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dimanche 18 juin 2023

Extraction (Tyler Rake) de Sam Hargrave (2020) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Tyler Rake est un nom sur lequel les amateurs de cinéma d'action débridé vont désormais devoir compter. Alors que les secondes aventures de ce mercenaire viennent de débarquer sur la plate-forme Netflix avant-hier seulement, retour sur les précédentes péripéties de ce valeureux héros situées au Bangladesh. Premier long-métrage après une poignée de courts pour Sam Hargrave, Tyler Rake réussi l'exploit de renouveler le genre tout en empruntant ses us et coutumes. Des codes réglés ici au cordeau pour un voyage exotique incroyablement intense. Ici, pas de guerre de territoire dans les quartiers les plus chauds des États-Unis ou du Mexique mais celle que mène un certain Amir Asif (Priyanshu Painyuli) contre Ovi Mahajan Sr. (Pankaj Tripathi) dont le fils du même nom (Rudhraksh Jaiswal) vient d'être enlevé par ses hommes alors que le jeune adolescent était de sortie avec l'un de ses amis. Deux narcotrafiquants rivaux dont l'un ''dispose'' d'une police totalement corrompue tandis que le second est en prison. De sa cellule, le père d'Ovi Jr. ordonne à son homme de main Saju Rav (Randeep Hooda) de retrouver son fils et de le libérer. De son côté, une certaine Nik Khan (l'actrice Golshifteh Farahani) propose à Tyler Kane un nouveau contrat : s'introduire dans le repaire où est retenu Ovi Jr. et l'extraire de la ville pour le mettre en sécurité. Voilà tout ce qu'il s'agit de savoir sur le déroulement du récit qui comme une grande majorité des films d'action repose sur une ligne de conduite relativement claire et basique : Soit, partir d'un point A pour se rendre jusqu'au point B. Écrit par le scénariste Joe Russo, le script repose sur le comic book Ciudad conjointement écrit et dessiné aux côtés de son frère Anthony et de Fernando Leon Gonzalez et Ande Parks. Les plus fervents amateurs de cinéma d'action observeront que le long-métrage de Sam Hargrave emprunte quelques situations à quelques grands films du genre. Et même un peu au delà avec cette éternelle histoire du héros chargé de maintenir en vie un homme, un enfant ou une femme...


Ici, en l'occurrence, un jeune indien. D'ailleurs, le casting est majoritairement interprété par des acteurs d'origine indienne. Une actrice, Golshifteh Farahani, sublime, et des partenaires masculins et charismatiques. À l'époque de sa sortie en 2006, Les Fils de l'homme d'Alfonso Cuarón semblait avoir posé les bases d'un style visuel et technique proprement vertigineux. On se rappelle notamment la fameuse séquence de la traversée de la ville d'une durée de quinze minutes environ et entièrement filmée en plan-séquence. C'est depuis devenu une habitude très largement employée même si beaucoup de cinéastes usent de subterfuges afin de tronquer le procédé en camouflant le montage à travers d'invisibles raccords. C'est le cas ici, mais qui oserait s'en plaindre lorsque Sam Hargrave nous offre au moins trois séquences parfaitement mémorables ? Une course-poursuite en voiture digne de certaines des plus belles ouvertures de FPS façon Call of Duty. Une seconde, à pieds cette fois-ci, opposant Tyler Rake et Ovi aux forces de l'ordre dans des ruelles et des immeubles aux allures de bidonvilles. Et enfin, une scène située sur un pont, dernier rempart avant que l'adolescent ne soit enfin mis à l'abri. Tyler Rake est le concurrent direct de la franchise John Wick de Chad Stahelski. Même manière d'aborder l'usage des armes ou les combats au corps à corps. Le long-métrage de Sam Hargrave paraît d'ailleurs emprunter l''une des idées centrales du troisième volet John Wick Parabellum dans lequel le héros incarné par Keanu Reeves semblait être pourchassé par tous les habitants de Manhattan tandis que Dhaka, ville où se situe l'action de Tyler Rake semble être poussée d'un seul même élan visant à tuer le mercenaire contre la promesse d'une très lucrative récompense. Visant prioritairement l'action, le long-métrage réserve quelques micro-séquences qui tentent à prouver que le réalisateur est attaché à ses personnages et à leur caractérisation. Si l'on ne doute pas que dans le prochain volet des aventures de Tyler Rake l'on en saura davantage sur sa personnalité, on peut notamment apprécier l'échange téléphonique entre Saju Rav, son épouse et son enfant. Entre décors d'une incroyable richesse, une gestion des figurants et des objets absolument démente et une action effrénée à peine ralentie par quelques moments de calme, on tient là une véritable pépite. Reste maintenant à savoir si Tyler Rake 2 confirmera que la relève est assurée...

