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samedi 3 janvier 2026

Fortress de Stuart Gordon (1993)



Nous poursuivons ce qui à l'origine ne devait normalement pas être un cycle consacré à Christophe Lambert mais qui semble finalement en prendre la direction. Pour la raison un peu spéciale qui veut que je sois un peu gêné par l'incroyable acharnement du public envers cet acteur qui n'est quand même pas mauvais au point d'être rangé dans le même registre que Steven Seagal ou Jean-Claude Vandamme.
Je ne vais sans doute pas me faire davantage d'amis en parlant aujourd'hui de Fortress. œuvre australo-américaine signée par Stuart Gordon, le papa du cultissime Re-Animator. Ce qui n'étonne pas vraiment quand on découvre les quelques effets gore qui parsèment ce petit film de science-fiction.

Le cinéaste installe son intrigue dans un futur proche. Les ressources se font si rares qu'un seul enfant par foyer est désormais autorisé. Karen B. et John Henry Brennick ont perdu le leur mais en attendent un second. Lors d'un passage à la frontière, ils sont démasqués. Karen parvient à prendre la fuite mais John, lui, est arrêté puis emmené dans une prison de la société MENTEL. Le voici désormais incarcéré dans la Forteresse. Une prison souterraine située en plein désert et d'où personne n'est jamais parvenu à s'enfuir.

Mais bien sûr, vous l'aurez compris, Christophe est arrivé, sans s'presser. Fortress cultive l'art de piocher dans les classiques. Vous y trouverez des méchants, très méchants, et des gentils, vachement sympathiques. D'un côté, Vernon Wells (Commando), Tom Towles (Henry, Portrait d'un Tueur en Série) et Kurtwood Smith (Robocop, le seul, le vrai l'unique signé Paul Verhoeven). Et de l'autre, outre notre Cri-Cri d'amour, Lincoln Kilpatrick (Prison. Comme quoi on ne change pas une recette qui marche), Clifton Collins Jr. (Star Trek), sans oublier l’immanquable, l'indispensable et l’inénarrable Jeffrey Combs et son éternel regard halluciné. Le cinéaste et l'acteur se retrouveront sur cinq plateaux de tournages différents, comptant les différentes suites de Re-Animator, ainsi, que le surestimé From Beyond.

Je fais du remplissage, certes, mais que puis-je dire sur ce Fortress sinon qu'il n'a jamais marqué, et ne marquera sans doute pas davantage le futur du septième art. On commence à saisir le sens du terme mauvais acteur lorsque l'on découvre ChristopheR Lambert dans ce film. C'est vrai qu'il n'est pas très bon. Faut dire qu'après une course-poursuite, une séparation d'avec son épouse et une incarcération, il aurait été de bon ton de laisser son personnage respirer. Les méchants sont vraiment caricaturaux. Tawles et Wells sont deux fieffés bourrins. Le Q.I additionné de leurs deux personnages, ne doit pas dépasser celui d'un nasique perché sur une branche et balançant son tarin au dessus du vide. Fortress est un savant mélange de science-fiction mâtinée de tout un tas de genres qui s'entrechoquent et qui au final donnent un résultat au dessus de tous soupçons. La quête de fuite du personnage principal ne suffisant pas, on rameute sa femme histoire de lui mettre un supplément de désir de vengeance dans la tête. Le directeur est aussi dingue que la moitié des prisonniers, du moins, aussi sadique, et cache un secret épouvantable qui augmente encore l'aspect « je mets sur pellicule tout ce que j'ai dans la tête, je secoue, et je sers » ruinant toute crédibilité. En même temps, c'est de la S.F. Quoique, Fortress ressemble en réalité à une œuvre fantastique.

