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dimanche 30 octobre 2022

Irréductible de Jérôme Commandeur (2022) - ★★★★★★★☆☆☆




La semaine du 29 juin, pendant que je trimais à ''l'usine à trier les factures et autres courriers plus ou moins prioritaires'' à l'attention de mes concitoyens, ma compagne se payait une tranche de rire en salle obscure. Sans moi !!! Et pour une fois qu'une comédie française avait l'air franchement drôle, il a fallut que mon métier nous sépare. Heureusement, il est des méthodes qui n'ont rien de miraculeux mais qui demandent cependant un effort financier pour pouvoir longtemps après profiter du spectacle sans bouger de chez soi. Renoncer à quelques deniers paraît de moins en moins compliqué. Les services de VOD, Streaming et autres joyeusetés se multipliant au grès des envies. À la question ''trouvez-vous Jérôme Commandeur drôle et sympathique ?'', j'imagine que ceux qui répondront par la négative ne se bousculeront pas au portillon. Car quoi que l'on pense de ses spectacles ou des rôles qu'il a interprété jusqu'ici sur grand et petit écran, cet humoriste, acteur ET réalisateur possède un sacré capital sympathie. Six ans après avoir réalisé le plaisant Ma famille t'adore déjà ! en collaboration avec Alan Corno, Jérôme Commandeur est revenu cette année avec Irréductible. Long-métrage qui sous son nom de bande-dessinée adaptée au cinéma (ce qu'il n'est évidemment pas) est en fait le remake hexagonal de la comédie italienne Quo Vado ? réalisée en 2016 par Gennaro Nunziante. Une œuvre que l'humoriste, acteur et réalisateur s'approprie ici entièrement puisque Irréductible bénéficie de la touche ''Jérôme Commandeur''. Tout ce qui caractérise ce personnage haut en couleur qui débuta sa carrière sur scène en 1997 s'exprime effectivement dans cette comédie légère et situant son action entre l’Équateur, le Pôle Nord, la Suède et... la banlieue parisienne (bien que tourné dans l'hexagone ainsi qu'à La Réunion)...


Vincent Peltier a la Fonction Publique dans la peau. Comme son père avant lui. Ses beaux-parents y sont très attachés. Au cas échéant, Vincent aurait pu être cireur de pompes vu avec quelle application il cire celles de sa belle-mère qu'interprète l'actrice Eva Darlan. L'aventure de ce fonctionnaire traqué par l’inspectrice du ministère de la Fonction Publique Isabelle Bailliencourt qui tente de lui faire signer sa démission contre un chèque de quelques dizaines de milliers d'euros débute en pleine cambrousse. À bord d'un taxi conduit par le toujours désopilant Estéban, Vincent est kidnappé par une dangereuse tribu dont le chef du village, Coca (l'acteur au regard hypnotisant Jean-Louis Loca) exige du jeune homme qu'il lui raconte sa vie afin de savoir s'il mérite ou non d'être épargné ou brûlé vif dans un bûcher. Commence alors un retour en arrière, de la petite enfance de Vincent jusqu'à ses tribulations à travers le globe ! Sous ses allures de comédie légère, Irréductible n'en est pas moins riche en événements conduits par toute une tripotées de seconds rôles parmi lesquels nous retrouvons Lætitia Dosch dans la peau de la suédoise Eva, Christian Clavier dans le rôle du responsable du syndicat des cheminots Michel Gougnat, Gérard Darmon dans le costume étriqué du ministre de la Fonction Publique Roselyn Bacheron (inutile de préciser d'où provient la référence) ainsi que quelques personnages généreusement offerts à Valérie Lemercier, Malik Bentahla, Gérard Depardieu (pour une séquence émouvante où il évoquera comme personne son amour de la France) ou encore l'éternel Michel Crémadès...


Si le principe peut sembler parfois rédhibitoire, ici, le fait que Jérôme Commandeur fasse du Jérôme Commandeur est un atout que ne dénigreront que ceux qui n'apprécient pas particulièrement son style. Pour les autres, le pari est gagné. Lui que l'on retrouvera quelques mois plus tard dans l'excellente suite de Barbecue intitulée Plancha (Non, non, ça n'est pas une plaisanterie) réussi le pari de signer le remake d'une comédie italienne en lui donnant un ton qui lui est propre. Celui qu'imprime en général l'acteur et humoriste où qu'il intervienne. Si Irréductible ne révolutionne évidemment pas le genre, il s'y passe tant de choses que même les plus réfractaires à l'humour de la star trouveront de quoi se sustenter. N'écoutez par les ignares qui osent le comparer aux Chevaliers du Fiel (et leur infâme doublé Les Municipaux, ces héros/Les Municipaux, trop c'est trop). Car si le second long-métrage de Jérôme Commandeur en tant que réalisateur et principal interprète n'est pas toujours irrésistiblement drôle, au regard de la production annuelle française en matière de comédies françaises, il est encore parmi ceux qui s'en sont très honnêtement sortis cette année 2022...


samedi 30 mars 2019

Femme Fatale de Brian de Palma (2002) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Mon dernier Brian de Palma remonte à 2000. Soit, dix-neuf ans en arrière. Presque une génération, à quelques années près. Autant dire que j'ai du retard à rattraper même si l'auteur des classiques que sont Phantom of the Paradise (1974), Pulsions (1980), Body Double (1984) ou encore L'Esprit de Caïn (1992) n'a tourné que cinq long-métrages en dix-neuf ans (on attend toujours Domino, son dernier né). Le premier d'entre eux est sorti en 2002, s'intitule Femme Fatale et bénéficie depuis son passage à la moulinette des critiques, d'une réputation relativement peu élogieuse. Le public ne semble avoir suivi qu'en de très petites proportions l'idée centrale du film et la mise en scène de Brian de Palma tandis que la presse s'est partagée, entre enthousiasme et déception...

