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jeudi 8 février 2024

TROMA : Christmas Evil de Lewis Jackson (1980) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Des œuvres hantées par des désaxés il en existe des wagons entiers. Des films par dizaines, par centaines et sans doute par milliers. Mais combien parmi ceux-ci restent réellement cramponnés à nos cervelles de cinéphages adeptes de pellicules horrifiques ? Le Frank Zito du Maniac de William Lustig et son fâcheux complexe d'œdipe. Le psychopathe de Schizophrenia de Gerald Kargl qui après avoir subit un long passage en prison ne pensait qu'à une seule chose le jour de sa libération : commettre de nouveaux meurtres. George Tatum de Cauchemars à Daytona Beach de Romano Scavolini qui malgré un long séjour en hôpital psychiatrique ne s'était pas remis du drame dont il fut le témoin et l'auteur lorsqu'il n'était qu'un tout jeune enfant. Donald Kohler de Pyromaniac de Joseph Ellison qui pour se venger de l'attitude de sa mère envers lui lorsqu'il était enfant invitait des femmes chez lui pour y mettre le feu. Enfin, plus proche du sujet qui nous intéresse ici, Billy Chapman de Silent Night, Deadly Night de Charles E. Sellier Jr. dans lequel un adulte se déguisait en Père Noël pour commettre toute une série de meurtres autour de lui des décennies après avoir été le témoin du double meurtre de ses parents. Long-métrage qui sortira en 1984 et deviendra l'un des portes-étendards d'un sous-genre du cinéma d'horreur mettant en scène des Pères Noël assassins ! Christmas Evil, lui, est une œuvre à part, méconnue et dont l'intrigue se rapproche très sensiblement de celle de Charles E. Sellier Jr. Là encore, le principal protagoniste est dès son plus jeune âge témoin d'un événement qui va le marquer à jamais. Rien d'aussi dramatique que le meurtre des parents de Billy Chapman puisque le jeune Harry Stadling va simplement voir sa mère être caressée par son époux que le garçon évalue non pas en tant que paternel mais comme Père Noël. Un choc donc pour le jeune garçon qui se réfugie alors dans sa chambre. Trente-trois ans plus tard nous le retrouvons devant la chaîne d'une usine de fabrication de jouets pour Noël. Et visiblement, Harry est demeuré très marqué par ce qu'il vécu étant enfant. Face au cynisme de ses collègues de travail qui le méprisent, lui qui a gardé son âme d'enfant est bien décidé pour cette fin d'année à devenir le nouveau Père Noël... Dire que Christmas Evil est une œuvre étrange relève de l'euphémisme. Le contexte dans lequel vit Harry le rapproche lointainement de Frank Zito.


Si ce dernier faisait une fixation sur sa propre mère au point de collectionner chez lui les mannequins de vitrine surmontés des scalps de ses victimes, Harry, lui, vit entouré de symboles directement liés à la magie de Noël. Si l'on observera que d'origine la pratique n'a rien de vraiment inquiétante dans l'absolu, le comportement plus que curieux de Harry laisse craindre le pire quant aux événements à venir. L'un des principaux intérêts de Christmas Evil est l'interprétation de l'acteur Brandon Maggart qui joue donc ce type franchement perché. Acteur peu ou pas connu chez nous, Brandon Maggart débuta sa carrière et apparu notamment dans la série Sesame Street qui chez nous fut adaptée dans notre langue et renommée 1, rue Sésame. S'il apparaît ensuite dans Pulsions de Brian De Palma ou dans les séries Madame est servie et Urgences, on peut supposer que Christmas Evil fut le film le plus important de sa carrière du fait qu'il y tient le premier rôle. Et à cette occasion, l'acteur s'en donne à cœur joie. Produit par la Troma Entertainment, le film distille une certaine ambiguïté relative au comportement du protagoniste qui épie ses jeunes voisins pour savoir qui parmi eux mérite de recevoir des cadeaux. L'âge de la pellicule aidant (le film a depuis été restauré dans une version 4K distribuée chez nous chez Carlotta Films en décembre 2021), le grain accentue le malaise qui se dégage de certaines séquences. Comme celle de ces trois enfants observant au début le Père Noël déposer des cadeaux au pied de la cheminée familiale. Trois bambins que le réalisateur filme d'une si étrange manière qu'ils apparaissent tout d'abord comme des mannequins de vitrine figés dans leur expression. Glaçant. Mais ce qui fait de Christmas Evil une œuvre véritablement singulière se situe non seulement au niveau du choix de la bande-son où s’entremêlent nappes lugubres et chansons de Noël déviées de leur objectif d'origine mais également du caractère inattendu de la mise en scène. Le résultat est aussi ''absurde'' que peut l'être le récit lui-même et dont il est durant un certain temps difficile de savoir où veut très précisément en venir Lewis Jackson. Le personnage central navigue dans un univers fantasmagorique qui transpire littéralement à chaque plan. Comme si l'esprit malade du protagoniste avait, on ne sait par quel miracle, contaminé la mise en scène de Lewis Jackson. Au final, Christmas Evil est une expérience vraiment à part. Presque unique dirons-nous. À déguster en fin d'année, en somme. Maintenant que vous êtes prévenus, vous saurez quoi faire le soir du 24 décembre 2024 si jamais vous ne trouvez rien de mieux à faire...