Oubliez La Ligne Verte et Les Evadés. Ici, les cellules puent la testostérone génétiquement modifiée. Adieu poésie ! Fortress est viscéralement primaire et cache malheureusement mal ses véritables intentions. Résultat : le film est bof ! Bof !

mardi 14 août 2018

Edmond de Stuart Gordon (2005) - ★★★★★★★☆☆☆



Sur grand écran, l'acteur américain William H. Macy demeurait en cette année 2005, fidèle au type de personnages qu'il incarna notamment dans l'excellent Fargo des frères Coen une dizaine d'années auparavant. Soit celui du loser. Mais contrairement au personnage de Jerry Lundegaard que l'acteur incarna dans celui-ci, le héros de Edmond choisit non pas d'extorquer de l'argent à son beau-père mais de quitter la vie telle qu'il a connue jusqu'ici. Marié, père de famille et cadre supérieur d'une grande société, c'est sur un coup de tête consécutif au message émit à son encontre par une diseuse de bonne aventure qu'Edmond décide de tout quitter pour pénétrer dans un monde auquel il n'était pas préparé. De ses débuts en 1979 avec la pièce de théâtre Bleacher Burns jusqu'en 2008 et sa participation à la série Fear Itself, le cinéaste américain Stuart Gordon a réalisé, scénarisé et produit une vingtaine de séries télévisées et de longs-métrages. Au cinéma, il est surtout connu pour avoir débuté sa carrière de cinéaste avec le culte et très gore Re-Animator. Alors que son œuvre toute entière est émaillée de longs-métrages aux propos souvent fantastiques et surnaturels, Stuart Gordon a prix pour habitude dès l'année 2003 d'aborder des sujets de fond beaucoup plus proches de nous. Ses personnages devenant ainsi les témoins d'une société ravagée et dominée par le sexe, l'argent et la criminalité. Il invente notamment une nouvelle forme de héros qui ont tous en commun d'être d'une grande naïveté et sont tous insuffisamment préparés à leur nouvelle existence. Après le petit peintre en bâtiment Sean Crawley de King of the Ants et avant l'infirmière Brandi et le sdf Tom de Stuck, Edmond s'ouvre à des perspectives d'avenir dont il perdra le contrôle. Ce futur qu'il espère radieux et qui l'enverra en prison. Edmond forme avec les deux autres, une trilogie déprimante vouant un culte aux miséreux. Stuart Gordon leur rend hommage en leur consacrant une œuvre désespérée, nihiliste et mortifère. Là encore, il laisse tourner sa caméra dans des artères rendues à une faune hétéroclite ne se réveillant qu'une fois le soleil couché.

C'est sans concession que le cinéaste choisit de pénétrer un monde manquant cruellement d'optimisme, dans lequel chacun cherche à tirer profit de l'autre. Edmond dresse le portrait d'une Amérique corrompue par l'argent. Qu'il s'agisse de la prostituée, de la serveuse ou de l'étrange maquereau flairant le bon coup, tous régissent leur existence sur le mode du billet vert. Avec un certain cynisme, Stuart Gordon provoque le clash entre son héros et l'une des rares femmes ayant encore conservé son intégrité morale en la tuant de plusieurs coups de couteau. Derrière la noirceur du propos, le réalisateur continue à mettre en place des séquences hautement improbables comme pour désamorcer les passages les plus délicats. C'est ainsi que bien qu'étant un excellent acteur, le personnage qu'incarne William H. Macy apparaît parfois lors de scènes totalement absurdes.

La naïveté du héros est telle que parfois, on a du mal à y croire vraiment. L'individu qu'il forge tout au long du film est à ce point hors du contexte qu'il frise le ridicule. Edmond n'en demeure pas moins une œuvre choc, qui en dehors de quelques passages pas vraiment convaincants marque par son pessimlsme permanent. En l'espace de moins d'une heure trente, Stuart Gordon offre à son principal personnage l'occasion d'un véritable chemin de croix où Dieu et la religion ne sont jamais très loin. Aux côtés de William H. Macy nous retrouvons l'actrice Mena Suvari dans le rôle de la prostituée et Russel Hornsby dans celui de Shill, on retrouvera d'ailleurs ces deux interprètes deux ans plus tard dans le rôle du couple formé à l'occasion de Stuck. George Wendt quant à lui aura déjà incarné l'infâme Duke Wayne dans King of the Ants. Enfin, c'est au détour d'un hôtel sordide que l'on découvrira avec plaisir la présence de Jeffrey Combs, le plus fidèle interprète du cinéaste. Comme pour les deux autres longs-métrages cités plus haut, Edmond se révèle une très bonne surprise, les trois films complétant ainsi une excellente trilogie. En espérant que Stuart Gordon se réveille un jour de sa léthargie (cela fait dix ans qu'il n'a rien tourné) et nous propose pourquoi pas, une nouvelle aventure urbaine dans les bas-fonds de sa ville chérie...

