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jeudi 5 juin 2025

Pauline et l'ordinateur de Francis Fehr (1977) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Découvrir Josiane Balasko, Martin Lamotte, Gérard Jugnot, Marie-Anne Chazel ou encore Bruno Moynot avant qu'eux et les autres membres de la Troupe duSplendid ne deviennent célèbres la même année grâce aux Bronzés de Patrice Leconte a de quoi aiguiser la curiosité. D'autant plus que le film dont il est question de parler ici fut intégré dans la section Perspectives du Cinéma français née quatre ans avant sa sortie sur grand écran sous l'impulsion de Président du Festival de Cannes Robert Favre Le Bret et du Délégué général Maurice Bessy qui voulaient l'un et l'autre proposer d'autres catégories de films. Dire que Pauline et l'ordinateur échappe à celles communément proposées par le festival est un euphémisme. Sans être aussi hermétique qu'un Themroc signé en 1973 par Claude Faraldo et dont les dialogues n'étaient qu'une succession d'onomatopées et de rugissements, le premier long-métrage de Francis Fehr a de quoi laisser perplexe. Comédie au ton inhabituel et dont les séquences semblent avoir été majoritairement interprétées de manière improvisée, l'expérience est ardue pour quiconque se réfère à la catégorie dans laquelle le long-métrage semble devoir s'inscrire. Écrit par le réalisateur lui-même, Pauline et l'ordinateur est une comédie dont la subtilité est parfois, pour ne pas dire majoritairement, difficile à saisir. Le soucis principal provenant sans doute de l'implication d'interprètes (et donc de personnages) qui n'ont malheureusement pas le talent suffisant pour tenir les quelques lignes de dialogues qui leur ont été confiées sans que quelques lacunes en matière de diction ne viennent pervertir les échanges entre Josiane Balasko et chacun d'entre eux. Si le principal soucis de l'héroïne paraît avoir un lien direct avec le monde de l'informatique et des ordinateurs (d'où le titre) ainsi qu'un problème de surpoids (ironique lorsque l'on songe que l'actrice n'a sans doute jamais parue si mince à l'écran), le fond de l'histoire est assez délicat à saisir. Pauline et l'ordinateur prend davantage l'allure d'une collection de sketchs permettant à l'héroïne de croiser de nombreux personnages avec lesquels elle échange en général sur le sujet qui l'obsède principalement ! Pour être tout à fait honnête, le long-métrage de Francis Fehr s'avère plutôt pénible à regarder. Après un générique de début plutôt étrange, voire anxiogène et qui ne cadre pas vraiment avec le ton voulu par l'auteur du film, le réalisateur consacre la totalité des plans à sa vedette. Une Josiane Balasko/Pauline qui s'interroge sur le monde qui l'entoure.


Qui s'interroge, oui. Mais qui aussi Interroge les autres. Et parmi eux, des hommes et des femmes que nous n'aurons plus jamais l'occasion de revoir sur grand ou petit écran et d'autres qui verseront dans une carrière bien différente de celle qui les impose ici comme de piètres partenaires. À l'image de Jacques Attali, célébrité ''multi-tâche'' qui pourtant échoue à donner la réplique à Josiane Balasko. Concernant les membres de la Troupe du Splendid qui participent au projet, inutile d'espérer voir autre chose qu'un contenu similaire aux quelques sketchs et fausses publicités de leurs débuts. Même hésitation, même absence de dialogues réellement percutants. Les uns et les autres tâtonnent sans jamais pouvoir nous convaincre que l'expérience méritait que l'on y jette un œil ! Pourtant, il m'est arrivé de me surprendre à rire à deux occasions. La première ? Tout bêtement lorsque Josiane Balasko pose sa jambe sur une barre d'entraînement de danse classique comme le ferait un boucher sur son étal avec une pièce de bœuf. Rire nerveux ou sincère, je ne m'en souviens plus vraiment. Quant au second rire, quand a-t-il eu lieu ? Et dans quelle circonstance ? Là encore, c'est le flou total ! Concernant la bande musicale, elle est l’œuvre du compositeur français Éric Demarsan. Une musique très étrange. Expérimentale et électronique. Un courant musical balbutiant auquel sont ajoutés quelques extraits du groupe culte originaire d'Allemagne, Tangerine Dream. Un groupe formé à l'époque par son fondateur Edgar Froese, alors accompagné par les légendaires Christopher Franke et Peter Baumann. Notons que les trois membres du groupe apparaissent d'ailleurs à l'image lors d'une session d'enregistrement ! Mais en dehors de ce fait relativement marquant pour les fans de ce groupe emblématique de la Kosmische Musik propre aux années 60/70, Pauline et l'ordinateur demeure une œuvre beaucoup trop sourde aux sirènes du grand public. Un long-métrage expérimental voué à échouer dans le cercle très étroit des amateurs d'Objets Filmiques Non Identifiés. Bref, une curiosité assez désagréable à suivre jusqu'à son terme...

