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lundi 13 octobre 2025

Le Marginal de Jacques Deray (1983) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Habitué des rôles de flics aux méthodes musclées et peu en accord avec ce qu'en attend en général leurs différentes directions, Jean-Paul Belmondo retrouve le réalisateur et scénariste Jacques Deray treize ans après Borsalino et quatre avant Le solitaire. C'est donc ici la seconde fois que le cinéaste fait des infidélités à son acteur fétiche, Alain Delon, qu'il accompagna durant sa carrière à neuf reprises. Borsalino réunira d'ailleurs en 1970, les deux acteurs qui deviendront dans les années quatre-vingt les plus populaires interprètes du cinéma français... Après L'as des as de Gérard Oury et avant Les morfalous de Henri Verneuil, Jean-Paul Belmondo incarne dans Le marginal le personnage du commissaire divisionnaire Philippe Jordan installé à Marseille. Flic intègre, il a dans le viseur le trafiquant de drogue Sauveur Mecacci. Interprété par l'acteur américain Henry Silva, dont la riche carrière télévisuelle et cinématographique débuta en 1950 avec la série télévisée Armstrong Circle Theatre et se termina en 2001 avec le film Ocean's Eleven de Steven Soderbergh. Un soir après une rude journée de travail, Philippe Jordan décide de ramener chez lui une fille aux mœurs légère. Mais à leur arrivée dans son appartement, le commissaire découvre le cadavre d'une petite frappe. Débarque alors son supérieur qui a été alerté par un appel téléphonique anonyme de la présence d'un corps dans l'appartement de Philippe Jordan. Piégé, s'ouvre alors à ce dernier, deux possibilités ! Soit il assume les conséquences d'un meurtre qu'il n'a pourtant pas commis, soit il accepte d'être muté dans un petit commissariat du dix-huitième arrondissement de Paris... Contraint de faire ses valises pour aller s'installer dans la Capitale sans avoir pu mettre la main sur Sauveur Mecacci, Philippe Jordan ne désespère cependant pas de le mettre un jour derrière les barreaux... Le marginal fait partie de ces excellents films policiers et d'action mettant en scène un Jean-Paul Belmondo cabotinant beaucoup moins que dans un certain nombre de longs-métrages l'ayant mis en scène avant et après celui-ci. Et pour cause : le sujet est grave puisqu'il traite ceux de la drogue et du grand banditisme. Visage buriné, parfois fermé et employant des méthodes expéditives, la star hexagonale se charge comme à son habitude d'effectuer elle-même ses propres cascades...


Qu'il s'agisse de poursuivre les truands à pied, en hélicoptère ou à bord d'une voiture blindée, Jean-Paul Belmondo n'a semble-t-il pas peur de se froisser un muscle ou de mettre sa vie en danger lors de séquences qui gagnent en intérêt et en intensité dès lors que l'on sait qu'il n'a pas été doublé par un cascadeur... Auteur d'innombrables chefs-d’œuvre, le compositeur italien Ennio Morricone signe deux ans après la bande originale de l'excellent Professionnel de Georges Lautner (déjà interprété par Jean-Paul Belmondo), celle du Marginal. Une bande musicale immédiatement reconnaissable et typique du cinéma français des années quatre-vingt ! Autre aspect propre à cette décennie : cette incroyable galerie de personnages secondaires dont certains suivirent en parallèle la carrière de Jean-Paul Belmondo. En dehors de la présence de l'acteur américain Henry Silva l'on peut donc notamment découvrir à l'écran de vraies ''gueules'' du cinéma français telles que celles de Pierre Vernier (qui jouera également aux côtés de Jean-¨Paul Belmondo dans Le guignolo et Le professionnel de Georges Lautner en 1979 et 1981, dans Le solitaire de Jacques Deray en 1986 ou encore dans Les misérables de Claude Lelouch en 1992), de Maurice Barrier (la mini-série télévisée Des grives aux loups, Le Grand Blond avec une chaussure noire d'Yves Robert ou encore Coup de tête de Jean-Jacques Annaud) ainsi que celles de Claude Brosset (dans le rôle du truand Antonio Baldi), Jean-Claude Dreyfus (dans celui d'un travesti), Michel Robin (dans la peau d'Alfred Gonet dit Freddy le chimiste) ou encore de Tchéky Karyo qui interprète ici le personnage de Francis Pierron, un petit trafiquant et ami du commissaire Philippe Jourdan. Côté interprètes féminines, l'on retiendra surtout la présence de l'actrice brésilienne Maria Carlos Sotto Mayor, une très jolie plante, sexy, qui incarne le rôle de la prostituée Livia Dolores Maria Monteblanco... Plus qu'un simple film policier ayant pour vocation de divertir le public, Le marginal offre aussi et surtout la description d'un Paris interlope vraiment sinistre. Avec ses paris nocturnes clandestins, ses peep-show, sa boite gay ultra glauque qui n'a presque rien à envier à celle de Irréversible de Gaspar Noé, ses bars malfamés ou encore ce squat tenu par des antillais et notamment pas l'éternel voyou du cinéma français, l'acteur Jean-Roger Milo. Bref, du très bon divertissement..