dimanche 12 août 2018

King of the Ants de Stuart Gordon (2003) - ★★★★★★★☆☆☆



Il s'en passe des choses dans la vie de Sean Crawley. Alors qu'il travaille une fois de plus pour un salaire de misère, endossant cette fois-ci la combinaison de peintre en bâtiment, il fait la connaissance de Duke Wayne, un électricien douteux qui lui propose d'échanger leur numéro de téléphone au cas où ce dernier aurait un travail à proposer au jeune homme. Sean Accepte et très vite, il est mis en relation avec Ray Matthews, un entrepreneur louche qui lui propose de suivre un avocat afin de récolter un maximum de renseignements sur lui. Tout se passe bien pour Sean, et lorsqu'il revoit son employeur pour la seconde fois, celui-ci lui propose contre la somme de treize mille dollars, de tuer l'homme en question qui possède des documents fort compromettant contre lui. D'abord inquiet, Sean finit par accepter car l'argent promis en échange de ce nouveau contrat lui permettra de refaire sa vie. Mais bien qu'il ait honoré le contrat, que personne ne l'ait vu pénétrer dans la demeure de l'homme qu'il a été chargé de tuer, la suite va se révéler plus compliquée pour le jeune homme : Ray Matthews refuse de verser la somme promise à Sean qui pour se venger, lui confie qu'il a en sa possession des documents volés chez la victime qui prouvent que l'entrepreneur est un escroc. Si Ray Matthews refuse de verser les treize mille dollars à Sean, ce dernier ira remettre le document aux autorités. Mais Matthews ne l'entendant pas de cette oreille là, il fait appel à Duke Wayne et de deux ses hommes afin d’extorquer auprès de Sean des informations sur le document en question afin de le récupérer. C'est le début d'un long cauchemar pour le jeune homme...

Et dire que le héros incarné par l'acteur Chris McKenna va en baver est un faible mot pour décrire le calvaire que va vivre le jeune homme. Stuart Gordon signe une œuvre sans concessions qui souffre malgré tout d'un défaut majeur qui empêche la totale immersion : il manque en effet à ce récit sordide ce petit grain visuel qui l'aurait empêché de ressembler à un téléfilm du dimanche après-midi. Esthétiquement, The King of the Ants est effectivement plutôt laid et n'est pas très raccord avec le sujet évoqué. On aurait sans doute aimé que le film possède l'esprit 16mm d'une œuvre telle que le Combat Shock de Buddy Giovinazzo, pour ne citer que ce seul exemple. D'autant plus que comme pour son très bon Stuck, le cinéaste américain profite du sujet de son œuvre pour trimbaler sa caméra dans les quartiers les plus pauvres de la ville. Il n'est en effet pas rare que dans The King of the Ants on croise la route de sans domiciles fixes. De pauvres hères à la limite de la schizophrénie qui font parfois peur à voir.
Le long-métrage de Stuart Gordon souffre également d’invraisemblances de taille auxquelles le spectateur est bien obligé de réagir. Comment par exemple accepter le fait que le jeune héros, à l'encontre duquel Duke Wayne vient de proférer de très graves menaces, se risque à le menacer de révéler aux autorités l'existence d'un dossier compromettant envers Ray Matthews ? Ou pire encore : le scénario justifie le calvaire de Sean alors qu'il aurait été beaucoup plus simple pour ses geôliers de le faire définitivement disparaître, aucun détail n’étayant le fait que sa mort rendrait publique le dit dossier compromettant.

A part ces quelques problèmes de scénario, The King of the Ants envoie du lourd. Le film est dérangeant de bout en bout. De l'emprisonnement du héros dans un ranch isolé, jusqu'aux traitements dont il est victime, et jusqu'à sa morbide idylle avec Susan Gatley (incarnée par Kari Wuhrer), propre épouse de l'homme qu'il tua plusieurs jours auparavant. A part un Timm Sharp dont le jeu se révèle navrant, le reste du casting est à la hauteur. On y croise le chemin de George Wendt qui joua notamment dans Y a-t-il enfin un pilote dans l'avion ?, Dreamscape ou dans un épisode de Columbo, ainsi que Daniel Baldwin, le frère d'Alec et William Baldwin, eux aussi acteurs. The King of the Ants est une très belle surprise. Violent et parfois très graphique...