 

lundi 4 mars 2024

Drunkenness d'Alexandre David Lejuez (2020) - ★☆☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Signifiant dans notre langue Ivresse, Drunkenness d'Alexandre David Lejuez est probablement l'une des expériences cinématographiques parmi les plus navrantes... Et encore, je reste poli, pèse mes mots et fais preuve de courtoisie parce que se foutre du monde à ce point là me rappelle qu'il y a des ''artistes'' qui après avoir chié, pissé, craché ou vomi sur des toiles immaculées, apposent leur signature et vendent ça comme de l'art. Et bien Drunkenness, c'est un peu la même chose. Sous couvert d'expérimentations visuelles et sonores, le jeune parisien de vingt-huit ans originaire de Paris continue son petit bonhomme de chemin à travers un univers qui lui est propre à tel point qu'il aura beaucoup de mal à trouver preneur. Même parmi les amateurs d'incongruités, d'Objets Filmiques Non Identifiés, comme l'on a l'habitude de nommer tout ce qui sort des sentiers battus. Dans le cas de Drunkenness, une voix-off (celle du personnage dont on ne verra au mieux que le bras droit et les jambes puisque le ''film'' tout entier est filmé en vue subjective) explique l'expérience à laquelle nous allons assister. Celle d'un individu pris de boisson qui partagera ses sombres errances dans la demeure familiale. Celle de ses frères et lui. Si vous voulez avoir un peu plus de précisions, allez donc lire le court résumé officiel qui traîne ici et là sur le net. Résumé qui, en comparaison de l'objet en question, est encore ce qui demeure le meilleur. Quelques lignes aguichantes, alléchantes, intrigantes... pour un résultat absolument indigeste. Déjà, l'on observe une chose : l'affiche. J'veux pas essayer de mettre mon grain de sable dans l'engrenage d'une machinerie qui de toute manière n'a pas besoin de moi pour s'enrayer mais Alexandre David Lejuez semble s'être pris d'une ambition démesurée : S'attaquer au chef-d’œuvre de Gaspar Noé Enter the Void pour en proposer une alternative à peine voilée. Je vous jure, placez les deux affiches l'une à côté de l'autre et comparez... Et si vous n'êtes pas encore convaincus, ne reste plus qu'à laisser se dérouler le générique du début pour que la chose se confirme définitivement. Même lettrage prenant tout l'écran. Même clignotement épileptique... Y'a pas que les cons qui osent tout.... Les mauvais ''cinéastes'' eux aussi n'ont peur de rien. Et surtout pas Alexandre David Lejuez qui ne s'en cache visiblement pas.


Et comme pour appuyer davantage encore la similitude entre son ''œuvre'' et celle de l'auteur de Enter the Void, le type s'essaie au même exercice de style que celui employé par Gaspar Noé en ouverture de son Irréversible. La caméra d'Alexandre David Lejuez tangue elle aussi. Pire, sur une bande son elle aussi nauséeuse. Mais n'est pas Thomas Bangalter qui veut et la partition musicale d'Esteban Debruille fait pâle figure à coté de celle de la moitié des Daft Punk ! Le réalisateur s'essaie à un peu de poésie visuelle s'intercalant entre de trèèèèèèèèès longs plans du bonhomme passant d'une pièce de sa demeure à l'autre, soliloquant d'un timbre de voix enivré. Filmé au format vidéo, l'esthétique de Drunkenness est à l'aune de la mise en scène : d'une laideur absolument repoussante. Du cinéma qui se veut arty mais qui ressemble davantage à une mauvaise fin de soirée alcoolisée entre potes ! Ôtées la piteuse mise en scène, l'absence totale de scénario ou de rigueur artistique, on pourrait encore espérer qu'un message un tant soit peu développé émerge de cet infecte gloubiboulga, mais non ! Rien ! Le vide abyssal qui sépare l’œuvre de Gaspar Noé de cet étron qui se veut être du cinéma est difficilement concevable. Le seul plan valable du film n'est même pas l’œuvre d'Alexandre David Lejuez puisque La nuit des morts-vivants de George Romero étant tombé dans le domaine public dès sa sortie en 1968, le parisien intègre l'une des séquences les plus marquantes de ce classique de l'épouvante : celle lors de laquelle une gamine tuait sa mère à coups de truelle ! Officiellement, Drunkenness aurait en outre la prétention de s'inspirer de l'esthétique du cinéma de Dario Argento ! Ouais, je veux bien. Mais alors, un Dario Argento avec cinq grammes d'alcool dans le sang. Allez, reconnaissons tout de même qu'Alexandre David Lejuez s'est fendu d'un gros travail de post-production afin d'intégrer au sein de son long-métrage une somme importante d'effets visuels. Mais c'est tout... Et surtout, insuffisant! Bref, vous l'aurez compris, c'est direct poubelle !

