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dimanche 19 mai 2024

Le choc des titans de Desmond Davis (1981) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Parmi toutes les œuvres cinématographiques évoquant la mythologie grecque, deux marquèrent en particulier les esprits des spectateurs dans le courant du siècle dernier. Jason et les argonautes de Don Chaffey ainsi que Le choc des titans de Desmond Davis. En 1963, le premier se pencha sur le mythe de Jason et de la Toison d'or. Quant au second, il s'intéressa à Persée, fils de Danaé et du Dieu Zeus. Jetés à la mer par le roi d'Argos, Acrisios, la mère et l'enfant seront malgré tout sauvés de la noyade et arriveront jusqu'au rivage de l'île de Sérifos où grandira Persée jusqu'à ses vingt ans. Deux décennies plus tard, le fils de Thétis, Calibos, était jusqu'à maintenant voué à épouser la princesse Andromède, fille de la reine Cassiopée. Mais ayant fait tuer le troupeau de chevaux volants de Zeus, massacre dont seul Pégase survécu, le Dieu transforma Calibos en une créature hideuse afin d’empêcher son mariage avec la magnifique princesse. Depuis, chaque prétendant au trône doit résoudre une énigme s'il veut prendre la main d'Andromède. À défaut de quoi, il mourra sur le bûcher. Lorsqu'après un long voyage Persée arrive en ville, il se présente devant la reine en affirmant vouloir relever le défi. Le jeune homme parvient à résoudre l'énigme et gagne donc les faveurs de la reine et de sa fille. Mais alors que durant la cérémonie Cassiopée ose comparer la beauté de sa fille à celle de la déesse Thétis, une représentation de celle-ci ordonne à ce qu'Andromède soit offerte en sacrifice au Kraken d'ici les trente prochains jours. Persée va alors se lancer dans une longue et périlleuse aventure afin de sauver la vie de celle qu'il vient tout juste de faire sienne... Si l'on ne devait comparer les deux longs-métrages que sur un seul point, nous évoquerions sans doute la difficulté qu'a le second a conserver son impact visuel de nos jours. Pourtant plus récent de dix-huit ans que Jason et les argonautes, certains effets-spéciaux du Choc des titans ont malheureusement pris un sacré coup de vieux. Tandis qu'en 1963 l'on pouvait critiquer l'aspect relativement kitsch des décors mettant en scène les divinités grecques, en 1981, la désuétude semble s'être généralisée avec ceux des différentes cités où se déroule l'action.


Des colonnes aux bâtisses en passant par les grottes, tout ou presque semble provenir de chutes de la série originale Star Trek réalisée entre 1966 et 1969. De ce point de vue là, Le choc des titans s'avère donc plutôt cheap, voire carrément ringard. Fort heureusement, le film de Desmond Davis possède d'autres qualités qui permettent de passer outre son visuel architectural souvent irréaliste. À commencer bien entendu par l'immense apport des effets visuels créés par Ray Harryhausen. Car tout comme pour Jason et les argonautes, ce spécialiste de la Stop Motion fut l'auteur de quelques mémorables séquences pour ce qui s'avérera son dernier long-métrage en tant que concepteur d'effets-spéciaux (il ne demeurera en effet que consultant sur Mighty Joe Young de Ron Underwood en 1998). Pourtant, si l'on devait une fois de plus comparer les deux œuvres, c'est bien Jason et les argonautes qui remporterais le combat. Et ce, malgré des animations qui dans le cas du Choc des titans s'avèrent en général quasiment parfaites (Pégase, Calibos (incarné par Meil McCarthy) ou encore la superbe confrontation entre Persée et la Gorgone Médusa) tandis que d'autres font peine à voir (le Kraken). Mais alors, que ressort-il de ce mythique Choc des titans si dans des domaines aussi fondamentaux que ceux des effets-spéciaux d'animation ou des décors le film reste critiquable ? Et bien, son histoire. Car dans ce domaine, le récit du choc des titans dépasse de loin celui de Jason et les argonautes. Si l'un comme dans l'autre nous convient à des aventures pleines de péripéties fantastiques, il faut reconnaître que le script de Beverley Cross dépasse de très loin celui que le scénariste avait déjà eu la charge d'écrire aux côtés de Jan Read dix-huit ans auparavant. Si le déroulement des aventures mettant en scène le personnage de Jason s'avérait somme toute assez linéaire, la combinaison de sous-intrigues dans le cas du choc des titans permet à ce dernier de livrer un récit beaucoup plus riche. En 2010 sortira sur les écrans Le choc des titans version Louis Leterrier. Preuve que les effets-spéciaux ne font pas tout. Une œuvre d'ailleurs très inférieure à son ancêtre...

