issue du récit laisse augurer une conclusion dramatique et si l'environnement dans lequel vit le héros est éminemment anxiogène, Martin Scorsese traite parfois son sujet avec un certain cynisme. Voire, beaucoup d'humour. Le réalisateur nous immerge en outre dans un espace ouvert mais se rétrécissant à mesure que Travis se replie sur lui-même. Enfermé chez lui ou à ''l'abri'' de son véhicule, il regarde le monde tel qu'il est, tel que veut tout d'abord nous le montrer Martin Scorsese avant qu'un fossé ne se creuse entre le spectateur et le héros. Cette distinction qui permet au public de faire la différence entre le bien et la mal tandis que Travis, lui, n'as plus l'objectivité nécessaire qui lui permettrait encore de séparer le premier du second. Martin Scorsese filme la ville qui l'a vu naître avec passion. Un décor mais aussi et surtout, un personnage à part entière, vecteur d'angoisse,. Cette même appréhension qui jour après jour, année après année enfante des monstres à visage humain...

 

dimanche 13 octobre 2019

Joker de Todd Phillips (2019) - ★★★★★★★★★★




Dans une Gotham City offerte à la violence et à la vermine, la colère gronde depuis que les habitants des quartiers défavorisés ont appris que les services sociaux ne bénéficieront plus d'aucune aide financière. Alors qu'ils sont contraints de fermer les uns après les autres, un événement va faire basculer la ville dans le chaos : trois employés de Wayne Enterprises ont en effet été abattus par arme à feu dans une rame de métro par celui qui bientôt symbolisera involontairement le soulèvement du peuple : Arthur Fleck, un homme qui depuis sa plus tendre enfance souffre de très graves troubles neurologiques et qui après avoir été renvoyé de son métier de clown va se retrouver directement plongé dans l'affaire du triple meurtre. Agressé par trois hommes ivres, il les abat avant de retourner tranquillement vivre auprès de sa mère impotente dans l'un des plus infâmes quartiers de Gotham...

Avec Joker, le réalisateur américain Todd Phillips change radicalement de genre après avoir tourné l'ignoble adaptation de la célèbre série télévisée policière Starsky et Hutch et la trilogie bouffonne Very Bad Trip. Un pari osé qui pourtant dès les premières minutes va conforter dans le bon sens le spectateur alléché par l'intrigante bande-annonce diffusée depuis des mois sur le net. Le dernier long-métrage de Todd Phillips nous convie à explorer les origines du plus célèbre anti-héros de la galaxie DC Comics avant qu'il ne se transforme et ne devienne le Joker, l'ennemi juré de Batman dont les parents furent abattus dans une ruelle insalubre de Gotham City. Ce qui marque d'entrée de jeu dans ce long-métrage qui n'a rien d'un vulgaire film de super-héros, c'est son cadre et son atmosphère particulièrement sombres et nihilistes. Tout y transpire effectivement la crasse, la corruption et le désenchantement dans une cité où l'hypothétique futur maire de la ville Thomas Wayne choisi d'abandonner ses habitants les plus pauvres alors même qu'il promettait de ne jamais oublier ses employés passés et présents, les considérant même comme sa propre famille. Tout y étant d'une noirceur absolue, Gotham est rongée par la violence dont fait tout d'abord les frais notre ''héros'', par de grands bouleversements économiques comme le laissent envisager ces enseignes qui ferment leurs portes en soldant drastiquement leurs marchandises ou ces œuvres de charité qui sont contraintes de mettre la clé sous la porte.