 

samedi 4 février 2023

Skinamarink de Kyle Edward Ball (2022) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Intriguant les trois premières minutes, chiant les cent-trente sept restantes, ce qui paraissait être à l'origine l'objet d'une certaine curiosité prend malheureusement très rapidement l'allure d'une œuvre insipide s'acharnant dans un domaine alors même qu'elle aurait mérité, au mieux, un format court d'une poignées de minutes seulement. Quoi de mieux que de citer la fameuse phrase du Père Noël est une ordure de Jean-Marie Poiré dans lequel le génial Jacques François prononçait ceci : ''Mais qu'est-ce que c'est qu'cette matière? C'est d'la merde?''. Question à laquelle le spectateur affligé d'assister au spectacle en cours répondrait : ''Non ! C'est Skinamarink du réalisateur canadien Kyle Edward Ball''. Un long-métrage dont l'unique qualité serait de permettre à tout pourfendeur de la purge d'Oren Peli Paranormal Activity de lui permettre de retrouver un semblant de dignité en révisant son jugement passé. L'amuseur public Laurent Baffie ne se doutait sans doute pas que dix-neuf ans après son unique long-métrage Les clefs de bagnole, son accroche aussi osée que périlleuse siérait parfaitement à une œuvre d'origine canadienne. Car si le film du français est loin d'être la merde qu'il se permettait lui-même d'affirmer (avec tout le sens de l'humour qui est le sien), rien n'est en revanche plus vrai que pour Skinamarink. Un film (dit) d'horreur, expérimental, et qui au vu des choix artistiques et narratifs de son auteur n'est très clairement pas réservé au grand public mais plutôt à celles et ceux qui adorent se faire du bien de la main droite (ou de la gauche) devant des œuvres cinématographiques ''d'obédience'' arty !


Si dans ses premiers instants le long-métrage de Kyle Edward Ball rend forcément curieux par son aspect non-coutumier du septième art, ce qui au mieux ne paraissait pas devoir aller au delà des quelques premières minutes persévère malheureusement jusqu'au terme d'un récit où l'absence d'enjeu véritable confine l’œuvre au fin fond des abysses. Ceux d'un cinéma que n'osent pourtant généralement pas fouler les spectateurs plutôt avides de conformisme mais dans lequel les amateurs de nanars et de séries Z se complaisent ! Sauf que Skinamarink n'arbore ni la facilité des spectacles familiaux, ni le charme de ces bobines qui se prennent au sérieux tout en livrant un spectacle désopilant. Le film est une longue plainte non pas formulée par ses interprètes dont nous ne verrons qu'une paire de jambes à quelques occasions mais par le spectateur, ivre de retrouver un semblant de rythme et d'histoire dans un scénario qui n'a d'utilité, ici, que le nom. Skinamarink est aussi passionnant que de se laisser convier à une soirée diapositives organisée par de parfaits inconnus ! C'est sans ironie aucune que l'on évoquera le fait que la forme ne rejoint pas le fond. En effet, le but ultime de l’œuvre semble être pour le réalisateur de renvoyer son ''exercice de style'' aux peurs enfantines. Ces terreurs nocturnes pouvant prendre diverses formes. Si l'on peut citer parmi les plus sordides la visite régulière d'un parent incestueux dans la chambre d'un enfant ou parmi les plus terrifiantes ces cauchemars récurrents qui réveillèrent n'importe lequel d'entre nous en sursaut et en sueur, Kyle Edward Ball convoque un autre type d'effroi : la peur du noir et de l'abandon parental dans un contexte très particulier.