 

mercredi 15 mai 2024

Jason et les argonautes de Don Chaffey (1963) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, découvrir à la télévision Jason et les argonautes faisait le même effet que chaque fois qu'était rediffusé une comédie mettant en scène Louis de Funès. Si l'on a conservé dans nos mémoires une œuvre qui nous semblait provenir de l'une de ces deux merveilleuses décennies, ce long-métrage mis en scène par le réalisateur britannique Don Chaffey est pourtant bien plus ancien puisqu'il date de 1963. Et s'il est demeuré toujours aussi populaire, c'est sans nul doute grâce aux prouesses techniques mises en œuvre à l'époque par le concepteur des effets-spéciaux américano-britannique Ray Harryhausen dont la spécialité fut la Stop Motion. Technique consistant à filmer image par image des représentations miniatures de créatures qui une fois mises en mouvement créaient l'illusion d'être vivantes et disproportionnées. C'est ainsi qu'il donna naissance à l'immense créature de The Beast from 20,000 Fathoms du français Eugène Lourié en 1953, soit un an avant que n'apparaisse pour la toute première fois au Japon, le célèbre Godzilla dans l’œuvre portant son nom signée du réalisateur Ishirō Honda (lequel n'était pas le premier long à exhiber une créature gigantesque comme le démontrèrent bien avant lui le King Kong de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack ou sa suite Le Fils de Kong uniquement réalisé par Ernest B. Schoedsack, les deux films étant sortis en 1933). Don Chaffey et Ray Harryhausen se retrouveront notamment sur le tournage de Un million d'années avant J.C. en 1966 mais avant cela, l'un et l'autre vont s'employer à unir leurs talents respectifs afin de donner naissance à l'un des péplums mythologico-fantastiques parmi les plus fameux qui aient vu le jour sur grand écran. Alors que l'action se situe à l'époque de la Grèce Antique, un oracle annonce à Pélias qu'il va prochainement s'emparer du trône d'Iolcos en Thessalie en lieu et place de son demi-frère Éson. Mais aussi qu'un homme chaussé d'une unique sandale viendra bientôt le tuer pour venger son père de cet affront. Plus tard, sauvé de justesse de la noyade, Pélias remarque que son sauveteur ne porte justement qu'une chaussure.


Du nom de Jason, ce dernier est convié par celui dont il ignore encore la véritable identité à l'accompagner jusqu'à son camp. Afin de gagner du temps, Pélias conforte Jason dans l'idée de partir en Colchide afin de découvrir et de mettre la main sur la fameuse Toison d'Or aux caractéristiques hors du commun. C'est ainsi qu'après avoir sélectionné ceux qui l'accompagneront durant son long périple (parmi lesquels Hercule ou le propre fils de Pélias, Acaste) et après avoir réservé l'usage de l'Argo à son propriétaire que Jason et son équipage partent à l'aventure. Un voyage emplit d'épreuves dont la première aura lieu sur l'île de Bronze ou la gigantesque statue de Talos veille sur un immense trésor... Une fois défait le géant de métal, Jason et ses hommes se rendent sur une autre île où un vieil homme aveugle est condamné à subir les assauts perpétuels de deux harpies. Affrontant les deux affreuses créatures, Jason les fait ensuite enfermer, libérant ainsi le vieil homme de leur emprise. Plus tard, ce sera au tour du Dieu Triton de surgir du plus profond des océans à cette différence bien précise qu'il s'agira cette fois-ci d'aider le héros et ses hommes et non pas de les attaquer. Un cours répit avant que Jason ne se voit contraint d'affronter Acaste sur le pont de l'Argo, puis une hydre à sept têtes, avant de pouvoir prendre possession de la Toison d'Or. Et pour terminer, Jason combattra une armée de squelettes une fois de plus animés par Ray Harryhausen. Notons qu'en dehors de l'apparition du Dieu Triton (qui ne consiste qu'en l'incrustation de l'acteur Bill Gudgeon), toutes les séquences à effets-spéciaux furent donc conçues en Stop Motion, la dernière demeurant en forme d'apothéose dans la carrière de leur concepteur. Aujourd'hui, avec l'apport des images de synthèse et le bond qu'elles firent notamment dans le courant des années quatre-vingt dix, les effets-spéciaux de Jason et les argonautes peuvent paraître naïfs. Et pourtant, longtemps ils sont demeurés comme d'authentiques références. À l'échelle de l'histoire du cinéma, le film eut son importance et demeure encore une œuvre mythique. Et ce même si le scénario de Beverley Cross et Jan Read reste on ne peut plus sommaire. Une aventure relativement conventionnelle qui gagne justement en profondeur et en intensité dès lors que Jason affronte des créatures issues des mythes et légendes de la Grèce Antique...