vendredi 10 août 2018

Stuck de Stuart Gordon (2007) - ★★★★★★★☆☆☆



Dans la vie, il y a pire que de perdre son emploi, son logement, sa famille ou sa fierté. Pire que de partager une bouteille de mauvais vin avec un clochard, dormir sur un banc public, ou être ignoré des passants. Le pire est arrivé à Tom (l'acteur Stephen Rea), qui alors qu'il déambule dans la rue à la recherche d'une mission où passer la nuit, est renversé par une voiture au volant de laquelle se trouve Brandi. Une jeune femme bien sous tous rapports. Une infirmière proche de ses patients, compréhensive, mais dont le penchant pour certaines drogues va la plonger dans un cauchemar sans fin. Un très mauvais rêve dans lequel elle va attirer non seulement Tom, mais également son compagnon Rashid. Le cinéaste Stuart Gordon se penche sur cette sordide histoire inspirée d'un fait-divers authentique. L'auteur de Re-Animator, de From Beyond et de Dagon signe en cette année 2007, ce qui demeure jusqu'à aujourd'hui, son dernier long-métrage. Le cinéaste offre le premier rôle à l'actrice américaine Mena Suvari que l'on a pu notamment voir dans American Beauty de Sam mendes, l'immonde Jour des Morts de Steve Miner ou la série des American Pie. Le britannique Stephen Rea n'est pas un inconnu des amateurs de cinéma puisque dès le début des années quatre-vingt, il a débuté une longue carrière qui l'a vu interpréter d'intéressants personnages dans La Compagnie des Loups de Neil Jordan, Citizen X de Chris Gerolmo, ou encore V pour Vendetta de James MC Teigue.

Stuck est une excellente surprise, et même si son doublage en française se révèle plutôt médiocre, l'épreuve subie par ses principaux personnages a de quoi passionner les fans de thrillers et d'épouvante. Le récit se résume simplement,, entre le garage d'une jeune femme responsable d'un accident de la route ayant fait une victime en la personne d'un SDF nouvellement... promu au statut de clochard, et l’hôpital dans lequel elle travailler avec dévotion. Le résultat est particulièrement satisfaisant. Surtout que l'on se demande de quelle manière aboutira ce récit, entre la tentative désespérée de la jeune femme de se débarrasser du corps encore chaud de sa victime, et de cette dernière, dont les dernières forces suffisent à le maintenir en vie et lui faire espérer que quelqu'un lui viendra en aide. Une hypothèse qui ne débouche sur rien, entre des voisin immigrés ne voulant pas provoquer le moindre remous, et un très... 'précieux' passant qui n'a d'yeux que pour son petit roquet, ignorant les suppliques d'un homme en train de se vider de son sang dans le garage d'une infirmière endossant le costume d'une hypothétique meurtrière.

Stuart Gordon évoque un temps les conditions précaires des laissés pour compte. De la broyeuse administrative qui demande à son client de remplir un dossier afin de s'inscrire à l'ANPE alors même qu'il a déjà obtenu un rendez-vous après avoir rempli et envoyé ce même document , jusqu'à la rue, dont le cinéaste nous épargne certains aspects pour se concentrer davantage sur le choc, au sens propre, qui va bientôt unir dans le sang, Brandi et sa victime. Considérant que Stuck est inspiré d'un fait-divers authentique, le spectateur ne pourra qu'éprouver quelques frisson d'horreur à l'évocation du cauchemar vécu par un homme qui passa plus de vingt-quatre heures encastré dans le par-brise d'une voiture enfermée dans le garage de sa propriétaire. Le personnage de Brandi nous étant tout d'abord présenté comme une infirmière admirable, la jeune femme se mue peu à peu en un monstre de froideur, allant jusqu'à demander à son compagnon de tuer l'homme dont elle n'arrive décidément pas à se débarrasser. Derrière l'horreur de cette situation, le cinéaste imprime à son œuvre quelques séquences amusantes, pourtant liées à l'horreur de la situation. Dans la peau de Rashid, l'acteur Russel Hornsby déclenche des rires (in)volontaires de la part d'un public amusé devant l'inaptitude du personnage à accepter la responsabilité de se débarrasser du corps de Tom. Stephen Rea est convaincant, et même parfois touchant, surtout au début, lorsque son personnage est mis face à sa nouvelle condition de sans domicile fixe. Stuart Gordon réalise là une série B très honnête à laquelle nous pourrions cependant reprocher une esthétique un peu trop lisse. Mais à part cela, Stuck est une agréable surprise...

