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samedi 24 septembre 2022

Hommes au bord de la crise de nerfs d'Audrey Dana (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

La France... Ce si beau pays qui dégringole, qui fuit de partout, aux frontières poreuses, à l'éducation brinquebalante, aux mœurs de plus en plus délétères, future idiocratie qui n'en doutons pas, sera un jour dirigée par une ''intelligentsia'' décérébrée. Il n'y a pas si longtemps pouvions-nous encore nous changer les idées en nous enfermant dans les salles obscures, à rêver devant ces utopies où tout va bien et où le mauvais est invariablement balayé au détour d'un bon mot. Ces comédies écrites avec soin, par et pour des femmes et des hommes de bon goût ! Aujourd'hui, la comédie française est tel que nous est représenté notre pays. Désargentée, piteuse et artistiquement régressive. De la mal-bouffe numérique ou plus rarement imprimée sur pellicule. Il en est, mais si rares, qui heureusement sauvent les meubles chaque année. Mais combien d'entre eux ? Michel Hazanavicius et Coupez ! ? Oui, sans doute, mais à quel prix ? Celui de devoir aller chercher l'inspiration jusqu'en Asie et découvrir que sans l'habituel ''couplet/refrain'' (!?!), certains ne s'y retrouvent pas ? Hommes au bord de la crise de nerfs d'Audrey Dana, laquelle n'en est pourtant pas à sa première comédie signe avec celle-ci, un pur produit de consommation qui ne demande pas la moindre réflexion. Tout juste que l'on plonge la main dans son porte-monnaie pour y dénicher la poignée d'euros qui ouvriront les portes des salles obscures. C'est donc aujourd'hui que sort en dvd le nouveau long-métrage de la réalisatrice française. Et autant dire que portes-feuilles, portes-monnaie, comptes en banque et cartes bleues sont aux abois, suppliant que leur propriétaire n'aura pas la mauvaise idée d'acheter au format physique ce qu'ils avaient déjà enduré quatre mois en arrière au cinéma...


C'est que l'on finirait par oublier que Thierry Lhermitte fit partie de la troupe du Splendid, que Ramzy Bédia fut l'acolyte d'Eric Judor, que François-Xavier Demaison incarna au cinéma un Coluche convainquant ou que Laurent Stocker... Hein ! Quoi ? Ouais, non, pas lui ! Pour être tout à fait honnête, j'exagère peut-être un peu. Car entre le mauvais souvenir de sa vision en salle et sa redécouverte en DVD par l'entremise d'un ami achetant en magasin tout et n'importe quoi de manière compulsive, force est de reconnaître que Hommes au bord de la crise de nerfs n'est pas si mauvais qu'il n'y paraît. Au contraire même, ce bol d'air frais tant rêvé que promet la situation géographique du récit réussira le temps de sa projection à faire oublier presque n'importe lequel de vos tracas. Projet réunissant la vieille et la nouvelle garde de la comédie française (du quasi septuagénaire Thierry Lhermitte au jeune Max Baissette de Malglaive du haut de ses vingt-deux ans), le nouveau long-métrage d'Audrey Dana se montre en réalité fort généreux. Écrit par ses soins ainsi que ceux de Claire Barré, le scénario plonge ses protagonistes en pleine nature avec à leur disposition, un service minimum : une yourte et des produits locaux poussant ou gambadant à portée de main. Sans oublier Marina Hands qui dans le rôle légèrement perché d'Omega va tenter de leur faire oublier tous leurs tracas. Si le film commence sous les meilleurs augures avec sa brochette de personnages tantôt dépressifs, tantôt râleurs, contraints d'obéir à un concept de thérapie de groupe plutôt original, au fil de récit l'on finit par s'attacher aux personnages. Une thérapie exclusivement réservées aux hommes mais coachée par une femme ! Malgré les divers désagréments et les personnalités différentes de ces sept adultes se comportant parfois comme des enfants, la bonne humeur va lentement mais sûrement s'installer. Une bonne humeur communicative qui parviendra d'ailleurs à se transmettre jusque chez le spectateur. Si Hommes au bord de la crise de nerfs n'est clairement pas la comédie de l'année (laquelle l'est-elle d'ailleurs?), les personnages sont attachants, suffisamment différents les uns des autres pour s'y retrouver ici ou là et l'environnement ''aéré'' particulièrement séduisant. De la tendresse et de l'humour, quoi demander de plus... ?