 

jeudi 5 juin 2025

Pauline et l'ordinateur de Francis Fehr (1977) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Découvrir Josiane Balasko, Martin Lamotte, Gérard Jugnot, Marie-Anne Chazel ou encore Bruno Moynot avant qu'eux et les autres membres de la Troupe duSplendid ne deviennent célèbres la même année grâce aux Bronzés de Patrice Leconte a de quoi aiguiser la curiosité. D'autant plus que le film dont il est question de parler ici fut intégré dans la section Perspectives du Cinéma français née quatre ans avant sa sortie sur grand écran sous l'impulsion de Président du Festival de Cannes Robert Favre Le Bret et du Délégué général Maurice Bessy qui voulaient l'un et l'autre proposer d'autres catégories de films. Dire que Pauline et l'ordinateur échappe à celles communément proposées par le festival est un euphémisme. Sans être aussi hermétique qu'un Themroc signé en 1973 par Claude Faraldo et dont les dialogues n'étaient qu'une succession d'onomatopées et de rugissements, le premier long-métrage de Francis Fehr a de quoi laisser perplexe. Comédie au ton inhabituel et dont les séquences semblent avoir été majoritairement interprétées de manière improvisée, l'expérience est ardue pour quiconque se réfère à la catégorie dans laquelle le long-métrage semble devoir s'inscrire. Écrit par le réalisateur lui-même, Pauline et l'ordinateur est une comédie dont la subtilité est parfois, pour ne pas dire majoritairement, difficile à saisir. Le soucis principal provenant sans doute de l'implication d'interprètes (et donc de personnages) qui n'ont malheureusement pas le talent suffisant pour tenir les quelques lignes de dialogues qui leur ont été confiées sans que quelques lacunes en matière de diction ne viennent pervertir les échanges entre Josiane Balasko et chacun d'entre eux. Si le principal soucis de l'héroïne paraît avoir un lien direct avec le monde de l'informatique et des ordinateurs (d'où le titre) ainsi qu'un problème de surpoids (ironique lorsque l'on songe que l'actrice n'a sans doute jamais parue si mince à l'écran), le fond de l'histoire est assez délicat à saisir. Pauline et l'ordinateur prend davantage l'allure d'une collection de sketchs permettant à l'héroïne de croiser de nombreux personnages avec lesquels elle échange en général sur le sujet qui l'obsède principalement ! Pour être tout à fait honnête, le long-métrage de Francis Fehr s'avère plutôt pénible à regarder. Après un générique de début plutôt étrange, voire anxiogène et qui ne cadre pas vraiment avec le ton voulu par l'auteur du film, le réalisateur consacre la totalité des plans à sa vedette. Une Josiane Balasko/Pauline qui s'interroge sur le monde qui l'entoure.


Qui s'interroge, oui. Mais qui aussi Interroge les autres. Et parmi eux, des hommes et des femmes que nous n'aurons plus jamais l'occasion de revoir sur grand ou petit écran et d'autres qui verseront dans une carrière bien différente de celle qui les impose ici comme de piètres partenaires. À l'image de Jacques Attali, célébrité ''multi-tâche'' qui pourtant échoue à donner la réplique à Josiane Balasko. Concernant les membres de la Troupe du Splendid qui participent au projet, inutile d'espérer voir autre chose qu'un contenu similaire aux quelques sketchs et fausses publicités de leurs débuts. Même hésitation, même absence de dialogues réellement percutants. Les uns et les autres tâtonnent sans jamais pouvoir nous convaincre que l'expérience méritait que l'on y jette un œil ! Pourtant, il m'est arrivé de me surprendre à rire à deux occasions. La première ? Tout bêtement lorsque Josiane Balasko pose sa jambe sur une barre d'entraînement de danse classique comme le ferait un boucher sur son étal avec une pièce de bœuf. Rire nerveux ou sincère, je ne m'en souviens plus vraiment. Quant au second rire, quand a-t-il eu lieu ? Et dans quelle circonstance ? Là encore, c'est le flou total ! Concernant la bande musicale, elle est l’œuvre du compositeur français Éric Demarsan. Une musique très étrange. Expérimentale et électronique. Un courant musical balbutiant auquel sont ajoutés quelques extraits du groupe culte originaire d'Allemagne, Tangerine Dream. Un groupe formé à l'époque par son fondateur Edgar Froese, alors accompagné par les légendaires Christopher Franke et Peter Baumann. Notons que les trois membres du groupe apparaissent d'ailleurs à l'image lors d'une session d'enregistrement ! Mais en dehors de ce fait relativement marquant pour les fans de ce groupe emblématique de la Kosmische Musik propre aux années 60/70, Pauline et l'ordinateur demeure une œuvre beaucoup trop sourde aux sirènes du grand public. Un long-métrage expérimental voué à échouer dans le cercle très étroit des amateurs d'Objets Filmiques Non Identifiés. Bref, une curiosité assez désagréable à suivre jusqu'à son terme...