Évoquant sans doute involontairement l'excellent roman de Serge Lehman Le haut-lieu dans lequel la visite d'un appartement au sein duquel pièces et portes disparaissaient sous forme de trompe-l’œil se transformait en véritable cauchemar, Skinamarink met en scène deux enfants en bas âge se retrouvant seuls et isolés dans la demeure familiale tandis que leur parents disparaissent sans raison apparente. Filmant son œuvre avec insistance au niveau de la moquette si bien que l'on a parfois l'impression de sentir les odeurs de pieds des propriétaires, le canadien persiste à cadrer son film sous des angles inhabituels. Corniches, plinthes, angles de portes et de fenêtres, il n'y a guère que les séquences lors desquelles Kyle Edward Ball fixe l'objectif de sa caméra sur un petit poste de télévision à tube cathodique et au format 4/3 pour nous garder éveillés. Rares occasions, parfois, de donner libre cours à une certaine imagination (la séquence d'un dessin animé tournant en boucle). Alors même que le principe devrait contraindre le spectateur à demeurer aussi éveillé que ses protagonistes (Lucas Paul, Dali Rose Tetreault pour les enfants, Ross Paul et Jaime Hill pour la voix-off des parents), la lenteur du récit cause l'effet inverse et pousse le spectateur à plonger corps et âme dans les bras de Morphée. Visuellement, le spectacle est d'emblée satisfaisant, avec une approche esthétique désuète plutôt séduisante. Un intérêt qui malheureusement retombe très rapidement comme un flan tant le réalisateur semble être incapable de mettre en œuvre ses ambitions. Véritable antithèse d'un Natural Born Killers réalisé presque trente ans plus tôt par Oliver Stone et constituant à l'époque un véritable prodige en terme de montage ultra-cut, Skinamarink oscille entre travelling mous, passant de la droite de l'écran à la gauche et vice-versa à la manière d'une caméra de surveillance, à la vue subjective dont l'emploi unique d'une lampe-torche éclairant des surfaces fadasses ne fera que vous abîmer les yeux. Terne, sans véritables enjeux, d'un lenteur abyssale, Skinamarink ferait presque passer le très prétentieux A Ghost Story de David Lowery (2017) pour un film d'action ! À réserver à celles et ceux qui aiment s'extasier et bavarder dans des galeries d'art devant des œuvres qui ne ressemblent à rien, flûte de champagne à la main...

 

samedi 5 février 2022

Lux Æterna de gaspar Noé (2019) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Si le chiffre sept est connu pour avoir été sacré par les sumériens, Gaspar Noé n'aura pas attendu si longtemps pour renouveler SON cycle à lui, de quatre années, et initié il y a cinq ans avec Love, cette ''histoire d'amour'' pornographique tellement dénuée d'émotion que l'auteur de Carne, de Seul Contre Tous ou de Irréversible allait signer son plus mauvais film. Ou du moins, le seul qui, en plus d'être dénué d'émotion s'avère surtout dénué d'intérêt. Ou comment saler sexuellement la note sans laquelle le film n'aurait sans doute jamais fait parler de lui. Quatre ans plus tard, donc, (et dix-sept après avoir ''définitivement'' entériné son statut de cinéaste culte et de réalisateur de génie avec l'incroyable Enter the Void, en 2010), Gaspar Noé semble avoir une fois encore ressenti le besoin, après son Climax de 2018, de relâcher la pression. De limiter son travail d'orfèvre à la partie congrue et en se reposant sur les acquis pas toujours évidents de ses interprètes. Ici, Charlotte Gainsbourg et Béatrice Dalle, tout d'abord lors de confidences qui ont autant d'intérêt que les pages, au hasard, de Voici. Difficile effectivement d'être subjugué par l'improvisation de ces deux là, filmées sous la forme d'un Split Screen, la première étant surtout attentive à ce que lui révèle la seconde. Comme le fera plus tard le producteur sous pression, qui peut-être sans le vouloir proposera le seul bon mot de ce Lux Eternae (« « Béatrice Dalle ? Béatrice que Dalle ! »), Charlotte ''Gainsbourrée'' d’anxiolytiques est effacée, écrasée par une Béatrice ''Dalle de plomb'', mâchant ses mots, la mâchoire crispée lors de son monologue inaugural...
 
 
En hommage à Carl Theodor Dreyer et Benjamin Christensen auxquels il emprunte quelques images de deux classiques respectifs (Häxan, La sorcellerie à travers les âges et Jour de colère) et même plus loin au cinéaste allemand Rainer Werner Fassbinder duquel il prélève une citation, Gaspar Noé propose en ouverture ce qui en terme d'intérêt se révélera finalement comme le seul véritable point positif d'une œuvre se noyant dans des conjectures artistiques dont le spectateur est en général laissé dans l'ignorance. Ici, le tournage d'un film sur la sorcellerie qui va tourner à l'aigre lorsque producteur, interprètes, chef opérateur et réalisatrice vont se frotter les uns aux autres. Il n'est pourtant pas tout à fait certain que l'envers du décor doive forcément être envisagé sous cet angle même si l'on connaît la réputation de certains cinéastes. Gaspar Noé ''abandonne'' ses interprètes sans directives apparentes. Ce qui au fond, apporte un semblant de crédibilité mais condamne par contre l’œuvre à une accumulation de dialogues absolument ineptes. À ce titre, le duo Gainsbourg/Dalle rame tant lors des quinze premières minutes que les deux femmes ne savent plus comment s'y prendre pour rejoindre la berge. Reste le montage, le principe du Split Screen utilisé servant sans doute pour tout ou partie à noyer le spectateur lors d'une joute, d'un duel d'images et de sons d'arrière-cour signifiant les coulisses, cette cour des miracles où chacun tente de tirer à soi la couverture. Projet ambitieux mais auquel il manque néanmoins le travail d'ampleur d'un Enter the Void, Lux Eternae arrive en seconde position dans le classement des œuvres les moins convaincantes réalisées par Gaspar Noé... Dommage...