 

mardi 1 octobre 2019

Cléopâtre de Joseph L. Mankiewickz (1963) - ★★★★★★★★★★



En 1963, le réalisateur, scénariste et producteur américain Joseph L. Mankiewickz se lance à son tour après Cecil B. DeMille avec Les Dix Commandements en 1956 et William Wyler avec Ben-Hur en 1959 dans un projet pharaonique se penchant quant à lui autour du célèbre personnage de Cléopâtre VII, reine d'Égypte de la dynastie Lagide dans le courant du siècle précédent la naissance du Christ. Un long-métrage fleuve de plus de quatre heures constitué de plusieurs actes dont le premier se concentre surtout sur la relation que la jeune femme s'autoproclamant comme étant la déesse Isis entretint avec le tout aussi célèbre Empereur romain, Jules César. Cette première partie d'une durée avoisinant les deux heures, le spectateur est mis devant le fait accompli : ce n'est pas lors de ce témoignage tantôt bouleversant (la mort de César y est abordée de manière relativement effroyable), tantôt majestueux (la fastueuse arrivée de Cléopâtre à Rome) que le spectateur demeurera muet d'admiration devant la mise en scène, l'interprétation et les décors de Cléopâtre. En effet, Joseph L. Mankiewickz préfère davantage se pencher sur la liaison de la reine égyptienne et de l'empereur romain que sur leur rôle au sein de leur nation respective. Et même si sont évoquées les batailles du César conquérant et les complots qui se ourdissent autour des deux amants et notamment du romain qui connaîtra le sort que l'on connaît, trahit par un groupe de conspirateurs du Sénat parmi lesquels le propre fils de l'empereur, Brutus...

... on est encore loin de l'incroyable spectacle des Dix Commandements ou de Ben-Hur dans cette première partie. Beaucoup de dialogues et donc de bavardages et très peu d'action en dehors d'une séquence de siège triste à mourir. Comparativement aux classiques de Cecil B. DeMille et de William Wyler, le film de Joseph L. Mankiewickz apparaît tout d'abord visuellement mineur. Ce qui peut d'abord se comprendre lorsque l'on apprend qu'à l'origine, le budget alloué au projet n'était que de deux millions de dollars quand on sait que treize furent consacrés aux Dix Commandements et quinze à Ben-Hur. Finalement réévalué à hauteur de quarante-quatre millions, le producteur américain Spyros Skouras, président de la Fox se verra ''poussé vers la porte de sortie'' et contraint de démissionner de son poste. Toujours est-il qu'avant d'en arriver là, cette ''mise en bouche'' qui offre autant d'importance au personnage de César qu'à celui de Cléopâtre est en partie décevante. Les décors sonnent faux, vides, la dite scène de siège demeurant le parfait exemple du contexte dans lequel l'équipe technique, le cinéaste et ses interprètes semblent contraints d'évoluer : alors que la bataille est engagée, Joseph L. Mankiewickz use d'une ellipse permettant d'écourter la séquence et de n'en montrer qu'une faible partie. Fort heureusement, la patience du spectateur est récompensée lors de l'arrivée de Cléopâtre dans une scène absolument fabuleuse qui permet enfin au long-métrage de prendre une forme beaucoup plus impressionnante. Décors, costumes et mise en scène prennent les proportions que l'on espérait depuis les premières minutes mais qui avaient tendance à se faire désirer.

Quatre ans après l'époustouflant et sinistre drame que réalisa Joseph L. Mankiewickz en 1959 (Soudain l’Été Dernier), le cinéaste retrouve la sublime Elizabeth Taylor qu'il éclaire cette fois-ci sous un jour bien différent en lui offrant le rôle-titre de Cléopâtre. Dire que l'actrice américaine y rayonne est bien en dessous de la réalité. Au delà de la relation qu'entretient son personnage auprès de César qu'incarne l'acteur britannique Rex Harrison, sa seule présence et son incroyable beauté parviennent à elles seules à faire oublier l'absence de rythme et d'enjeu autre que scénaristique de ces deux premières heures. Gracieuse et féline jusque dans le regard, Elizabeth Taylor déploie sa beauté sous des tenues vestimentaires peinant à camoufler sa somptueuse silhouette. Parmi les seconds rôles (avant de tenir le plus important auprès d'Elizabeth Taylor), on note la présence de l'immense Richard Burton dont l'actrice sera l'épouse à deux reprises (du 15 mars 1964 au 26 juin 1974 et du 10 octobre 1975 au 29 juillet 1976) et qui dans le rôle de Marc Antoine n'est pour l'instant ''que'' maître de cavalerie et l'un des proches conseillers de Jules César. Un personnage qui aura éminemment plus d'importance après la mort de l'empereur.

