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mardi 21 janvier 2025

The Jesus Rolls de John Turturro (2018) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

On ne saurait remettre en cause le statut de remake du dernier long-métrage réalisé et interprété par John Turturro, The Jesus Rolls. Ni même nier l'excellence de l’œuvre et le génie de l'auteur dont il s'inspire. Le film porte tout d'abord en son sein, l'espoir de retrouvailles avec l'un des personnages iconiques de The Big Lebowski des frères Joel et Ethan Coen. The Jesus Rolls est surtout la preuve que contrairement à ce que certains prétendent, le cinéma français vaut bien mieux que les mauvaises critiques qu'on lui accorde en général. Du moins, sa réappropriation, qu'elle prenne la forme de l'hommage ou cette habitude plutôt absurde de vouloir réadapter à la sauce ricaine une œuvre qui à l'origine était vouée à n'être vue que par le public hexagonal. Surtout, Les valseuses de Bertrand Blier avait l'avantage d'avoir été conçu à une époque où la liberté de ton n'était pas viciée par certaines idéologies mortifères. Ce dont semble être quelque peu parvenu à s'imprégner John Turturro. The Jesus Rolls n'a pas eu les honneurs d'une sortie nationale sur le territoire français, et c'est tant mieux. Car tout comme Francis Veber, le cinéma du fils de l'immense Bernard Blier n'y gagne absolument pas à être singé par un cinéaste dont les codes de son pays d'origine en matière d'humour ne sont jamais vraiment les mêmes que les nôtres. Et encore, John Turturro tente bien d'y injecter tout l'esprit des Valseuses tout en édulcorant l'une des spécificités de ce dernier : le sexe y est donc plus timide. Se réservant des plages horaires étriquées et affaiblissant ainsi le côté sulfureux qui se dégageait de la quasi totalité de l’œuvre originale. En réinterprétant le personnage de Jesus Quintana vu dans The Big Lebowski et en l'intégrant au cœur du récit originellement incarné par Gérard Depardieu, Patrick Dewaere et Miou-Miou (lesquels interprétaient respectivement à l'époque les personnages de Jean-Claude, Pierrot et Marie-Ange), John Turturro crée un objet filmique hybride, entre remake et Spin-off. Auquel participent Bobby Cannavale dans le rôle de Petey et, plus étonnant, Audrey Tautou dans celui de Mary, l'actrice étant devenue mondialement célèbre grâce à son interprétation dans Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet en 2001. Est-ce donc le choc des cultures ou bien certaines réserves qui condamnent The Jesus Rolls à n'être qu'un simple ersatz du long-métrage dont il reprend une très grande partie des séquences ?


Pour le vieux routard, l'expérience a ceci de déplaisant que chaque scène, chaque plan ou chaque réplique le rappelle au bon souvenir des Valseuses sans pour autant être en mesure d'éclipser la moindre d'entre elles. Beaucoup moins frondeur que Bertrand Blier, John Turturro évite notamment le rapprochement physique entre l'actrice et chanteuse canadienne Sônia Reuben et Petey quand le réalisateur et scénariste français, lui, n'hésitait pas une seule seconde à demander à Brigitte Fossey de donner le sein à Patrick Dewaere. Actrice aujourd'hui âgée de soixante-dix huit ans pour qui regarder cette séquence en face est désormais tout simplement inenvisageable, Brigitte Fossey la traduisait il y a presque un an dans l'émission Quelle époque ! de manière simple : ''C'est horrible, horrible. C'est horrible''. John Turturro et ses partenaires ont beau donner tout ce qu'ils ont, leur ''sacrifice'' n'est en rien comparable aux performances additionnées de Depardieu, Dewaere et Miou-Miou à leur époque. Si cette dernière s'imposait comme une pétasse quelque peu neurasthénique dont nous découvrions cependant au fil du récit la véritable nature, Audrey Tautou reprend le rôle de cette jeune femme atteinte d'anorgasmie tout en l'interprétant de manière beaucoup plus entreprenante. Tout au plus, Susan Sarandon parviendra-t-elle à réitérer l'exploit de Jeanne Moreau en ex-taularde suicidaire même si le ton déprimant des scènes précédant son autolyse entretiendra un caractère nettement moins cafardeux vis à vis de son public. Si au fond de lui John Turturro a semble-t-il voulu rassembler l'un des personnages parmi les plus marquants qu'il eu l'opportunité d'incarner durant sa carrière autour de ceux de l'un de ses films de chevet, le résultat n'est très objectivement pas très brillant et ne s'adressera donc tout d'abord qu'à celles et ceux qui ne connaissent pas Les valseuses. C'est donc sans chauvinisme aucun que l'on préférera le film de Bertrand Blier à celui de John Turturro même si The Jesus Rolls est loin, très loin d'être aussi mauvais que la plupart des comédies françaises ayant été adaptées outre-atlantique jusqu'à maintenant...