 

mercredi 29 juillet 2020

Haze de Shinya Tsukamoto (2005) - ★★★★★★★☆☆☆



Avec Haze, le cinéaste japonais Shinya Tsukamoto poursuit son exploration d'un cinéma expérimental démarré plus de quinze ans en arrière avec son film culte, le séminal Tetsuo. En 2005, il n'a pas abandonné sa manière si particulière d'aborder le septième art. Plus court que la majorité de ses films, Haze use du format moyen pour évoquer un récit aussi labyrinthique que l'univers dans lequel évolue le personnage que le réalisateur interprète lui-même. Un homme plongé dans une sorte de galeries souterraines en béton dont l'une des spécificités est d'être constituées d'un réseaux de couloirs extrêmement étriqués. L’exiguïté des lieux contraint ce personnage sans identité à évoluer avec lenteur et en le forçant parfois à se tenir sur la pointe des pieds et les mâchoires écartées par des canalisations placées à hauteur de visage. Si seulement l'horreur de la situation pouvait s'arrêter là... Malheureusement pour lui, l'homme est également contraint d'évoluer dans des couloirs jonchés de détritus, de métaux acérés et même, comme il va bientôt en être le témoin, de dizaines, voire de centaines de membres humains arrachés et en décomposition avancée...

Bien que le minimalisme du scénario écrit par Shinya Tsukamoto lui-même et des décors laissent le sentiment que Haze put être tourné avec un budget dérisoire et sur une très courte durée, ce film de commande ayant pour vocation d'expérimenter un nouveau modèle de caméra digitale fut tout de même réalisé à l'aide d'un budget à hauteur de quarante-mille euros (ce qui en soit, demeure tout de même une toute petite somme) et sur une durée de treize jours. Sur un concept empruntant en partie des idées à Saw de James Wan ou encore au plus ancien Cube de Vincenzo Natali, Shinya Tsukamoto jette son héros (celui qu'il interprète lui-même) au milieu d'artères souterraines exiguës qui créeront un véritablement sentiment d'oppression chez les spectateurs souffrant de claustrophobie. Et ce, sans qu'il n'aie conservé le moindre souvenir des circonstances qui l'ont amené à se retrouver dans une telle situation. La partition musicale du compositeur japonais Chū Ishikawa, auteur de la plupart des bandes originales des longs-métrages de Shinya Tsukamoto, participe de cette suffocation qui ne cesse de s'accentuer à mesure que le récit avance. Du moins jusqu'à ce que le héros fasse la rencontre du seul être vivant qu'il sera en mesure de croiser en chemin durant les quarante-neuf minutes que dure le moyen-métrage. Une femme, elle aussi anonyme, interprétée par Kahori Fujii, qui tout comme l'homme ignore les raisons de sa présence en ces lieux qui ne dépareilleraient sans doute pas avec la plus mortifère vision de l'Enfer...

En moins de temps qu'il n'en faut pour créer le malaise, le réalisateur japonais signe une œuvre expérimentale horrifique particulièrement convaincante. Et même si Haze demeure moins délirant et moins épileptique que Tetsuo, il n'en demeure pas moins tendu et rude. Le spectateur ressortira sans doute de la projection avec le sentiment d'avoir été trompé par un cinéaste qui l'abandonne au bord d'un chemin pavé d'incertitudes mais c'est le contrat que l'on se doit de signer avec Shinya Tsukamoto chaque fois que l'on pénètre dans son univers. Il faut au contraire se laisser porter par ses visions sans doute emplies de symboliques sans se poser trop de questions. Peut-être faudra-t-il se pencher sur le titre du film lui-même, puisque Haze est le nom couramment utilisé par les consommateurs d'herbe qui voient en cette variété, l'une des meilleures proposées sur le marché des drogues douces. C'est ainsi que l'on se demande alors si tout ce que Shinya Tsukamoto met en images n'est pas le fruit de personnages ayant consommé de l'herbe avant d'avoir perdu la tête et après avoir tenté de s’entre-tuer. Une idée florissant dans l'esprit sans pour autant être définitive. Avec Haze, le japonais démontre en tout cas que l'usage d'une caméra digitale, ici idéale dans le contexte éminemment restreint de réseaux souterrains, n'empêche pas une certaine vision ''crasse'' de l'environnement. Encore un (lourd) pavé dans la mare du cinéma japonais expérimental et une brillante réussite pour Shinya Tsukamoto...