Arthur Fleck, futur Joker dont il ne manque déjà plus que le sinistre maquillage de clown et la chevelure verte pour compléter ce célèbre personnage qui déjà couve sous une personnalité anéantie par de graves troubles psychiatrique et par une vie construite sur le mensonge est incarné à l'écran par le formidable Joaquin Phoenix, immense acteur qui tient là l'une de ses plus incroyable performances. Sous le masque encore à peine achevé du pire antagoniste à venir de Gotham City, il erre dans une ville tentaculaire, oppressante, sombre et malade, parfaite représentation du caractère ambigu du personnage qu'il incarne. On est d'abord saisis par l'incroyable travail effectué sur le design général de l'immense cité dans laquelle évolue Arthur Fleck. Tout y transpire la désolation, le pessimisme et surtout, un climat anxiogène terrifiant. Une impression que dégage également le personnage interprété par Joakin Phoenix qui, si même Todd Phillips parvient à le rendre terriblement attachant, conserve une part d'ombre et de folie tellement évidentes que derrière son sinistre sourire, le spectateur ne peut qu'envisager le destin funeste d'une cité dont sera bien involontairement de la part du futur Joker, SON royaume du chaos.

Si Joakin Phoenix est absolument fabuleux dans la peau d'Arthur Fleck, Todd Phillips et toute l'équipe technique font preuve de leur côté d'un talent et d'une maîtrise remarquables dans tous les compartiments. Qu'il s'agisse de filmer la monstrueuse Gotham en plans larges et de jour ou les ruelles insalubres abandonnées aux rats et au détritus de nuit, la dégénérescence et la grandiloquence y sont filmées comme jamais. La laideur y est esthétisée à outrance même lors des séquences les plus violentes. Mais ce qui bouleverse surtout demeure dans le scénario et la mise en scène ponctuées de séquences fortes signifiant le monde imaginaire dans lequel vit le héros et qui nous sont révélées parfois de manière inattendue (on pense notamment à celle se déroulant dans l'appartement de la voisine du héros). Todd Phillips se fait l'artisan-critique du fait divers le plus sordide, de l'action anti-sociale par excellence, de la récupération des médias et des politiques des actions entreprises par Arthur (qu'il s'agisse de monter sur un podium pour donner son One Man Show ou le triple meurtre, symbole de la réussite, de l'orgueil et du mépris) et peut-être même aussi, de l'iconisation du Mal auquel, bizarrement, le spectateur va adhérer. Malgré les meurtres, malgré les troubles psychiatriques, malgré le passé et la totale absence d'empathie d'Arthur. La présence écrasante de Joakin Phoenix à l'écran étouffe littéralement celle des pourtant remarquables Robert de Niro, Zazie Beetz ou encore Frances Conroy qui incarne à l''écran Penny Fleck, la mère du futur Joker. Les fans de DC Comics apprécieront sans doute possible quant à eux les quelques références à Batman. Joker est-il le film de l'année ? Oui, mille fois oui...

mercredi 12 octobre 2016

Angel Heart de Alan Parker (1987)



Que peut-il y avoir de plus effrayant qu'un authentique film d'épouvante vous glaçant les sangs ? Une œuvre qui justement n'est pas à ranger dans la case 'films horrifiques' et qui par l'inattendue angoisse qu'elle génère démultiplie l'effet recherché. Un peu comme une scène d'amour torride au beau milieu d'un drame, d'un policier, ou d'une comédie et qui a beaucoup plus de chance d'attiser les braises que dans un vulgaire film érotique dont on connaît par avance le contenu. Si Angel Heart est dès le départ attendu comme un thriller moite et teinté de fantastique, nous ne sommes pas obligatoirement prêts à recevoir les innombrables scènes cauchemardesques qui y pullulent. On savait Alan Parker un esthète et l'on pouvait supposer que la présence de l'immense Mickey Rourke apporterait autrement plus de cachet à l’œuvre que n'importe quel autre acteur de l'époque. Mais ce qui saute tout d'abord aux yeux, c'est l'impressionnant travail visuel que l'on doit communément aux décors de Brian Morris et à la superbe photographie de Michael Seresin.