samedi 2 juin 2018

Dagon de Stuart Gordon (1991) - ★★★★★★★☆☆☆



Découvert hier soir, j'avoue que je ne sais pas quoi penser de Dagon. Est-ce dû au respect immodéré que j'éprouve pour celui qui signa au beau milieu des années quatre-vingt l'un des plus grands films gore de l'histoire du cinéma (Re-Animator) ? Pas sûr. D'autant plus que la suite de sa filmographie n'allait pas autant m'inspirer. De son histoire de poupées possédées (jamais été fan de ces jouets, ni d'ailleurs des soldats de plomb), en passant par un From Beyond qui ne réussissait jamais vraiment l'exploit de son premier long-métrage, et jusqu'à Fortress, ce bon vieux gros nanar datant de 1993 et notamment interprété par Christophe Lambert.
Devant l'engouement de certains, je m'suis dit : « allez ! Offrons lui une dernière chance » ! et cette chance, c'est Dagon, justement. Inspiré de trois choses. D'abord des nouvelles Dagon et Le Cauchemar d'Innsmouth, de l'écrivain américain H.P. Lovecraft, puis de Dagon lui-même, dieu des population sémitiques du Nord-Ouest, représenté sous la forme d'un poisson.

Pour commencer, il faut reconnaître au sujet adapté par Dennis Paoli, une certaine originalité. Pourtant, au vu des premières images, il y a de quoi s'inquiéter. L'esthétique générale (et qui perdurera malheureusement jusqu'à la fin du film) donne à l'ensemble les allures d'un téléfilm. Pas de quoi véritablement se plonger corps et âme dans le récit. A tel point qu'on se verrait presque engueuler l'équipe technique en invoquant ces filtres qui auraient permis d'apporter un cachet nettement plus 'sain' aux amateurs de pellicules filmées au format 16mm. Mais bon, passons. Le tout numérique l'emportant de plus en plus sur le reste, voyons voir ce qu'a Dagon à nous offrir de bon. Pas de sushis, ni de caviar (de toute manière, je déteste ces petites chiures noires), mais des hommes et des femmes vouant un culte au Dagon du titre, tous sous l'emprise d'Uxia Cambarro, la grande prêtresse, et du plus proche membre de la secte, Ezequiel. Uxia, c'est l'actrice espagnole Macarena Gómez, vue ces dernières années dans les très réussis Las brujas de Zugarramurdi d'Álex de la Iglesia et Musarañas de Juanfer Andrés et Esteban Roel. Ezequiel, quant à lui, est interprété par l'acteur lui aussi d'origine espagnole, Francisco Gomez. Tiens, un américain dirigeant des espagnols ? Ben oui. Car Dagon n'est ni plus, ni moins qu'une production ibérique tournée à Pontevedra dans le nord-ouest de l'Espagne.

