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jeudi 26 mai 2022

Ambulance de Michael Bay (2022) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Ahhhhhhhh, Ambulance de Michael Bay. Tout ce qu'en général, je déteste. Le réalisateur et le thème même de son dernier long-métrage. Mais bon, vu que l'acteur Jake Gyllenhaal participe au projet et que depuis sa découverte en 2001 dans le sublime Donnie Darko de Richard Kelly, celui-ci m'a rarement déçu, j'ai choisi de donner sa chance à Ambulance et de ne pas m'arrêter à ma première impression. D'emblée, je n'ai pas eu le sentiment que le réalisateur ait choisi de s'assagir puisque l'on y évoque une course-poursuite sensément se... poursuivre sur près de deux heures. D'entrée de jeu, on a droit à quelques courtes séquences mielleuses et moralisatrices, à une approche visuelle qui fait ressembler l'ensemble à un long clip vidéo, mais également droit à une sacrée incohérence scénaristique qui démontre que ni Michael Bay, ni son scénariste Chris Fedak n'ont eu le soucis du détail. Voyez par vous-mêmes : William James Sharp (Yahya Abdul-Mateen II) retrouve son frère Daniel (Jake Gyllenhaal ) après des années d'absence car il compte sur lui pour lui avancer l'argent qui permettra à son épouse de subir une opération chirurgicale expérimentale non remboursée. Lorsque le premier débarque dans ''l'entreprise'' du second, ce dernier s'apprête dans les minutes à venir à attaquer une banque afin de prendre possession des trente-deux millions de dollars qu'elle renferme. C'est ainsi que Daniel propose à son frère de participer au braquage, le suppliant même d'accepter en tentant de le convaincre que sans lui il n'y parviendra jamais. Et tout cela alors même que deux ou trois minutes auparavant, celui-ci ne savait même pas que son frère allait lui rendre visite ! Bon, vous me direz que son insistance et les éléments de conviction qu'avance Daniel sont une manière de persuader William. Ouais, bon, allez, pourquoi pas... Mais lorsque l'équipe de Daniel est en place dans la banque, qu'un flic passe par là et se doute que quelque chose d'anormal est en train de s'y produire, on comprend vite pourquoi. Alors que les employés de la banque sont en grande majorité des hommes, allez savoir ce qui est passé par la tête de Daniel qui pour se faire passer pour l'un d'eux auprès du policier en question, a choisi de prendre possession de la plaque d'identité d'un guichetier de sexe... féminin ! De quoi forcément éveiller les soupçons...


Michael Bay est un peu comme Roland Emmerich, prouvant que les longs-métrages bénéficiant de budgets importants ne font pas forcément de grands films. En ce sens, Ambulance a coûté quarante millions de dollars (somme qui au fond, n'est pas si excessive) mais n'en n'est pas moins inférieur à l'excellent Speed de Jan de Bont qui en avait lui-même coûté dix de moins. On pourra rétorquer qu'à l'époque de la sortie de ce dernier en 1994, trente million, c'était déjà une somme importante. Surtout qu'à l'image, on pouvait éventuellement se demander où était passé cet argent. Sans doute moins démonstratif en matière de grandiloquence que le long-métrage de Michael Bay, celui de Jan de Bont lui demeure même à ce jour, nettement supérieur. Lors de la sortie de la banque des braqueurs de Ambulance, Michael Bay semble même vouloir nous refaire le coup du braquage de Michael Mann dans Heat (1995) sans pour autant parvenir à y déployer une réelle intensité. Pour une œuvre qui se veut un pur film d'action, le réalisateur et producteur américain concentre tant de séquences situées à l'arrière du véhicule médical que le film se transforme presque en un huis-clos si peu passionnant que l'ennui s'installe finalement assez rapidement. Michael Bay s'acharne à filmer ses personnages en gros plans et à monter son film de manière schizophrénique en multipliant les coupes ad Nauseam pour une lecture des événements parfaitement indigeste. Oublions rapidement la caractérisation des principaux personnages se concentrant en à peine quelques lignes de dialogue puisque l'on aura vite compris qui est le méchant et qui est le gentil parmi les deux frangins. Ne se départissant pas de sa propension à tourner des films bourrés d'action et d'effets-spéciaux au détriment de la lisibilité et de la cohérence, Michael Bay s'adresse avant tout au public américain ou du moins, à toutes celles et ceux qui viennent y découvrir du cinéma purement bourrin, sans âme et vite digéré. Quelques scènes d'action plutôt rondement menées mais gâchées par une caméra qui tremble et des cadrages souvent approximatifs. Ambulance est un bateau qui tangue jusqu'à donner la nausée et tente à endormir une partie du public lors de guerres intestines écrites à la truelle...