mardi 16 avril 2019

Папа, умер Дед Мороз de Evgeniy Georgievich Yufit (1991) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Ahhhh, le cinéma russe. Ces longs-métrages chiants comme la mort quand on est gosse et qui fascinent bien après que nos derniers boutons d'acné se soient fait la malle. Ces interminables plans... silencieux... figés... On commence par Andreï Tarkovski, FACILE ! (ouais, enfin, c'est quand même pas du Kubrick... T'as raison, en effet, C'est MIEUX!), puis on continue avec Wojciech Has, tout en passant faire un tour chez Piotr Szulkin. Ces trois là, forcément, sont des indispensables... Jusqu'au jours où l'on voit débarquer Evgeniy Georgievich Yufit et son Папа, умер Дед Мороз au format 4:3. Noir et blanc, alphabet cyrillique, économie de moyens... Exemple (qui prouve que le russe a tout compris dans la manière d'aborder l'existence de ses personnages) : un voyage en train, ça n'est certes pas Patrick Dewaere tétant le sein de Brigitte Fossey devant le regard amusé de Gérard Depardieu. Non, un voyage en train, c'est un type et une femme filmés en légère contre-plongée, caméra fixée au sol, le bruit des roues métalliques frappant les rails avec la régularité d'un métronomes. Lui, perdu dans ses pensées, elle, un peu étrange, les traits tirés, l’ovale du visage fatigué. Ça peut durer des heures... nous endormir, nous hypnotiser, tel un pendule placé devant nos yeux. Du cinéma contemplatif comme Lar Von Trier en produisit au début de sa carrière...

Sauf qu'Evgeniy Georgievich Yufit se branle littéralement du placement de la caméra, décapitant parfois ses interprètes, plaçant son objectif de manière bancale. Mais sans jamais oublier de démontrer parfois qu'il en a dans le ventre lorsqu'il s'agit de prouver ses capacités en matière de mise en scène. Comme lorsque notre ''héros'' descend du train, scrute en un très fragile mais néanmoins réussi travelling, un groupe d'individus s'affairant sur un corps recouvert d'un linceul blanc. Un plan-séquence à la ''russe''. Sans prise de risque vraiment osée. Tout est toujours dans la langueur... Même lorsque le ''héros'' court, la caméra reste plantée sur place. Demeure aux côtés du spectateur tandis que le personnage s'éloigne pour devenir fourmi...

Et puis, peu à peu, l'on plonge dans une sorte d'apesanteur infernale. Notre ''héros'' croise la route d'un cousin qu'il n'a jamais connu. L'austérité prime. Les plans s'étirent, s'étirent, et s'étirent encore, à l'infini, comme si le cinéaste avait mis sur pause ses personnages. Même si ce fait est relativement difficile à déceler, Папа, умер Дед Мороз serait, paraît-il, très librement inspiré d'une nouvelle mineure de l'écrivain russe Alexis Nikolaïevitch Tolstoï intitulée Une Famille de Vampires, et dans laquelle le romancier décrit le voyage du marquis d’Urfé dans un village de Serbie où il est accueilli par une famille de paysans. Il y découvre alors l'existence des ''vourdalaks'', ou vampires slaves, et manque de peu d'en devenir un lui-même après être tombé sous le charme de l'unE d'entre eux... Папа, умер Дед Мороз intéressera donc en priorité les vampirologues acharnés compulsifs. De ceux qui n'acceptent guère de passer à côté de la moindre production leur offrant l'opportunité de découvrir de nouveaux descendants du fameux Dracula de Bram Stoker.