lundi 11 juillet 2022

Fear X de Nicolas Winding Refn (2003) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

En une dizaine de longs-métrages, le réalisateur danois Nicolas Winding Refn aura bâtit une filmographie quasiment exemplaire. Chacun y trouvera de quoi contenter sa passion pour l'approche typiquement scandinave du thriller. Et parmi la récurrente excellence de sa mise en scène l'on notera que Fear X n'est certes pas le plus connu d'entre tous mais qu'il demeure tout de même parmi les sommets d'une carrière extrêmement avare en terme de déception. Réalisé en 2003, le troisième long-métrage de Nicolas Winding Refn fait figure d'hémisphère cérébral droit auquel son auteur choisira de joindre dix ans plus tard, son excellent Only God Forgive, complétant ainsi cette matière généralement grise mais qui dans les deux cas s'enrobera d'un rouge carmin véritablement marquant. L'un et l'autre étant généralement les plus mésestimées des œuvres du danois, elles n'en dégagent pas moins une très grande force d'attraction. Concernant Fear X, le scénario que le réalisateur signera lui-même, adaptant ainsi l'ouvrage de l'écrivain américain Hubert Selby Jr, offre au récit un statut à part. Ici, le thriller n'étant pas synonyme d'action, de fusillades ou de courses-poursuites, l'intrigue nous convie à explorer l'âme d'un homme déchiré par la disparition récente de son épouse. Et pour incarner le héros Harry Caine, qui mieux que le toujours formidable John Turturro ? Point trop d'effort n'est exigé de la part de l'acteur tant la lecture de ses expressions faciales suffit à nous éclairer sur la douleur, les émotions et le manque que ressent cet agent de sécurité travaillant dans un centre commercial. Des sentiments terribles qu'il ressent bien évidemment depuis que la femme de sa vie a été tuée par balle par un inconnu alors qu'elle venait rejoindre son époux sur le lieu de son travail. La police enquête et possède même une photo du tueur assez floue, laquelle ne parvient malheureusement pas à aider les inspecteurs à mettre un nom sur son visage. Harry lui aussi mène ses propres investigations. Se repassant des heures d'enregistrements de caméras de sécurité du centre commercial qu'un ami lui procure sous le manteau. Jusqu'au jour où en s'introduisant dans la maison se situant en face de la sienne, il met la main sur une pellicule contenant un lot de photographies qu'il s'empresse de faire développer. Sur l'une d'elles, il lui semble reconnaître le visage d'un homme semblable à celui que lui a présenté la police. Harry décortique la photo sous tous les angles et parvient à découvrir qu'elle fut prise dans une petite ville de l’État du Montana...


Ce qui au mieux pourrait passer pour de l'omniscience et au pire pour des facilités d'écriture assez peu crédibles va en fait nourrir un récit qui sous des dehors languissants va permettre à Nicolas Winding Refn de développer un scénario ambitieux quoique parfois ténébreux. Douze ans après avoir déjà parcouru de long en large les couloirs de l'hôtel du chef-d’œuvre de Joel et Ethan Coen Barton Fink, voici que déambule dans ceux de Fear X (également connu sous le titre Inside Job) un John Turturro véritablement habité. Nicolas Winding Refn semble parfois se confondre dans des univers proches de ceux décrits par un certain David Lynch, les sous-sols où mènent notre héros l'ascenseur de l'hôtel réfléchissant cette même obscurité que l'angle improbable de l'appartement de Fred Madison dans l'incroyable Lost Highway qui vit le jour six ans auparavant. La séquence la plus insignifiante prend ici une tournure hypnotique sans équivalant. Et encore et toujours grâce à l'interprétation toute en retenue et pudeur mais non dénué d'expressivité de son principal interprète. La séquence lors de laquelle une jeune femme lui propose ses services étant particulièrement significative. Le trouble étant moins relatif à l'hypothèse selon laquelle celle-ci et Harry pourraient avoir une relation sexuelle que dans l'idée particulièrement dérangeante qu'une femme puisse s'immiscer dans le cœur (ou plutôt, dans l'entrejambe) d'un homme qui vient tout juste de perdre la femme de sa vie. Dépassés les débordements graphiques des œuvres antérieures de Nicolas Winding Refn, Fear X est d'une finesse et d'une sobriété exemplaires. Si la quête du grand méchant loup est primordiale pour le héros, pour le spectateur elle demeurera lettre morte puisque le danois ne nous fera pas don d'un monstre auquel le scénario pouvait prétendre. Il n'y a donc pratiquement que des victimes. De hasard malheureux, collatérales ou porteuses de valeurs morales tronquées. Aux côtés de John Turturro, on notera les présences de la canadienne Deborah Kara Unger ou de James Remar. Quant à la partition musicale particulièrement glaçante qui parcourt l’œuvre dans son entièreté, elle est en partie signée par le grand Brian Eno. Une musique ambiant littéralement obsédante qui colle parfaitement au récit et aux personnages. Un grand moment de cinéma...

