Dans l'histoire du cinéma
d'épouvante espagnol, Angustia
de Bigas Luna tient une place toute particulière. Car bien qu'il ne
soit pas le premier du genre, il fut sans doute l'un des premiers qui
« parla »
véritablement au public français. Une petite révolution qui
remporta quelques prix bien mérités dont le prix
Goya
des meilleurs effets-spéciaux et une mention spéciale au légendaire
festival d'Avoriaz. Ce fut également l'occasion de découvrir un
cinéaste qui n'en était pourtant pas à son coup d'essai puisque ce
film sorti chez nous sous le titre Angoisse
fut déjà son sixième. Pour évoquer et surtout se débarrasser
tout de suite du seul défaut de cette œuvre, nous évoquerons un
doublage catastrophique. Autant dire qu'il faudra découvrir Angustia
dans sa version originale afin de pouvoir en profiter dans les
meilleures conditions.
Espagnol
d'origine, le film de Bigas Luna n'en est pour autant pas
principalement incarné par des interprètes du cru puisque les rôles
d'Alice et John Pressman furent confiés à la Zelda Rubinstein et
Michael Lerner, deux acteurs américains dont la première est
surtout connue des amateurs de fantastique pour avoir tenu le rôle
de la médium Tangina Barrons dans le long-métrage de Tobe Hooper et
Steven Spielberg, Poltergeist.
Ils furent cependant accompagnés de quelques interprètes espagnols
dont Angel Jové, l'acteur fétiche du cinéaste depuis ses débuts.
Angustia
est un petit chef-d’œuvre de mise en scène, ce qui, au premier
abord et sans mauvais jeu de mots, ne sautera peut-être pas
immédiatement aux yeux de chacun. Le récit tourne autour d'Alice et
John Pressman donc, une mère et son fils vivant dans une vieille
demeure où certaines créatures (inhabituelles) du bon Dieu ont élu
domicile. John est l'assistant-ophtalmologue d'un médecin de grande
réputation mais est condamné à perdre la vue. Renvoyé à la suite
d'une plainte déposée par une cliente du cabinet insatisfaite de
ses services, Alice hypnotise son fils et l'enjoint d'ailler faire
payer à celle-ci le licenciement de John. S'ensuit alors une visite
nocturne dans la luxueuse demeure de la femme en question, John la
massacrant, ainsi que son époux avant de prélever leurs yeux. Une
fois son méfait accompli, plutôt que de s'arrêter là, John part
en ville et se dirige tout droit vert un cinéma...
Et
c'est là que le film de Bigas Luna prend une tournure étonnante et
véritablement intéressante puisque l'on découvre alors que tout ce
à quoi nous venons d'assister n'était qu'un film projeté dans une
salle de cinéma. Une salle à moitié remplie et dans laquelle ont
pris place deux amies lycéennes, Patty (Talia Paul) et Linda (Clara
Pastor). Quittant la salle, l'une d'elle va réaliser qu'un tueur
s'est introduit dans le cinéma et tue tous ceux qu'il croise.
L'espagnol signe avec Angustia
l'une des plus admirables mises en abîme de l'histoire du cinéma.
Un film dans le film repoussant le principe à ses extrémités. En
effet, les événements se produisant à l'écran trouvent leur écho
dans les agissements d'un tueur (Angel Jové) apparemment obsédé
par le film en question. Bigas Luna signe une œuvre admirable qui
malgré son titre procurera finalement très peu de frissons mais
offrira quelques plans incroyables tel celui d'un John gigantesque se
retournant vers l'une des spectatrices venue assister à ses méfaits.
On peut même considérer que Bigas Luna a poussé le concept encore
plus loin puisque le générique de fin préfigure le fait que les
aventures de Patty et Linda sont elles-mêmes le fruit d'une fiction
projetée dans une salle de cinéma. Un film dans le film dans le
film. On appréciera également et essentiellement le jeu de Michael
Lerner dans le rôle de John Pressman et l'ambiance qui peu à peu
devient de plus en plus sinistre sur la toile blanche projetant ses
aventures. Angustia
est définitivement un film culte, malheureusement trahi par un
doublage français des plus médiocre...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire