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vendredi 10 août 2018

Stuck de Stuart Gordon (2007) - ★★★★★★★☆☆☆



Dans la vie, il y a pire que de perdre son emploi, son logement, sa famille ou sa fierté. Pire que de partager une bouteille de mauvais vin avec un clochard, dormir sur un banc public, ou être ignoré des passants. Le pire est arrivé à Tom (l'acteur Stephen Rea), qui alors qu'il déambule dans la rue à la recherche d'une mission où passer la nuit, est renversé par une voiture au volant de laquelle se trouve Brandi. Une jeune femme bien sous tous rapports. Une infirmière proche de ses patients, compréhensive, mais dont le penchant pour certaines drogues va la plonger dans un cauchemar sans fin. Un très mauvais rêve dans lequel elle va attirer non seulement Tom, mais également son compagnon Rashid. Le cinéaste Stuart Gordon se penche sur cette sordide histoire inspirée d'un fait-divers authentique. L'auteur de Re-Animator, de From Beyond et de Dagon signe en cette année 2007, ce qui demeure jusqu'à aujourd'hui, son dernier long-métrage. Le cinéaste offre le premier rôle à l'actrice américaine Mena Suvari que l'on a pu notamment voir dans American Beauty de Sam mendes, l'immonde Jour des Morts de Steve Miner ou la série des American Pie. Le britannique Stephen Rea n'est pas un inconnu des amateurs de cinéma puisque dès le début des années quatre-vingt, il a débuté une longue carrière qui l'a vu interpréter d'intéressants personnages dans La Compagnie des Loups de Neil Jordan, Citizen X de Chris Gerolmo, ou encore V pour Vendetta de James MC Teigue.

Stuck est une excellente surprise, et même si son doublage en française se révèle plutôt médiocre, l'épreuve subie par ses principaux personnages a de quoi passionner les fans de thrillers et d'épouvante. Le récit se résume simplement,, entre le garage d'une jeune femme responsable d'un accident de la route ayant fait une victime en la personne d'un SDF nouvellement... promu au statut de clochard, et l’hôpital dans lequel elle travailler avec dévotion. Le résultat est particulièrement satisfaisant. Surtout que l'on se demande de quelle manière aboutira ce récit, entre la tentative désespérée de la jeune femme de se débarrasser du corps encore chaud de sa victime, et de cette dernière, dont les dernières forces suffisent à le maintenir en vie et lui faire espérer que quelqu'un lui viendra en aide. Une hypothèse qui ne débouche sur rien, entre des voisin immigrés ne voulant pas provoquer le moindre remous, et un très... 'précieux' passant qui n'a d'yeux que pour son petit roquet, ignorant les suppliques d'un homme en train de se vider de son sang dans le garage d'une infirmière endossant le costume d'une hypothétique meurtrière.

Stuart Gordon évoque un temps les conditions précaires des laissés pour compte. De la broyeuse administrative qui demande à son client de remplir un dossier afin de s'inscrire à l'ANPE alors même qu'il a déjà obtenu un rendez-vous après avoir rempli et envoyé ce même document , jusqu'à la rue, dont le cinéaste nous épargne certains aspects pour se concentrer davantage sur le choc, au sens propre, qui va bientôt unir dans le sang, Brandi et sa victime. Considérant que Stuck est inspiré d'un fait-divers authentique, le spectateur ne pourra qu'éprouver quelques frisson d'horreur à l'évocation du cauchemar vécu par un homme qui passa plus de vingt-quatre heures encastré dans le par-brise d'une voiture enfermée dans le garage de sa propriétaire. Le personnage de Brandi nous étant tout d'abord présenté comme une infirmière admirable, la jeune femme se mue peu à peu en un monstre de froideur, allant jusqu'à demander à son compagnon de tuer l'homme dont elle n'arrive décidément pas à se débarrasser. Derrière l'horreur de cette situation, le cinéaste imprime à son œuvre quelques séquences amusantes, pourtant liées à l'horreur de la situation. Dans la peau de Rashid, l'acteur Russel Hornsby déclenche des rires (in)volontaires de la part d'un public amusé devant l'inaptitude du personnage à accepter la responsabilité de se débarrasser du corps de Tom. Stephen Rea est convaincant, et même parfois touchant, surtout au début, lorsque son personnage est mis face à sa nouvelle condition de sans domicile fixe. Stuart Gordon réalise là une série B très honnête à laquelle nous pourrions cependant reprocher une esthétique un peu trop lisse. Mais à part cela, Stuck est une agréable surprise...

