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vendredi 8 mai 2026

They Will Kill You de Kirill Sokolov (2026) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

They Will Kill You. Un concept, pas de scénario, mais du fun à tous les étages avec pourtant, ce persistant message qui depuis maintenant pas mal d'années renverse les valeurs du Bien et du Mal sur grand écran en faisant systématiquement de l'homme blanc le nouveau stéréotype du méchant antagoniste quand dans le courant du vingtième siècle, la représentation du noir à l'écran passa par le ségrégationnisme, le racisme et plus tard l'emploi de la communauté dite afro-américaine dans des rôles de sauvages, de domestiques ou de criminels. Fort heureusement, la culture de l'africanité et sa reconnaissance ainsi que le courant culturel américain des années soixante-dix connu sous le nom de Blaxploitation eurent tendance à renverser la vapeur. Après la quasi disparition de ce courant, quelques cinéastes l'ont fait sporadiquement revivre et ça n'est que depuis quelques années, à travers des œuvres telles que Shaft de John Singleton, Black Dynamite de Scott Sanders ou le moins connu They Cloned Tyrone de Juel Taylor, que la Blaxploitation et la mise en avant de nouveau balbutiante de la communauté afro-américaine permet à certains de rediriger le discours vers un message politique encore plus engagé. Pour avoir essoré en long et en large un bon nombre de longs-métrages du genre datant des années soixante-dix, il est clair que l'une des différences fondamentales est désormais de glorifier l'homme de couleur en lui faisant endosser aussi souvent que cela lui est permis, le rôle du bon samaritain. Et si dans la Blaxploitation d'antan, le blanc était souvent remisé au second plan, considéré déjà de ''mauvais garnement'', parfois même parodié et donc souvent moqué, aujourd'hui, le temps des ''réparations'' semble être arrivé à son apogée et après des décennies d'incurie, les rôles se sont donc ''définitivement'' inversés... Tout commence (ou presque) lorsque Asia Reaves (Zazie Beetz) est séparée de sa jeune sœur Maria (Myha'la) après qu'elle ait tiré sur leur père d'une balle de pistolet. Un père (fouettard, et donc blanc, bien évidemment) qui contre toute attente demeure en vie. Ce qui n'empêche pas la fugitive d'être arrêtée puis enfermée pour les cinq années à venir...


Au sortir de la prison où elle a eu tout le temps de s'affranchir de ses codétenues en s'adonnant à la bagarre, Asia part à la recherche de sa sœur et apprend que depuis un certain temps, celle-ci travaille dans le très chic hôtel ''Le Majestic''. Tenu par une famille blanche aisée dont la directrice est l'épouse d'un certain Ray (Paterson Joseph), l'établissement est entretenu par une batterie de domestiques afro-américaines toutes dévouées à leur tâche. Changeant de nom, Asia se fait embaucher afin de retrouver Maria et de l'emmener loin avec elle... Mais les choses ne vont bien évidemment pas se dérouler telles que la jeune femme l'avait prévu... On le voit, le script de d'Alex Litvak et Kirill Sokolov est relativement succinct. Mais ce qui l'est plus ou moins selon le genre de films que l'on a l'habitude de regarder, c'est le ton outrancier avec lequel le réalisateur, scénariste et monteur russe Kirill Sokolov va traiter son sujet. Humour, gore et action s'entremêlant dans un tourbillon parfois vertigineux et plutôt distrayant. Mais là encore, selon que l'on soit un véritable cinévore ou un spectateur irrégulier, les références pourtant multiples ne sauteront pas forcément aux yeux de tous. Pourtant, il y a dans They Will Kill You, un peu du Kill Bill de Quentin Tarantino. Lui-même étant visiblement inspiré par le cinéma asiatique, l'on retrouve de nombreux combats à l'arme blanche et même parfois au fusil. Jouant avec les décors, entre chambres, couloirs et vides sanitaires, le long-métrage de Kirill Sokolov laisse une grande place à l'action, à travers des combats plutôt bien orchestrés même si l'on est très loin des prouesses techniques d'un The Raid réalisé par Gareth Evans en 2011 ou d'un City of Darkness signé de Soi Cheang en 2024. Concernant le gore, c'est encore du côté de l'Asie qu'il faudra pencher le regard puisque en dehors de quelques menues tripailles, l'hémoglobine gicle davantage à la manière de geysers comme dans Tokyo Gore Police de Yoshihiro Nishimura, Machine Girl Noboru Iguchi ou encore Meatball Machine de Yūdai Yamaguchi et Junichi Yamamoto. Bref, rien de très fin mais le film possède malgré tout quelques plans virtuoses, une direction artistique pas dégueu et une pêche d'enfer...