Pour bien comprendre les raisons pour lesquelles le film n'a pas fait l'unanimité, sans doute suffit-il de revenir sur l'une des premières séquences, d'une durée très légèrement inférieure à vingt minutes, et au cours de laquelle le spectateur assiste à un vol de diamants incrustés dans la robe on ne peut plus légère d'un mannequin venu au bras du cinéaste français Régis Wargnier (qui incarne donc son propre rôle) lors de la projection de son film Est-Ouest au festival de Cannes. Tournée par Brian de Palma, le spectateur aurait pu prétendre assister à un grand moment de mise en scène, et pourtant... la séquence est filmée sans engouement. D'une mollesse qui confinerait presque à l'amateurisme d'un jeune cinéaste voulant imiter ses pairs, la scène se traîne en longueurs sans qu'aucun des enjeux mis en place ne provoque la moindre émotion (ici, la tension) d'un public qui assiste alors à la séquence sans jamais rien ressentir. De plus, la scène est emplie d'incohérences impardonnables de la part du réalisateur. Comment peut-on en effet adhérer à l'idée qu'une jeune femme en éternelle « représentation » puisse passer autant de temps aux toilettes avec sur le dos une robe estimée à dix millions de dollars sans que personne (et surtout pas ses deux gardes du corps) ne s'inquiète de la durée de son absence ? Ou bien que l'un des organisateurs du vol puisse passer à seulement quelques centimètres de l'un des gardes du corps de la jeune femme sans que celui ne s'en rende compte (à croire que les 180° de champ de vision de l'homme ne s'appliquent pas à tout le monde). Et que penser de de cette scène durant laquelle le mannequin se retrouve dans les bras de l’héroïne complice du vol incarnée par l'actrice Rebecca Romijn ? Enfermées toutes deux dans les toilettes, à s'ébattre, tandis que de l'autre côté de la porte, et alors que la première débarrasse la seconde de sa robe de diamants par petits bouts, le voleur échange chaque parcelle de celle-ci par des faux ? La séquence ressemble à une chute de Mission Impossible que Brian de Palma aurait choisit de foutre aux ordures avant de la réemployer six ans plus tard en 2002. Une séquence enrobée d'un boléro très inspiré par celui de Maurice Ravel et composé ici par le musicien japonais Ryūichi Sakamoto. Notons de surcroît que la scène bénéficie d'un split-screen aussi timide qu'inutile...

Si par la suite le cinéaste fait preuve d'un peu plus de maîtrise en matière de mise en scène, le récit use de raccourcis parfois très gênants et dénotant d'une propension à la flemmardise lorsqu'il s'agit de développer certains aspects de l'intrigue. Une ellipse de sept années permet ainsi de justifier la disparition de l'héroïne incarnant désormais le personnage de Lily que les parents de cette dernière (incarnés par Jean-Marie Frin et Eva Darlan) confondent lors de la séquence succédant celle qui ouvre les hostilités. Une scène hautement improbable mais qui, reconnaissons-le, sème ce trouble dont seul a le secret Brian de Palma. Désormais épouse d'un ambassadeur, l'ancienne voleuse cache son identité pour que ses anciens complices ne puissent pas remonter jusqu'à elle. C'est là qu'entre en jeu l'acteur espagnol Antonio Banderas qui du haut de ses cinq ou dix centimètres de moins que Rebecca Romijn, paraît beaucoup moins charismatique que d'habitude dans son rôle de paparazzi. Pauvre individu que ce Nicolas Bardo qui malgré sa profession de charognard ne voit pas venir ce que lui réserve une Laure Ash/Lily beaucoup moins fragile qu'il n'y paraît. Mais déjà, j'en dis trop.

Femme Fatale réunit un casting pour le moins hétéroclite. Plus que le duo formé par Rebecca Romijn et Antonio Banderas, c'est bien la présence à l'écran d'une foule d'interprètes d'origine hexagonale qui fait l'une des particularités de ce vingt-sixième long-métrage du cinéaste américain né à Newark dans le New Jersey le 11 septembre 1940. Eriq Ebouaney et Edouard Montoute incarnent respectivement les anciens complices du vol Black Tie et Racine. J'ai déjà cité également Jean-Marie Frin et Eva Darlan dans le rôle des parents de la véritable Lily. On trouve ensuite l'excellent Thierry Frémont dans la peau de l'inspecteur Serra, un flic particulièrement tenace., et même Sandrine Bonnaire dans son propre rôle (minuscule et silencieux). Au milieu de ce casting pas tout à fait cent pour cent « frenchie », on trouve également les acteurs américains Peter Coyote dans le rôle de l'ambassadeur Bruce Watts et Gregg Henry, un habitué du cinéma de Brian de Palma (six participation au total dont l'inoubliable Sam Bouchard du chef-d’œuvre Body Double), dans celui du garde du corps Leonard Shiff. Au fil du récit, l'intrigue gagne quelque peu en épaisseur même si le long-métrage est loin d'atteindre les qualités des meilleurs de Palma et si les invraisemblances y sont légion. Une œuvre mineure, mais qui de manière générale, se hisse tout de même bien au dessus de la purge Mission to Mars que le cinéaste avait réalisé deux ans auparavant...
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