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mercredi 21 août 2024

Dans la peau de Blanche Houellebecq de Guillaume Nicloux (2024) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Alors que certains ''contemplaient'' la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024, d'autres comme nous avaient choisi de se divertir tout autrement. D'une absurdité à l'autre, point de différence autre que de se plonger dans la polémique ou au contraire de se lancer dans ce qui s'apparente à une fiction tout en ayant l'air d'avoir été inspiré par l’œuvre d'un auteur français ayant lui-même été sujet à la controverse. Si l'écrivain Michel Houellebecq est ponctuellement convié à suivre des cinéastes relativement marginaux (Benoît Delépine et Gustave Kervern), il en est un qui parmi eux surprend quasiment à chacune de ses interventions dans le domaine du septième art. Si en 2022, Guillaume Nicloux s'était montré relativement décevant avec le curieux La tour, ce cinéaste décidément à part dans le paysage français a toujours su se démarquer en réalisant des œuvres dont le ton et l'expérience n'a rien de commun avec d'autres auteurs beaucoup plus terre à terre. Pour n'évoquer que le seul auteur d'Extension du domaine de la lutte, des Particules élémentaires, de Plateforme ou de Soumission, le réalisateur et scénariste français lui offrit à quatre reprises l'occasion de s'exprimer avec le ton si singulier qui le caractérise. Après être simplement apparu dans le téléfilm L'Affaire Gordji : Histoire d'une cohabitation en 2012, Michel Huellebecq est devenu la vedette principale de L'Enlèvement de Michel Houellebecq en 2014, de Thalasso en 2019 et dernièrement de Dans la peau de Blanche Houellebecq. L'une des particularités de ces trois longs-métrages étant que l'écrivain y est à chaque fois apparu dans son propre rôle. L'occasion pour les curieux de découvrir ce ''Freak'' sans dents, apparemment aviné et dont la diction peut sembler impropre à la verve que l'on imaginerait tenir de la part d'un auteur à succès. Passée cette étape lors de laquelle le verbe est apathique et quelque fois confus, il demeure une inexplicable évidence : le cinéma de Guillaume Nicloux fascine. Car lorsqu'il ne s'essaie pas au cinéma d'anticipation dans ce sens où le genre décrit une fin du monde causée soit par le dérèglement climatique soit par une pandémie forcément causée par l'homme, le réalisateur convie les spectateurs à des excursions souvent étranges mais dont il est rare de sortir indemne.


Du diptyque formé autour de Valley of Love et The End (avec notre Gégé national) jusqu'au surprenant Les confins du monde, quelque soit le schéma dont il bouleverse les habitudes, Guillaune Nicloux compte ! Dès son absurde affiche sur laquelle trônent Michel Houellebecq et Blanche Gardin façon photographies découpées et reconstituées, Dans la peau de Blanche Houellebecq peut éventuellement évoquer En même temps de Benoît Delépine et Gustave Kervern, cette œuvre tout aussi aberrante que fascinante qui voyait durant presque quatre-vingt dix minutes Vincent Macaigne et Jonathan Cohen collés l'un derrière l'autre. Pourtant, pas grand chose à voir si ce n'est ce long passage durant lequel Houellebecq et Gardin seront liés par des menottes. Dans cette comédie où les accompagnent Luc Schwarz et Franck Monier, Michel et Blanche se rejoignent en Guadeloupe pour un concours de sosies consacré au premier. Comédie ? Thriller ? Rien de véritablement définissable dans ce long-métrage où le sujet des sosies demeurera l'un des rares aspects à n'avoir finalement aucun intérêt. L'on se passionnera davantage pour cette étrange affaire de meurtre pour lequel sera principalement concerné le garde du corps de l'écrivain (Luc Schwarz dans le rôle de Luc), évocation d'un homicide gore plus drôle que tragique et qui aura des conséquences sur les événements à venir. Entre docu-fiction et brouillon de thriller où l'absurde s'invite à grands renforts de séquences improbables (prise de champignons hallucinogènes suivis de ses effets, évocation de l'esclavage dans un véhicule dont la climatisation a été volontairement cassée par le chauffeur d'origine guadeloupéenne), le film ressemble à un grand fourre-tout d'idées toutes plus farfelues les unes que les autres mais au sein desquelles règne cependant une grande homogénéité. En outre, et malgré l'impression que Michel Houellebecq y passe son temps sous l'effet de l'alcool ou des champignons, Guillaume Nicloux parvient une fois de plus à démontrer le grand pouvoir comique de l'écrivain. Bref, Dans la peau de Blanche Houellebecq est l'une de ces grandes réussites que l'on peut mettre sur le compte du réalisateur en particulier et de la comédie française en général...