 

mardi 22 mars 2022

The Big Lebowski de Joel et Ethan Coen (1998) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Il était une fois le ''Dude''. De son vrai nom Jeffrey Lebowski... Au choix, affublé d'un tee-shirt gris et d'un short à carreaux, le tout (pas vraiment) planqué sous une robe de chambre saumon, ou portant un polo beige accompagné d'un pantalon bigarré dans les tons de mauve ! C'est un peu ça et tellement d'autres choses, le 'Dude''. Un type pour qui travailler est un vague concept dont il n'a, semble-t-il, jamais vraiment fait son précepte. Fumeur d'herbe et consommateur invétéré de ''white russian'', sa boisson préférée. Un adepte du bowling qu'il pratique avec ses deux seuls véritables amis Walter Sobchak et Théodore « Donny » Kerabatsos. Le premier est carré, bourré de principes qui le mettent en rage lorsque quiconque ose les défier. Le second est le bon pote qui marche sur les traces des deux autres, suivant les conversations avec un train de retard, et sommé de se taire chaque fois qu'il s'offre l'occasion de l'ouvrir. Un quotidien somme toute presque banal pour ces trois là... Du moins jusqu'au jour où deux types débarquent à l'improviste chez le 'Dude'' pour lui réclamer une somme d'argent qui selon eux leur est due. Oui, mais voilà, ces deux brutes viennent juste de commettre deux erreurs : Non seulement ils se sont trompés de gars pour cause d'homonymie., mais PIRE! L'un d'eux a osé pissé sur son tapis. Un affront que le 'Dude'' va durant près de deux heures, tenter de faire réparer... Il n'y avait vraiment que les frères Joel et Ethan Coen pour nous servir en cette année 1998, un tel plat. Une recette dont ils ont le secret depuis pratiquement les débuts de leur carrière. En fait, dès leur second long-métrage, le délirant Arizona Junior avec Holly Hunter et Nicolas Cage, comédie déjantée précédant de sept années l'un des sommets de leur versant humoristique, Le grand saut qu'ils signeront en 1994...


The Big Lebowski représente tout ce que l'on aime de ces deux frères qui collaborent autant à la réalisation qu'à l'écriture. Si en dehors de quelques visions psychédéliques, leur septième long-métrage ne fait sans doute pas partie des œuvres les plus extraordinaires en matière de photographie et de décors, le film n'en demeure pas moins l'un des sommets du duo en ce qui concerne par contre le scénario et l'interprétation. Chaque personnage étant cuisiné aux petits oignons, nous retrouvons aux côté du génialissime Jeff Bridges, les acteurs John Goodman dans le rôle du pote armé et obsédé par la guerre du Vietnam, Steve Buscemi en compagnon auquel les deux autres n'accordent que très peu d'intérêt et John Turturro en ancien taulard condamné pour pédérastie désormais recyclé dans le bowling et se faisant désormais appeler Jesus Quintana. Trois acteurs que Joel et Ethan Coen avaient déjà réunis dans leur plus formidable long-métrage, Barton Fink en 1991. Parmi les interprètes de The Big Lebowski, il faudra de plus compter sur les présences de Julianne Moore, de David Huddleston (le Jeffrey Lebowski à l'origine des malheurs du ''Dude''), de Philip Seymour Hoffman, de Peter Stormare, ici à la tête d'un trio de branquignoles ou encore de celles de Sam Elliot et de Ben Gazzara...


