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jeudi 6 avril 2023

Wrong de Quentin Dupieux (2012) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Passé maître dans le domaine de l'absurde au risque d'être massivement (mais pas globalement) rejeté par la critique et une partie du public, le réalisateur français Quentin Dupieux signait en 2012 un troisième long-métrage ne se départissant toujours pas d'un style unique. Une approche du septième art visible avant tout à travers le scénario et la mise en scène mais également à travers l'emploi d'outils inédits. Comme celui d'appareils-photos de marque Canon sur le tournage de '' Rubber '' ou l'emploi d'une caméra expérimentale du nom de '' HD-Koi '' sur celui de '' Wrong ''. Passées ces considérations qui n'intéresseront pas grand monde en dehors des fans purs et durs ainsi que des amateurs de technologies inédites, le troisième long-métrage de Quentin Dupieux est l'un des rares films du réalisateur français à pouvoir prétendre se réconcilier avec le public lambda. Car si derrière cette histoire de héros cherchant à récupérer son chien qu'un étrange gourou à kidnappé pour la cause animale se cache une mise en scène et un scénario qui ne font absolument pas tâche dans l'univers déjanté de Quentin Dupieux, '' Wrong '' demeure malgré tout l'une de ses œuvres les plus '' regardables ''. Une cohésion qui accorde aux personnages et à l'univers dans lequel ils évoluent ici, une certaine stabilité. Et pourtant... Il suffit d'énumérer ces derniers pour se rendre compte que rien n'a changé depuis des débuts qui remontent en 2001 avec le moyen-métrage '' Nonfilm ''. Même sens de l'absurde, de la réplique non-sensesque, du récit en totale rupture avec ce que l'on a coutume de découvrir sur grand ou petit écran. Fascinant les uns et rebutant jusqu'à la nausée et l'agressivité les autres. Au point de considérer l'œuvre de Quentin Dupieux comme une authentique arnaque...


Avis que l'on est parfois en droit d'émettre selon que l'on est ouvert ou non à l'acceptation de voir un film dans des conditions aussi visuellement désastreuses que celles de son '' Incroyable mais vrai '' et son emploi d'une caméra volontairement défaillante en matière d'auto-focus ! Bien que totalement givré, écrasé sous une chaleur pesante, le scénario de '' Wrong '' est majoritairement limpide à saisir. Ses personnages ? Sans doute un peu moins. Si l'on peut comprendre que Dolph Springer (l'acteur Jack Plotnick) puisse s'inquiéter du sort de son chien ou que l'on puisse également saisir la portée du message de son kidnappeur (William Fichtner dans le rôle de maître Chang), pourquoi le héros passe-t-il autant de tant à chercher au téléphone la signification d'un logo de pizzeria ? Pourquoi son voisin et ami Mike (Regan Burns) cache-t-il sa passion pour le jogging ? Pourquoi la jeune et jolie standardiste Emma (Alexis Dziena) s'accroche-t-elle avec autant de vigueur à sa nouvelle existence ? Des questions qui demeureront parfois sans réponses même s'il arrive que d'autres séquences laissent parfois entrevoir une solution si tue soit-elle. Éric Judor qui par exemple interprète le rôle du jardinier Victor... Ce palmier qui subitement est devenu un sapin est-il l'a preuve que, décidément, l'univers dans lequel évoluent les personnages n'a rien de commun avec le notre ? Ou bien s'agit-il pour Quentin Dupieux de nous expliquer à sa façon toute particulière que Victor n'est qu'un petit escroc qui a trouvé un moyen, certes peu banal, d'escroquer son employeur ? Preuve s'il en est que Quentin Dupieux a créé au fil de sa filmographie un univers personnel, voire même, un multivers. En effet, l'année suivante sortira sur nos écrans '' Wrong Cops '', sorte de prolongement dans lequel certains interprètes et personnages reprendront du service, Éric Judor passant à cette occasion du rôle de jardinier à celui de DJ borgne. Une difformité physique que l'on retrouvera d'ailleurs cinq ans plus tard à travers le personnage de Philippe (l'acteur et humoriste Marc Fraize), l'un des policiers de '' Au poste ''. Une obsession chez Quentin Dupieux ? Non ! Plutôt un passage de relais témoignant d'une cohésion totale et maîtrisée de la part du plus '' fou '' de nos réalisateurs hexagonaux...

 

samedi 16 mai 2015

Wrong Cops de Quentin Dupieux (2013)



Los Angeles, 2014. La police n'ayant plus vraiment de raison d'être depuis que la criminalité à chuté, les flics d'un petit commissariat de quartier laissent libre court à leurs penchants. L' officier Duke deale sans scrupules dans la rues, vendant son herbe planquée dans des rats morts. L'officier De Lucas, lui est obsédé par les seins des femmes. Il n'hésite pas à les menacer de son arme jusqu'à ce qu'elles collaborent et lui montrent leur avantageuse poitrine. Quand à l'officier Rough, il se voit déjà comme un grand producteur de musique électronique. Sauf qu'il est seul à le croire, son entourage confirmant que sa musique, « c'est de la merde ».

Réunir Eric Judor, Marilyn Manson, Grace Zabriskie, Eric Wareheim et Eric Roberts dans un seul et même film, il n'y a vraiment que le talentueux Quentin Dupieux pour avoir une idée pareille. Le bonhomme a pris de la bouteille depuis son premier long-métrage « Steak » principalement interprété par le duo de comiques Eric et Ramzy. Le premier a d'ailleurs bien de la chance de pouvoir compter sur le cinéaste puisque ce dernier lui confia également le rôle d'un jardinier dans son film précédent, Wrong.

Même si Quentin Dupieux refuse que l'on considère Wrong Cops comme le film de la maturité, force est de constater l'évolution née de ses différentes réalisations et qui s'exprime ici à travers une œuvre plus aboutie que les précédentes. S'il y a bien un point qui relie sa filmographie toute entière, c'est cette frontière incertaine entre l'humour pas toujours évident à déchiffrer et cette inconfortable impression que l'on a d'être immergé dans un univers aux confins du cauchemar. Steak et sa bande d'adolescents liftés relégués au rang de caïds pitoyables. Rubber et son pneu serial-killer. Et maintenant Wrong Cops et ses flics borderline, plus pourris encore que les voyous qu'il étaient censés mettre aux arrêt par le passé.

Le cinéma de Quentin Dupieux est un art que l'on aime ou que l'on déteste. Avec lui, le juste milieu n'existe pas. En réalité, il pratique l'art de l'absurde avec un sens de la mise en scène assez bluffant. Chose qui n'étonnera pas ceux qui suivent sa carrière de musicien sous le pseudo Mr Oizo et qui signe également l'excellente bande-son du film. On notera la belle performance du chanteur Marilyn Manson en adolescent harcelé par un flic. Son personnage de looser dégage une émotion inédite pour cet artiste habituellement provocateur et que l'on découvre désormais sans maquillage. Eric Judor, lui, est le « freak » du film. Une bosse énorme au dessus de l'arcade gauche qui ne cache en tout cas certainement pas celle des affaires. En témoigne le passage dans le bureau du producteur de musique (Kurt Fuller que les plus anciens reconnaîtront pour avoir joué dans quelques célèbres films d'action des années quatre-vingt, quatre-vingt dix, Running Man, Double Détente ou encore le méconnu Appel d'Urgence).Une excellente surprise...
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