 

samedi 8 juillet 2023

Prends ta bible et tire-toi d'Alexis Wawerka (2023) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Un petit passage sur la chaîne Youtube d'Alexis Wawerka suffit à découvrir que le projet Prends ta bible et tire-toi n'est pas récent et qu'il remonte à une dizaine d'années. Un extrait du 12/13 de France 3 Picardie datant du 12 septembre 2013 montre en effet l'engouement des habitants de la ville de Ham située dans le département de la Somme dans les Hauts-de-France pour ce projet de moyen-métrage qui ne verra finalement le jour qu'en 2023 lors de sa distribution chez Bach Films pour la modique somme de dix euros. D'une durée n’excédant pas les soixante-trois minutes, Prends ta bible et tire-toi a pris le temps de mûrir et cela se voit. Surtout si on compare ce dernier effort d'Alexis Wawerka avec ce qu'il a mis en scène jusque là. Écrit et réalisé par ce quadragénaire de quarante-sept ans né le 12 décembre 1975 à St Quentin, Prends ta bible et tire-toi est une comédie d'horreur a priori faite pour les amateurs des cercles consacrés au cinéma Z et aux nanars mais l'ampleur du travail accompli semble démontrer le contraire. Alors, bien sûr, l'on pourra évoquer l'interprétation pas toujours en accord avec ce que l'on attend d'un futur classique de la comédie, de la science-fiction ou de l'horreur, genres auxquels appartient donc le moyen-métrage d'Alexis Wawerka. Car rappelons-le une nouvelle fois, le réalisateur et scénariste a confié une partie des rôles aux habitants de Ham. Ce qui n'empêche bien évidemment pas certains interprètes d'avoir fait leurs armes bien avant d'accepter de tourner dans ce projet complètement fou. À l'image de Christian Chauvaud, de Fabien Chombart, d'Eric Ducron ou de Joëlle Hélary. Surprise, l'on y retrouve également quelques interprètes beaucoup plus célèbres, voire même légendaires tels que l'acteur et réalisateur Jean-Pierre Mocky (l'occasion pour Alexis Wawerka de lui rendre la pareille douze ans après avoir joué dans Dossier Toroto), l'acteur Jean-Claude Dreyfus (qui fut notamment l'inoubliable boucher du cultissime Delicatessen de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro en 1991) ou encore l'immense Lloyd Kaufman, dont le parler français et nettement au dessus de celui de la plupart de nos chères têtes blondes et qui fut le fondateur en 1974 de la légendaire société de production américaine Troma Entertainment et l'auteur lui-même de quelques grands classiques de l'épouvante parmi lesquels les mythiques volets de la franchise The Toxic Avenger ou l'extraordinaire Poultrygeist : Night of the Chicken Dead (notons que notre patience est mise à rude épreuve puisque l'on attend toujours la sortie sur notre territoire de son dernier bébé intitulé Shakespeare's Sh*tstorm !