 

dimanche 23 juillet 2017

Life : Origine Inconnue de Daniel Espinosa (2017) - ★★★★★★☆☆☆☆




Il y a peu, j'en était encore à me demander quand arriverait le jour où un film mettant en vedette l'acteur Jake Gyllenhaal me décevrait. Un bien, ce jour tant redouté, semble être arrivé. Le responsable de cette impardonnable erreur de parcours, c'est le cinéaste suédois Daniel Espinosa qui, comme son nom ne l'indique pas, est originaire de Stockholm. J'aurais aimé lui dire de rester chez lui le jour où il eut l'idée de réaliser ce qui ne demeure finalement qu'une pâle resucée du classique de Ridley Scott, Alien, le Huitième Passager. Car Life : Origine Inconnue a beau se dérouler sur une station internationale située en orbite autour de notre bonne vieille Terre, le film de Daniel Espinosa délivre presque point par point, la même histoire que le classique étouffant et éminemment plus angoissant réalisé par l'américain presque quarante ans plus tôt. Presque un anniversaire pour LE film consacrant le mélange des genres science-fiction et épouvante. Mais plutôt que de nous offrir une ressortie en grandes pompes du chef-d’œuvre de Ridley Scott, certains producteurs opportunistes ( David Ellison, Dana Goldberg, Bonnie Curtis et Julie Lynn) semblent lui préférer une novélisation finalement peu convaincante et manquant cruellement d'originalité.
Le récit de Life : Origine Inconnue évoque la mission de six membres de l'équipage de la station spatiale internationale réceptionnant une sonde revenant de Mars et contenant un certain nombre d'échantillons dont plusieurs semblent être d'origine organique. Pour l'équipage constitué du Dr David Jordan, de Miranda North, de Rory Adams, du japonais Sho Kendo, de Hugh Derry et de la russe Katerina Golovkin, l'aventure qui se présente devant eux marquera sans doute une date très importante pour l'humanité puisqu'ils vont découvrir que l'un des échantillons n'est autre que la preuve de l'existence d'une vie extraterrestre sur Mars. En état de stase, la cellule reprend soudainement vie lorsque Hugh décide de modifier la composition de l'air dans la pièce où sont conservés les échantillons. L'équipage tout entier est fasciné, et bientôt, ce qui ne ressemblait jusque là qu'à un embryon se développe à grande vitesse pour devenir une créature multicellulaire d'une force et d'une forme incroyables. Plus émerveillé encore que les autres, Hugh en oublierait même les règles de sécurités régies par la station internationale. Ce que n'oublient d'ailleurs pas de lui rappeler ses compagnons.

Mais au bout de quelques jours, et alors que sur Terre, le nom de Calvin a été proposé afin d'identifier la créature, celle-ci semble être dotée d'une intelligence propre et d'une force insoupçonnable. Lors d'une énième expérience, Hugh va d'ailleurs en faire les frais lorsqu'au contact de Calvin, il va perdre sa main droite. C'est le début du cauchemar pour les membres de la station car dès lors, Calvin va s'échapper du laboratoire où il était enfermé et tenter d'éliminer un à un chacun d'entre eux, avec un seul objectif : parvenir jusqu'à entrer dans l'atmosphère terrestre...