En vedette, c'est l'acteur Ezra Godden qui incarne le personnage de Paul Marsh qui en compagnie de sa petite amie Barbara fêtent la réussite de leur entreprise On-Line à bord d'un petit yacht. Accompagné de leurs amis Howard et Vicki, ils rencontrent très vite des problèmes lorsque le bâteau s'échoue sur un récif. Alors que Howard et sa compagne demeurent à bord, Paul et Barbara décident d'aller chercher des secours à bord d'un canot de sauvetage. Arrivés aux abords de Imboca, un village de pêcheurs, le couple va être confronté à des faits étranges. En fait, surtout Paul car Barbara disparaît assez rapidement de l'image. Bien que l'histoire n'ait rien de commun avec Evil Dead de Sam Raimi, Dagon dégage parfois la même énergie, Ezra Godden pouvant alors être comparé, toutes proportions gardées, à Bruce Campbell qui incarnait le rôle de Ash dans le classique datant de 1981. Si seulement l'aspect trop lisse et lumineux de l'image ne l'emportait pas quasiment sur tout le reste, le film de Stuart Gordon aurait sans doute gagné ses galons de film culte. L'univers dépeint se révèle parfois impressionnant. Le village perpétuellement sous la pluie possède en effet un charme tout particulier. Pas le genre où on aimerait emmener sa petite femme en vacances. Ses habitants ressemblent à des goules croisées avec des poissons. Le caractère mystique, même s'il n'égale sans doute pas celui de Silent Hill, est parfois délirant. Quant à elle, Uxia ne se révèle pas aussi marquante qu'Alice Krige dans le rôle de Christabella. Chercher à ignorer les défauts de Dagon, c'est espérer passer un agréable moment dans l'univers de H.P. Lovecraft. Cela fonctionne parfois, et à d'autres moments un peu moins. On appréciera tout de même les quelques effets gore dont le dépeçage facial dont est victime l'un des personnages, un moment fort peu ragoutant mais plutôt convaincant. Les principaux interprètes apparaissent relativement impliqués et le rythme plutôt soutenu. Le film, s'il n'est pas une totale réussite, saura contenter les amateurs de films d'horreur pas trop regardant sur l'esthétique générale...

lundi 22 janvier 2018

From Beyond de Stuart Gordon (1986) - ★★★★★★☆☆☆☆



Pour bon nombre d'individus, le nom de Ken Foree aura sans doute autant d'impact qu'une salade manquant d'assaisonnement. Pour d'autres, par contre, certainement plus rares, sa force d'évocation les renverra à l'époque où les zombies étaient traités avec infiniment moins de mépris que dans les innombrables navets qui sortent depuis quelques années, et surtout, depuis que le thème est devenu une manne financière. En 1978, entouré de David Emge, Scott H. Reiniger, de Gaylen Ross, et dirigé par l'immense George A. Romero, Ken Foree interprétait le rôle de Peter dans le cultissime Dawn of the Dead. Sans doute possible, l'un des deux ou trois plus grands films de zombies de l'histoire du genre. Durant des décennies, ce grand « black » au regard quelque peu globuleux n'était demeuré rien d'autre que ce personnage charismatique combattant dans l'enceinte d'un centre commercial, une horde de morts-vivants à peine décharnés. Qui s'était soucié, alors, de savoir dans quel autre long-métrage il avait bien pu tourner par la suite ? Pourtant, Ken Foree n'a jamais vraiment cessé de jouer, et en quarante ans de carrière, a interprété plus de trente rôles au cinéma. Dont le personnage de Buford 'Bubba' Brownlee dans ce From Beyond qui nous intéresse ici. Il s'agit du deuxième long-métrage de Stuart Gordon pour le grand écran, toujours produit par Brian Yuzna. Certains liens demeurant apparemment indissociables, on notera également le fait que le rapport entre le nom du docteur interprété par l'actrice Carolyn Purdy-Gordon (épouse du réalisateur depuis maintenant cinquante ans) et l'écrivain Robert Bloch n'est pas le fruit du hasard puisque ce dernier et l'auteur de la nouvelle ayant inspiré From Beyond, une fois encore, H.P. Lovecraft, étaient amis. Ce dernier ayant donc volontairement donné le nom de l'écrivain à ce personnage féminin lors de l'écriture de la nouvelle. D'autres corrélations ?

Robert Bloch, encore lui, fut l'auteur du roman Psychose ayant inspiré le chef-d’œuvre d'Alfred Hitchcock. Dont le thème principal fut adapté par le compositeur Richard Band l'année précédente pour le premier long-métrage de Stuart Gordon, lequel participe également à la composition de la partition musicale de From Beyond. Une fois encore, l'acteur Jeffrey Combs est au centre d'un récit qui mêle à nouveau expériences scientifiques et manipulations génétiques. Barbara Crampton reprend du service, cette fois-ci dans le rôle du docteur Katherine McMichaels. Un fois encore, le film propose un portrait de méchant bien gratiné. David Gale est désormais remplacé par un Ted Sorel dont le personnage n'est pas moins obsédé par le sexe que le docteur Carl Hill de Re-Animator. Tous ces menus détails apportent une certaine cohésion dans cet ensemble de films inspirés des ouvrages de H.P. Lovecraft mis en scène par le duo Gordon-Yuzna.