 

vendredi 29 mai 2020

L'Angle Mort de Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic (2019) - ★★★★★★★☆☆☆



Lorsque l'on découvre le synopsis de L'Angle Mort, troisième long-métrage du duo formé par Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic, on pense forcément à l'ouvrage de H.G.Wells publié en 1897, L'Homme Invisible. Mais lorsque l'on plonge dans l'aventure mettant en scène le personnage de Dominick Brassan qu'incarne à l'écran l'acteur d'origine togolaise Jean-Christophe Folly, c'est déjà tout autre chose. Les deux réalisateurs ne se sont pas simplement contentés d'adapter à la ligne près le roman fantastique de l'écrivain britannique. À dire vrai, il n'en demeure même qu'une infime parcelle ne relevant ni de son aspect scientifique, ni du dérèglement psychologique dont sera victime Griffin, le héros du roman. D'ailleurs, le film de Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic repose en fait sur un scénario qu'ils ont conçu eux-même à partir d'une idée originale d'Emmanuel Carrère, romancier (La Classe de Neige, adapté sur grand écran en 1998 par Claude Miller), scénariste donc, et surtout réalisateur du brillant La Moustache notamment interprété par Vincent Lindon et Emmanuelle Devos en 2005...

Ici, le principe n'est pas tant d'impressionner les spectateurs à travers l'extraordinaire pouvoir d'un homme tout à fait ordinaire que de s'appuyer sur l'existence de son personnage principal. L'Angle Mort repose sur un concept fort. Et même, sur différentes idées. Le pouvoir d'attraction de ce long-métrage plus dramatique que fantastique s'inscrit dans une certaine logique. Surtout si l'on considère les deux premiers films de Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic (Dancing en 2003 et L'Autre en 2009) et dont L'Angle Mort assume une certaine filiation. Ici, le pouvoir d'invisibilité est tantôt vécu comme un atout, tantôt comme une contrainte. À travers un minimum d'effets ne requérant pas ou (si peu) la participation de génies en effets-spéciaux de maquillages ou numériques, Jean-Christophe Folly se met littéralement à nu devant la caméra des deux réalisateurs. Leur film rejoint l'excellent Vincent n'a pas d’Écailles de Thomas Salvador réalisé cinq ans auparavant dans son approche réaliste d'un thème au fort pouvoir d'attraction...

Les deux réalisateurs imaginent des situations complexes, des rapports entre humains bouleversants. On pense notamment à la relation que mène le héros avec la voisine d'en face, Elham (l'actrice iranienne Golshifteh Farahani), atteinte de cécité. Ses retrouvailles avec son ancien pote Richard Jaskowiak (le franco-algérien Sami Ameziane) lui-même ''armé'' du même pouvoir d'invisibilité. Ou son rapport à sa sœur Cynthia (l'ivoirienne Claudia Tagbo). L’œuvre y est parcourue par la présence discrète de la toujours brillante Isabelle Carré qui incarne la compagne de Dominick.. Surtout, L'Angle Mort se termine comme il débuta. Dans une simplicité qui n'appartient qu'au quotidien le plus anodin. Au spectateur de voir si le pouvoir du héros est un don ou une punition. Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic nous abandonnent très certainement avec une foule de questions. À nous de nous y replonger afin de décrypter ce qui est demeuré dans l'ombre. L'Angle Mort est une belle surprise, où la musique prend une place très importante, entre rock, tribal et nappes envoûtantes. Un long-métrage qui ne ressemble finalement qu'à ses auteurs et aborde des thèmes universels sous un angle original. À voir...
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