Ceux
qui connaissent Angst
de l'autrichien Gerald Kargl savent combien ce film est l'un des plus
traumatisants de l'histoire du cinéma d'horreur. Et pas simplement
parce qu'il s'inscrit dans un genre qui adapte parfois sur grand
écran des faits divers authentiques mais aussi et surtout parce que
le style visuel et narratif participent de cette immersion dans la
tête du tueur incarné à l'écran par l'acteur Erwin Leder dont
l'un des plus grands faits d'armes fut d'apparaître dans l'excellent
Das Boot
du réalisateur allemand Wolfgang Petersen en 1981. Angst
semble avoir tant et si bien fasciné le réalisateur
franco-argentin Gaspar Noé que celui-ci en fait régulièrement la
promotion, allant même jusqu'à s'inspirer des vertigineux plans de
la séquence d'ouverture pour celle de son propre long-métrage, le
tout aussi dérangeant Irréversible
en 2002. Des mouvements de caméra que l'on doit au chef opérateur
polonais Zbigniew Rybczyński, lequel conçut des dispositifs
mécaniques encore jamais vus à l'écran et notamment, un harnais
fixé autour d' Erwin Leder permettant ainsi à la caméra de suivre
et de tourner autour de son personnage... D'une violence inouïe
amplifiée par la position de la caméra plus que par l'apport de
plans gores qui finalement s'avèrent rarissimes puisque seul le
meurtre de la ''fille'' (Silvia Rabenreither) s'avère vraiment
sanglant, on se souvient de l'étouffante et pénible séquence de
noyade de son frère dans une baignoire. Pourtant, si Angst
reste
effectivement une œuvre visuellement éprouvante, elle n'a rien de
véritablement comparable aux actes de barbarie du tueur en série
autrichien Werner Kniesek qui après avoir passé huit ans en prison
fut libéré avant de se rendre dans la villa de la famille
Altreiter, rue Fuchsenkellergasse à St. Pölten où il séquestra,
tortura et assassina ses trois membres, la mère, le fils handicapé
ainsi que sa sœur. Si les meurtres sont visibles à l'image,
s'agissant des actes de torture, Gerald Kargl considéra que de les
filmer aurait rendu le film beaucoup trop dur et décida de les atténuer...
Bien
que la seule séquence authentiquement ''gore'' du long-métrage soit
située vers la fin du récit, Angst
accumule les perspectives, la caméra devenant vertigineuse
lorsqu'elle se place au dessus des protagonistes ou véritablement
dérangeante lorsqu'elle tourne autour du tueur. Ne compensant jamais
les horreurs par des plans ou une ambiance plus légère, la bande
musicale signée du compositeur Klaus Schulze ajoute en outre un
surcroit de froideur persistante dont le cinéaste américain Michael
Mann se souviendra de l'impact en recyclant quelques années plus
tard en 1986, le glaçant Freeze
pour son film Manhunter.
Traduit chez nous sous le titre Schizophrenia,
Angst
(qui
signifie Peur)
sonne comme une information erronée puisque s'agissant du vrai
tueur Werner Kniesek, lors de son procès les psychiatres le
considérèrent comme tout à fait sain d'esprit bien qu'étant
atteint de troubles dissociatifs... Un détail qui pour la pleine
compréhension du film n'a en réalité pas grande importance puisque
le spectateur se fera rapidement à l'idée que oui, le tueur est
psychologiquement atteint de troubles psychiatriques. Et qu'il
s'agisse de schizophrénie ou non, cela n'a pas vraiment
d'importance...
Côté
humour, la question semble devoir malgré tout se poser, surtout en
raison de la présence d'un petit teckel qui durant les meurtres
assiste aux actes de barbarie du tueur tout en cherchant à jouer à
la balle ou avec le dentier de sa maîtresse. Accompagnant celui-ci
comme s'il s'agissait de son maître. Lequel l'épargnera, mieux vaut
le préciser pour les amoureux des animaux de compagnie ! Ici,
le tueur agit de manière relativement chaotique et s'éloigne donc
drastiquement de l'image qu'en font généralement les scénaristes
et réalisateurs américains qui lui préfèrent des assassins
méthodiques. K, le tueur, est vu sous l'angle du meurtrier qui n'a
pas au préalable chapeauté le moindre plan. Et lorsque arrive le
moment de passer à l'acte, celui-ci agit de façon souvent
maladroite et désorganisée, ce qui rend le personnage pathétique.
Un choix curieux de la part de Gerald Kargl qui par contre, lors du
tournage, préféra utiliser du sang de porc afin d'augmenter le
réalisme. Un choix qui eut de fortes répercussions sur les acteurs
qui affichent à l'écran un air de dégout bien réel ! Un
malaise que l'on ressentait déjà bien plus tôt lorsque le cinéaste
filmait son tueur dans un bar, dévorant en gros plan une saucisse
bien juteuse devant deux jeune clientes apparemment écœurées par
ce répugnant spectacle...
Enfin,
il faut savoir que Angst
signa la ruine de son auteur. En effet, Gerald Kargl finança
lui-même le long-métrage en allant même jusqu'à hypothéquer sa
propre demeure (chose que fit également le co-producteur Josef
Reitinger avec celle de ses parents). Si le cinéaste réussit ainsi
à réunir suffisamment d'argent, le film rencontra malheureusement
tant de soucis avec la censure de part le monde qu'il ne rapporta pas
d'argent au réalisateur autrichien. En Europe, le film fut
totalement interdit dans plusieurs pays dont celui d'origine. Aux
États-Unis, il écopa d'un classement X qui le condamna au même
sort que les films pornographiques. Sans argent, Gerald Kargl se
retrouva surendetté et n'aura plus jamais eu le droit de tourner le
moindre long-métrage dans son pays. Condamné à rembourser des
sommes folles, il aura passé le reste de sa carrière à réaliser
des spots publicitaires. Mais derrière ce drame se cache malgré
tout l'un des films les plus étranges, les plus dérangeants et les
plus remarquables que nous ait offert le cinéma d'horreur et
d'épouvante...