 

mardi 24 décembre 2019

Thalasso de Guillaume Nicloux (2019) - ★★★★★★★★☆☆




Cinq ans après l'hilarant L'Enlèvement de Michel Houellebecq, le cinéaste français Guillaume Nicloux s'offre une nouvelle fois la présence du célèbre écrivain français avec cette suite inattendue sobrement, mais logiquement, intitulée Thalasso. Cinq ans après avoir été enlevé par un triplé de bras cassés savoureusement interprétés par Maxime Lefrancois, Mathieu Nicourt et surtout, Luc Schwarz, Michel Houellebcq passe la porte d'une établissement de thalassothérapie où durant une semaine, il doit subir divers traitements curatifs à base d'eau, de boue, d'azote ou de légumes. Contraint de se passer d'alcool et de cigarettes, son intégration au sein des patients et des employés ne se fait pas dans les meilleures conditions. Concilient, mais perturbé par l'interdiction de donner cours à ses addictions, l'écrivain rencontre au détour d'une cigarette fumée en cachette l'immense Gérard Depardieu, lui-même en cure. S'enfermant régulièrement dans la suite de l'acteur, Michel et lui boivent du rouge, mangent des rillettes et échafaudent notamment des théories sur la vie et la mort. En parallèle, Mathieu, l'un des trois kidnappeurs d'antan, resurgit avec la ferme intention de contraindre Michel de lui dire où est sa mère, qui après avoir quitté son compagnon a disparue. Alors que Michel nie savoir quoi que ce soit au sujet de cette dernière, Daria, fiancée de Mathieu et voyante, affirme que l'écrivain ne dit pas toute la vérité et lui cache quelque chose. C'est aidé de ses deux anciens compagnons Maxime et Luc que Mathieu décide alors de retourner voir Michel afin de le faire parler...

''Stallone à Cabourg, sur la plage, à poil... à poil en plus. Mais c'est des conneries. Qu'est-ce tu veux qui vienne foutre, il a aut' chose à foutre que d'aller à Cabourg...''

citation de Gérard Depardieu qui dans son propre rôle évoque ici une situation ubuesque tout à fait représentative de l'ensemble du long-métrage. C'était déjà le cas cinq ans en arrière et ça l'est probablement encore davantage aujourd'hui. Sans doute avec ce qui demeure actuellement un diptyque mais que l'on rêve déjà de voir prendre le plus vite possible la forme d'une trilogie, Guillaume Nicloux est aussi prompt qu'un Quentin Dupieux (Rubber), un Thierry Jousse (Je suis un No Man's Land), un Serge Bozon (Madame Hyde), un Benoît Forgeard (Yves) ou des Gustave Kervern et Benoît Delépine (I Feel Good) à se fourvoyer dans la comédie la plus débridée, branque, allumée, et surtout abstractive qui soit. Et ici, sous une forme peu commune puisque mélangeant docu et fiction. Une frontière que l'on aura tout d'abord du mal à définir, Michel Houellebecq bouleversant son public en versant de véritables larmes à l'évocation de sa grand-mère. Du cinéma-vérité ''parasité'' par une accumulation de séquences aussi absurdes que réjouissantes. Derrière le sérieux apparent des événements, Guillaume Nicloux déroule le fil d'un récit fuyant peu à peu le réalisme des débuts pour ne plus accorder à ses personnages que des échanges métaphysiques loin d'être puérils, mais abordés sur un ton infantile...