Les couleurs semblent s'être faites la malle pour une contrée plus optimiste que le New-York et la Louisiane qui nous sont dépeints ici de manière extraordinairement austère. Et même le folklore des rues en cette année 1955 ne parviennent pas à atténuer cette impression de fin du monde. Fanfares et danseurs de claquettes traversent des champs de ruines où reposent des cadavres frigorifiés sur lesquels les chiens abandonnés posent le regard un instant avant de prendre la fuite. C'est dans ce contexte moribond que le détective privé Harry Angel répond à l'appel mystérieux d'un avocat, Herman Winesap, qui pour le compte d'un certain Louis Cyphre lui propose de rencontrer son client. Un homme bien mystérieux qui va proposer à Harry de retrouver Johnny Favorite avec lequel il est en affaire et qui n'aurait pas donné de nouvelles de lui depuis les douze dernières années.

Harry Angel, c'est donc Mickey Rourke. Long pardessus en coton, cravate dépareillée, cheveu gominé et coiffure partiellement entretenue, barbe de trois jours, cigarette coincée entre les lèvres. Typiquement le genre de détective que l'on imagine justement rencontrer à cette époque. Les enquêtes que mène habituellement Harry sont à son image : minables ! Elles n'ont pas fait de lui un homme riche mais elles lui permettent de vivre, ce qui semble déjà pas mal pour un homme qui a connu la guerre et en est revenu avec pas mal de séquelles. Retrouver Johnny Favorite devrait être du gâteau pour Harry. Malheureusement pour lui, ce gâteau va avoir un goût amer. Plongeant dans un abîme sans fond, il va connaître sa pire expérience d'homme et de détective.

De New-York à la Louisiane, c'est partout pareil. Où qu'aille notre héros, c'est le même constat. Tout y sombre dans un inévitable chaos. Les morts pourchassent le détective comme des ombres. Lui collent à la peau au point que la police finit par le soupçonner d'en être le responsable. Chaque rencontre se solde par un échec. Alan Parker a le prodigieux sens du spectacle. Dès les premiers instants, on est saisi par la noirceur du propos. Tout commence par ce cadavre gelé qui semble regarder au dessus de lui. On n'avait pas vu d'aussi saisissants instantanés de mort depuis les cadavres eux aussi gelés de l'équipe norvégienne rencontrée dans le chef-d’œuvre de John Carpenter, The Thing. Face à Mickey Rourke, Robert de Niro. Imposant, barbu, les ongles longs, jouant avec une canne qu'Alan Parker aime nous montrer manipulée en gros plan. Louis Cyphre... Louis Cypher... Lucifer. Et comme il le dira lui-même plus tard plus pratique à faire passer que Méphistophélès. Anxiogène, Angel Heart l'est assurément. A tel point que même ce refuge qu'est censée représenter l'église est inquiétant. Elle et ces nonnes assises sur un banc, l'uniforme balayé par le vent. Ou par le souffle du Diable, peut-être ? Un démon qui s'invite dans des chapelles sans y craindre jamais le courroux de son principal rival : Dieu lui-même.
Alan Parker crée une belle homogénéité entre ses protagonistes, les décors et l'intrigue. Sur fond de culture vaudou, Angel Heart possède de plus une très belle partition musicale que l'on doit au compositeur sud-africain Trevor Jones...

dimanche 27 octobre 2013

Malavita de Luc Besson (2013)



Giovanni Manzoni est un ancien membre de la mafia italienne basée à New-york. Parce qu'il a trahi sa "famille", il est condamné à mort par Vinnie Caprese, un ancien membre de cette "famille". Giovanni a changé d'identité. Tout comme sa femme et leurs deux enfants. C'est maintenant sous celles de Fred Blake, de son épouse Maggie, de leur fille Belle et de leur fils Warren qu'ils quittent déménagent une fois de plus de leur terre d'accueil, poursuivis par Jon Freda, homme à la solde de Vinnie Caprese qui a commandité le meurtre de Fred et de toute sa famille.

