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vendredi 5 avril 2024

La Fureur de vaincre de Lo Wei (1972) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Big Boss était une mise en bouche. Surtout si on le compare à La Fureur de vaincre (Jing wu men) que réalisera à nouveau Lo Wei. Cette fois-ci, l'intrigue se déroule à Shanghai. Deux écoles d'arts-martiaux s'y affrontent. Celle du maître chinois Huo Yuanjia dont l'élève le moins discipliné revient d'un long séjour pour y épouser Yuan Le-erh (l'actrice hongkongaise Nora Miao qui dans lors de la précédente collaboration entre le réalisateur et Bruce Lee incarnait la propriétaire du stand de boissons fraîches). À son retour, Chen Zhen apprend que son maître vient de mourir. Assistant tardivement à l'enterrement de Huo Yuanjia dont la mort demeure inexplicable, le jeune homme a bien du mal à se plier aux règles édictées par le fondateur de l'école Jingwu. Surtout lorsque certains des représentants du rival japonais du dojo de Hiroshi Suzuki osent pénétrer l'antre chinois pour y humilier ses adeptes. Traités de lâches par Wu En, le traducteur et conseiller du Maître Suzuki, aucun membre de l'école Jingwu n'ose s'interposer... en dehors de Chen Zhen qui quelques temps plus tard s'introduit dans le dojo de Suzuki et met une véritable raclée à ses membres. Par vengeance, Wu En et plusieurs dizaines d'hommes retournent une nouvelle fois à l'école Jingwu afin de la mettre à sac et donner une leçon à ses élèves. Avant de repartir, Wu En donne trois jours à ceux-ci pour livrer Chen Zhen à l'école de Suzuki, à défaut de quoi, les représailles seront terribles. Ne pouvant se contraindre à livrer l'un des siens, le responsable de l'école Jingwu propose à Chen Zhen de quitter Shanghai en compagnie de sa future épouse au plus vite... Si Big Boss était un sympathique petit film, on atteint avec La Fureur de vaincre un niveau de qualité nettement supérieur. Tout ce que l'on pouvait attendre d'un film d'action et d'arts-martiaux y est ! Si lors de la première collaboration entre Lo Wei et Bruce Lee il fallait parfois attendre des dizaines de minutes avant que ne s'enclenchent les combats, dans le cas de La Fureur de vaincre, les amateurs n'auront pas à attendre bien longtemps. Le film est une succession de moments de bravoure lors desquels l'acteur hongkongais déploie des techniques de combat qui lui sont propres.


À grand renfort de cris, de grognements ou de miaulements, Bruce Lee combat aux pieds, aux mains, sautant au dessus de ses adversaires et use également du nunchaku. L'une des séquences emblématiques du long-métrage se situe lorsque le personnage de Chen Zhen s'introduit dans le dojo de l'école rivale et affronte plusieurs dizaine d'adversaires. Une séquence devenue culte qui sera reprise bien des années plus tard par le cinéaste américain Quentin Tarantino dans Kill Bill Volume 1 lors de l'affrontement entre la Mariée interprétée par l'actrice Uma Thurman et une flopée de Yakuzas agissant sous les ordres de Bill, dirigeant du Détachement International des Vipères Assassines ! À nouveau écrit par Lo Wei et Ni Kuang, La fureur de vaincre fait également figure de critique sociale où le chinois est dans sa globalité traité au même rang que les animaux de compagnie comme l'évoque notamment la séquence tournée devant l'entrée du Parc Huangpu, à Shanghai. L'annotation de panneau ayant été changée pour les biens du long-métrage, l'accès n'y était cependant pas spécifiquement interdite aux habitants du cru mais bien réservée aux étrangers ! Les tensions raciales sont ici l'un des angles sociaux sous lesquels le réalisateur et scénariste choisi de plonger les protagonistes. Notons également que La fureur de vaincre sera l'occasion pour la future star du cinéma d'action Hongkongaise Jackie Chan de croiser la route de Bruce Lee. Employé en tant que cascadeur, le futur interprète de la franchise Police Story y effectuera en effet à plusieurs reprises, certaines cascades. Jackie Chan et Bruce Lee auront d'ailleurs l'occasion de se retrouver un an plus tard sur le tournage d'Opération Dragon de Robert Clouse, avant-dernière apparition de la légende du karaté avant sa tragique disparition le 20 juillet 1973 à l'âge de 32 ans...

