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mercredi 7 octobre 2026

Anecdotes : Angst de Gerald Kargl

 


 

Ceux qui connaissent Angst de l'autrichien Gerald Kargl savent combien ce film est l'un des plus traumatisants de l'histoire du cinéma d'horreur. Et pas simplement parce qu'il s'inscrit dans un genre qui adapte parfois sur grand écran des faits divers authentiques mais aussi et surtout parce que le style visuel et narratif participent de cette immersion dans la tête du tueur incarné à l'écran par l'acteur Erwin Leder dont l'un des plus grands faits d'armes fut d'apparaître dans l'excellent Das Boot du réalisateur allemand Wolfgang Petersen en 1981. Angst semble avoir tant et si bien fasciné le réalisateur franco-argentin Gaspar Noé que celui-ci en fait régulièrement la promotion, allant même jusqu'à s'inspirer des vertigineux plans de la séquence d'ouverture pour celle de son propre long-métrage, le tout aussi dérangeant Irréversible en 2002. Des mouvements de caméra que l'on doit au chef opérateur polonais Zbigniew Rybczyński, lequel conçut des dispositifs mécaniques encore jamais vus à l'écran et notamment, un harnais fixé autour d' Erwin Leder permettant ainsi à la caméra de suivre et de tourner autour de son personnage... D'une violence inouïe amplifiée par la position de la caméra plus que par l'apport de plans gores qui finalement s'avèrent rarissimes puisque seul le meurtre de la ''fille'' (Silvia Rabenreither) s'avère vraiment sanglant, on se souvient de l'étouffante et pénible séquence de noyade de son frère dans une baignoire. Pourtant, si Angst reste effectivement une œuvre visuellement éprouvante, elle n'a rien de véritablement comparable aux actes de barbarie du tueur en série autrichien Werner Kniesek qui après avoir passé huit ans en prison fut libéré avant de se rendre dans la villa de la famille Altreiter, rue Fuchsenkellergasse à St. Pölten où il séquestra, tortura et assassina ses trois membres, la mère, le fils handicapé ainsi que sa sœur. Si les meurtres sont visibles à l'image, s'agissant des actes de torture, Gerald Kargl considéra que de les filmer aurait rendu le film beaucoup trop dur et décida de les atténuer...


Bien que la seule séquence authentiquement ''gore'' du long-métrage soit située vers la fin du récit, Angst accumule les perspectives, la caméra devenant vertigineuse lorsqu'elle se place au dessus des protagonistes ou véritablement dérangeante lorsqu'elle tourne autour du tueur. Ne compensant jamais les horreurs par des plans ou une ambiance plus légère, la bande musicale signée du compositeur Klaus Schulze ajoute en outre un surcroit de froideur persistante dont le cinéaste américain Michael Mann se souviendra de l'impact en recyclant quelques années plus tard en 1986, le glaçant Freeze pour son film Manhunter. Traduit chez nous sous le titre Schizophrenia, Angst (qui signifie Peur) sonne comme une information erronée puisque s'agissant du vrai tueur Werner Kniesek, lors de son procès les psychiatres le considérèrent comme tout à fait sain d'esprit bien qu'étant atteint de troubles dissociatifs... Un détail qui pour la pleine compréhension du film n'a en réalité pas grande importance puisque le spectateur se fera rapidement à l'idée que oui, le tueur est psychologiquement atteint de troubles psychiatriques. Et qu'il s'agisse de schizophrénie ou non, cela n'a pas vraiment d'importance...


Côté humour, la question semble devoir malgré tout se poser, surtout en raison de la présence d'un petit teckel qui durant les meurtres assiste aux actes de barbarie du tueur tout en cherchant à jouer à la balle ou avec le dentier de sa maîtresse. Accompagnant celui-ci comme s'il s'agissait de son maître. Lequel l'épargnera, mieux vaut le préciser pour les amoureux des animaux de compagnie ! Ici, le tueur agit de manière relativement chaotique et s'éloigne donc drastiquement de l'image qu'en font généralement les scénaristes et réalisateurs américains qui lui préfèrent des assassins méthodiques. K, le tueur, est vu sous l'angle du meurtrier qui n'a pas au préalable chapeauté le moindre plan. Et lorsque arrive le moment de passer à l'acte, celui-ci agit de façon souvent maladroite et désorganisée, ce qui rend le personnage pathétique. Un choix curieux de la part de Gerald Kargl qui par contre, lors du tournage, préféra utiliser du sang de porc afin d'augmenter le réalisme. Un choix qui eut de fortes répercussions sur les acteurs qui affichent à l'écran un air de dégout bien réel ! Un malaise que l'on ressentait déjà bien plus tôt lorsque le cinéaste filmait son tueur dans un bar, dévorant en gros plan une saucisse bien juteuse devant deux jeune clientes apparemment écœurées par ce répugnant spectacle...


Enfin, il faut savoir que Angst signa la ruine de son auteur. En effet, Gerald Kargl finança lui-même le long-métrage en allant même jusqu'à hypothéquer sa propre demeure (chose que fit également le co-producteur Josef Reitinger avec celle de ses parents). Si le cinéaste réussit ainsi à réunir suffisamment d'argent, le film rencontra malheureusement tant de soucis avec la censure de part le monde qu'il ne rapporta pas d'argent au réalisateur autrichien. En Europe, le film fut totalement interdit dans plusieurs pays dont celui d'origine. Aux États-Unis, il écopa d'un classement X qui le condamna au même sort que les films pornographiques. Sans argent, Gerald Kargl se retrouva surendetté et n'aura plus jamais eu le droit de tourner le moindre long-métrage dans son pays. Condamné à rembourser des sommes folles, il aura passé le reste de sa carrière à réaliser des spots publicitaires. Mais derrière ce drame se cache malgré tout l'un des films les plus étranges, les plus dérangeants et les plus remarquables que nous ait offert le cinéma d'horreur et d'épouvante...

 

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