Bien qu'il tente d'en mettre plein la vue, Life : Origine Inconnue n'innove à aucun moment. Qu'il s'agisse pour Daniel Espinosa d’œuvrer dans l'épouvante ou d'éprouver les habitudes du spectateur en terme de visuel en lui proposant des scènes de destructions spatiales massives, son long-métrage n'est qu'une succession de redites. Pour l'horreur et le sentiment d'angoisse, je renverrai une fois encore les spectateurs en direction du classique cité plus haut, quant aux effets-spéciaux montrant les dégâts infligés à la station internationale, on avait déjà vu aussi saisissant visuellement avec le pourtant très navrant Gravity de Alfonso Cuaron quatre ans auparavant. D'ailleurs, à part le twist final assez inattendu, l'approche terrestre de la navette ressemble presque à un copier-coller de l'original.
Ensuite, je comprends que tous les interprètes aient droit à leur part de gâteau, mais découvrir un Jake Gyllenhaal souriant avec béatitude sans décrocher un mot durant au moins une bonne demi-heure est assez exaspérant. Sous-employé lors du premier tiers du film, Daniel Espinosa aura sans doute à cœur d'évoquer le fait que l'acteur aura à lui seul le champ libre pour profiter de l'espace libéré par la mort de ses compagnons pour s'imposer enfin comme véritable star du film. Au final, Life : Origine Inconnue n'est rien de moins, rien de plus qu'une honnête petite série B nantie d'un confortable budget de plus de cinquante millions de dollars. Pas de quoi fouetter un chat mais relativement agréable à regarder, surtout si l'on parvient faire abstraction de l’œuvre (toujours la même, citée plus haut) dont il n'est qu'un pâle remake...

jeudi 5 mai 2016

Night Call de Dan Gilroy (2014)



Alors qu'il vient d'assassiner l'agent de police l'ayant surpris en train de voler de l'acier sur un chantier de construction, Lou Bloom lui vole sa montre, et part revendre son butin au propriétaire d'une casse qui refuse ensuite de l'embaucher sous prétexte qu'il n'emploie pas de voleurs. Une nuit, alors qu'il se trouve au volant de sa voiture, Lou tombe sur un accident de la route. Une femme est coincée à bord de son véhicule en proie aux flammes. Heureusement pour elle, deux pompiers parviennent in extremis à l'extraire de l'engin. Mais ce qui attire davantage Lou, c'est la présence de deux cameramen qui filment la scène se produisant sous leurs yeux. Lou, qui cherche encore du travail vient de trouver sa voie : il se rendra à son tour sur les lieux d'accidents. Mais pour cela, il va devoir se procurer une caméra, mais aussi et surtout un scanner lui permettant d'écouter la fréquence utilisée par la police afin d'être prévenu des scènes de crimes les plus intéressantes à exploiter selon lui.

Dès sa première réalisation, un banal fait divers tourné avec un petit caméscope et ayant fait une victime par balles, Lou revend la vidéo qu'il a tourné à la directrice d'une petite chaîne de télévision locale. C'est un succès. Nina propose à Lou de travailler pour elle. Avec l'argent gagné grâce à son petit film, Lou s'offre une vraie caméra et commence à roder la nuit, le scanner branché sur le réseau policier. Avide d'images à sensation, Lou cherche à mettre en scène chacun de ses tournages. Il va même jusqu'à embaucher Rick, jeune sans domicile fixe qui accepte de travailler pour lui pour la modeste somme de trente dollars par nuit...

Dan Gilroy est avant tout un scénariste. Après avoir participé à l'écriture de films tels que Chasers de Dennis Hooper en 1994 ou The Fall de Tarsem Singh en 2006, il réalise avec Night Call, son premier long-métrage. Principalement interprété par l'excellent acteur Jake Gyllenhaal, le film n'est pas qu'un thriller efficace mais aussi et surtout une formidable critique du média télé et de ses dérives en matières de surexpositions audiovisuelles concernant des faits divers souvent tragiques et sanglants.

L'acteur incarne un personnage égocentrique, formidablement sûr de lui, instruit et se cultivant à l'aide de l'outil le plus moderne de notre temps : Internet. Il est surtout l'un des plus fameux sociopathes que le septième art ait engendré depuis des décennies. Un monstre sans humanité. S'il on peut lui prêter parfois une moralité qui lui est propre, il semble en réalité en être presque totalement dénué. Tout semble lui être dû. Jusqu'au succès rencontré par la directrice des programme Nina (Rene Russo). Étonnamment, et alors que bon nombre de cinéastes n'ont jamais véritablement cherché à écarter les spectateurs de leur position de voyeurs, ici, c'est le dégoût suprême qui prévaut sur la tentation de se délecter des horreurs affligeantes que met en scène le personnage de Lou.