Pour les autres, la pilule risque d'être difficile à avaler. Evgeniy Georgievich Yufit livre une œuvre expérimentale troublante. Si les dialogues sont rares et paraissent parfois n'avoir rien de commun avec le sujet abordé, ils sont en outre de temps en temps remplacés par des borborygmes incompréhensibles. Папа, умер Дед Мороз prend des allures de rituel païen. Des images sans dialogues explicatifs. Tantôt insignifiantes, tantôt splendides. Le cinéaste a l'art remarquable de mettre en scène des corps sans vie d'un vérisme parfois déconcertant. Il reste ardu d’émettre une opinion objective devant ce qui demeure un véritable OFNI. Tout au plus pourra-t-on ressentir l'étrange sensation d'avoir vécu une expérience réellement inédite, confinant à l'ennui pour certains, et au dépaysement pour les autres... A chacun de se faire sa propre idée... A titre personnel, j'avoue avoir eu beaucoup de mal à rester concentré jusqu'au bout malgré quelques séquences fort intéressantes...

samedi 19 janvier 2019

La Cicatrice Intérieure de Philippe Garrel (1972) - ★★★★★★★☆☆☆




N'étant pas coutumier du cinéma de Philippe Garrel, il est fort probable que le message que j'ai perçu dans cette première tentative ne soit pas forcément la bonne. Tout juste ai-je tenté d'inscrire dans cet article ma sensibilité. J'aurais bien mis une étoile supplémentaire mais encore faudrait-il que je puisse comparer cette œuvre à celles que réalisa avant et après Philippe Garrel. Une certitude: je n'en resterai pas à cette seule expérience. Si jamais je fais fausse route concernant le contenu de cet excellent moyen-métrage, je m'en excuse par avance et je remercie Mike sans qui, je n'aurais probablement jamais découvert La Cicatrice Intérieure...

J'avoue avoir d'abord eu envie de sourire. Non, pour être plus précis, de rire devant cette Cicatrice Intérieure, mon premier Philippe Garrel. Mais c'était sans doute sans compter sur le pouvoir hypnotique de ces images notamment tournées en Islande, au Nouveau Mexique et en Égypte. Un pouvoir accru par le jeu parfois outrancier, à fleur de peau et déchirant de Nico, la chanteuse du Velvet Underground qui à l'époque était la compagne de l'acteur et réalisateur Philippe Garrel qui ici, incarne l'un des deux principaux personnages d'un récit tournant autour d'une femme, et d'un homme, tout d'abord, avant d'y accueillir un second, puis un enfant, interprété quant à lui par Ari Boulogne qui n'est autre que le fils de la chanteuse. Difficile de décrire l'étrange sensation qui émane de ce moyen-métrage d'un peu moins d'une heure qui amuse (!?!)  autant qu'il interroge sur son propos.

Du cinéma underground et expéri-mental, linéaire, en plans-séquence, entre un désert, une grotte, et une vaste plaine gelée situés sur une planète lointaine. Philippe Garrel, auprès de son égérie, semble d'abord y réécrire les origines d'un monde stérile, aride, rocailleux. L'expérience est aussi convaincante que mystérieuse, la femme (Nico) hurlant, pleurant, invoquant. Puis apparaissent les premiers champs verdoyants, des moutons, et l'océan. Une séquence montre un homme (Pierre Clémenti) nu, sur un cheval, avec en arrière-plan, une Nico incantatrice. La Cicatrice Intérieure s'ouvre sur un théâtre à ciel ouvert. L'homme commande aux éléments. L'eau, les nuages, le vents ne semblent avoir aucun secret pour lui. Philippe Garrel filme son œuvre sous forme de tableaux pris d'une existence propre. Étrange comme le charme opère alors que le cinéaste semble avoir laissé choir son scénario pour ne privilégier que la contemplation. Il se dégage de La Cicatrice intérieure la magie d'un Jodorowsky et la complexité d'un Arrabal qui se seraient muées en un voyage intemporel situant son intrigue sur une planète beaucoup plus jeune que la notre.

Comme si Philippe Garrel avait choisi pour cadre des terres restées vierges jusqu'à ce que la présence et l'impulsion d'un colon venu de notre lointaine planète bleue, celui incarné par Pierre Clémenti, aient suffit pour qu'y éclore une vie organique à l'état liquide, végétale, et en fusion. La Cicatrice intérieure est un hymne ésotérique à la vie, à l'amour, et aux éléments. Tout aussi excentrique qu'intriguant, merveilleux qu'inquiétant, Philippe Garrel repousse plus loin encore que le Werner Herzog de Herz aus Glas, Aguirre ou Fitzcarraldo, son rapport à la nature demeurée intacte. Poussé par un lyrisme enivrant, le film de Philippe Garrel compose une succession de séquences entrelacées d'intermèdes superbement mis en musique par Nico elle-même. Il ne faut pas se fier à l'hermétisme de cette œuvre qui s'avère aujourd'hui miraculeuse au regard des innombrables longs-métrages qui ont désormais les faveurs du grand public. Il faut se laisser porter par ce voyage sensoriel unique et bouleversant... Au sortir de La Cicatrice Intérieure, je n'avais plus envie de rire. Tout juste envie de sourire devant ce spectacle SENSATIONnel, et peut-être même pleurer, troublé devant l'inaccessibilité de cet univers généreusement offert par Philippe Garrel...