Ceci dit, passons maintenant à l'objet de cet article : From Beyond. intitulé pas moins intelligemment chez nous Aux portes de l'au-delà, le film de Stuart Gordon souffle un véritable vent de perversion qui n'avait pas vraiment lieu auparavant, sauf peut-être lorsque le docteur Carl Hill enfonçait sa tête coupée entre les cuisses de Barbara Crampton lors du final délirant de Re-Animator. Peut-être plus lubrique encore que Hill, quoique la chose soit moins visible dans son regard, le docteur Edward Pretorius apparaît très vite comme un individu pervers que son statut de chercheur ne rend pas moins dérangeant. Amateur de fessées, il se mue en une créature multiforme que n'aurait peut-être pas renié David Cronenberg à un certain moment de sa carrière.

Barbara Crampton, quant à elle, qu'elle porte lunettes et tailleur ou qu'elle se réveille les cheveux entremêlés, elle demeure toujours aussi... désirable. A la seule condition de pouvoir faire abstraction de l'horrible doublage français qui lui donnerait presque les allures d'une maîtresse S.M si sa blondeur ne lui permettait pas de conserver son angélique beauté... Le regard toujours aussi frondeur, Jeffrey Combs interprète un personnage cette fois-ci beaucoup plus fragile. Les effets-spéciaux conçus par un quatuor de spécialistes permettent à Stuart Gordon de laisser libre court à sa délirante inspiration. Quoiqu'ils aient quelque peu vieilli, ils demeurent pourtant assez originaux dans leur conception et leur aspect. Les éclairages parfois outranciers se reflétant sur l'organisme torturé du personnage incarné par Ted Sorel lui confèrent le même aspect érotico-gore que les scènes d'ébats du Society que réalisera trois ans plus tard Brian Yuzna.
Mais au final, From Beyond ne se révèle être qu'une cruelle déception. Pas vraiment en odeur de sainteté avec votre serviteur à l'époque de sa sortie, le long-métrage de Stuart Gordon l'est malheureusement encore moins plus de trente ans après. Si les rares scènes gore et une barbara Crampton sexy retiennent l'attention du spectateur, le récit se révèle assez sommaire. Bien moins sympathique que Re-Animator, cette seconde incartade du cinéaste dans l'univers de H.P.Lovecraft est donc décevante...

mercredi 10 janvier 2018

Re-Animator de Stuart Gordon (1985) - ★★★★★★★☆☆☆




A l'origine du long-métrage réalisé par le cinéaste américain Stuart Gordon, Re-Animator, la nouvelle Herbert West - Reanimator écrite par l'écrivain Howard Phillips Lovecraft surtout connu pour ses œuvres de science-fiction, d'horreur et de fantastique. Sous la forme d'un feuilleton en six épisodes que l'auteur de la nouvelle reconnut avoir détesté mais écrit par besoin d'argent, le cinéaste en fait une adaptation libre au cinéma devenue, depuis, un long-métrage culte auprès des amateurs d'horreur et de gore. A l'origine, Howard Phillips Lovecraft avait surtout l'intention d'écrire une parodie du Frankenstein de l'écrivain Mary Shelley, aspect qui demeure dans son adaptation cinématographique puisque particulièrement sanglant, Re-Animator n'en est cependant pas avare en matière d'humour.
Le cinéaste s'approprie donc la nouvelle en prenant de larges libertés par rapport au récit original. Il conserve cependant le principal personnage, le docteur Herbert West, créateur du réactif prenant au cinéma la forme d'un liquide vert fluorescent permettant de ressusciter les morts. Stuart Gordon conserve également l'aspect moral de son personnage. Imbu, narcissique, et relativement peu soucieux du respect dû aux morts dont il se sert pour ses recherches, le réalisateur lui impose le personnage de Dan Cain, un jeune étudiant en médecine, petit ami de Megan Halsey, elle-même fille de Dean Alan Halsey, le directeur de l'université Miskatonic à Arkham, dans le Massachusetts. Une amitié plutôt particulière s'installe entre les deux étudiants. Entre l'absence presque totale de morale de West et le respect de Dan face à la mort, les deux hommes vont pourtant collaborer aux expériences du premier et ce, contre l'avis du docteur Carl Hill, attiré par la beauté de Megan, mais surtout par la célébrité. Ce dernier veut en effet s'approprier les résultats obtenus par West. Malheureusement, le réactif provoquant des effets secondaires inattendus, les morts revenus à la vie se comportent de manière fort violente. L'une des premières victimes des recherches effectuées par West et Cain est le père même de Megan...