Concernant Prends ta bible et tire-toi, distribué en France par Bach Films, on ose à peine espérer le voir diffusé à l'internationale sous la houlette de la Troma. Car tout dans ce moyen-métrage respire le foutraque, délirant, Z, gore et déviant du cinéma cher au célèbre distributeur américain. Mais qu'en est-il au font de ces soixante-trois minutes de pur délire ? Comme l'indique la page officielle de Prends ta bible et tire-toi, le récit s'articule autour des habitants de la ville de Ham parmi lesquels l'on retrouve un prédicateur noir, une prostituée, quelques dizaines de péquenauds dont certains se retrouveront zombifiés, de vieux schnocks (parmi lesquels l'on retrouvera donc Jean-Pierre Mocky), un maire interprété par Jean-Claude Dreyfus et un président de la république incarné par Lloyd Kaufman !!! Mais ne vous en faites pas puisque si vous êtes un adorateur de notre ''cher'' président Emmanuel Macron, sachez que le miracle aura bien lieu et qu'il apparaîtra lui aussi sous la forme d'un personnage animé. Car l'une des grandes surprises de Prends ta bible et tire-toi est de régulièrement passer du ''live'' avec des actrices et acteurs bien réels à de l'animation. Cette dernière donne d'ailleurs un sérieux coup de fouet à l'ensemble et permet surtout et avant tout de donner dans cet excès que n'auraient sans doute pas permises les limites budgétaires. Bien que la dernière partie semble démontrer le contraire puisque les débordements sanglants ne seront pas l'unique apanage des phases animées et que les amateurs de gore pourront assister à des carnages en mode ''live'' particulièrement croustillantes. Notons ensuite qu'il aura fallut pas moins d'une vingtaine d'artistes afin de donner naissance aux zombies, aux extraterrestres et aux nombreux effets visuels tandis qu'une équipe de cinq personnes s'est chargée quant à elle de réaliser les excellentes animations. Les amateurs d'épouvante, d'horreur ou de fantastique s'amuseront non seulement de ce récit, il est vrai, parfois difficile à suivre (surtout lorsque s'expriment les extraterrestres) mais aussi et surtout des nombreuses références auxquelles semble se référer Alexis Wawerka. Sans trop précéder le plaisir qu'éprouveront certains des futurs spectateurs de ce petit bijou qu'est Prends ta bible et tire-toi, j'évoquerai de plus l'excellente partition musicale de Lone Runner, artiste de musique électronique français très inspiré par la synthwave de John Carpenter ou par des groupes tels que Tangerine Dream. Les plus attentifs reconnaîtront sans mal certaines de ses sources d'inspiration puisque certaines partitions du moyen-métrage se réfèrent indéniablement au compositeur italien Fabio Frizzi période Frayeurs et L'au-delà du maître es gore Lucio Fulci ainsi qu'à une partie de la bande originale du classique de Dan O'Bannon Le retour des morts-vivants signée quant à elle par Matt Clifford. Bref, Prends ta bible et tire-toi, c'est du pur plaisir. Drôle, gore, trash, référentiel, bis... De quoi passer un peu plus d'une heure l'esprit libre. Déjà culte !

 

lundi 27 mars 2023

Le deal de Jean-Pierre Mocky (2006) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Sacré Jean-Pierre Mocky, capable du ''meilleur'' (Un drôle de paroissien en 1963, La Cité de l'indicible peur en 1964, La Grande lessive (!) en 1968) comme du pire (Dossier Toroto en 2011 ou Agafia en 2015) et qui signait avec Le deal, l'un de ses plus mauvais films. Et donc, l'un de ses plus essentiels. Du moins, parmi ceux qui sont marqués de l'empreinte du Z (des séries, s'entend, et non pas du célèbre Zorro) et du nanar ou bien encore du sceau de l’inénarrable amateurisme (malgré une carrière longue de dizaines d'années et d'autant de longs-métrages). Le genre de film que l'on n'oserait pas offrir à son pire ennemi ou montrer à celui ou celle que l'on aimerait convaincre du bien fondé de l'entreprise ''Jean-Pierre Mocky''. Nombreuses sont les fin de carrières chez les cinéastes qui se terminent dans des conditions quasi désastreuses tandis que chez notre réalisateur français, c'est presque une marque de fabrique. Un coup de tampon sur toute une partie défaillante de l'aspect technique qui se retrouve généralement dans son œuvre. Que ses fidèles interprètes soient toujours aussi mauvais est un fait. S'acharnant à recourir aux mêmes gueules cassées, difformes et plus généralement admises comme détonnant avec l'image que l'on peut se faire d'une vedette ou d'une star du cinéma, Jean-Pierre Mocky convoque à nouveau Jean Abeillé, Dominique Zardi, Christian Chauvaud ou l'ancienne reine de beauté Patricia Barzyk (et sa fille Sarah). Qu'importe que sa troupe hésite entre deux phrases puisqu'en post-synchronisation, les interprètes de ce Deal commettent de toute manière une véritable boucherie en accordant mal leur doublage avec les images d'origine. C'est aussi ça la ''Jean-Pierre Mocky's touch !''. Même lorsque l'un ou l'autre de ses interprètes bafouille, le réalisateur et scénariste (ici aux côtés du romancier André Ruellan) ne se pose pas la question de savoir si retourner tel ou tel plan serait une idée judicieuse. Que ça passe ou que ça casse, entre les mains d'un autre la chose aurait été impardonnable mais chez notre trublion du cinéma indépendant hexagonal, ça passe crème...


