lundi 28 mai 2018

Vidéotopsie numéro 16 de David Didelot (Réédition)




Jouir de ce seizième numéro de Vidéotopsie revêt pour moi autant d'importance que d'avoir tenu entre les mains le numéro dix-huit consacré à la saga Amityville. Parce que Greydon Clark. Parce que Terreur Extraterrestre. Parce que ces deux seuls éléments me renvoient aux fabuleuses années quatre-vingt, et à cette journée fatidique où, enfermé dans l'appartement d'un ami puant l'urine d'une quinzaine de chats (l'appart, hein ! Pas mon ami), trois potes et moi avons découvert pour la première fois, cette petite bande de science-fiction horrifique qui l'air de rien, allait m’obséder durant le quart de siècle qui allait succéder à cette journée.
Ce seizième numéro sorti à l'origine en septembre 2015 offre un contenu toujours plus touffu, toujours plus éclectique, toujours plus passionnant. En préambule, David Didelot rend un très bel hommage à l'une des plus grandes icônes du fantastique dans son édito : l'immense et regretté Christopher « Dracula » Lee. Dès la quatrième page, on en vient aux choses tout aussi sérieuses et évidemment, tout aussi cruelles puisque Augustin « Rigs Mordo » Meunier (qui n'est autre que le Papa de l'excellent site Toxic Crypt) s'intéresse de très près à ces bandes qui ont disparu de la surface de la Terre, brûlées lors d'incendies, volontairement détruites, ou tout simplement abîmées par le temps... des film devenus invisibles, fruits d'un fantasme à jamais inassouvi, ravivé par un Augustin dont les connaissances en la matière donnent le vertige. En 22 pages, ce dernier donne le ton d'un numéro plein de promesses.

On poursuit ensuite avec les « Reviews bis ». un pavé lourd de quarante-six pages consacrées au cinéma bis, évidemment, sous toutes ses formes. Un condensé de ce que l'on pouvait dénicher durant l'âge d'or des vidéoclubs et dont il ne reste malheureusement guère plus que les rédacteurs du fanzine que je tiens entre les mains pour nous faire revivre ces heures de gloire où mettre la main sur une jaquette sexy et (ou) débordant d'hémoglobine était le but recherché.
Dans ce numéro 16, les rédacteurs Laurent Dufour, David Didelot, Frédéric Durand, Simon Laperriere, Didier Lefevre, Michel Tabbal, Aristide Fouchtra, Yohann Chanoir, Adrien Vaillant, Christophe Gaquiere, Augustin Meunier, Patrick Callonnec et Jérome Pottier nous font voyager à travers la planète. Le voyage débute en France avec un film adapté d'un ouvrage de Kurt Steiner, et l'on croisera ensuite la route de Brigitte Lahaie et d'Anny Duperey, cette dernière étant alors confrontée à un démon de pacotille dans le pourtant sympathique Le Démon dans l'Île de Francis Leroi. Ensuite direction l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, le Japon, le Royaume-Unis, la Corée du sud, la Chine, les Philippines, le Brésil, et même les États-Unis auxquels une large place est offerte. Viol, tortures, sexe, Diable, Giallo, Post-apocalyptique, mélange improbable des genres, vampirisme (ici, la partie de Yohann Chanoir avec pas moins de trois films), cannibales, zombies, SS (!!!), inquisition (excellent article de Christophe Gaquiere consacré à La Marque du Diable), pseudo-exorciste, crabes meurtriers, et plein d'autres choses encore avec, après le porno de Ferrara dans le précédent numéro, celui de William « Maniac » Lustig, The Violation of Claudia. De quoi ne surtout pas mourir idiot !!! Petite mention spéciale pour l'article d'Aristide Fouchtra consacré à L'Amour au Club, provoquant d'énormes éclats de rire (les murs de mon salon en tremblent encore).

L'article suivant, lui, Claude Gaillard l'a consacré au cinéma du producteur, scénariste et réalisateur américain Fred Olen Ray. Un type qui réalisa beaucoup plus de longs-métrages qu'il ne m'était autorisé à penser jusqu'à la lecture de ce très enrichissant quatuor de pages nous apprenant notamment que le bonhomme fut un adepte de la 'démerde' lorsqu'il s'agissait d'utiliser des décors réservés sur plusieurs jours pour non pas un seul long-métrage, mais deux. De quoi optimiser le rendement et réduire la facture. Sacré Fred, auteur du cultissime Hollywood Chainsaw Hookers dans lequel jouait la band[CENSURE]te Linnea Quigley du Retour des Morts-Vivants de Dan O'Bannon.