 

jeudi 21 septembre 2017

Les tueurs qui inspirent le 7ème art : Andreï Tchikatilo - Citizen X de Chris Gerolmo (1995) - ★★★★★★★★☆☆







De la fiction...
Quatre films relatent le cas du tueur en série ukrainien Andreï Tchikatilo, lequel s'est rendu coupable de cinquante-deux meurtres entre la fin des années soixante-dix et le début des années quatre-vingt dix, et dont au moins trente ont été perpétrés sur des enfants âgés de moins de dix-sept ans. Citizen X est le premier à voir le jour. Il s'agit à proprement parler d'un téléfilm américain suivant les traces du plus prolifique tueur en série de la période soviétique, remarquablement mis en scène par le cinéaste Chris Gerolmo et admirablement interprété par Stephen Rea, Donald Sutherland, Max von Sydow, et surtout Jeffrey DeMunn qui pour l'occasion endosse le rôle du tueur. Mais plus encore que l'enquête en cours, le réalisateur s'attarde sur l'un des points ayant rendu l'enquête de l'inspecteur chargé de débusquer le tueur en série si difficile. Régulièrement, le Lieutenant Viktor Burakov est amené à témoigner de la progression de l'enquête devant une commission constituée du chef du KGB pour la région de Rostov, le général Ivanof, du maire Tatievski, et surtout du camarade Bondarchuk, responsable idéologique de la cellule régionale du parti. C'est notamment avec ce dernier que l'enquêteur aura maille à partir, même si Burakov pourra compter sur le soutien de son supérieur hiérarchique, le colonel Mikhail Fetisov.

Un Bondarchuk interprété de manière fort inquiétante par l'acteur britannique Joss Ackland. Un personnage rejetant l’hypothèse selon laquelle le tueur pourrait être unique et donc, un serial killer. Des habitudes toutes occidentales impossibles à concevoir durant le régime soviétique. L'homme profite d'ailleurs du climat délétère et de cette série de meurtres abominables dont font parfois les frais de jeunes garçons pour que soit ouverte une véritable chasse aux homosexuels. Des individus jugés à l'époque déviant et auxquels le sort accordé était peu enviable : ceux-ci risquaient effectivement leur déportation au goulag, certains disparaissant sans laisser de traces ou étant purement et simplement exécutés. Pendant que les rafles dans les milieux homosexuels se multiplient, le nombre de morts lui aussi, grandit. Ce n'est que grâce à l'intervention du colonel Mikhail Fetisov que Donald Sutherland interprète avec beaucoup de cran que l'affaire prendra un tournant décisif. Citizen X, du haut de son statut de téléfilm est un dans son genre, un petit bijou qui remporta bon nombre de prix tel celui du meilleur film et du meilleur second rôle masculin pour Jeffrey DeMunn (effectivement excellent dans le rôle du fou sanguinaire Andrei Chikatilo) aux CableACE awards en 1995, ce même Jeffrey DeMunn remporta également un Emmy award pour son interprétation tandis que le Festival International du film de Catalogne permit au téléfilm de Chris Gerolmo de rafler la mise avec pas moins de trois prix : Meilleur film, Meilleur réalisateur et meilleur acteur pour Stephen Rea. Donald Sutherland ne fut pas oublié puisqu'il repartit avec le Golden Globe du meilleur second rôle l'année suivante. Enfin, le scénario de Chris Gerolmo que le cinéaste adapta à partir du livre The Killer Department de Robert Cullen, il fut considéré comme la meilleure adaptation d'un ouvrage littéraire à la Writers Guild of America...