On n'est pas loin de l'atmosphère lugubre de Michael Man (Manhunter). La presque totalité de l’œuvre est filmée de nuit, dans une cité éclairée par les seuls néons des devantures des magasins. Aminci, Jake Gyllenhaal n'a jamais été  aussi flippant que dans Night Call, avec ce sourire de gamin que l'on avait déjà découvert dans l'extraordinaire Donnie Darko de Richard Kelly. La ville de Los Angeles est pour son personnage un terrain de jeu immense. Un enfant à la moralité douteuse que personne (ou presque) ne viendra pourtant remettre en question. Le film de Dan Gilroy est un uppercut prit en pleine face. Un monument à l'opacité rare, nanti d'un humour jamais véritablement rassurant...

vendredi 15 avril 2016

Enemy de Denis Villeneuve (2013)



Adam Bell est professeur d'histoire à la fac et vit aux côtés de sa petite amie Mary. Lorsqu'un jour il découvre tout à fait par hasard qu'il possède un sosie en la personne d'Anthony St. Clair, acteur de troisième catégorie, le jeune est tenté d'en savoir plus sur ce personnage. Acteur excentrique et adultère, le caractère d'Anthony tranche radicalement avec celui d'Adam. Ce dernier va malgré sa timidité se fondre dans le personnage d'Anthony jusqu'à pénetrer la demeure de l'acteur, allant même jusqu'à lui téléphoner. Mais Adam tombe sur Helen, l'épouse d'Anthony, qui croit reconnaître la voix de celui qu'elle aime.

Si de son côté, Adam continue à mener des recherches sur son sosie, Anthony lui-même récolte des informations et les deux hommes finissent finalement par se rencontrer. Si Adam apparaît au premier abord comme celui s’immisçant dans la vie de l'autre, la forte personnalité d'Anthony va bousculer les règles, et c'est bien ce dernier qui va se comporter tel un harceleur.

Alors même qu'ils ont déjà tourné ensemble pour le film Prisoners en cette année 2013 , le cinéaste Denis Villeneuve et l'acteur Jake Gyllenhaal se retrouvent pour Enemy, thriller à l'ambiance vénéneuse qui ne laissera personne indifférent. L’œuvre offre l'occasion à l'acteur de camper un double rôle, celui d'Adam et d'Anthony. La première question que le spectateur pourrait être en droit de se poser concerne l'identité réelle ou fictive de ce double maléfique qui entre dans l'existence d'un homme simple dont la curiosité piquée au vif provoquera une rencontre qui bouleversera sa vie à jamais. Si l'élément féminin donne une certaine crédibilité à ce personnage d'Anthony, ayant lui-même une jeune femme enceinte pour compagne, divers faits ne collent pas avec cette idée du jumeau mais plutôt avec celle qui voudrait que tout ce auquel l'on assiste n'est que le fruit de l'esprit torturé d'un petit professeur d'histoire. A commencer par cette cicatrice que les deux personnages ont en commun.

Que les deux hommes partagent la même apparence est une chose, mais que certains détails beaucoup plus intimes renforcent encore leur similitude, le hasard n'a plus vraiment sa place ici. Anthony serait-il en fin de compte une vision fantasmée de ce qu'est incapable d'être lui-même un Adam timide et effacé ? Denis Villeneuve opte pour une esthétique en mode sépia, histoire de nous perdre davantage encore puisque en nimbant la totalité des décors d'une seule et même teinte et en accentuant l'aspect minimaliste des intérieurs, on finit par ne plus savoir qui est qui, le cinéaste parvenant à retranscrire le trouble du personnage tout en permettant au spectateur d'être lui-même quelque peu perdu.

Les actrices Mélanie Laurent et Sarah Gadon campent les compagnes respectives d'Adam et d'Anthony. Si la première apparaît furtivement et n'est que très peu représentée, la seconde au contraire jouera un rôle important dans l'acceptation de soit dont devra faire preuve l'un des deux hommes. Une troisième actrice, et non des moindres, fera son apparition. Isabella Rosselini, ancienne compagne et égérie du cinéaste David Lynch (Blue Velvet). C'est la mère d'Adam, mais peut-être aussi également cette araignée que l'on remarque à différents endroits du film. Comme celle qui semble prendre possession d'une ville toute entière, reflétant quelque part l'impossibilité du fils de s'en défaire tout à fait malgré le gigantisme et les nombreux recoins que propose une cité aussi tentaculaire. Ou comme celle qui clot la scène finale et dont tout explication est laissée à l'interprétation individuelle.