Tout ceci a parfois l'air très bête... Certains pourraient y voir un délirant débat entre poivrots et individus incultes. Mais réduire Thalasso à cette impression un peut trop confortable que l'on est devant un film aussi rapidement écrit qu'interprété serait faire fausse route. Car tout y est au contraire prodigieusement calculé. Et même si l'on sent bien que certains improvisent parfois avec difficulté (Gérard Depardieu n'a jamais été célébré pour avoir jamais appris son texte), l’œuvre de Guillaume Nicloux est cohérente et avance dans la bonne direction. Sans doute naïf, se cherchant parfois, visionnaire crédule ou humaniste étourdi, le réalisateur et scénariste signe une séquelle au moins aussi importante que sa première réelle tentative de comédie tournée cinq ans en arrière. Les fans de L'Enlèvement de Michel Houellebecq retrouveront avec un bonheur sans réserve les interprètes de ce dernier dans une suite qui leur fait autant honneur qu'aux vedettes Michel Houellebecq et Gérard Depardieu. Il faut absolument que Guillaume Nicloux pense à un troisième long-métrage mettant en scène ce groupe d'acteurs fort sympathiques. Car avec autant d'inspiration concentrée en un tout petit peu plus d'une heure trente, ce réalisateur décidément pas comme les autres mérite d'étendre davantage encore son univers fait de grands moments de fous-rires et de petites émotions...

vendredi 6 décembre 2019

Cette Femme-là de Guillaume Nicloux (2003) - ★★★★★★★★☆☆



Josiane Balasko dans un long-métrage signé Guillaume Nicloux ? Après Anémone, Jean-Pierre Darroussin, Thierry Lhermitte et avant Monica Bellucci, Guillaume Canet, Isabelle Huppert ou Gérard Depardieu pourquoi pas ? D'autant plus que l'actrice plus souvent habituée des comédies nous offre ici une interprétation à contre-emploi magistrale. Cette Femme-là est le deuxième volet d'une trilogie policière débutée par Guillaume Nicloux un an auparavant en 2002 avec Une Affaire Privée et conclue en 2007 avec La Clé. Difficile d'affirmer que Cette Femme-là est le meilleur d'entre tous, mais une chose est certaine : le cinquième film du réalisateur français, également auteur du scénario est de ces longs-métrages qui laissent une entaille profonde dans l'inconscient des spectateurs qui s'en référeront forcément chaque fois qu'ils seront par la suite confrontés à ce type de films. Cette Femme-là est un policier... un thriller du meilleur cru. Outre l'incarnation d'une Josiane Balasko absolument remarquable dans la peau d'une flic hantée par un drame personnel dont elle n'arrive pas à se soigner (le personnage de Michèle Varin qu'elle interprète porte le deuil en permanence), la mise en scène de Guillaume Nicloux est absolument remarquable...

Alambiqué et ''contaminé'' par le style si particulier de l'auteur de The End ou des Confins du Monde, Cette Femme-là est tantôt incommodant dans son approche relativement complexe, tantôt passionnant lorsque le spectateur subit les incessants cauchemars de son héroïne, faisant de l’œuvre de Guillaume Nicloux, un film à la limité de l'épouvante. Le long-métrage se doit d'être découvert sans que le spectateur ne se soit au préalable intéressé à la bande-annonce, au synopsis, ni au moindre commentaire ou la moindre critique. Il faut s'y plonger vierge de la moindre connaissance à son sujet pour que le flou qui entoure l'intrigue vous imprègne de sa chape de plomb. De son austérité, de son caractère dramatique mais aussi de l’ambiguïté que revêt l'extrême complexité de certains personnages ou certaines situations. S'apparentant parfois au fantastique à travers l'évocation du Diable ou plus loin lors de séquences dont on ne sait plus trop si elles reflètent la réalité ou l'imaginaire de l'héroïne, Guillaume Nicloux endosse le costume d'un transfuge. Celui du cinéma cher au génial David Lynch dont il s'inspire de certaines postures et certains décors pour nous offrir des tableaux macabres aussi beaux qu'anxiogènes...

