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mardi 7 mars 2023

La dégustation d'Ivan Calbérac (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

'' La dégustation '' d'Ivan Calbérac est typiquement le genre de long-métrage dont nous n'attendions pas grand chose. Et ce, malgré les présences d'Isabelle Carré et de Bernard Campan. D'un côté, l'une de nos plus fraîches et plus jolies actrices hexagonales et de l'autre, le membre des anciens Inconnus connaissant probablement la carrière cinématographique la plus riche. Réalisateur, scénariste et écrivain français, Ivan Calbérac adapte sur grand écran sa propre pièce de théâtre éponyme. Et pourtant, l'idée ne vient pas de lui mais de ceux qui incarneront les principaux rôles. Car après que la pièce ait remporté quelques victoires aux Molière, Isabelle Carré et Bernard Campan évoquent l'idée d'une adaptation sur grand écran avec tout ce que cela suppose de changements. En effet, comme le constatera le spectateur, l'intrigue ne se concentre désormais plus en un seul lieu (la cave où se déroulait la fameuse dégustation) mais s'ouvre sur de plus amples perspectives. '' La dégustation '' met en scène Jacques, un caviste amoureux du bon vin qui a tendance à un peu trop forcer sur ce qu'il ne considère pourtant pas comme de l'alcool. Le quinquagénaire accepte de prendre en stage dans sa boutique le jeune Steve (l'acteur Mounir Amamra), un adolescent issu d'un quartier difficile installé en foyer et en période de réinsertion. Le caviste reçoit un jour la visite de Horthense, une sage-femme pleine de vie tout d'abord entrée dans la boutique de Jacques pour lui acheter une bonne bouteille de vin avant de tomber littéralement sous son charme. '' La dégustation '' nous conte les rapports alambiqués entre un homme au passé tragique et une femme pressée par le temps... Isabelle Carré et Bernard Campan incarnant deux individus aux personnalités bien distinctes. D'un côté, Jacques, homme quelque peu fermé, ne vouant plus son existence qu'au vin et demeurant distant face à l'attitude nettement plus ouverte et donc moins ambiguë de Horthense qui lance, elle, de nombreuses bouteilles à la mer...
 
 
Ce qui rapproche par contre ces deux personnages est une certaine forme de solitude. Pas ou peu d'amis puisque dans l'entourage de Jacques gravite au mieux son ami libraire Guillaume (Éric Viellard), le jeune beur Steve ou son médecin, le docteur Milmont (Olivier Claverie). Constituant ainsi avec Horthense qui elle, vit seule avec sa mère et n'a pas vraiment d'amis (la jeune femme est cependant très appréciée des Sdf qu'elle réunit chaque semaine autour d'une table), les cinq personnages de la pièce. Une équipe d'interprètes eux aussi au complet à laquelle s'ajoute un certain nombre de personnages secondaires. Comme une petite frappe avec lequel devra en découdre Steve, une brochette de '' cloches '' plus sympathiques les unes que les autres ou encore la mère de Horthense qu'interprète l'actrice et comédienne Geneviève Mnich. Le film d'Ivan Calbérac est une comédie romantique légère qui réserve quelques bonnes surprises même si l'écriture ne parvient pas à se hisser au niveau de celles du '' Dîner de cons '' ou du '' Prénom ''. Reste que le duo Isabelle Carré/Bernard Campan fonctionne à merveille et que Éric Viellard et Mounir Amamra s'avèrent très drôles. Si le déroulement du récit est des plus classique et que l'on devine la plupart des actions dirigées par le script, le plaisir de suivre les aventures de Horthense et de Jacques est bien présent et c'est là l'essentiel. Touchant et amusant, '' La dégustation '' d'Ivan Calbérac est donc une très bonne surprise qui se déguste comme un bon vin de table...

 

jeudi 19 mai 2022

L'abîme des morts-vivants (La Tumba de los Muertos Vivientes) de Jess Franco (1983) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Après s'être penché à plusieurs reprises sur la Nunsploitation (Le trône de feu, Les démons, Lettres d’amour d’une nonne portugaise), le réalisateur espagnol Jess Franco s'est également intéressé durant sa carrière à un autre sous-genre du cinéma d'exploitation : la Nazisploitation qui, comme son nom l'indique inclus dans son propos le thème du nazisme. Nous pourrions évoquer Ilsa, la louve des SS de Don Edmonds et ses succédanés qui demeurent parmi les plus connus du genre, mais c'est à une autre sorte de long-métrage auquel va avoir à faire le spectateur en cette année 1983. S'il est encore question ici de soldats nazis, Jess Franco, comme tant d'autres avant et après lui, va les mixer avec l'un des genres horrifiques les plus populaires auprès des amateurs de cinéma d'horreur et d'épouvante : le zombie. L'espagnol n'ayant pas été le seul à s'intéresser à cet étonnant brassage, on a pu notamment découvrir des œuvres telles que Le commando des morts-vivants (Shock Waves) du réalisateur américain Ken Wiederhorn en 1977 ou celle du français Jean Rollin intitulée Le lac des morts-vivants en 1981. Le film dont nous allons parler dans cet article semble être d'ailleurs très officiellement la suite de ce dernier, le réalisateur français abandonnant alors sont titre de metteur en scène au profit de l'espagnol Jess Franco. À dire vrai, malgré la thématique reposant sur la Nazisploitation, les deux longs-métrage n'ont en réalité que peu de choses en commun si ce n'est de faire partie des pires films du genre ! Dans les années 2000, la Nazisploitation semble avoir retrouvé le chemin des salles de cinéma avec quelques exemples notables parmi lesquels les volets de la franchises Dead Snow de Tommy Wirkola en 2009 et 2014 ou Frankenstein's Army de Richard Raaphorst en 2013...