Pornographie, kidnapping, confusion, musique, magot, contrats, compétition de bowling, il s'en passe des vertes et des pas mûres dans The Big Lebowski mais toujours, le 'Dude'' conserve son sang-froid. Avec ses allures de cloche, le ''Dude'' n'est pourtant pas le personnage tout à fait imaginaire qu'il semble être au premier abord. Car si Joel et Ethan Coen sont bien les auteurs de leur propre scénario, il n'en demeure pas moins qu'il se sont inspirés en partie d'une authentique personnalité du nom de Jeff Dowd. Un producteur de cinéma sur lequel ils comptaient afin de distribuer leur premier long-métrage en 1985, l'excellent thriller Blood Simple (Sang pour sang). Jeff Bridges est absolument savoureux et incarne à la perfection ce flemmard qui attend de la vie que tout lui tombe dans le creux de la main, sauf lorsqu'il s'agit de demander réparation concernant son tapis souillé d'urine. Faux thriller mais vraie comédie, The Big Lebowski est comme d'habitude chez les Coen, bourré de trouvailles et de dialogues incisifs. À noter que l'on attend toujours la sortie du très curieux projet intitulé The Jesus Rolls. L'improbable rencontre entre le Bertrand Blier des Valseuses et le The Big Lebowski des frères Coen. À la mise en scène ? Vu le titre, on devine déjà : John Turturro bien entendu. À quand une sortie dans l'hexagone ? Mystère...

 

lundi 21 mars 2022

O'Brother de Joel et Ethan Coen (2000) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

L'odyssée de l'aède Homère fut à l'origine une épopée de la Grèce Antique qui contait le voyage d’Ulysse qui après la Guerre de Troie mit dix années à retourner auprès de ses proches Pénélope et Télémaque. Les arts, dans leur globalité, s'inspirèrent de ce récit remontant à la fin du septième siècle avant J-C. Chacun le parcourant et l'adaptant avec plus ou moins de fidélité et de liberté. Les adolescents que furent les quinquagénaires se souviennent sans doute encore de Ulysse 31, cet excellent dessin animé franco-japonais créé par Jean Chalopin et Nina Wolmark, réalisé par Bernard Deyriès et diffusé pour la première fois au début des années quatre-vingt. Une alternative intéressante situant son action au trente et unième siècle à bord du vaisseau l'Odysseus et dans laquelle, Ulysse s'attirait les foudres de Zeus après que le héros ait tué le Cyclope... Récit intemporel, Les frères Joel et Ethan Coen s'en emparèrent à leur tour mais en le transposant cette fois-ci dans les années 1930, au Sud des États-Unis. C'est là que nous retrouvons trois criminels tout juste échappés de prison et donc, en cavale. Ulysses Everett McGill, Pete et Delmar O'Donnel poursuivent un but : mettre la main sur un magot dont seul le premier connaît la cachette. Mais les trois hommes n'ont que quelques jours pour arriver à destination, déterrer le trésor et se le partager. En effet, la zone où se situe l'argent risque d'être prochainement inondée. Mais pour Ulysses, plus que l'argent, l'essentiel est surtout de retrouver celle qu'il aime et à laquelle il a donné six enfants : son épouse Penny...


Deux années après leur formidable The Big Lebowski, Joe et Ethan Coen nous revenaient une fois de plus en grande forme avec la comédie O'Brother, ''cartoon'' délirant, dans la veine du Grand Saut, ou les réalisateurs et scénaristes s'en donnaient à cœur joie et développaient un récit fourmillant de trouvailles. Des rencontres par dizaines et des situations cocasses qui empêchent l'ennui de s'installer. En route, Ulysses et ses comparses feront la rencontre d'un vieil homme aveugle, pendant de Démodocos de L'Odyssée, ou peut-être plus simplement d'Homère puisque les Anciens affirmaient que le célèbre poète était lui-même atteint de cécité. Nos trois pieds nickelés assisteront à une procession et croiseront en chemin, trois délicieuses sirènes, le blues-man Tommy Johnson (authentique chanteur et guitariste ayant vécu au Mississippi entre 1896 et 1956) ou des centaines d'adeptes du Ku Klux Klan à la tête duquel, Ô surprise, trône un candidat aux prochaines élections ! Deux truands, également. L'un est incarné par le fidèle John Goodman (ici, dans le rôle de Big Dan Teague, également adepte de la ''fameuse'' société prônant le suprémacisme blanc) et le second par Michael Badalucco qui lui, interprète le personnage de George Nelson (dont le véritable nom était Lester Joseph Gillis), lui aussi authentique, connu sous le pseudonyme de Baby Face (les spectateurs comprendront très vite les origines de ce sobriquet que le truand, au passage, déteste copieusement), et qui dans les années trente se rendit coupable de meurtres et de plusieurs braquages de banques...