jeudi 21 septembre 2017

Les tueurs qui inspirent le 7ème art : Andreï Tchikatilo - Citizen X de Chris Gerolmo (1995) - ★★★★★★★★☆☆







De la fiction...
Quatre films relatent le cas du tueur en série ukrainien Andreï Tchikatilo, lequel s'est rendu coupable de cinquante-deux meurtres entre la fin des années soixante-dix et le début des années quatre-vingt dix, et dont au moins trente ont été perpétrés sur des enfants âgés de moins de dix-sept ans. Citizen X est le premier à voir le jour. Il s'agit à proprement parler d'un téléfilm américain suivant les traces du plus prolifique tueur en série de la période soviétique, remarquablement mis en scène par le cinéaste Chris Gerolmo et admirablement interprété par Stephen Rea, Donald Sutherland, Max von Sydow, et surtout Jeffrey DeMunn qui pour l'occasion endosse le rôle du tueur. Mais plus encore que l'enquête en cours, le réalisateur s'attarde sur l'un des points ayant rendu l'enquête de l'inspecteur chargé de débusquer le tueur en série si difficile. Régulièrement, le Lieutenant Viktor Burakov est amené à témoigner de la progression de l'enquête devant une commission constituée du chef du KGB pour la région de Rostov, le général Ivanof, du maire Tatievski, et surtout du camarade Bondarchuk, responsable idéologique de la cellule régionale du parti. C'est notamment avec ce dernier que l'enquêteur aura maille à partir, même si Burakov pourra compter sur le soutien de son supérieur hiérarchique, le colonel Mikhail Fetisov.

Un Bondarchuk interprété de manière fort inquiétante par l'acteur britannique Joss Ackland. Un personnage rejetant l’hypothèse selon laquelle le tueur pourrait être unique et donc, un serial killer. Des habitudes toutes occidentales impossibles à concevoir durant le régime soviétique. L'homme profite d'ailleurs du climat délétère et de cette série de meurtres abominables dont font parfois les frais de jeunes garçons pour que soit ouverte une véritable chasse aux homosexuels. Des individus jugés à l'époque déviant et auxquels le sort accordé était peu enviable : ceux-ci risquaient effectivement leur déportation au goulag, certains disparaissant sans laisser de traces ou étant purement et simplement exécutés. Pendant que les rafles dans les milieux homosexuels se multiplient, le nombre de morts lui aussi, grandit. Ce n'est que grâce à l'intervention du colonel Mikhail Fetisov que Donald Sutherland interprète avec beaucoup de cran que l'affaire prendra un tournant décisif. Citizen X, du haut de son statut de téléfilm est un dans son genre, un petit bijou qui remporta bon nombre de prix tel celui du meilleur film et du meilleur second rôle masculin pour Jeffrey DeMunn (effectivement excellent dans le rôle du fou sanguinaire Andrei Chikatilo) aux CableACE awards en 1995, ce même Jeffrey DeMunn remporta également un Emmy award pour son interprétation tandis que le Festival International du film de Catalogne permit au téléfilm de Chris Gerolmo de rafler la mise avec pas moins de trois prix : Meilleur film, Meilleur réalisateur et meilleur acteur pour Stephen Rea. Donald Sutherland ne fut pas oublié puisqu'il repartit avec le Golden Globe du meilleur second rôle l'année suivante. Enfin, le scénario de Chris Gerolmo que le cinéaste adapta à partir du livre The Killer Department de Robert Cullen, il fut considéré comme la meilleure adaptation d'un ouvrage littéraire à la Writers Guild of America...

… à la réalité
Né le 16 octobre 1936 à Lablotchnoïe et mort exécuté d'une balle dans la nuque le 14 février 1994, celui que toute la presse surnommait « Le monstre de Rostov » fut le pire tueur du Régime Soviétique. On lui octroya 52 meurtres, la première de ses victimes fut Elena Zakotnova, une jeune fille âgé de neuf ans seulement. Andreï Tchikatilo attendra trois ans avant de commettre son second meurtre. Le tueur avait pour habitude de violer ses victimes (avant ou après leur mort), de les poignarder, de les étrangler, et d'arracher parfois leur appareil génital (en l’occurrence, celui des victimes de sexe masculin) à pleine dents. Après avoir perpétré 52 meurtres, Andreï Tchikatilo est finalement arrêté le 20 novembre 1990 devant chez lui. Le procès de l'anthropophage dont le cynisme est resté dans toutes les mémoires s'ouvre le 14 avril 1992, soit un an et demi après son arrestation. Il est condamné à mort le 15 octobre de la même année puis est exécuté de façon sommaire un an et quatre mois plus tard...
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