 

mercredi 20 novembre 2019

From Hell de Albert Hughes et Allen Hughes (2001) - ★★★★★★★☆☆☆



Il n'a pas fait des dizaines de victimes et pourtant, Jack l’Éventreur est entré dans la légendes des pires tueurs en série de l'histoire de la criminalité mondiale. Parce qu'il est demeuré une énigme pendant plus d'un siècle. Parce que certains continuent à enquêter sur ce remarquable fait-divers qui a officiellement fait cinq victimes parmi les prostituées du quartier de Withechapel à Londres entre le 31 août et le 9 novembre 1988. Sujet de dizaines et peut-être même de centaines d'ouvrages littéraires, de longs-métrages et de documentaires, celui que l'on a tour à tour identifié comme pouvant être d'origine juive, l’obstétricien de Béatrice du Royaume-Unis Sir John Williams, ou encore un certain nombre de criminels auxquels auraient furent rattachés les cinq meurtres officiels imputés à Jack l’Éventreur, est donc resté un mystère sans qu'aucune résolution définitive de cette sanglante affaire n'ait mis un terme à cette énigme qui ensanglanta le quartier de Whtichapel où étaient concentrés immigrés irlandais, juifs et prostituées... Pour leur troisième long-métrages, les frères Albert et Allen Hughes, notamment auteurs de Menace II Society en 1993 et du Livre d'Eli en 2009 se sont appuyés pour réaliser From Hell sur le roman graphique du dessinateur Eddie Campbell et du scénariste de bande dessinée Alan Moore. Un pavé de plusieurs centaines de pages ici concentrées en un film d'un peu moins de cent-vingt minutes...

L'épreuve étant ici d'être aussi fidèle que possible à l'ouvrage d'Eddie Campbell et d'Alan Moore tout en étant capable de faire oublier les innombrables longs-métrages déjà réalisés autour du tueur de Withechapel, Albert et Allen Hughes ont tout d'abord accordé une très grande importance à reproduire les lieux des différents crimes tels qu'ils étaient en cette année 1988 où ces derniers furent commis. À ce titre, il est intéressant de se pencher sur l'excellent DVD accompagnant l'édition de la Fox Pathé Europa éditée fin 2002 et sur lequel on retrouve plusieurs documentaires dont une visite guidée des lieux du crime et un making-of du film qui retranscrivent parfaitement le soucis du détail des frères Hugues.

Par contre, l'une des principales faiblesses du long-métrage des frères Hugues se situe au niveau du scénario. D'un classicisme un peu dépassé, From Hell est fort heureusement sauvé par un style visuel et esthétique absolument remarquable qui renvoie parfois aux riches heures de la société de production britannique Hammer Film Productions. Incarné par Johnny Depp, l'inspecteur Frederick Abberline qui fut affecté à l'enquête sur les meurtres de Withechapel est ici sujet à des visions lui offrant généralement un coup d'avance sur les autorités. Dépendant à l'opium et à l’absinthe (contrairement à celui qu'incarnera Michael Caine dans l'excellent téléfilm Jack L’Éventreur réalisé par David Wickes et dans lequel l'inspecteur est un alcoolique notoire), c'est sous leurs effets qu'il est en effet en mesure ''d'entrapercevoir''' les prochains meurtres. Les frères Hugues prêtent à leur personnage une liaison avec la prostituée Mary Jane Kelly (interprétée par l'actrice Heather Graham), dernière victime de Jack L’Éventreur. Une liaison de très courte durée qui se soldera de plus, par la fin tragique du héros qui contrairement au véritable Frederick Abberline se suicidera ici dans le film. Outre Johnny Depp et Heather Graham et tout un panel d'excellents seconds rôles, l'acteur britannique Ian Holm y incarne un Sir William Gull particulièrement sinistre. Au détour d'une scène, les frères Hugues en profitent pour évoquer de surcroît l'étrange cas de Joseph Merrick, surnommé l'homme-éléphant et qui était victime d'une forme aggravée de Neurofibromatose. Au final, si From Hell n'est pas la meilleure adaptations basée sur les exaction du célèbre éventreur, le film des frères Hugues et d'une esthétique irréprochable et convenablement interprété...
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