Et le miracle fut.... car les craintes qui émaillaient de cette ''première partie'' pourtant parfois somptueuse mais n'exploitant qu'une partie infime de l'aura de ses personnages s'effacent au profit d'une seconde beaucoup plus convaincante. Face à la passion qui bientôt va réunir Cléopâtre à Marc Antoine, celle qui unit la reine d’Égypte à César paraît alors bien timide et le spectacle d'une moindre ampleur. À la mort de l'empereur romain, Cléopâtre prend la forme d'une refonte sublimée par une passion dont la teneur et la puissance n'auront sans doute que très rarement l'occasion d'être vécues avec autant d'intensité au cinéma à l'avenir par le spectateur. Car même si Joseph L. Mankiewickz met désormais en scène d'aussi rares que sublimes séquences d'affrontements (dont une superbe bataille navale) entre l'armée de Cléopâtre/Marc Antoine et celle d'Octave (incarné par l'extraordinaire Roddy McDowall ici génial, fou, illuminé, ambigu) qui pris la succession de Jules César à sa mort, le film arbore surtout une intensité dramatique rare et jusqu'auboutiste. Sur fond d'enjeux politiques, territoriaux et économiques, Cléopâtre est plus qu'un film historique, plus qu'un péplum, plus qu'un film de guerre... Il est d'abord un formidable témoignage sur l'amour, la passion et la dévotion réciproques. Que Joseph L. Mankiewickz aurait tout aussi bien pu titrer ''La plus belle histoire d'amour jamais contée...'' un film-fleuve de plus de quatre heures dont il existe même une version director's cut dépassant allégrement les cinq heures. L’œuvre de Joseph L. Mankiewickz est la plus complexe qu'il ait eu à mettre en scène mais aussi sans doute la plus remarquable. Un long-métrage dont on ne sort pas indemne. Une tragédie épique et romanesque, fulgurante et un duo Elizabeth Taylor/ Richard Burton inoubliable. Un chef-d’œuvre absolu...

dimanche 29 septembre 2019

Les Dix Commandements de Cecil B. DeMille (1956) - ★★★★★★★★★★



L'un des plus grands péplums de l'histoire du cinéma, et sans doute l'un des plus grands films de tout le septième art n'a pas perdu de sa superbe, même après soixante-trois ans d'existence. Réalisé par le réalisateur et producteur américain Cecil B. DeMille, trente-trois ans après le long-métrage éponyme qu'il réalisa lui-même en 1923, Les Dix Commandements demeure la plus flamboyante des adaptations cinématographiques basées sur le ''Assereth ha-Dibberoth'' ou Décalogue, l'ensemble des instructions morales et religieuses reçues par Moïse au sommet du Mont Sinaï en Égypte. Transmises par Dieu apparaissant sous la forme d'un buisson ardent, ces instructions prirent la forme de tables gravées sur lesquelles, selon la Torah, Dieu posa son doigt.
Alors que dans la version de 1923 le cinéaste abordait son œuvre en deux parties, la seconde se situant dans les années 1920, Cecil B. DeMille choisit de se concentrer dans celle de 1956 sur la vie de Moïse, de sa naissance et son sauvetage par Lilia, la fille du Pharaon Séthi 1er qui régna de -1294 à -1279, jusqu'à la seconde rencontre entre Moïse et Dieu suivant l'exode du peuple hébreux au pied du Mon Sinaï dans la péninsule égyptienne du même nom et à la suite de laquelle furent gravés les dix commandements.

C'est grâce à sa connaissance de l’Égypte Ancienne que celui qui demeurera comme l'un des plus grands acteurs américains de son époque décroche le rôle principal de Moïse. Alors que le propre fils de la star, Fraser Clarke Heston, incarne le futur prophète du judaïsme alors qu'il n'a qu'un an, son père, l'immense Charlton Heston irradie ensuite de sa présence une œuvre qui aura coûté à la production, treize millions de dollars. Une somme qui peut paraître dérisoire aujourd'hui mais qui à l'époque était exceptionnelle (je rappelle que nous sommes alors dans la seconde moité des années cinquante). Face au charisme de l'acteur qui interprétera plus tard le personnage principal d'un autre immense péplum, celui du Ben-Hur de William Wyler, affrontera les nouveaux maîtres d'une planète Terre futuriste dirigées par des primates dans La Planète des Singes ou découvrira l'effroyable vérité sur le Soleil Vert de Richard Fleischer, il fallait opposer un acteur capable d'avoir une certaine ascendance. C'est ainsi donc que le rôle de Ramsès II, fils de Séthi 1er et futur Pharaon D’Égypte est confié à l’acteur américain d'origine russe et mongole, Yul Brynner, dont la carrière débuta à la télévision en 1944 (Mr. Jones and His Neighbors) avant d'exploser au cinéma dans le film de Cecil B. DeMille, avec notamment Les Sept Mercenaires de John Sturges, Tarass Boulba de J. Lee Thompson, ou encore Mondwest de Michael Crichton dans lequel il incarnerait un robot à l'effigie d'un cow-boy, hommage au mercenaire Chris Adams qu'il incarna treize auparavant.