… à la réalité
Né le 16 octobre 1936 à Lablotchnoïe et mort exécuté d'une balle dans la nuque le 14 février 1994, celui que toute la presse surnommait « Le monstre de Rostov » fut le pire tueur du Régime Soviétique. On lui octroya 52 meurtres, la première de ses victimes fut Elena Zakotnova, une jeune fille âgé de neuf ans seulement. Andreï Tchikatilo attendra trois ans avant de commettre son second meurtre. Le tueur avait pour habitude de violer ses victimes (avant ou après leur mort), de les poignarder, de les étrangler, et d'arracher parfois leur appareil génital (en l’occurrence, celui des victimes de sexe masculin) à pleine dents. Après avoir perpétré 52 meurtres, Andreï Tchikatilo est finalement arrêté le 20 novembre 1990 devant chez lui. Le procès de l'anthropophage dont le cynisme est resté dans toutes les mémoires s'ouvre le 14 avril 1992, soit un an et demi après son arrestation. Il est condamné à mort le 15 octobre de la même année puis est exécuté de façon sommaire un an et quatre mois plus tard...

mardi 15 août 2017

Warning Sign de Hal Barwood (1985) ★★★★★★★☆☆☆



C'est ce qui s'appelle ne pas avoir de chance. Des scientifiques ont beau porter des accoutrements censés les prémunir de toute forme de virus, un accident, pour le coup, terriblement stupide, va plonger tout un groupe de chercheurs enfermés dans l'une des ailes d'un laboratoire supposé mener des expériences agronomiques, en quarantaine. Tout ça parce qu'une étiquette mal collée sur un tube à essai s'est malencontreusement accrochée à la manche de l'un des chercheurs avant de tomber au sol. Résistant à la chute, le tube renfermant un très dangereux virus ne résistera pas longtemps à la pression exercée par le pied d'un scientifique qui ne se doute pas alors, qu'il a sous le pied, une véritable bombe à retardement. Maintenant un suspens inutile puisque l'issue fatale y est dès le départ évidente, la zone est déclarée en quarantaine. Pas très sérieux, GW Bailey (le capitaine Thaddeus Harris de la saga Police Academy), ici dans le rôle de l'un des principaux scientifiques, Tom Schmidt, s'éloigne pourtant du personnage très barré qui le rendit célèbre durant le courant des années quatre-vingt. S'il manque de sérieux, c'est cette fois-ci à travers son personnage. Un scientifique qui malgré les directives dues au protocole mis en place une fois le virus diffusé dans l'air ne semble pas prendre très au sérieux les risques de contamination. Heureusement que la gardienne Joanie Morse veille au grain et que quelques-uns tentent de raisonner le scientifique.

Réalisé en 1985 par le cinéaste Hal Barwood dont Warning Sign semble être le seul et unique long-métrage (télévisé de surcroît), le téléfilm, connu chez nous sous le titre Contact Mortel est une assez bonne surprise qui rappelle sensiblement The Crazies que le regretté George Romero réalisa en 1973. Bien que réalisé douze ans plus tard, Warning Sign fait tout de même partie de cette vague de projets cinématographiques et télévisuels qui initièrent sans doute sans le vouloir celle qui depuis quelques années envahie les écrans de cinéma. Au cœur de cette intrigue, un virus dont les effets se révèlent particulièrement étonnants puisque ne se contentant pas uniquement de tuer son porteur , il provoque chez lui un accès de violence incontrôlable. 26 Jours Plus Tard, Rec, et leurs dizaines d’ersatz ne sont donc pas très loin.

On aurait pu redouter son statut de téléfilm, mais les présences de Sam Waterston, Yaphet Kotto, Richard A. Dysart, Jeffrey DeMunn, G. W. Bailey, ou encore de Jerry Hardin rassurent sur la bonne tenue de l'interprétation et de l'intrigue de Contact Mortel. Un joli casting pour un récit prenant, qui laisse entrevoir les travers d'une humanité pas toujours capable d'estimer les risques liés à certaines expérimentations et encore moins capable de maintenir une cohésion face au danger et à l'incompréhension. D'où un certain désordre que l'on retrouvait déjà en 1973 dans l’œuvre de George Romero. L'éternel combat entre autorité civile, militaire et scientifique à une fois encore lieu. Comme très souvent cela fut le cas par le passé et tel qu'il fera sans doute à jamais partie des gimmicks cinématographiques, on a droit au poivrot de service sans lequel rien ne pourrait aller mieux mais qui, de l'avis général, ne fera que compliquer les choses. Réveillé d'une nuit alcoolisée, il entre en scène sous les traits de l'acteur Jeffrey DeMunn, un habitué de l'univers du romancier Stephen King puisqu'il participa à au moins trois adaptation cinématographiques du maître de l'épouvante.

En toile de fond on a droit à la sempiternelle sérénade anti-bactériologique. Un sujet dont le cinéma est friand. Contact Mortel est un téléfilm agréable à suivre et l'un des ancêtres de la vague de films d'infectés qui pullulent de nos jours. Une curiosité...


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