Si John Turturro (et son irrésistible expression ahurie), John Goodman (toujours aussi imposant), Holly Hunter (craquante en jeune femme stérile dépressive dans Arizona Junior des frères Coen en 1987) ou encore Charles Durning ont de manière plus ou moins importante participé à la grande œuvre des frères Coen, c'est en 2000, une première pour George Clooney, encore tout auréolé de sa présence dans la série télévisée à succès Urgences. Un acteur dont les fans de cinéma se souviendront d'abord notamment pour sa participation au film culte de Robert Rodriguez, Une nuit en enfer en 1996. Jusqu'à son arrivée sur le tournage de O'Brother, on ne peut pas dire qu'il ait accumulé les rôles dans des comédies. Drame, film de super-héros (Batman et Robin de Joel Schumacher en 1997), action, thriller ou film de guerre, O'Brother ferait presque figure de contre-emploi. Il incarne le ''valeureux'' Ulysses, savoureux bras cassé voyageant auprès de ses deux complices vers une chimère avec pour objectif principal et comme décrit plus haut, retrouver son épouse. Les frères Coen nous offrent une superbe reconstitution de l'époque. Mise en scène et photographie (signée du Roger Deakins qui travailla notamment auprès des deux frangins sur l'extraordinaire Barton Fink et sur le non moins remarquable Fargo) absolument sublimes. Le spectateur baigne dans une ambiance parfaitement bien reconstituée où, malheur, la ségrégation raciale était encore de mise aux États-Unis. Du Ku Klux Klan jusqu'aux travaux forcés donnant naissance à la musique Blues, cette dernière fait partie intégrante du projet puisque Joel et Coen, non contents de nous offrir une épopée incroyablement drôle, nous gratifient également d'une bande musicale remarquable. À voir.... ou à revoir...

 

jeudi 24 octobre 2019

Fenêtre Secrète de David Koepp (2004) - ★★★★★★★☆☆☆



Attention spoilers !

L'écrivain Morton Rainey vit seul dans un chalet reculé de Tashmore Lake depuis qu'il a surpris sa femme Amy au lit avec son amant Ted Milner dans un motel six mois auparavant. Un jour, il reçoit la visite d'un certain John Shooter qui affirme que Morton lui a volé le manuscrit qui aurait donné naissance à la nouvelle '' Fenêtre secrète''. Pour preuve, l'homme lui laisse le manuscrit en question intitulé '' La Saison des Semis ''. Bien qu'étant dans un premier temps désintéressé par les propos tenus par Shooter et par son texte, l'écrivain finit par lire ce dernier et constate d'étonnantes similitudes entre la nouvelle qu'il a publié et le manuscrit de Shooter. L'étranger donne trois jours à Morton pour lui prouver qu'il a écrit sa nouvelle bien avant la sienne. Ce qui n'empêche pas entre-temps ce curieux personnage de tuer Chico, le chien de Morton et de mettre le feu à la demeure que partagèrent Amy et lui au temps de leur bonheur...

Une fois encore, le héros principal de ce long-métrage, adaptation pour le cinéma du roman ''Vue Imprenable sur Jardin Secret'' de Stephen King par le réalisateur et scénariste américain David Koepp, est un écrivain. Et une fois encore, ce personnage central de l'intrigue est en proie à certaines addictions et affaibli par un drame qui le touche personnellement. Incarné par Johnny Depp et assez mal accueilli lors de sa sortie en salle,Fenêtre Secrète demeure cependant une assez bonne surprise qui sort des sentiers battus et rabattus par l'écrivain plus généralement spécialisé dans l'horreur et le fantastique mais qui a prouvé à bien des reprises qu'il était capable d’œuvrer dans des courants aussi divers que le drame et le thriller. Ces deux genres qui ici, trouvent matière à un récit dont l'évolution s'avère relativement sobre. En effet, pas d'action effrénée ni de séquences grand-guignolesques mais une histoire qui déroule le fil de son intrigue en prenant d'infinies précautions pour ne pas perturber l'éventuelle apathie des spectateurs.