Énumérer la totalité des personnages, et donc de leur interprète respectif, prendrait sans doute des heures tant le casting des Dix Commandements est remarquable. On pourrait citer l'acteur Edward G. Robinson qui dans le rôle de Dathan y incarne un hébreux à la solde de l’Égypte. Pleutre, ambitieux, violent et ayant oublié ses origines. Yvonne De Carlo, qui dans celui de Sephora interprète la future épouse de Moïse rencontrée près d'un puits à Madian alors qu'il vient de vivre un long exode solitaire à travers le désert. Cedric Hardwicke qui dans la peau de Séthi 1er se pose en Pharaon honnête et droit envers son peuple mais inflexible envers les esclaves hébreux. Mais on retiendra sans doute en troisième position dans l'ordre d'importance après Charlton Heston et Yul Brynner, le personnage de Néfertari, interprétée par la sublime Anne Baxter, déchirée ici entre son indéfectible amour pour Moïse et sa crainte de devoir épouser Ramsès II. Personnage complexe (la personnalité des deux demi-frères étant facile à mettre en évidence), elle irradie elle aussi l'épopée de Cecil B. DeMille de sa grâce et sa beauté. En dehors des interprètes à proprement parler, il faudrait également citer les nombreux figurants, ces anonymes qui au nombre de dix-mille se sont fondus dans une reconstitution historique gigantesque (parmi les décors les plus vastes jamais réalisés pour un long-métrage à l'époque) et qui participent par leur seule présence à l'incroyable spectacle qui nous est offert.

D'ailleurs, il serait inconcevable de les évoquer sans parler du travail notamment effectué sur les costumes, mais plus encore les effets-spéciaux par le superviseur et directeur de la photographie américain John P. Fulton (de l'American Society of Cinematographers) qui reçut à l'occasion de sa participation à leur élaboration, l'Oscar des meilleurs effets visuels, lequel fut assisté du concepteur d'effets-spéciaux mexicain Paul Lerpae. Ce dernier employa la technique du ''Cache/contre-cache'' (ou ''travelling matte'') consistant à placer un décor peint en trompe-l’œil tandis que l'américain Farciot Edouart usa de la technique de la ''Projection Arrière'' (ou ''Process Photography'') consistant à projeter une image sur un écran depuis l'arrière de l'écran principal. Mais de tous les effets-spéciaux, celui que le spectateur retiendra sans doute davantage que n'importe quel autre (la majeure partie d'entre eux se fondant si naturellement dans le décor qu'ils deviennent spontanément invisibles) demeure la séquence durant laquelle Moïse, à l'aide de son bâton, sépare les eaux de la Mer Rouge en deux afin de permettre à son peuple d'échapper à ses assaillants. Une séquence difficile à monter mais qui depuis toutes ces années n'a pas perdu de sa force et sa beauté.

Si tant est que l'on soit peu enclin à accorder du crédit à certains événements se produisant lors de certains passages, on peut considérer l’œuvre de Cecil B. DeMille comme un formidable film fantastique plongeant ses personnages dans un univers où se mêlent Histoire, récit biblique, aventures, drame et romance. D'une durée avoisinant les trois heures et quarante minutes, Les Dix Commandements fut une véritable manne pour la société de production Paramount puisque le film rapporta en cette seule année 1956, soixante-cinq millions de dollars sur le seul territoire américain. En France, il faudra attendre plus d'une année entière et le 17 janvier 1958 pour pouvoir découvrir le film en salle où il dépassa les quatorze millions d'entrées. À noter que cette seconde version des Dix Commandements par Cecil B. Demille fut aussi son dernier long-métrage. Alors qu'il avait en tête la réalisation d'une œuvre portée autour de la Vierge Marie, l'immense cinéaste américain qu'il fut devait s'éteindre d'épuisement le 21 janvier 1959 à l'âge de soixante-dix sept ans...