Mais retournons en 1983, près de trente ans en arrière. Un voyage dans le temps qui risque de s'avérer particulièrement douloureux pour les amateurs de zombies d'origines diverses et (a)variées. Immunisés depuis longtemps, les fans de Jess Franco n'auront sans doute aucune difficulté à subir ce navrant spectacle qu'offre comme cadeau empoisonné L'abîme des morts-vivants (La Tumba de los Muertos Vivientes). Un titre qui pour une fois mérite bien sa traduction française tant son contenu semble mériter d'être oublié après avoir été jeté dans un abîme sans fond. Un bon moyen de réévaluer les œuvres authentiquement cultes que sont L'Avion de l'apocalypse de Umberto Lenzi et Virus cannibale de Bruno Mattei. Deux classiques du nanar absolument indispensables que continuera sans doute malgré tout de renier une partie du public allergique à ce type de produit cinématographique (tant pis pour eux). L'abîme des morts-vivants, lui, mérite tout à fait sa réputation de film Z. Une sous-catégorie moins élogieuse que celle qui enferme pour notre plus grand plaisir les nanars de toutes sortes. Il faut dire que l’œuvre de Jess Franco est si peu agréable à regarder qu'on ne lui accordera qu'un intérêt tout relatif. Également écrit par le réalisateur espagnol lui-même, L'abîme des morts-vivants bénéficie pourtant d'un scénario prometteur auquel son auteur n'a malheureusement pas été capable de rendre hommage. Tourné dans l'archipel des Îles Canaries et en Espagne, l'action se déroule majoritairement dans le désert et se compose de deux actes très précis...


Convoquant la présence de l'acteur Javier Maiza (dont la carrière au cinéma se comptera sur les doigts d'une seule main), celui-ci incarne le rôle du capitaine Blabert de l'armée britannique qui durant le second conflit mondial l'opposant à l'armée allemande, combattit auprès de ses hommes une section nazie constituée par le tristement célèbre officier Erwin Rommel et transportant un très important chargement de lingots d'or. Le massacre est tel que le capitaine Blabert est seul à survivre à la bataille. Retrouvé inanimé dans le désert près de l'oasis où eut lieu le massacre par un Sheik du nom de Mohamed Al-Kafir (Antonio Mayans), il est emporté jusqu'à la très luxueuse demeure de son sauveteur où à son réveil, il fera la connaissance de sa fille Aisha (l'actrice Doris Regina). Si un premier ''soulèvement'' des zombies nazis morts lors du massacre s'est déjà produit, cette première partie de L'abîme des morts-vivants ressemble moins à film d'horreur et d'épouvante qu'à un film d'aventures fauché mâtiné d'une intrigue romantique entre le capitaine de l'armée britannique et la jeune et exotique Aisha. De cette première partie qui aurait sans doute gagné en valeur artistique si elle ne s'appesantissait pas temps sur des plans d'une longueur et d'une lenteur astronomiques, l'on retiendra somme toute la beauté qui incarne le personnage d'Aisha, une certaine ambition, mais aussi une séquence de guerre totalement brouillonne lors de laquelle, soldats britanniques et allemands portent tous le même uniforme. De quoi se perdre littéralement dans ce champ de bataille où les tirs et les explosions se multiplient !


La seconde partie débute lorsque le propre fils du Capitaine Blabert consulte le journal de voyage de son père, lequel a été depuis assassiné par un certain Colonel Kurt Meitzell (l'acteur Eduardo Fajardo dans le rôle d'un ancien officier nazi espérant mettre la main sur le chargement de lingots toujours enfoui sous le sable du désert). Avec quelques amis, Robert (l'acteur Manuel Gélin), qui vient de découvrir l'existence du chargement d'or, décide de quitter l'Angleterre pour rejoindre l'oasis et mettre la main dessus. Toujours aussi peu enclin à insuffler de l'énergie à son film, Jess Franco fait se croiser tous les protagonistes du film avant d'en confronter une grande partie à la poignée de zombies disponibles sur le tournage. Des maquillages encore moins dignes que les pizzas étalées sur le visages des morts-vivants de L'Avion de l'apocalypse. Une vitesse de déplacement qui ne justifie jamais qu'aucun des vivants ne puisse leur échapper. Un jeu d'acteur aussi pathétique du côté des morts que de celui des vivants. Un tout petit brin d'érotisme (toujours très gratuit chez l'espagnol) et surtout, oui surtout, un rythme lent.... à se cogner la tête contre les murs ! Considéré comme l'un des pires représentants du film de zombies, L'abîme des morts-vivants mérite amplement sa réputation...

 

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