Loin d'être ridicule, le réalisateur signe une œuvre parfaitement cohérente même si parfois l'on peut ressentir une certaine gêne lorsqu'il s'agit d'expliquer et de comprendre certains passages. C'est peut-être d'ailleurs ce qui différencie l’œuvre de l'américain de celle du français. En effet, contrairement à David Lynch, Guillaume Nicloux semble parfois perdre le contrôle des événements. Une hypothèse à mettre pourtant entre guillemets et un ''fait'' dont l'importance s'amenuise face à l'ampleur du spectacle auquel il nous est donné d'assister. Le scénario de Cette Femme-là, dont le récit est symbolisé par l'art du puzzle dont l'héroïne est une adepte, est un incroyable enchevêtrement de pistes, parfois abstraites, tantôt concrètes. Un thriller croisant le fer avec un pseudo-fantastique et des personnages dont l'approche les rend parfois aussi troublants que l'héroïne. Aux côtés de Josiane Balasko, on retrouve Eric Caravaca, Aurélien Recoing, Frédéric Pierrot, Pascal Bongard ou encore Pascal Demolon ici, dans un rôle digne du plus frappadingue des personnages évoluant dans la sphère ''lynchienne''. À noter l'apparition en forme de clin d’œil de Thierry Lhermitte qui rendosse pour une poignée de minutes le personnage de François Manéri qu'il incarnait l'année précédente dans Une Affaire Privée... En attendant, Cette Femme-là est un thriller terriblement prenant, énigmatique et oppressant. À découvrir absolument...

Les Confins du Monde de Guillaume Nicloux (2018) - ★★★★★★★☆☆☆



En 2018, le cinéaste français Guillaume Nicloux mettait un terme à sa trilogie des ''Guerres Intérieures'' avec Les Confins du Monde. Une trilogie débutée trois ans plus tôt avec Valley of Love et poursuivie l'année suivante avec The End. L'errance de différents personnages avec pour point d'orgue, la présence de Gérard Depardieu. Seule différence entre les deux premiers volets de la trilogie et ce qui demeure à ce jour l'avant-dernier long-métrage de Guillaume Nicloux, Gérard Depardieu n'en est plus la vedette même s'il y arpente plusieurs séquences dans le rôle de l'écrivain Saintonge qui va se lier d'amitié avec le héros incarné par l'acteur Gaspard Ulliel. Véritable vedette de ce drame sur fond de guerre indochinoise, le jeune militaire français Robert Tassen est le témoin en 1945 d'un massacre perpétré par les japonais sur les habitants d'un village d’Indochine. Parmi les victimes, son frère, décapité, et sa belle-sœur, éventrée et dont ses bourreaux ont extrait le fœtus. Tassen n'a donc plus qu'un projet en tête : retrouver Yo Binn Yen, celui-là même qui a la tête des vietcong, fut le responsable du massacre. Organisant un groupe de prisonniers reconvertis et de soldats de l'armée française parmi lesquels le cynique Cavagna (excellent Guillaume Gouix), Robert Tassen, aveuglé par la vengeance, va s'enfoncer toujours plus loin dans la jungle à la recherche de l'ennemi...