Patrick Callonnec s'entretient ensuite avec Véronique Djaouti Travers, la plus proche assistante du cinéaste français Jean Rollin, si bien cachée dans l'ombre qu'elle demeurait jusque là inconnue de votre serviteur. Une approche particulièrement originale en forme d'interview aux questions courtes mais aux réponses vertigineusement longues prouvant la grande passion de cette fidèle photographe de plateau, assistante réalisatrice et actrice à l'occasion. Une rencontre et une passion dont nous fait profiter Véronique durant les quelques vingt pages suivantes. D'autant plus que comme l'indique le titre de cet article (Dans l'ombre de Jean Rollin) et contrairement à ce que certains (dont moi) pourraient croire au premier abord, ce long partage est avant tout centré sur la personnalité de Véronique qui apparaît alors d'une grande sensibilité et très loin d'être attirée par la lumière (d’où sa propension à se tenir dans l'ombre du cinéaste). On en apprend davantage sur l'une et sur l'autre. De leur rencontre en 1990, démarrant par la lecture de deux ouvrages de Jean Rollin (les amateurs de feu la collection Frayeurs connaissent forcément les romans vampiriques du bonhomme), leur première collaboration 'téléfilmique' à laquelle l'on raccrochera l'épouvantable expérience avec un producteur véreux, jusqu'à la participation de Véronique en tant qu'actrice sur plusieurs tournages que la jeune femme vécu avec beaucoup de difficultés. Au fil de l'interview, on s'attache à ce personnage, pendant féminin d'un Jean Rollin tellement confiant qu'il désira lui confier l'administration de sa société de production, Les Films ABC. Passionnante de bout en bout, cette longue entrevue avec Patrick Callonnec nous offre pour la première et peut-être unique fois l'opportunité d'en savoir un peu plus sur la plus proche collaboratrice de Jean Rollin...

Passionnant de bout en bout, oui, mais aussi émouvant à en verser des containers de larmes, et sans nul doute la pièce maîtresse de ce Vidéotopsie numéro 16. Un climat de nostalgie que l'on aura pourtant peut-être du mal à retrouver lors de la seconde interview, toujours effectuée par Patrick Callonnec, se penchant cette fois-ci sur la monteuse Janette Kronegger. L'intitulé de cet article demeure toujours le même mais trompe quelque peu sur la marchandise puisque Jean Rollin n'y est effectivement évoqué que très superficiellement.

Après un très intéressant journal de bord retraçant le contact qu'eut Christian Valor avec la légendaire actrice suédoise Christina Lindberg du non moins cultissime Thriller (Michael Jackson n'ayant rien à voir dans cette affaire) durant un séjour de quatre jours à Paris, David s'entretient quant à lui avec BB Coyotte, un amateur de punk-rock qui très vite désertera le cercle familial pour voler de ses propres ailes (vu le comportement de son père, volage, et de ses grands-parents, pétainistes, on comprend aisément). Direction l'Angleterre, et découverte, comme le bonhomme l'exprime lui-même, du « punk, du reggae, du ska, du hard rock, et des cheveux oranges et verts »...
C'est une véritable plongée au cœur des années quatre-vingt auquel le lecteur a droit. BB Coyotte partage son expérience britannique, ses rencontres humaines et ses découvertes musicales. Puis retour en France. Les concerts, les associations, de nouveaux contacts, et l'étonnant récit rattachant les tatouages dont une partie de son corps est recouverte. David questionne BB Coyotte sur d'autres domaines, permettant ainsi de découvrir un homme qui derrière son look de... néo-métalleux se révèle attachant et surtout très proche de l'image que certains d'entre nous se faisaient à l'époque (les années quatre-vingt) du type sachant faire la fête tout en conservant un certain sérieux lorsqu'il s'agissait de mettre les mains dans le cambouis. Je sais pas si je suis clair !!! L'interview est accompagnée de diverses planches de dessins effectués par BB Coyotte lui-même.

Pour clore ce seizième numéro de Vidéotopsie, les rubriques habituelles Et Pour Quelques Infos de Plus et un Rayon Fanzines assez touffu. En troisième de couverture, David Didelot n'oublie pas de rendre un dernier hommage à l'immense Christopher Lee en lui offrant une pleine page. Comme d''hab', un numéro indispensable pour tout amateur de cinéma bis et pour les autres également. Et pourquoi pas, peut-être David et son équipe auront-ils éveillé quelques consciences trop obtuses dénigrant habituellement le genre qui nous intéresse ici ?

à suivre, Vidéotopsie numéro 17 (Réédition)

Mouarf ! Moi qui ouvrais cet article sur Greydon Clark, j'allais oublier d'en parler. Comme si cette obsession vieille de plus de vingt-cinq ans avait de plus, provoqué comme une amnésie partielle à la lecture de cet ouvrage de référence en matière de cinéma bis. Greydon Clark, alors, oui, bien entendu, le bonhomme derrière Terreur Extraterrestre et son immonde suite The Return (enfin, il parait que c'est la suite), et du plus infâme encore, Le Clandestin (et pourtant, Dieu sait que j'aime les chats). Une filmo que je ne croyais pas si touffue, si hétéroclite, et un cinéaste apparemment acquis à la cause féministe et anti-raciste. Un type très bien au final. A tel point qu'on lui pardonnera une filmographie en dents de scie. Merci à Thomas Roland pour cette biographie consacrée à un cinéaste que les amateurs de séries B connaissent forcément...

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