Le deal met notamment en scène quelques vedettes toutes plus bigarrées les unes que les autres mais se revendiquant malgré tout de par leur jeu ou par leur attitude de ce cinéma transgenres. Visionnaire et précédant sans doute bien involontairement l'avenir du cinéma, Jean-Pierre Mocky convoque un couple de lesbiennes, histoire plus d'une décennie en avance sur la concurrence de se conformer à ce que nous dictera la bien-pensance dans le courant des années 2010 et 2020 ! D'autres fidèles du réalisateur aux carrières nettement plus confortables répondent à l'appel. Jean-Claude Dreyfus, Jean-François Stévenin, Jackie Berroyer et, plus étonnant, l'actrice américaine Alison Arngrim qui, comme son nom ne l'indique peut-être pas, interpréta la peste Nellie Oleson dans la série culte La petite maison dans la prairie entre 1974 et 1981. Dans la langue de Molière qu'elle ne maîtrise pas forcément, Alison et son immense regard happent tout d'abord l'objectif de la caméra, nous ensorcelle, avant d'agacer nos oreilles, de nous vriller les tympans d'un rire qui ne s’asséchera que dans les derniers instants. Il faudra d'ailleurs sans doute se munir d'un décodeur, surtout dans la première partie durant laquelle il sera difficile de déchiffrer des lignes de dialogues étouffées sous l'accent fort prononcé de l'actrice américaine. Elle incarne Édith, l'épouse de Victor Anselme (Jean-François Stévenin), lequel se la joue John Travolta période Blow Out de Brian de Palma en photographiant une altercation entre le député Hervé Radius (Jean-Claude Dreyfus) et sa maîtresse Priscilla (Patricia Barzyk) se terminant par la mort de celle-ci. Tout d'abord victime d'un chantage de la part du photographe, radius se retrouve avec sur les bras, le cadavre de Victor après que celui-ci se soit électrocuté dans la baignoire du député ! S'ensuit un imbroglio lors duquel Radius tente de se constituer un alibi pour le jour de la disparition de sa maîtresse tandis que l'inspecteur Castang (Jackie Berroyer dans l'un de ses meilleurs rôles) enquête auprès de lui et de son entourage. Malgré le concept, Le deal est terriblement raté. Mal joué, mal dirigé, techniquement et artistiquement à la ramasse, le film est typique de ce cinéma ''Mockyéen'' qui se la joue un peu trop modeste et foutraques dans ses aptitudes. Les fans seront ravis. Les autres pourront passer leur chemin...

 

samedi 7 janvier 2023

Tandem de Patrice Leconte (1987) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Scénariste et réalisateur, Patrice Leconte à débuté sa carrière aux côtés des membres de la Troupe du Splendid. Enfin... presque. Car avant cela, il mit en scène Coluche et Jean Rochefort dans la comédie Les vécés étaient fermés de l'intérieur en 1976. On le retrouve ensuite aux commandes des deux comédies cultes Les bronzés et Les bronzés font du ski en 1978 et 1979. Sa carrière est donc lancée et alors qu'on aurait pu l'imaginer se complaire dans un genre unique, il a prouvé à maintes reprises qu'il était capable d'écrire et réaliser sur des sujets beaucoup plus graves. Celui de Tandem l'est-il pour autant ? Alors qu'il s'est ''séparé'' de la Troupe du Splendid pour ne plus employer parmi ses membres que l'acteur Michel Blanc durant les années qui vont suivre avec le tout aussi culte Viens chez moi, j'habite chez une copine, c'est pourtant à Gérard Jugnot qu'il confiera en 1987 le rôle de Rivetot, ingénieur du son d'une émission de radio-crochet dont l'animateur Michel Mortez sera quant à lui interprété par Jean Rochefort qu'il retrouve donc onze années après ses débuts de réalisateur et scénariste sur grand écran. Sans être le brouillon de l'inquiétant Monsieur Hire qu'il réalisera deux ans plus tard et dans lequel le public retrouvera un Michel Blanc proprement stupéfiant, Tandem est déjà nettement moins désopilant que ce à quoi nous avait habitué le cinéaste. D'emblée, lorsque les premiers accords du formidable '' Il mio rifugio'' du chanteur italien Richard Cocciante arrivent à nos oreilles, Patrice Leconte imprime une atmosphère qui jamais ne quittera ses personnages. Sur les routes de France, l'animateur et le technicien s'arrêtent quotidiennement dans divers villages pour y animer l'émission ''La Langue au chat'' (le film s'inspire d'ailleurs de l'animateur radio Lucien Jeunesse et du Jeu des mille francs). Le principe est simple : tandis que Rivetot s'assure de la bonne diffusion du programme sur les ondes radio, Michel Mortez questionne des candidats triés parmi les habitants du coin, lesquels s'affrontent avec l'espoir de remporter le concours et ainsi gagner de l'argent. Mais un jour, Rivetot apprend que l'émission va être supprimée. Depuis vingts-cinq ans que Michel Mortez l'anime, le technicien ne se sent pas le courage de lui dire et garde secrète la mauvaise nouvelle...