Ce qui saute tout d'abord aux yeux avec Les Confins du Monde, c'est l'oppression quasi permanente qui se dégage des environnements dans lesquels fut tourné le long-métrage de Guillaume Nicloux. On y retrouve l'imagerie dépaysante et cauchemardesque ayant servi de cadre au conflit indochinois juste après la seconde guerre mondiale. Ici, le réalisateur ne se fait pas le critique de la colonisation mais aborde son œuvre sous un angle parfois surréaliste caractérisé par un visuel absolument remarquable, tant dans les horreurs qui y sont décrites que dans la majesté d'une jungle qui dévore littéralement ceux qui osent s'y aventurer. Si du propre aveu de Guillaume Nicloux qui nie toute relation entre son Tassen et le colonel Kurtz de Apocalypse Now de Francis Ford Coppola pour rapprocher davantage son œuvre de La 317e section de Pierre Schoendoerffer, c'est pourtant l'incroyable Vinyan du cinéaste belge Fabrice du Welz qui semble avoir soufflé quelques bonnes idées au long-métrage du réalisateur et scénariste français. En effet, les deux conservent une même approche et ce, même si leur quête respective demeure d'un genre bien différent. Entre voyage initiatique, environnements cauchemardesques et ambiance étouffante, les deux films cultivent de troublantes ressemblances...

Tout, pourtant, n'est pas définitivement noir dans l’œuvre de Guillaume Nicloux. Le cinéaste y apporte une certaine sérénité à travers la relation ponctuelle qu'entretiennent le héros et l'écrivain Saintonge. Tout comme celle que partage le premier avec la prostituée Maï (la jeune Lang Khê Tran), le réalisateur érotisant quelque peu le propos lors d'échanges amoureux enfiévrés. Une sensualité n'apaisant cependant le propos que pour une courte durée puisque Les Confins du Monde offre aux spectateurs l'exposition d'une horreur toute humaine à travers ici, un charnier ou là, des corps démembrés. La guerre dans toute son atrocité. L'un des personnages demeurant essentiels au récit se situe au niveau des décors, de la photographie et de la direction artistique. Les Confins du Monde est un spectacle visuel permanent. Le film ''suinte'' littéralement. Sueur, sang, et stupre y jaillissent en un flot perpétuel entre la moiteur de la jungle, les massacres perpétrés par le fantasmé Yo Binn Yen et ses hommes, et les étreintes de Robert et Maï. Guillaume Nicloux referme ainsi ses ''Guerres Intérieures'' sous une forme éblouissante. À voir...

jeudi 5 décembre 2019

L'Enlèvement de Michel Houellebecq de Guillaume Nicloux (2014) - ★★★★★★★☆☆☆



Michel Houellebecq a une vie bien rangée, bien réglée. Il vit dans un quartier où il lui arrive de croiser ses voisins, ses amis, à l'occasion d'une promenade. De conversations en signatures d'autographes arrive ce fameux jour où croisant dans un ascenseur trois individus porteur d'une curieuse malle, il est retranché dans son appartement, menotté et bâillonné. Transporté à la campagne et abrité par les vieux parents de l'un de ses ravisseurs, il n'a aucune idée des raisons pour lesquelles il a été enlevé. A mesure que les jours passent, lui et les trois hommes tissent des liens étranges d'amitié sincère. D'abord séquestré dans une chambre, ses ravisseurs acceptent de lui laisser un peu plus de liberté. Il mange à table avec eux et partagent leurs conversations. Totalement obsédé à l'idée de récupérer le briquet qui lui a été subtilisé, ce grand fumeur provoque quelques tensions à table. Si personne ne sait combien de temps va durer sa captivité, Michel semble prendre le chose avec philosophie. Luc, Mathieu et Max, ses ravisseurs, lui offrent même l'opportunité d'une relation avec Fatima, une jeune prostituée occasionnelle de vingt-cinq ans...

