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jeudi 24 octobre 2019

Fenêtre Secrète de David Koepp (2004) - ★★★★★★★☆☆☆



Attention spoilers !

L'écrivain Morton Rainey vit seul dans un chalet reculé de Tashmore Lake depuis qu'il a surpris sa femme Amy au lit avec son amant Ted Milner dans un motel six mois auparavant. Un jour, il reçoit la visite d'un certain John Shooter qui affirme que Morton lui a volé le manuscrit qui aurait donné naissance à la nouvelle '' Fenêtre secrète''. Pour preuve, l'homme lui laisse le manuscrit en question intitulé '' La Saison des Semis ''. Bien qu'étant dans un premier temps désintéressé par les propos tenus par Shooter et par son texte, l'écrivain finit par lire ce dernier et constate d'étonnantes similitudes entre la nouvelle qu'il a publié et le manuscrit de Shooter. L'étranger donne trois jours à Morton pour lui prouver qu'il a écrit sa nouvelle bien avant la sienne. Ce qui n'empêche pas entre-temps ce curieux personnage de tuer Chico, le chien de Morton et de mettre le feu à la demeure que partagèrent Amy et lui au temps de leur bonheur...

Une fois encore, le héros principal de ce long-métrage, adaptation pour le cinéma du roman ''Vue Imprenable sur Jardin Secret'' de Stephen King par le réalisateur et scénariste américain David Koepp, est un écrivain. Et une fois encore, ce personnage central de l'intrigue est en proie à certaines addictions et affaibli par un drame qui le touche personnellement. Incarné par Johnny Depp et assez mal accueilli lors de sa sortie en salle,Fenêtre Secrète demeure cependant une assez bonne surprise qui sort des sentiers battus et rabattus par l'écrivain plus généralement spécialisé dans l'horreur et le fantastique mais qui a prouvé à bien des reprises qu'il était capable d’œuvrer dans des courants aussi divers que le drame et le thriller. Ces deux genres qui ici, trouvent matière à un récit dont l'évolution s'avère relativement sobre. En effet, pas d'action effrénée ni de séquences grand-guignolesques mais une histoire qui déroule le fil de son intrigue en prenant d'infinies précautions pour ne pas perturber l'éventuelle apathie des spectateurs.

Fenêtre Secrète manque de dynamisme, c'est certain. Pourtant, il s'avère bien difficile de décrocher jusqu'à la révélation finale. Un climax envisageable pourtant relativement tôt, étayé par des détails subtilement mis en scène sous forme d'objets ou à travers certains comportements ou dialogues dont ceux du héros, lequel n'est pas des moindre. Accompagné par Maria Bello dans le rôle d'Amy Rainey, Timothy Hutton dans celui de l'amant mais surtout de John Turturro dans celui de l'alter ego maléfique, Johnny Depp fait son taf sans donner dans la grandiloquence. Comme dans la mise en scène d'ailleurs, intégrant pourtant tout ou partie des ''obsessions'' et des addictions chères à Stephen King. Car tout comme le Jack Torrance de Shining, le Thad Beaumont de La Part des Ténèbres (incarné par Thimothy Hutton), le James Gardener des Tommyknochers ou encore le Mike Enslin de Chambre 1408, Morton Rainey est l'une des émanations allégoriques de Stephen King révélant certains des travers, eux, bien réels de l'écrivain...

dimanche 21 octobre 2018

Cycle Stephen King : The Dark Half de George A. Romero (1993) - ★★★★★★☆☆☆☆



The Dark Half et le long-métrage qui en découle sont des cas bien à part dans l’œuvre de l'écrivain américain Stephen King. Pour la simple et bonne raison que leur existence est la conséquence d'une légende entourant le nom de Richard Bachman. La vérité sur l'identité de l'auteur de Rage, The Long Walk, Thinner ou encore The Regulators ayant été dévoilée en 1985, c'est sur ce postulat que Stephen King se lança dans l'écriture d'un roman d'épouvante tournant autour d'un auteur de romans très violents sous le pseudo de George Stark. Pseudonyme sous lequel se cache en réalité l'écrivain Thad Beaumont dont les œuvres qu'il écrit sous son véritable nom sont en revanche beaucoup plus sérieux et nuancés. Le roman sort en 1989 et le film quatre ans plus tard. Dix ans tout rond après Creepshow, c'est la seconde fois que l'écrivain et le cinéaste George Romero collaborent sur un même projet cinématographique. Cette fois-ci, c'est le réalisateur lui-même qui s'occupe de l'écriture du scénario à partir du roman de l'écrivain. A l'origine, The Dark Half est un excellent bouquin, particulièrement prenant et anxiogène.
Le cinéaste en fait une adaptation bien moins convaincante même si la première demi-heure s'avère plutôt efficace. Au regard de quelque longs-métrages sans âmes ayant été peu inspirés par les écrits de Stephen King, on ne jettera cependant pas la pierre à un George Romero beaucoup plus à l'aise lorsqu'il s'agit de réveiller les morts et de leur ordonner de conquérir notre planète.

Ici, le mystère entourant le personnage de George Stark ne fait pas le poids très longtemps puisque George Romero n'attend pas la fin pour nous apprendre que le bonhomme, d'une certaine manière, existe réellement, alors même que jusqu'à ce que l'on découvre son visage, nous pouvions encore envisager que l'écrivain Thad Beaumont était tout simplement victime du frère jumeau parasite décelé lors d'une intervention chirurgicale du cerveau particulièrement dérangeante. Oeuvre schizophrène s'il en est, The Dark Half oscille entre enquête policière et fantastique. Dans le rôle du flic de service, l'acteur Michael Rooker qui sept ans auparavant allait marquer nombre de spectateur avec son incroyable interprétation du véritable tueur en série Henry Lee Lucas dans le traumatisant (mouais, pas tant que ça en fait) Henry : Portrait of a Serial Killer...