Le film de Denis Villeneuve est une adaptation du roman L'Autre que Moi de l'écrivain portugais José Saramago. Le cinéaste parvient avec cet récit labyrinthique aux portes de la folie, à démontrer sa grande maîtrise en matière de mise en scène et de découpage. Jake Gyllenhaal est impeccable comme à son habitude et rend crédible cette histoire au scénario au départ minimaliste mais qui prend avec lui des allures d'oeuvre touffue et complexe sous certains aspects. Une certitude naît de Enemy : comme déjà dit plus haut, ce film ne vous laissera pas indifférent...

dimanche 4 mai 2014

Prisoners de Denis Villeneuve (2013) - ★★★★★★★★★☆



Anna et Joy, deux gamines de six ans, sont enlevées dans la région de Boston. D'abord soupçonné, Alex Jones est arrêté, puis libéré au bout de quarante-huit heures de garde à vue faute de preuves et d'aveu de la part du suspect. Pourtant, pour Keller Dover, le père d'Anna, le jeune attardé demeure le responsable de la disparition de son enfant et de Joy, la fille de leurs voisins Nancy et Franklin Birch. Il suit la trace d'Alex et remonte jusqu'à la demeure de sa mère, Holly. Il kidnappe le suspect et l'enferme dans lune des nombreuses pièces insalubres d'une maison abandonnée. Afin de connaître très précisément l'endroit où ont été séquestrées les filles, Keller emploie la manière forte et n'hésite pas à torturer Alex. Forçant Franklin à participer aux interrogatoire, obtenir des réponses de la part de l'adolescent devient une véritable obsession.

Convaincu qu'Alex est innocent, l'inspecteur Loki se lance sur les traces du véritable coupable. Un soir, alors que le village tout entier est réuni afin de célébrer une veillée à la mémoire des deux fillettes, Loki aperçoit un étrange individu qui prend la fuite lorsqu'il se rend compte qu'il et épié par l'inspecteur.

Le temps passe, et six jours après l'enlèvement, Anna et Joy sont toujours introuvables. L'inspecteur Loki patauge et quand aux familles des deux enfants elles attendent toujours avec autant d'angoisse qu'elles soient retrouvées...

Contrairement à ce que pourrait laisser supposer le nom du réalisateur, le film de Deni Villeneuve n'est pas originaire de notre contrée mais nous vient tout droit d'Amérique, et plus précisément du Canada. Prisoners fait partie de ces quelques films qui chaque année font passer une foule d'autres productions pour des œuvrettes sans consistance. Des scénarios convenus qui n'apportent rien de bien transcendant dans la liste déjà immense des films à suspens, des thriller.

Pour assurer les deux principaux rôles, Denis Villeneuve s'alloue les services de deux pointures. Tout d'abord Hugh Jackman, dont les favoris du très poilu (et donc très viril) Wolverine ont dû faire frémir de nombreuses jouvencelles. Ensuite, Jake Gyllenhaal, dont le nom presque imprononçable rappellera de merveilleux souvenirs à toutes celles et ceux qui ont réussi à pénétrer le vertigineux univers de Donnie Darko de Richard Kelly. D'un côté, un père de famille blindé par l'alcool qui s'enfonce peu à peu dans un comportement presque aussi révoltant que celui du kidnappeur. La question ici étant de savoir si l'on peut se faire justice soit-même, la réponse étant évidemment toujours OUI malgré l'hypocrisie de ceux qui tentent à vouloir nous faire croire qu'il faut permettre aux autorités de bien faire leur travail.
Ce qui fait ici parfois défaut. En effet, le visage angélique de l'inspecteur Loki semble être le reflet de son incapacité à résoudre cette affaire sordide qui touche non seulement les deux familles des victimes mais la ville elle-même puisqu'on y croire finalement que très peu d'âmes, comme si la vie s'était arrêtée le soir où les deux fillettes ont été enlevée.

L'ambiance et les images retranscrivent parfaitement cette attente. Le rythme pesant, aidé par une photographie et une lumière qui appuient d'une manière particulièrement sombre l'univers dans lequel piétinent les personnages, crée un sentiment d'angoisse parfaitement maîtrisé.

Prisoners ne se contente pas de promener ses personnages avec pour seul but de nous éclaircir en fin de bobine sur l'identité du véritable coupable. S'il dure un peu plus de deux heure et demi, c'est aussi parce qu'il prend le temps d'installer son intrigue et ses personnages. La lente mutation qui s'opère entre eux est parfaitement orchestrée par le cinéaste Denis Villeneuve. D'un côté l'inspecteur et de l'autre, le père de famille. Le clash est alors évident et désigne l’éternel affrontement entre les hommes.