 

mardi 22 octobre 2019

Les Âmes Grises d'Yves Angelo (2004) - ★★★★★★★☆☆☆



Comme si la mort et le désespoir avaient jeté leur dévolu sur un petit village français durant l'hiver 1917, Les Âmes Grises réserve à ses spectateurs l'une des plongées dans la torpeur de la première guerre mondiale les plus désolante. Triste à faire pleurer des cailloux. A transformer les superbes décors de Dombasle-sur-Meurthe, de Nancy, de Ville-sur-Saulx et de Vic-sur-Seille pour les faire ressembler à de sinistres peintures d'où l'artiste-peintre aurait oublié d'adjoindre la moindre couleur pour n'en laisser s'exprimer que des teintes hivernales. Là-bas, on entend tonner les coups de cannons comme autant de coups de tonnerre. Mais alors que la jeunesse française s’agglutine sous son ciel voilé par les nuages artificiels des explosifs, au village, comme un mal étrange s'étendant au delà de la frontière qui le sépare du champ de bataille, des événements tragiques vont se succéder. Comme une extension au conflit. Comme si le Créateur posait son doigt accusateur sur ceux qui eurent la faiblesse ou la chance d'échapper au combat...

Mais quel mal étrange atteint ce professeur qui après avoir sensiblement perdu la tête en classe a choisi de revêtir sa chambre de messages écrits à l'aide de ses excréments ? Sa remplaçante, la jolie Lysia Verhareine, mérite-t-elle le sort qui bientôt va s'abattre sur celui qu'elle aime et qui par conséquent offrira une bien triste fin à leur amour ? Qui donc a tué cette petite fille et l'a laissée là, au sol, dans le froid et l'humidité ? Qui donc est le procureur Pierre-Ange Destinat, énigmatique, avare en parole et apparemment dénué d'émotion ? Ou le juge Mierck qui cache peut-être sous sa petitesse et ses rondeurs le mal absolu... ? Comme les hurlements de celui que l'on va exécuter pour un meurtre qu'il n'a pas commis, les pleurs d'une jeune femme qui vient de perdre son amant au champ de bataille ou la souffrance silencieuse d'un notable craint par son entourage, Les Âmes Grises est une œuvre douloureuse qui n'exploite que dans d'infimes proportions la joie et le bonheur de certains de ses personnages. Des lettres d'amour rassurantes, emplies des promesses d'une retrouvaille prochaine. Ou plus simplement, le partage d'un dîner lorsque la solitude se fait trop pesante. Et pourtant, malgré ces trop rares instants de joie contenue, le long-métrage d'Yves Angelo adapté du roman éponyme de Philippe Claudel paru un an auparavant en 2003 semble se complaire dans la noirceur. Comme si toute bonne action devait y être systématiquement salie.

Le pouvoir de la Justice (injustice?) est ici, sans réserve. À travers le portrait de ce juge formidablement interprété par le regretté Jacques Villeret qui trouvait là, le moyen de laisser s'exprimer tout son talent. Face à un Jean-Pierre Marielle de marbre. Imposant, muet, mais non dénué d'émotion. Et d'ailleurs, de cet improbable monceau de pessimisme auquel le réalisateur imprime un tel degré de noirceur qu'il lui confère une aura presque fantastique, surnagent quelques moments remarquablement touchants. Une émotion à fleur de peau qui ne peut que s'effacer, si misérable soit-elle face à la montagne d'horreurs qui s'empare du village et de ses habitants. Une émotion qui ne fera pas le poids face à des actes dénués de morale lorsque celle-ci tentera de percer la croûte d'un village assiégé par un mal étrange. Celui de la corruption. Denis Podalydès parcourt de sa fragile silhouette mais de son immense talent Les Âmes Grises dans le rôle du policier Aimé Lafaille. Michel Vuillermoz et Serge Riaboukine y sont respectivement un maire et un aubergiste trop rares à l'écran. Au son des cannons, sur un ton linéaire et un rythme ankylosé, l’œuvre d'Yves Angelo tente d'imposer quelques stupéfiants visuels. Comme cette institutrice face à un horizon lointain d'où se font entendre les bombardements. Le spectacle est remuant, âpre et éclairé de rarissime moments de joie. Une jolie mais déprimante expérience cinématographique...
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