Avec Tandem, Patrice Leconte offre à ses deux principaux personnages parmi les rôles les plus touchants qu'ils auront eu à interpréter durant leur carrière. Plus tard, Gérard Jugnot se souviendra sans doute de l'étrange relation entre ces deux personnages au moment de réaliser et d'interpréter son magnifique Une époque formidable. Quant à Jean Rochefort, le réalisateur et scénariste lui offrira neuf ans plus tard un rôle presque similaire dans la comédie Les grands ducs. Mais en 1987, c'est aussi et surtout aux spectateurs que Patrice Leconte soumettait une œuvre absolument remarquable. Bouleversante, humaine, mais au final, assez peu amusante. Car au contraire, le récit s'avère tragique et c'est sans compter sur la propension du réalisateur à appuyer là où ça fait mal que le film diffuse un parfum de monotonie aussi durable qu'inconfortable. Il faut alors tout le génie d'un Jean Rochefort/Michel Mortez en perpétuelle représentation pour nous arracher des sourires et toute l'humanité d'un Gérard Jugnot/Rivetot pour nous convaincre de l'humanité d'un tel sujet. Patrice Leconte se fait ici le chantre de la mélancolie. L'ambiance morose aurait pu transformer Tandem en œuvre authentiquement cafardeuse mais pourtant, le miracle a bien lieu. Jean Rochefort est sublime en animateur ringard, aux cheveux gominés, criant son amour au téléphone pour celle qu'il aime et son rejet des familles de français moyens qui déjeunent sur le bord des routes, parfois pris de crises de panique (la chambre d’hôtel) et par les jeux d'argent. Face à lui, un Gérard Jugnot qui encaisse les coups. Lumineux, indulgent... Ce tandem que forment les deux acteurs efface bien évidemment tous ceux que côtoient les personnages qu'ils interprètent. Et pourtant, passent à l'image Jean-Claude Dreyfus en infecte conseiller municipal lors d'un éprouvant dîner, Ged Marlon en pique-niqueur, et quelques autres actrices et acteurs qui servent la soupe à ces deux grands acteurs français. Tandem, c'est l'histoire d'une belle amitié que le spectateur verra plus ''vraie'', plus ''sincère'' que ne semble l'imaginer le personnage incarné par Jean Rochefort. En changeant de registre, Patrice Leconte prouve en 1987 qu'il n'est pas condamné au seul registre de la comédie et signe cette année là, l'un de ses plus beaux films...

 

mardi 8 septembre 2020

Tiré à Part de Bernard Rapp (1996) - ★★★★★★☆☆☆☆



Une fois n'est pas coutume, c'est l'évocation d'une expérience personnelle dont il s'agira en partie dans cet article. Une expérience qui au fond est semblable aux autres mais qui débutera à la première personne pour ensuite se fondre sous la forme d'un article ordinaire. L'esprit moins engagé qu'aujourd'hui, je découvrais en 1996 le premier long-métrage de Bernard Rapp qui jusqu'à ce jour là était surtout connu pour avoir fait carrière à la télévision en présentant le journal de 20 heures sur le deuxième chaîne nationale Antenne 2 depuis rebaptisée France 2 de 1983 à 1987. Connu également pour avoir animé plusieurs émissions culturelles dont certaines centrées sur la littérature comme Jamais sans mon Livre ou Un Siècle d’Écrivains. En 1996 sort donc Tiré à Part. Un thriller dramatique adapté du roman éponyme de l'écrivain Jean-Jacques Fiechter édité trois ans plus tôt. Moins regardant qu'aujourd'hui, je m'étais moins focalisé sur l'esthétique, sur la bande-son, la post-synchronisation ou ce qui apparaît désormais comme un scénario relativement léger. Pour revenir d'abord sur ce dernier, disons qu'il repose sur une vengeance...

En effet, l'éditeur Edward Lamb (interprété par l'acteur britannique Terrence Stamp) reçoit un jour la visite de son ami Nicolas Fabry (le français Daniel Mesguich) qui lui remet entre les mains le manuscrit de son dernier roman. En parcourant les pages de ce roman intitulé A Romance in Tunisia, Edward est intrigué par sa ressemblance avec une tragédie dont il a été le témoin il y a trente ans. Il reçoit en outre un courrier lui annonçant le suicide de Farida qui fut victime de viol et dont le roman de Nicolas Fabry semble être la transcription. Désormais convaincu que son ami est l'homme qui trente ans plus tôt viola sa compagne, Edward Lamb va tout mettre en œuvre pour fomenter une terrible vengeance. Pour cela, il use de ses talents de faussaire afin de fabriquer un faux exemplaire d'un roman qui aurait été écrit par un certain Erwin Brown dont il fait croire que l'édition remonte à plusieurs décennies et dont le contenu n'est autre que le roman de Nicolas Fabry lui-même qu'Edward a scrupuleusement retapé sur une machine d'époque. Deux faux exemplaires entre les mains, celui-ci les vend au prix de l'occasion dans des libraires et se débrouille même pour en cacher un dans la bibliothèque personnelle de Nicolas. Confié à l'éditeur Georges Récamier qui s'empresse de sortir son roman, Nicolas remporte le Prix Concourt. Mais alors qu'il parade, celui-ci déchante rapidement lorsque est évoquée l'hypothèse selon laquelle il aurait plagié l’œuvre de Erwin Brown...