Michel Houellebecq dans le rôle de... Michel Houellebecq. Écrit et réalisé par le cinéaste Guillaume Nicloux auquel on doit en outre les deux premiers volets d 'une trilogie (Valley of Love et The End avec Gérard Depardieu dans les rôles principaux) dont le troisième volet Les Confins du Monde est prévu pour 2017, L'Enlèvement de Michel Houellebecq n'est pas le fruit exclusif de son imagination puisqu'il est inspiré d'un événement qui eut lieu trois ans plus tôt en 2011. En effet, l'écrivain et acteur Michel Houellebecq, qui avait donné son accord pour une tournée en Belgique et en Hollande pour la promotion de son roman La carte et le territoire (qui reçut le Prix Goncourt en 2010), oublia tout simplement qu'il avait prévu cette dernière. De plus, pour ne plus être dérangé, il avait fait changé son numéro de téléphone et ne répondait plus à ses mails. D'où le mystère de sa disparition.


La réalité rejoignant la fiction, c'est cette fois-ci en interprétant son propre rôle qu'il joue un Michel Houellebecq plus vrai que nature. Amateur de cigarettes et de vin espagnol, il lui arrive de parler pour lui seul, ce qui donne parfois aux conversations de drôles de sentiments à ses étonnants ravisseurs. Aussi sympathiques qu'amateurs, ceux-ci se révèlent tous incroyablement conviviaux, même quand l'écrivain fait preuve d'exigences. Guillaume Nicloux réalise une comédie fraîche, savoureusement drôle, parfaitement interprétée par les acteurs et actrices Mathieu Nicourt, Maxime Lefrancois, Luc Schwarz, Françoise Lebrun, Ginette Suchotzky , André Suchotzky et Marie Bourjala.

Seule petite ombre au tableau, la présence du véritable avocat Karim Achoui. Choix étonnant lorsque l'on sait que le bonhomme est supposé avoir des liens avec « le Milieu ». En effet habitué à défendre des criminels, il a même été surnommé par les médias d'Avocat des Voyous. A part cela, L'Enlèvement de Michel Houellebecq est un fantastique téléfilm de divertissement. Traitée de manière peu banale, cette histoire de rapt et d'amitié est une vraie belle réussite...

mardi 12 avril 2016

The End de Guillaume Nicloux (2015)



Réveillé par la sonnerie de son réveil, un homme s'apprête à partir chasser en forêt en compagnie de son chien. Arrivé sur place et équipé d'un sac à dos et d'un fusil, il va très vite perdre la trace de son animal qu'il présume s'être lancé sur les traces d'un sanglier. A force de vouloir le retrouver, l'homme finit par se perdre au cœur de la forêt. Le soir-même, il se réfugie à l'entrée d'un grotte pour y faire un feu et s'y abriter pour la nuit. Le lendemain matin, il constate que son fusil lui a été dérobé. Plus tard, il entend des hurlements lointains qu'il suppose être ceux d'une femme. Puis il croise la route d'un garçon étrange. Assis sur un tronc d'arbre, l'homme engage une conversation avec le nouveau venu et lui demande sa route. Mais le garçon n'a pas l'air de vouloir lui répondre. Il refuse même de l'aider lorsque l'homme lui demande de lui prendre la main pour se relever, prétextant avoir été la victime d'un accident qui l'empêche de se servir de ses poignets. Alors que l'homme finit par convaincre le garçon de lui montrer la route, en chemin, ce dernier accélère le pas avant de tout à fait disparaître de la vue de l'homme.

Une autre nuit passe lorsque devant le nouveau feu de camp qu'il a cette fois-ci allumé au milieu d'un espace dégagé, une femme entièrement nue se présente devant lui. L'homme la questionne mais n'obtient aucune réponse. La femme semble choquée et incapable de prononcer le moindre mot. La prenant sous son aile, l'homme qui n'a plus d'eau ni rien à manger, l'accompagne dès le lendemain matin dans l'espoir de trouver cette fois-ci un moyen de sortir de cette forêt...