Fenêtre Secrète manque de dynamisme, c'est certain. Pourtant, il s'avère bien difficile de décrocher jusqu'à la révélation finale. Un climax envisageable pourtant relativement tôt, étayé par des détails subtilement mis en scène sous forme d'objets ou à travers certains comportements ou dialogues dont ceux du héros, lequel n'est pas des moindre. Accompagné par Maria Bello dans le rôle d'Amy Rainey, Timothy Hutton dans celui de l'amant mais surtout de John Turturro dans celui de l'alter ego maléfique, Johnny Depp fait son taf sans donner dans la grandiloquence. Comme dans la mise en scène d'ailleurs, intégrant pourtant tout ou partie des ''obsessions'' et des addictions chères à Stephen King. Car tout comme le Jack Torrance de Shining, le Thad Beaumont de La Part des Ténèbres (incarné par Thimothy Hutton), le James Gardener des Tommyknochers ou encore le Mike Enslin de Chambre 1408, Morton Rainey est l'une des émanations allégoriques de Stephen King révélant certains des travers, eux, bien réels de l'écrivain...

vendredi 8 février 2013

Barton Fink de Ethan & Joel Coen (1991)



Difficile de choisir un film plutôt qu'un autre dans la somptueuse filmographie des frangins coen. Entre les polars "Blood simple" et "Fargo", les comédies loufoques façon road movie "Arizona Junior" et "O'Brother" ou encore façon bande-dessinée avec "Le grand saut", depuis 1984, Joel et Ethan coen signent sans jamais dévier de leur route, de véritables perles cinématographiques. Une quinzaine de films films seulement en vingt huit ans mais chaque fois, une vision toute personnelle du septième art. 

 
Ce qui marque en premier lieu dans leur filmographie, c'est le sens du détail. Lesthétique apportée à chaque plan, donnant à chacune de leurs oeuvres une aura particulière, la photographie étant l'une des clés de leur réussite. Les frères coen sont avant tout des esthètes. En effet, chaque image imprimée sur la pellicule est une toile de maître que l'on ne se lasse pas de contempler tant chaque détail stimule l'imaginaire et émoustille le regard. Cela est d'autant plus flagrant lorsque l'on découvre pour la première fois Barton Fink, sans aucun doute le film le moins évident à aborder mais aussi le plus abouti dans le traitement de l'image et du scénario. 
L'ambiance sonore elle, a une importance capitale dans ce chef-d'oeuvre, rappelant par certains aspects, le premier film de David Lynch "Eraserhead". Il est d'ailleurs amusant de noter l'étrange coiffure de John Turturro, et qui fait irrémédiablement penser à celle du personnage principal du film de Lynch, Henry Spencer, interprété par John Nance. L'hermétisme en moins, les frères coen restituent le même genre d'ambiance tout en apportant une touche personnelle reconnaissable entre mille. Des décors sombres, voire dantesques, corrompus par une image aux teintes verdâtres (voir l'hôtel en décomposition), des bruits étranges dont nous ne connaîtrons jamais vraiment l'origine, et enfin, des personnages tous plus dérangés les uns que les autres. Notamment John Goodman qui joue le rôle d'un voisin tantôt attachant, parfois collant mais se révélant en général très inquiétant. Un autre aussi, alcoolique et idole d'un Barton en mal d'inspiration et piquant d'hallucinantes crises d'hystéries auprès d'une femme à la séduisante allure...


L'inspiration, voilà ce qui manque à notre héros qui va le mener sans aucun doute à sa perte. Auteur d'une pièce à succès,il part à Hollywood tenter sa chance comme scénariste pour un studio de cinéma. Oui mais voilà, devant la machine à écrire, et surtout, devant la page blanche, notre écrivain ne sait par où commencer. Et les événements étranges auxquels il doit faire face autour de lui n'aident en rien le pauvre homme à se lancer dans son nouveau projet. L'univers qui l'entoure ne va pas faciliter la tâche de celui dont l'esprit semble tourmenté. Dans cet univers aux teintes glauques seule une toile accrochée au mur de sa chambre représentant une femme assise au bord d'une plage semble parvenir à le maintenir éveillé. Un "détail" qui donnera à cette oeuvre sublime des frères Coen, une note d'optimisme lorsque tout semblera prendre fin dans l'existence de Barton Fink.
Dans l'extraordinaire filmographie des frères Coen, Barton fink qui allie scénario imparable, musique enivrante, mise en scène ébouriffante et jeu d'acteurs prodigieux, est une oeuvre à part qui demande sans doute une forte implication de la part du spectateur pour en saisir toutes les nuances. Mais dès lors que l'on met le pied dans cet hôtel en perdition, dès que l'on suit les pérégrinations de l'écrivain, on entre dans un univers fantastique, fruit de l'imagination fertile de deux hommes à l'incontestable talent.
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