dimanche 4 novembre 2018

I Sette Magnifici Gladiatori de Bruno Mattei (1983) - ★★★★☆☆☆☆☆☆



Pas du tout attiré par l'univers des péplums (je crois bien que j'aborde le genre sur Cinémart pour la première fois en sept années d'existence), mais fasciné par celui du cinéaste italien Bruno Mattei, c'est donc avec un intérêt plus que mitigé que je me suis penché sur I Sette Magnifici Gladiatori sorti chez nous sous le titre Les Sept Gladiateurs. Connaissant la propension du cinéaste italien à se servir dans des thèmes déjà existant (Caligula et Messaline, Virus Cannibale, Robowar, etc...) pour un résultat toujours inférieur à ses sources d'inspiration, c'est avec autant de crainte que de curiosité que j'ai donc découvert ce péplum datant de 1983 et principalement interprété par Lou Ferrigno, célèbre pour avoir incarné L'Incroyable Hulk sous sa forme monstrueuse dans la célèbre série télévisée américaine des années 70/80 créée par Kenneth Johnson, et par l'actrice Sybil Danning, qui a notamment joué dans La Dama Rossa Uccide Sette Volte d'Emilio Miraglia en 1972, The Prince and the Pauper de Richard Fleischer en 1977, Howling II de Philippe Mora en 1985, ou encore plus récemment dans Halloween de Rob Zombie en 2007.


Sans être un spécialiste en la matière, il ne faut pas être très éclairé pour comprendre que I Sette Magnifici Gladiatori est le péplum du pauvre. Ça commence d'ailleurs assez mal avec un Dan Vadis dans le rôle du demi-dieu Nicerote qui manque de se casser la figure devant l'objectif d'un Bruno Mattei apparemment bien décidé à ne faire qu'une seule prise. Il faut dire qu'à l'époque, la pellicule coûtait chère et qu'il valait mieux ne pas rater la scène. Un détail qui a son importance devrait normalement frapper n'importe quel spectateur se penchant sur les décors du film. Si la date durant laquelle se déroule l'intrigue n'est pas précisée, on peut imaginer qu'elle se situe plusieurs siècles en arrière. C'est sans doute pour économiser en terme de coûts que Bruno Mattei a choisit de tourner son film directement dans des ruines, en lieu et place d'édifices qui auraient dû être en excellent état. Un anachronisme sans importance aucune en réalité puisque là où le bât blesse véritablement, c'est dans la mise en scène de Bruno Mattei qui passe le plus clair de son temps à filmer ses interprètes en gros plan sous la forme de caches-misère.

L'une des scènes significatives reste cette triste séquence durant laquelle nous assistons à une course de chevaux déprimante. De nuit, sans estrades, et sans public, quelques statues éparses dessinant une piste imaginaire, spectacle désolant auquel seuls un empereur et sa cours ont la (mal)chance d'assister, installés devant une pauvre pièce de tissu couleur bordeaux. Je vous jure qu'à ce moment très précis, j'ai ressenti un réel malaise... pour ces interprètes offrant contre monnaie sonnante et trébuchante de leur temps libre pour une œuvre qui n'offre en réalité pas grand intérêt en terme d'enjeux scénaristique, historique ou artistique...
I Sette Magnifici Gladiatori est d'une insondable laideur, Lou Ferrigno s'entourant de plusieurs gladiateurs (ceux du titre) afin de venir en aide à un village tout entier sous le joug d'un demi-Dieu despotique. D'où des combats sans âmes qui réservent cependant quelques rares moments de surprises lors de cabrioles dignes des Charlots. En se prenant parfois au sérieux plus qu'il ne le fera par la suite, Bruno Mattei perd ici un peu du charme qui offrent leur statut d’œuvres cultes aux long-métrages précités. Il n'empêche que l'amateur de ce cinéaste indispensable trouvera matière à se réjouir devant cet acte insipide mais perclus de réjouissantes 'boulettes'. A commencer par l'improbable costume porté par Dan Vadis, ou le jeu statique et fermé de Lou Ferrigno. L'ombre de l'infâme Caverne de la Rose d'or de Lamberto Bava plane sur ce qui s'apparente donc comme l'un des pires représentants du genre 'péplum'...

mardi 18 août 2015

Caligula de Tinto Brass (1979)



An 37. L'empereur Tibère meurt, assassiné par le préfet Macron, sous les yeux de Caligula qui dès lors, devient le troisième empereur de la dynastie Julio-Claudienne. Véritable despote, le successeur de Tibère fait assassiner tous ceux qu'ils jugent comme étant des traîtres. Son entourage est ainsi décimé, et, provoque le désir de certains de vouloir se débarrasser de lui. Le jeune empereur de vingt-cinq ans organise d'immenses festins. Ridiculisant le Sénat, il élève les épouses des sénateurs au rang de putains et leur ordonne de participer à des orgies de sexe. Lors de son règne, Caligula, fasciné par l'orient décide d'épouser sa jeune sœur Drusilla malgré les réserves de celle-ci. Malheureusement, la jeune femme meurt peu de temps après et l'empereur épouse alors la jeune et controversée Caesonia.