samedi 2 septembre 2017

Crumbs de Miguel Llanso (2015) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Premier film éthiopien à franchir la frontière de mon salon, Crumbs est le genre de long-métrage a ne pas laisser indemne. Un dépucelage d'à peine soixante-dix minutes sous couvert d'une expérience filmique d'une rare intensité. Ce qu'il faut comprendre par cette expression, c'est que d'intensité, l’œuvre de Miguel Lalanso n'en est pourvue que de rares portions. Quelques fantastiques gros plans sur des terres arides où ne semblent pulser que les prémices d'une existence à venir (les minuscules geysers insufflant la vie à une terre asséchée depuis une apocalypse ayant effacé de la surface de la planète, la presque totalité de l'humanité). Un personnage, héros du récit, atypique, difforme, affublé d'une bosse dans le dos, visage (très) enfoncé, disparaissant presque entre deux épaules malingres. Un « black » du coin, s'exprimant dans l'une des cent langues parlées en Éthiopie (ne me demandez pas laquelle). Une épouse, un voleur, un brocanteur, un vieillard sénile, et un père Noël aussi noir que l'ébène et vivant dans une étrange pièce dont l'un des orifices mural donne sur une salle de bowling désaffectée. Si ces quelques détails vous mettent l'eau à la bouche, alors suivez-moi. Si au contraire, vous avez déjà perdu le fil de l'histoire, veuillez quitter la salle en laissant propre votre siège car la suite n'épargnera pas davantage votre petite cervelle aux idées préconçues.

Remontons le fil du récit jusqu'à sa genèse et revenons sur un point qui manquait de précision : Crumbs n'est pas qu'éthiopien. D'ailleurs, le nom du réalisateur chante à nos oreilles comme celui d'un homme du sud-ouest de l'Europe. Ce qu'il est puisque Miguel Llanso est espagnol et qu'il s'agit ici de son tout premier long-métrage. Une œuvre espagnole, éthiopienne, et, finlandaise. Ne me demandez pas à quel titre la Finlande est venue foutre son nez dans cette histoire, je n'en sais pas davantage que vous. Tout ce que je peux dire, ou écrire, au sujet de Crumbs, c'est que cet étonnant projet international ne ressemble sans doute à rien de ce que vous avez vu jusqu'à maintenant, comme il ne ressemble à rien de ce que j'ai découvert jusqu'à aujourd'hui. Une minuscule touche de Werner Herzog histoire de coller au film une petite référence même si cela ne saute pas aux yeux, mais à part ça, l'oeuvre de l'espagnol transpire l'originalité à cent pour cent.

Ce qui aurait pu jouer en sa faveur, d'ailleurs. S'il n'apparaissait finalement pas aussi... chiant ! Parce que même en prenant bien soin de se préparer à un spectacle hors du commun, qui sort des sentiers battus pour nous trimballer dans des paysages parfois époustouflants de beauté (le caractère de ceux-ci n'étant malheureusement pas suffisamment mis en valeur), Crumbs est une énorme déception. Le récit est confus, certes. D'une œuvre estampillée par certains de « film expérimental », on ne pouvait raisonnablement pas s'attendre à autre chose. Mais de là à proposer un film dont la lenteur confine à l'ennui, la désillusion est cruelle et le constat définitif. Miguel Llanso a raté le coche. Bien que les idées délirantes qui émaillent Crumbs promettaient monts et merveilles (le héros bossu lancé à la recherche du Père Noël, les objets de consommation courante de notre ère revêtant ici une valeur inestimable (au hasard la figurine de l'une des tortues ninjas, une épée en plastique ou l'un des albums de Michael Jackson)), et plus fou encore dans un cadre aussi inattendu que l’Éthiopie, un vaisseau lévitant dans le ciel.
Non, décidément Crumbs ne fonctionne pas. Et même si la présence des interprètes que sont Selam Tesfayie, Quino Piñero, Mengistu Berhanu et surtout Daniel Tadesse est attendrissante de part cette tentative d'ajouter une pierre à l'édifice du cinéma de science-fiction, le film cause trop de soupirs pour vraiment se démarquer du reste de la production. Ce qu'il ne tente d'ailleurs très certainement pas de faire. Reste que le film de Miguel Llanso possède une véritable identité. Cela suffit-il ? Non, définitivement, non...
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