 

jeudi 4 avril 2024

Big Boss de Lo Wei (1971) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Pour débuter le cycle consacré à l'acteur sino-américain Bruce Lee, nous allons évoquer son tout premier succès international. Après être apparu à l'âge de un an dans Les larmes de San Francisco d'Esther Eng, la future star des arts-martiaux enchaînera les rôles entre 1946 et 1969. Parmi elles, sa participation à la série américaine Le frelon vert entre 1966 et 1967. Le succès ne sera malheureusement pas au rendez-vous et les prochains longs-métrages qu'il tournera sur le territoire américain ne lui permettront pas encore de se faire un nom dans le cinéma. C'est pourquoi Bruce Lee retourne dans sa ville natale, à Hong Kong, pour y tourner en 1971 le film Big Boss (Tang shan da xiong) du réalisateur hongkongais Lo Wei, réalisateur aux soixante-cinq longs-métrages, acteur ayant joué dans cent-dix films et qui marqua d'une empreinte indélébile le cinéma d'action et d'arts-martiaux mondial en signant deux des plus célèbres films du genre aux côtés de Bruce Lee. Car après celui-ci, les deux hommes se retrouveront un an plus tard sur le tournage de La Fureur de vaincre (Jing wu men), second succès de la star hongkongaise... Concernant Big Boss, Bruce Lee s'amuse à faire s'impatienter le public qui est venu le voir combattre les antagonistes du film. Dans celui-ci, il incarne le rôle de Cheng Chao-an, un jeune chinois originaire de la ville-préfecture de Tangshan au nord-est de la république populaire de Chine. Il débarque en compagnie de son oncle à Pak Chong en Thaïlande où il y fait la connaissance de son cousin Hsiu Chien (l'acteur James Tien) et de plusieurs de ses amis qui tous sont employé dans la fabrique locale de blocs de glace. Fuyant sa mauvaise réputation de bagarreur, Cheng Chao-an promet à son oncle de bien se tenir et de travailler à son tour pour Hsiao Mi (le ''Big Boss'' du titre qu'interprète l'acteur chinois Han Ying-chieh). Porteur d'une amulette offerte par sa mère adoptive à laquelle il avait également fait la promesse d'éviter toute altercation, le jeune homme va cependant très vite en découdre avec certains habitants du coin. Dirigée d'une main de fer, l'entreprise de Hsiao Mi sert en effet de couverture à un trafic de drogue qui bientôt fera deux victimes parmi les employés. Deux hommes qui venaient de découvrir le pot aux roses et qui ont subitement disparu...


Alors que la carrière de Bruce Lee avait tendance à stagner du fait de l'annulation de la série Le frelon vert et d'un problème physique lié à l'usage intensif de l'haltérophilie, les projets auxquels il contribuait avaient tendance à tomber à l'eau l'un après l'autre. C'est sur les conseils de l'acteur américain James Coburn que Bruce Lee retourne alors tenter sa chance à Hong Kong. À court d'argent, le jeune spécialiste en arts-martiaux refuse cependant le contrat que leur propose de signer les frères de la société de production cinématographique Shaw Brothers mais accepte de signer un contrat pour deux films auprès de Raymond Chow, patron d'une autre société de production du nom de Golden Harvest. Le tournage débute en juillet 1971 à Pak Chong, au nord-est de Bangkok tandis que le dernier tour de manivelle sera effectué le 3 septembre de cette même année. À l'origine, le film contenait plus de trois heures d'images qui furent réduites en post-production à quatre-vingt seize minutes. Tourné en cantonais et en mandarin, le film sera traduit dans diverses langues dont l'anglais et le français et aura la particularité d'avoir été doublé à deux reprises dans notre langue. C'est ainsi que par exemple, Bruce Lee le fut d'abord une première fois par Philippe Ogouz et une seconde fois par Pierre Tessier... Dans Big Boss, il faudra patienter plus de trois quart-d'heure avant de voir Bruce Lee se servir véritablement de ses poings et de ses pieds. Jusque là, son personnage devra refréner ses pulsions. Parmi les interprètes nous retrouvons quelques jolies actrices féminines parmi lesquelles la hongkongaise Nora Miao qui sous le pseudonyme Mao Ke-hsiu interprète le rôle de la propriétaire d'un stand de boissons, Maria Yi dans celui de la cousine Chow Mei ou encore Marilyn Bautista dans celui de la prostituée Miss Sun Wuman. Bien que reposant sur un script écrit par Lo Wei en collaboration avec le romancier et scénariste américano-hongkongais Ni Kuang, l'histoire s'inspire en fait d'un fait authentique ayant eu lieu à la fin du dix-neuvième siècle. Revoir aujourd'hui Big Boss, c'est se rendre compte combien l'eau a depuis coulé sous les ponts. Et même si Bruce Lee demeure une légende du cinéma d'action et d'arts-martiaux, il faut reconnaître que les combats sont parfois ''pénibles'' à regarder. Notons que le film propose quelques étonnants plans de nus et plusieurs séquences sanglantes plus ou moins suggérées... Le petit Dragon entrait alors dans la légende...

 

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