A cause de ses excès, certains voient en la mort de Caligula, la seule issue possible à son règne de tyran. C'est ainsi que Longinus, le premier époux de Drusilla et le chef de la garde prétorienne Chaerea fomentent le futur assassinat de Caligula. Le premier coup d'épée est donné lors d'une belle journée de promenade en famille qui se tranforme en guet-apens. Au sommet des marches donnant dans ses quartiers personnels, Caligula reçoit un coup d'épée de la part de Chaerea. Puis une dizaine de soldats s'acharnent sur le corps encore en vie de l'empereur et lui enfoncent leur lance dans le ventre. Caesonia elle aussi est assassinée. Ainsi que le tout jeune enfant qu'elle lui a donné. A sa place est élu quatrième empereur de Rome l'oncle de Caligula, Claude. Ainsi s'achève le règne de "Caius César Auguste Germanicus, pontife suprême, investi de la puissance tribunicienne pour la 4e fois, consul pour la 4e fois, père de la Patrie". Caligula est le récit de cet empereur dont le règne n'aura duré que quatre années...

"Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent !"

Réalisé par le cinéaste italien Tinto Brass et, détail qui revêt ici une importance fondamentale, produit par Bob Guccione, l'homme qui fonda le célèbre magazine pornographique Penthouse, Caligula est une œuvre tentaculaire qui provoqua de nombreux remous et qui fit beaucoup parler d'elle. Il existe en effet deux, et même trois, versions de cette œuvre que certains n'hésitèrent pas à juger de malsaine même si l'on peut toutefois lui reconnaître d'indéniables qualités. Et qui mieux que l'acteur Malcom McDowell pouvait mieux représenter cette figure du despotisme, cet être mégalomane qui fut, non seulement le troisième empereur de la dynastie Juio-Claudienne mais peut-être aussi l'un des plus grands bouchers de l'histoire de l'humanité puisqu'il ordonna l'exécution d'un grand nombre de personnages ayant fait partie de son entourage. Le budget initial de 17 500 000 $ alloué à l’œuvre du cinéaste italien fut largement dépassé puisque le film couta en réalité vingt-deux millions de dollars. Des figurants par centaines, des décors grandioses qui, malgré leur aspect aujourd'hui "carton-pâte" quelque peu suranné durent faire leur petit effet à l'époque. 




Si l'on oubliera très vite la version expurgée de toutes les scènes explicites durant seulement 100 minutes (soit 35 de moins que la version de Tinto Brass et, plus fort encore, 50 minutes de moins que celle du producteur Bob Guccione), on se concentrera sur les deux autres. D'abord, celle de Tinto Brass qui voulait faire de son œuvre un péplum historique teinté d'un érotisme soft et de quelques passages très sanglants. Mais le propriétaire du magazine Penthouse semble voir les choses différemment. Il impose en effet une autre version, beaucoup plus graphique. De l'érotisme soft chère à Tinto Brass, on passe alors à de la véritable pornographie.

"Une si jolie nuque sera tranchée dès que j’en donnerai l’ordre !"

Étonnant de voir se croiser dans cette monstrueuse production parfois considérée comme maladive des stars du cinéma traditionnel : MalcomMcDowell donc, tout juste sorti de l'excellent C'était Demain de Nicholas Meyer, et surtout connu pour avoir interprété l'inquiétant Alex dans l'immense Orange Mécanique de Stanley Kubrick, Peter O'Toole (Rosebud, Le Voleur d'Arc en Ciel) ou encore John Gielgud (Le Chef d'Orchestre), et des actrices et acteurs du cinéma pornographique tels que Teresa Ann Savoy. Anneka Di Lorenzo et Lori Wagner.

Les thèmes abordés sont très nombreux. Outre la haine de l'empereur pour un Sénat qu'il n'aura de cesse de tourner en ridicule, l’œuvre de Tinto Brass est surtout un catalogue presque complet de toutes les déviances dont est capable l'homme : meurtres, tortures, inceste, zoophilie, urophilie, saphisme, homosexualité, bondage, fist, donnant ainsi une image de la Rome Antique, dépravée. On peut ou pas juger mauvaise l'idée de Bob Guccione d'avoir imposé des scènes hard dans le film du cinéaste italient tant le film en lui-même se suffisait peut-être. Toujours est-il, que ce sont en partie des scènes d'orgie qui ont donné ses lettres de noblesses à une œuvre qui n'aurait sans elles, peut-être pas eu une telle réputation d’œuvre sulfureuse.