Réfugiés en France, les Blake ont précipitamment quitté le sud du pays pour venir se cacher dans une petite bourgade normande, Cholong-sur-Avre. Les Blake essaient avec beaucoup de difficultés de s'intégrer malgré les différences notables qui distinguent cette famille des villageois pétris de fausses convictions sur ses origines américaines. Malgré le calme apparent qui règne dans cet agréable ménage, les Blake n'aiment pas vraiment que l'on se moque d'eux. Ni qu'on les coupe dans leur élan. Et encore moins qu'on les contredise. Un caissier se moque des habitudes culinaires des américains ? Sa supérette disparaît dans l'explosion d'une bouteille de gaz orchestrée par Maggie. L'unique plombier de Cholong-sur-Avre essaie d'escroquer Fred ? Il termine allongé sur un lit d'hopital les deux jambes brisées à coups de batte de base-ball et de marteau. Warren est passé à tabac dans l'enceinte du collège ? Il invente un réseau qui fait tomber ses bourreaux dans un piège lui permettant de se venger. La très jolie Belle tombe dans un traquenard organisé par quatre adolescents ? Elle fracasse une raquette de tennis sur le crâne de leur chef.

L'intégration est difficile mais pas insurmontable. Malheureusement pour les Blake, des événements vont permettre à leur pire ennemi de remonter leurs traces et ce, malgré la présence amicale et protectrice de Robert Stansfield, un agne tdu FBI, et de deux de ses hommes Di Cicco et Caputo...

Dernier film en date du cinéaste français Luc Besson, Malavita (du nom du chien des Blake) est majoritairement interprété par des actrices et acteurs américains. Si dans un premier temps on aurait aimé voir des acteurs français bien connu pour interpréter ces normands piètrement mis en valeur. Mais finalement, et puisque l'excellent duo formé par Robert de Niro et Michelle Pfeifer dévore littéralement l'écran, on oublie très vite ce détail pour nous plonger au cœur d'un récit tragico-humoristique qui joue beaucoup sur l'image que peuvent avoir les américains sur le comportement des français. Thème mis au goût du jour à travers non pas l'attitude des habitants de Cholong-sur-Avre mais des citations bien connues par chez nous et qu'ils délivrent assez régulièrement à nos quatre américains alors éberlués.

Derrière le visage creusé de l'agent du FBI se cache l'attachant Tommy Lee Jones. Aussi peu sensible qu'attaché à la bienveillance de ceux qu'il doit protéger, il contrebalance l'agitation de De Niro par un calme olympien. Diana Agron, John D'Leo, Jimy Palumbo, Domenick Lombardozzi, Jon Freda et la foule d'acteurs qui assurent le casting de Malavita campent à la perfection le rôle qui est confié à chacun d'entre eux. Le film baigne durant plus d'une heure dans une ambiance humoristique à peine voilé par un suspens bien trop discret pour créer la moindre tension. On se fiche presque risques qu'encourent les membre de la famille Blake tant on s'amuse des péripéties qu'il connaissent. Par contre, la dernière demi-heure crée une tension palpable qui élimine tout l'aspect comique qui précède. C'est presque d'un film dans le film qu'il s'agit ici. On hésite presque à se dire que le film aurait gagné en force s'il avait été dès le départ, et jusqu'à sa conclusion, dans une optique de thriller au suspens tangible.

Concernant les clichés qui émaillent le film, on ne peut évidemment les reprocher à Luc Besson, français lui-même, et qui joue le jeu en jetant en pâture à ses compatriotes tout un tas de lieux communs. Alors bien sûr, nos chers voisins sont montrés ici sous leur jour le moins glorieux. Ils sont aussi sexy qu'une tranche de jambon, sont boutonneux et cérébralement gratinés. Mais tout ceci n'étant pas bien grave, contentons nous de passer l'agréable moment que promet cette œuvre adaptée du roman éponyme de Tonino Benacquista...
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