The Dark Half pèche quelque peu par sa trop longue durée. Deux heures alors qu'une heure-trente aurait sans doute suffit, le film de George Romero n'est cependant pas dénué de qualités. Malgré une image un peu trop léchée, quelques meurtres sanglants perpétrés à l'aide d'un rasoir à main à la lame particulièrement tranchante satisferont sans doute les amateurs d'hémoglobine. Plutôt pas mal joué, George Romero profite de l'occasion qui lui est donnée pour intégrer parmi les principaux interprètes du film, deux actrices cultes du cinéma d'horreur et d'épouvante en les personnes de Rutania Alda, qui fut Dolores Montelli dans le meilleur épisode de la saga Amityville (le deux, je précise), ainsi que l'actrice Julie Harris, l'héroïne du chef-d’œuvre de Robert Wise, The Hanting. Il était fort logique que George Romero s'intéresse au sujet du livre (la déliquescence de l'alter ego maléfique de Thad Beaumont le rapprochant sensiblement des zombies de l'auteur de Dawn of the Dead) même s'il semble que le choix de The Dark Half ne soit dû qu'au hasard puisque jusqu'à ce jour où lui fut confiée la réalisation de son adaptation, le cinéaste s'était vu refuser plusieurs autres scripts.
On notera les saisissantes séquences lors desquelles des milliers de passereaux furent utilisés, et auxquels furent ajoutés des milliers d'autres numériquement, et le final particulièrement gore durant lequel George Stark se fait littéralement dévorer le visage par des dizaines d'oiseaux. Malgré ses nombreuses nominations, The Dark Half fut un échec commercial et ne rapportera que deux tiers du financement initial...

vendredi 31 août 2018

iceman de Fred Schepisi (1984) - ★★★★★★★☆☆☆



La question qui se pose ici est la suivante : les droits de l'homme peuvent-ils s'étendre au delà de ceux auquel a droit l'homme moderne ? Ou bien l'homme de Neandertal peut-il prétendre à ces mêmes droits ? C'est la question à laquelle va tenter de répondre l'anthropologue Stanley Shepard, qui parmi les scientifiques et les explorateurs installés sur une base située en Antarctique semble être le seul à vouloir démontrer que l'homme des glaces surnommé Charlie possède les mêmes droits malgré son âge estimé à quarante-mille ans. En effet, la plupart des scientifiques, et le docteur Diane Brady la première, considère Charlie comme un 'spécimen' dont l'étude pourrait permettre de comprendre certains phénomènes et ainsi améliorer la longévité de l'Homme.  Tourné en Colombie-Britannique ainsi qu'au Manitoba, Iceman est une œuvre exemplaire qui fait la part belle à l'humanité de son principal interprète. Des valeurs laissées de côté par certains individus ici représentés par les scientifiques et qui voient dans l'exploitation de l'homme de Neandertal, l'opportunité de mener à bien des recherches personnelles.   

Iceman est un projet qui tient à cœur au cinéaste, producteur et acteur Norman Jewison (L'Affaire Thomas Crown, Hurricane Carter) qui en abandonnera pourtant la réalisation au profit du cinéaste australien Fred Schepisi qui s'offrira là l'opportunité de mettre en scène un très beau film, d'une très grande humanité. Timothy Hutton incarne l'anthropologue humaniste Stanley Shepard face à un John Lone incarnant superbement l'homme des glaces du titre. La première partie consacre la découverte et la tentative de 'résurrection'' de l'homme de Neandertal dont on devine l'issue, mais qui demeure en définitive l'une des séquences les plus intéressantes, d'autant plus que le scénario convoque des hypothèses étayant avec force détails techniques et scientifiques, la crédibilité du procédé même si de nos jours il reste encore à prouver que l'on peut revenir à la vie après avoir été congelé (ce qui paraît fort peu probable).

Par la suite, le film se concentre sur l'étude menée par l'anthropologue auprès de Charlie, lequel est enfermé pour son bien dans un vivarium censé reproduire le milieu naturel dans lequel il vivait il y a quarante-mille ans. Si le premier contact est rude, à force de conviction, Shepard parvient à prouver aux sceptiques que la communication est possible malgré les millénaires qui séparent l'homme de Neandertal de ses contemporains. Si par le passé et dans l'avenir, d'autres exemples ont confirmé la supériorité morale de l'homme sur toute autre forme de vie, et dont il fait un insupportable commerce civil, militaire ou scientifique (pour exemple, le King Kong de John Guillermin en 1973 ou E.T de Steven Spielberg en 1982), la question demeure encore plus délicate puisqu'une fois acquise l'existence de l'homme de Neandertal, il s'agit désormais de répondre à une quesion, une seule :  comment envisager la survie d'un homme vieux de quarante-mille dans une société qui a eut très largement le temps d'évoluer depuis la disparition de son espèce ?   

Iceman est une authentique réussite qui laisse peu de place au pire divertissement pour tenter de poser les bonnes questions et d'y répondre. Sobre et maîtrisée, la réalisation de Fred Schepisi est de surcroît accompagnée par une interprétation sans faille. A noter la présence au générique du compositeur Bruce Smeaton qui à cette occasion à écrit quelques jolies partitions...
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