lundi 16 avril 2018

Dead of Night - Le Mort-Vivant de Bob Clark (1974) - ★★★★★★★☆☆☆



L'histoire des morts-vivants est un récit qui au cinéma, fêtera dans quelques années, son centenaire. Parmi les longs-métrages qui ont honoré cette créature à l'origine issue de la culture haïtienne, on notera le White Zombie de Victor Halperin qui en 1932 ancrait son intrigue au cœur des rites vaudous. Près de trente-cinq ans plus tard, un tout jeune cinéaste du nom de George Romero fit de ses morts-vivants des anthropophages dont l'unique but était de se repaître de chair humaine. Le film incarnait des valeurs politiques et sociologiques dont certaines étaient de l'aveu même de son auteur, le fruit du hasard (le rôle de Ben interprété par un 'black', (l'acteur Duane Jones), était en effet dû au simple fait qu'il était le plus à même d'incarner le personnage principal. Le scénario ne prévoyait pas à l'origine que le celui était un homme de couleur). En 1974, soit six ans plus tard, le cinéaste américain Bob Clark, auteur plus tard du premier slasher officiel (Black Christmas) et de la célèbre comédie Porky's allait signer un film qui allait marquer le genre de son empreinte. Après une première tentative deux ans auparavant (le navrant Children Shouldn't Play with Dead Things déjà traité en ces pages), Bob Clark allait revenir avec un nouveau récit tournant autour du thème du zombie avec son soldat censé avoir été tué à la guerre mais qui contre toute attente revient un soir chez papa-maman.
Dès le départ on est troublé par l'ambiance générale que dégage l’œuvre de Bob Clark qui assène un climat étrange. Mortifère, et ce alors-même que le fils adoré n'a pas encore foulé l'entrée de la chaleureuse demeure où sa sœur, son père, mais aussi et surtout sa mère, espèrent le voir revenir. Alors qu'un ami et officiel de l'armée américaine vient annoncer aux Brooks que leur fils est tombé au combat, le voilà qui réapparaît dès le lendemain. À ce sujet, Bob Clark traite l'événement comme s'il s'agissait d'un rêve. Dead of Night offre une vision macabre de son soldat revenu du front, marqué par son expérience, dans son âme, mais aussi dans sa chair car comme nous allons bientôt pouvoir le constater, Andy n'est plus tout à fait le même homme.

Sa réapparition sonne comme la conséquence de la fascination qu'éprouve la mère de famille sur ce fils qu'elle a toujours préféré à sa fille. La ferveur religieuse de celle-ci ne semble elle non plus, pas étrangère au miracle de ce fils dont la mort est tout simplement inenvisageable pour sa génitrice qui tant qu'il n'a pas réapparu, demeure son seul centre d'intérêt lors des conversations. Un comportement qui aura tendance à étouffer l'époux ainsi que leur fille. Alors que Bob Clark envisageait d'offrir le rôle d'Andy à l'acteur Christopher Walken, c'est finalement au jeune Richard Backus qu'e l'interprétation est octroyée. Bonne pioche puisque sans fournir d'efforts particuliers, l'acteur se montre relativement convaincant. Surtout lorsqu'il s'agit de feindre le sourire. Ce sourire qui cache dès le départ des intentions qui déboucheront sur la mort de plusieurs habitants du quartier où vivent les Brooks.

Revenant ? Zombie ? Vampire ? Un peu des trois finalement puisque l'une des particularités de Dead of Night est d'offrir une vision différente du thème du zombie. Ici, le mort-vivant ne semble pas attiré par la chair humaine mais doit impérativement se nourrir du sang de ses victimes s'il ne veut pas mourir dans les heures qui suivent. En effet, un étrange processus le voit lentement se décomposer le soir venu, à cette heure tardive où le moment de faire payer leur monnaie à ceux qui l'ont envoyé au front est enfin venue. Tuer est donc une nécessité. Mais au delà du besoin physiologique d'Andy, le jeune homme tue également parce qu'il s'estime en droit de le faire alors qu'il est lui-même mort après avoir combattu pour son pays. Si au départ, Bob Clark érige le personnage d'Andy en héros, rappelant fièrement aux voisins et amis qu'il est revenu sain et sauf de la guerre, bientôt, le comportement du père change et la présence du soldat devient alors gênante. Comme s'il fallait à tout prix le cacher. Comme ces hommes valeureux, ces anciens combattants qui dès leur retour, ont été simplement... ignorés.
Si Dead of Night se caractérise parfois par son absence de réelles séquences gore, Bob Clark crée cependant un climat particulièrement oppressant. Surtout lors des scènes nocturnes. Le film est donc davantage une œuvre d'épouvante que d'horreur. La partition musicale de Donald Rubinstein participe grandement à l'ambiance générale (oscillant entre vieilles compositions largement surannées et pics sonores effectués au violon), mais c'est surtout l'interprète d'Andy qui retient l'attention. Lors du final, l'acteur revêt le visage sinistre du mort-vivant du titre français. Yeux écarquillés et dents saillantes. De quoi faire des cauchemars longtemps après la projection. Si Dead of Night n'est pas un chef-d’œuvre, il avait au moins le mérite d'aventurer son zombie sur des terres inédites. A voir...

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