Curieusement, à voir la version intégrale, les scènes d'orgies s'implémentant parfaitement à la logique du scénario, ces dernières sont loin d'être aussi choquante qu'on aurait pu le croire. Toutefois, Caligula est ne œuvre qu'il faudra conserver à l'abri de certains regards, notamment celui des enfants. Rare exemple de film capable de mêler pornographie et péplum sans tomber dans le ridicule...


mercredi 30 avril 2014

Noé de Darren Aronofski (2014)


Après dix générations de destruction, de meurtre et de corruption, Dieu décide de mettre un terme à l'existence de celui qu'il a créé à son image : l'homme. Afin d'assurer la conservation de toutes les espèces animales vivant sur notre planète, il fait appel à Noé, fils de Lamech et descendant de Seth, le fils d'Adam. Aidé par les Veilleurs, des géants de pierre, Noé débute la construction d'une gigantesque arche qui accueillera deux spécimens, mâle et femelle, de chaque espèce animale. Son épouse Naameh et leurs trois fils, dont Shem et Ham, suivent le patriarche dans son périple qui le guide tout d'abord vers une grotte où vit son grand-père Mathusalem, auquel Noé confie les rêves terribles qu'il a fait récemment et dans lesquels la mort se mêle au chaos. En route, la famille tombe sur un charnier au milieu duquel ne survit plus qu'une toute jeune fillette prénommée Iula.

Bien des années plus tard, et alors que Noé érige l'immense arche en compagnie des siens et des Veilleurs, Tubal-Cain, autoproclamé roi des territoires voisinant le chantier, décide de faire partie de ceux qui seront choisis pour repeupler la planète une fois le futur déluge arrivé à terme. Mais Noé est d'un tout autre avis et refuse çà Tubal-Cain le privilège de faire partie du futur équipage de survivants. Car ce que sait déjà Noé, et bien avant même sa propre famille, c'est que le créateur à choisit de ne donner aucune chance à l'espèce humaine en la condamnant à disparaître à jamais. Trop agée, Naameh n'enfantera plus, quand à Ila, une blessure vieille de nombreuses années l'a condamnée à la stérilité...

Noé, c'est tout d'abord un rêve de gamin. Celui de Darren Aronofski, le réalisateur derrière ce projet. Depuis, l'âge de treize an, le mythe le fascine mais ce n'est que depuis sept ans qu'il imagine le porter à l'écran. Le financement tardant à arriver, le cinéaste imagine en compagnie de Ari Handel, proche collaborateur, une bande dessinée qui verra le jour grâce au talent du dessinateur Niko Henchiron. Concernant la version cinématographique, Si Russel Crowe campe avec justesse le rôle titre, il n'était, au départ, pas prévu pour l'interpréter. Christian Bale puis Michael Fassbender étaient pressentis mais c'est finalement l'acteur du Gladiator de Ridley Scott qui a empocher le rôle. De ce point de vue, rien à redire. Russel Crowe est convainquant et joue à merveille le personnage tel qu'il a été pensé par le cinéaste. On retrouve Jennifer Connely dont le visage rappelera d'excellents souvenirs à tous ceux qui ont eu le bonheur (et l'effroi) de découvrir le second long-métrage de Darren Aronofski, le traumatisant Requiem For A Dream.

Beaucoup de reproches ont été fait sur l'adaptation du mythe de Noé par le réalisateur. C'est peut-être pourquoi il vaut mieux aborder le film en faisant abstraction du passage biblique et ne se contenter que du résultat qui, d'un point de vue visuel est à couper le souffle. The Wrestler et Black Swan, les deux précédentes œuvres de Darren Aronofski demeurant à ce sujet, plutôt timides malgrés leurs indéniables qualités. En fait, Noé ressemble dans ses flash-back et visions mystiques, plus près de The Fountain, sans doute l'une des deux plus belles réussites de leur auteur.

Il est vrai, et cela vaut pour une très grandes majorités des films, que les effets-spéciaux en moins, le scénario est plutôt mince et ne tient en haleine qu'au travers de ces fulgurantes scènes au visuel stupéfiant. Aronofski plonge le spectateur dans un spectacle remarquable et même si certains détails auraient mérité d'être approfondis (certains personnages manquent d'épaisseur) et d'autres carrément éclipsés ( Les veilleurs, de grotesques créatures de pierre renfermant des anges) il faut prendre Noé pour ce qu'il est avant tout : un superbe spectacle !
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