Avec son esthétique de téléfilm et sa bande-son un peu niaise, le premier long-métrage de Bernard Rapp ne paie pas de mine. Et ce qui m'était demeuré invisible à l'époque me saute désormais aux yeux. Le scénariste et réalisateur semble ici moins intéressé par le récit que par son enrobage. Objet d'une certaine ''fascination'' à l'époque de sa sortie, Tiré à Part a en l'espace d'un quart de siècle perdu de sa superbe. En mûrissant l'on fini par constater que l'intrigue, toute aussi passionnante que peut le proposer le synopsis, manque en fait de profondeur, voire d'ambition. La courte durée du long-métrage qui n'excède pas les quatre-vingt cinq minutes sont sans doute la cause d'une machination qui ne réserve que peu de surprises. La conséquence en est une conclusion un peu abrupte mais demeure néanmoins relativement digne. Jamais tape à l’œil et interprété avec raffinement par Terence Stamp, Tiré à Part n'en est pas pour autant un mauvais film. Daniel Mesguich interprète un écrivain hautain et narcissique, Maria de Medeiros la journaliste littéraire Nancy Pickford, quant au personnage de Georges Récamier, il est confié à l'acteur Jean-Claude Dreyfus. À noter la présence de la française Amira Casar dans le rôle de Farida (la fille de la suicidée), surtout connue pour son rôle de Sandra dans la saga La Vérité su je Mens ! de Thomas Gilou. Pour un premier long-métrage Bernard Rapp se fendait d'un thriller efficace bien que manquant d'ampleur. Une nouvelle carrière de cinéaste qui fut poursuivie les huit années suivantes à travers quatre autres longs-métrages...

vendredi 29 septembre 2017

Vive la Crise ! de Jean-François Davy (2017) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



Vive la Crise ! Vive...ment la fin du film aurai-je envie de clamer. J'ai douté, redouté, puis au final, je fus dérouté. La crise, oui, mais de quelle crise s'agit-il ? Au vue de l’indigence que constitue le dernier long-métrage de Jean-François Davy, lequel me laissa de vagues mais très humides souvenirs dans les années quatre-vingt grâce notamment à son anthologique Exhibition 79, un documentaire érotique consacré à plusieurs actrices et acteurs pornographiques tels que la délicieuse Marilyn Jess (ma préférée à l'époque) ou le très célèbre Richard Lemieuvre, je parle ici de la comédie française. Celle que beaucoup conspuent un peu trop à mon goût parmi les jeunes générations sevrées aux blockbusters américains. Ici, rien à dire, ces derniers auraient raison de hurler leur dégoût d'un cinéma français pitoyable, je ne serais pas là pour les forcer à changer d'avis. Surtout pas après avoir assisté à ce Vive la Crise ! raté. Non, plutôt... gâché.
Voyez vous-même : Jean-Claude Dreyfus, Jean-Marie Bigard, Florence Thomassin,Dominique Pinon, Michel Aumont, Rufus, henry Guibet, pour ne citer que les plus connus. Un scénario original dont l'auteur est Jean-François Davy lui-même. Mais un résultat qui n'est pas à la hauteur de nos espérance. Le cinéaste se sabre lui-même et emporte avec lui, l'équipage tout entier. D'où l'intérêt parfois de rester dans l'ombre. Qui se souviendra du nom du décorateur, de la costumière, du maquilleur ou du monteur. Pas moi. Pas vous non plus, très certainement, et c'est tant mieux pour eux.

Imaginez : Marine le Pen qui a force de conviction a fini par se faire élire démissionne finalement de la présidence en 2025. En Mai pour être plus précis. L'inspiration, l'auteur de Ça va faire mal ! l'a sans doute trouvée lui-même, mais aussi, sans doute, dans l’article 1587 du Code civil, auquel les personnages de Vive la Crise ! se réfèrent. Le connaissez-vous ? Moi non plus. Du moins jusqu'à ce que je me renseigne. Et, tenez-vous bien, on tient là un article précieux auquel nous devrions nous-même nous référer. Datant du 16 mars 1804, l'article promulgue l'usage de goûter avant d'en faire l'achat, le vin, l'huile, et tout autre chose à l'égard desquels il est de bon sens de tester et d'agréer. Rien d'étonnant à ce que cet article du code civil ne soit pas placardé un peu partout en ville, imaginez-donc le désordre qui régnerait alors dans les magasins de grande distribution !