Noir, Prisoners l'est. Aussi puissant que les œuvres d'un certain William Friedkin, le film exploite toutes les ficelles du thriller avec tant d’homogénéité qu'il en devient d'une fluidité bouleversante. Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal sont impressionnants. Les seconds rôles aussi. Prisoners marque une étape cruciale dans le domaine du Thriller, prouvant qu'il est encore possible de réaliser des œuvres sans pour autant en faire des tonnes en matières de visuel. Ici, on a presque parfois l'impression qu'il ne se passe rien. Et c'est peut-être ce qui a dérangé les quelques personnes qui n'ont pas aimé le film. Pourtant, en se donnant la peine de faire un effort même si l'on n'est pas un fervent admirateur de ce genre de cinéma, Prisoners possède un immense pouvoir d'attraction que ses deux heures et demi ne doivent surtout pas effrayer les moins patients d'entre nous. Un chef-d’œuvre...

jeudi 4 octobre 2012

Donnie Darko de Richard Kelly (2001)



Donnie Darko est un adolescent semblable à ceux de sa génération. Du moins, c'est ce que semblent vouloir faire croire les apparences. Intelligent et doué, mais aussi somnambule et schizophrène paranoïaque, Donnie, par une nuit paisible, fait la connaissance d'un étrange personnage prénommé Franck. Une sorte de lapin géant au visage abîmé qui va lui prédire la fin du monde dans vingt huit jours, six heures, quarante deux minutes et douze secondes. A ce moment très précis débute un compte à rebours dans la vie du jeune homme, pour qui la vie n'est qu'une somme de peurs qui le voient se réfugier dans un monde de rêves et de fantasmes.....

Difficile d'aller plus loin dans le résumé d'un film qui se vit, se ressent, et qui ne se regarde surtout pas simplement comme une oeuvre dénuée d'intelligence. Donnie Darko a ceci de rare qu'il crée une passerelle entre le conformisme d'un certain cinéma américain où la jeunesse se fourvoie dans l'alcool et le sexe, un cinéma qui traite de sujet parfois graves de manière frivole voire grotesque, avec un autre dont la rigueur scénaristique ne permet pas toujours de trouver grâce aux yeux du plus grand nombre.

Donnie Darko, c'est un peu le fils bâtard d'un Lynch et d'un Paul Weitz. Deux cinéastes qui auraient accouché d'un film mêlant la complexité et la grande ingéniosité d'un scénario peu évident au premier abord, à la simplicité d'un montage et d'une mise en scène permettant à tout un chacun de ne pas se perdre dans les méandres d'une histoire particulièrement exigeante. Et pourquoi pas, de se retrouver dans l'un des personnages. D'ailleurs, lorsque le film commence, on se retrouve avec la désagréable impression d'être face à l'une de ces nombreuses productions pour teenagers décérébrés. Avec son image trop propre pour être honnête, sa musique de campus et ses habitations aux jardins trop bien entretenus. Mais on est vite rassurés lorsque le ton semble aller vers quelque chose de plus profond que le simple déballage d'une certaine Amérique puritaine.


Jake Gyllenhaal porte littéralement le film sur ses épaules. Il campe avec maestria le rôle de ce jeune adolescent perdu dans un monde que ses pensées refoulent. Comme s'il avait été écrit pour lui, son personnage semble l'habiter. De son visage angélique, on retiendra surtout ce sourire en coin, troublant, qui annonce l'arrivée de son dédoublement de personnalité (la scène du cinéma, extraordinaire, est d'ailleurs représentative de ce que l'on ressent face au talent de ce jeune acteur).Tout concorde pour faire de ce film un chef-d'oeuvre, encore un. Qu'il s'agisse des autres interprètes, tous aussi fabuleux les uns que les autres, de la bande son, mélange de new wave, de rock FM ou encore d'opéra grandiose, tout, absolument tout devrait pousser le curieux qui sommeille en chacun de nous à jeter un oeil, et pourquoi pas les deux, sur Donnie Darko.

Donnie Darko est une expérience à part. Enrichissant, le film véhicule autant d'émotion qu'un plat à l'allure modeste qui recèlerait en son coeur des parfums et des textures peu communes mais ô combien, inoubliables...
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