Aux États-Unis, à sa sortie en octobre 1985, Re-Animator ne rencontre pas le succès tant attendu et ne récolte finalement qu'un peu plus de deux millions de dollars pour un budget initial de neuf-cent milles dollars. En France, en revanche, le film attire plus de six-cent milles spectateurs. Ce qui à l'époque, peut être envisagé comme un exploit si l'on prend en compte le fait que dans les années quatre-vingt, l'horreur ne fait pas encore partie des genres les plus prisés. Il obtient le prix du meilleur film au Festival international du film de Catalogne en 1985, est nominé pour le même prix et pour les meilleurs maquillages à l'Academy of Science Fiction, Fantasy and Horror Films l'année suivante, obtient ces mêmes prix au Fantafestival, et une mention spécial au plus connu des festivals français à l'époque, le Festival international du film fantastique d'Avoriaz.
Les fans du cinéaste britannique Alfred Hitchcock et de son classique Psychose reconnaîtront dès le générique du début, le thème principal de ce véritable chef-d’œuvre du suspens et de l'épouvante composé vingt-cinq ans auparavant par le compositeur originaire de New-York, Bernard Herrmann.

L'un des aspects les plus fameux que reconnaîtront tout ceux qui apprécient le gore demeure dans les maquillages orchestrés de mains de maîtres par le trio constitué de Anthony Doublin, John Naulin et John Carl Buechler. Corps en état de décomposition avancée, énucléations, thorax perforé, têtes coupées, entrailles surgissant d'un abdomen éventré, il n'y a guère que le chat noir revenu à la vie pour décevoir les amateurs. Car en dehors de la petite boule de poils frémissante pas vraiment convaincante, Re-Animator est dans le genre, un festival sanglant tout à fait réjouissant. A revoir le film aujourd'hui, on saisit la qualité du travail exécuté à l'époque par les spécialistes du genre : les effets gore tiennent encore parfaitement la route de nos jours.

Quant au casting, il est constitué d'excellents interprètes à la tête desquels trône l'acteur californien Jeffrey Combs (qui jouera en tout à cinq reprises en compagnie de Stuart Gordon et campera notamment divers personnages dans différentes sagas de la franchise Star Trek). A ses côtés, l'acteur Bruce Abbott, originaire de Portland, ancien époux de l'actrice Linda Hamilton (Terminator 1&2), qui reviendra dans le second épisode dans le rôle de Dan Cain mais qui fut jusqu'en 2002, davantage habitué aux plateaux de séries télévisées que de cinéma. Barbara Crampton incarne quant à elle la très sexy Megan Halsey. Ingénu personnage n'hésitant pourtant pas à se mettre à nue pour les besoins du film. La jeune femme, plus connue pour son rôle dans Re-Animator que pour sa petite trentaine de participations à divers longs-métrages se verra notamment offrir l'un des rôles principaux du nouveau film de Stuart Gordon tourné dès l'année suivante, From Beyond. L'un des personnages les plus charismatiques de Re-Animator demeure celui qu'interprète l'acteur David Gale. Dans la peau du Docteur Carl Hill, il incarne en effet un médecin et professeur éprit de pouvoir et de reconnaissance. Un être monstrueux, véritable obsédé sexuel (son œil brille lorsqu'il évoque la fille du directeur de l'université), il n'hésite pas à lui-même ôter la vie lorsque cela s'avère nécessaire pour sa carrière. Un individu répugnant parfaitement interprété par David Gale. Anecdote : le premier cadavre à être réanimé dans la morgue (celui qui tue le père de Megan avant d'être lui-même perforé par une scie chirurgicale) n'est autre que la doublure de l'acteur Arnold Schwarzenegger. Re-Animator demeure plus de trente ans après sa sortie comme l'un des grands classiques du gore. Au même titre que Bad taste, Brain Dead, ou Street Trash...

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