Pour en revenir au film de Jean-François Davy, disons qu'en (très) grande partie, le cinéaste ne parvient pas à exploiter le potentiel d'une telle idée. Les interprètes ont l'air absents. Parfois amorphes, en tout cas pas suffisamment impliqués. Quant à la vulgarité qui émaille inutilement certaines scènes (pour exemple la clocharde indiquant à son compagnon qu'elle « aime quand il lui lèche la chatte »!!!), elle n'apporte rien. D'excellentes idées, il y en a. mais toutes tombent à l'eau.
L'ennui s'installe au grès des pérégrinations de Jean-Claude Dreyfus (dans le rôle de l'agrégé de philosophie Montaigne ayant volontairement choisi de vivre dans la rue), de Jean-Marie Bigard (dans celui d’Étienne, cadre de l'entreprise Climatisation Nationale, l'équivalent de notre Météo Nationale actuelle), ou de Rufus et de Dominique Pinon, tout deux agents de la RATP. C'est chiant et surtout pas drôle. Pour une comédie, ça la fout mal...

mercredi 4 novembre 2015

Delicatessen de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro (1991) - ★★★★★★★★★☆




Dans un monde aux allures de fin du monde, un ancien clown (campé par Dominique Pinon) arrive au bas d'un immeuble autour duquel ne semble subsister qu'un vaste brouillard à travers lequel on devine les restes de fondations que l'homme a bâtit dans le passé. Un lieu de perdition situé dans un futur proche et improbable. Engagé comme homme à tout faire dans ce vieil immeuble qui rappelle vaguement ceux que l'on rencontre dans le Paris d'aujourd'hui, le vieux clown devra résister à la terrible machination fomentée contre lui. 
 
Les apparences sont trompeuses, du moins pour un temps car le rôle de notre petit homme ira bien au delà du simple réparateur ou peintre en bâtiment. Très vite il prendra des risques insensés à l'image de cette scène à travers laquelle il tente de "sauver la vie" d'un petit colis dont une famille à l'agonie s'empare avant que le livreur n'arrive à reprendre le dessus allant même jusqu'à menacer le pauvre clown de son arme à feu, ce dernier n'étant en rien responsable de la situation. Le colis sera remis entre les mains de sa destinataire, fille du boucher et future muse de notre héros. Alors tout semble reprendre son cours. La vie des occupants semble réglée comme du papier à musique, tels ces deux frangins, fabricants artisanaux de boites à "meuuuuh", ce vieil homme vivant seul avec ses grenouilles et ses escargots, baignant dans une eau déguelasse se reposant sur fond de chants militaires, ou encore cette femme aux apparats de bourgeoise qui s'invente des techniques de suicide parfaitement rocambolesques mais qui finissent toujours à l'eau (c'est le cas de le dire)....Alors que tout ce petit monde parait vivre ou mieux, survivre dans l'attente, le boucher lui, prépare quelque chose c'est certain.

Par la force des choses, et dans un futur qui ne semble plus souffrir d'aucune moralité, les habitants du vieil immeubles sont tous devenus anthropophages et le boucher est leur fournisseur en viande. Tous cannibales sauf l'une de locataires: la fille du boucher. Et c'est à elle que l'ancien clown devra sa survie. Une étrange histoire d'amour bancale qui les verra liés l'un à l'autre mais aussi et surtout à une bien curieuse organisation vivant dans les égouts et qui viendra leur porter secours à la fin lorsque l'immeuble entier sera réuni afin d'en finir une bonne fois pour toute avec leur proie récalcitrante.

La grande force de ce film est cette folie permanente qui transpire dans chaque scène, tel ce passage mémorable ou Dreyfus et Viard, allongés sur un sommier couinant, semblent mener la danse tel un métronome dans ce vieil immeuble dans lequel chaque habitant vit au grès de leurs secousses orgiaques, menant le tempo comme le ferait un couple de chefs d'orchestre. Les cadrages, les gros plans, les travellings, tout concours à faire de ce Delicatessen un film réellement à part dans le septième art. L'image, sublime comme à son habitude et la photographie de Darius Khondji sont à l'image du reste: tout simplement bluffantes. Le scénario de Gilles Adrien est un modèle d'originalité quand à la musique de Carlos D'Alessio elle ponctue de façon discrète les moments clés du film...


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