Le cinéaste Guillaume Nicloux retrouve pour la seconde fois l'acteur Gérard Depardieu moins d'un an après la sortie de Valley of Love tourné aux côtés de l'actrice Isabelle Huppert. Cette fois-ci, exit la désertique Vallée de la Mort. Le personnage que campe l'acteur français est ici plongé au beau milieu d'une forêt dont il aura bien du mal à s'extraire. The End est le fruit d'un rêve fait par Guillaume Nicloux lui-même. Impatient de tourner à nouveau avec Gérard Depardieu, Guillaume Nicloux ne passe pas cette fois-ci par le circuit classique de distribution d'un film mais est le premier français à utiliser le principe du E-Cinéma qui consiste à proposer une œuvre inédite directement en VOD (vidéo à la demande).

Tout comme pour leur première collaboration, les deux hommes ont opté pour un rythme léthargique qui n'a cependant rien d'assommant. Après le road-movie statique nous contant l'histoire d'un couple séparé que le fils mort six mois auparavant espère revoir une dernière fois ensemble avant de totalement disparaître, Guillaume Nicloux propose un spectacle envoûtant, inquiétant, aux confins d'une nature sauvage, touffue, mais ici pas spécialement hostile puisque l'angoisse naît surtout de bruits émis non pas par elle, mais par des cris poussés par celle que l'on supposera être à l'origine et par la présence de ce garçon qui débarque sans prévenir et se comporte de manière étrange. Interprété par l'acteur Swann Arlaud (que l'on a pu voir entre autre dans Bon Rétablissement ! de Jean Becker et Les Émotifs anonymes de Jean-Pierre Améris), l'accoutrement de son personnage fait curieusement penser aux deux jeunes agresseurs du très inquiétant film de Michael Haneke Funny Games.

Avec son évidente économie de moyens, le film de Guillaume Nicloux parvient pourtant à semer le trouble. Gérard Depardieu trouve là un nouveau rôle qui le sort de son cadre habituel. L'imaginaire du spectateur étant mis à profit devant ce qui ressemble au premier abord à un désert scénaristique et qui sert finalement de terreau fertile, The End se révèle une expérience forte, imprégnant de tout son mystère notre esprit. Sans doute n'aurait-il pas rencontré de véritable public en salle (entendre par là, celui intéressé par les grosses productions américaines) et cette sortie confidentielle en mode E-Cinéma permettra aux curieux de tous poils et aux aventureux qui aiment vivre des expériences sensorielles inédites de se faire la main sur ce nouveau et très réussi projet commun à Guillaume Nicloux et Gérard Depardieu. A savoir que les deux hommes devraient prochainement se retrouver pour un troisième long-métrage intitulé Les Confins du Monde...


mercredi 19 février 2014

Holiday de Guillaume Nicloux (2010)




Michel Trémois déboule un soir, affolé, dans une pharmacie proche d'une gare. Le propriétaire des lieux se rappelle de cet homme qui s'est déjà présenté à lui la veille afin d'appeler un taxi. Le pharmacien et son épouse lui proposent gentiment de passer la nuit chez lui. Les événements qui se sont produits les deux derniers jours se bousculent alors dans son esprit.


Alors qu'il a échoué en compagnie de sa femme Nadine et de sa belle-mère Christiane Mercier dans un hôtel à l'excellente réputation, une série d'événements l'ont conduit à se retrouver impliqué dans le meurtre de Eva Lopez, cantatrice et accessoirement, propriétaire de l'établissement. Déjà qu'entre Nadine et Michel les rapports se font de plus en plus difficiles (Nadine n'éprouve plus aucun plaisir au contact de Michel), l'homme croise le chemin de personnages pour le moins curieux et énigmatiques : Richard Ponce, une espèce de détective affublé d'une abominable dentition et qui parcourt les couloirs de l'hôtel. Anthony Rivière, un homme adultère prédisposé à se laisser attacher aux montants de son lit afin de satisfaire sa maîtresse. Marie-Paule, une employée illuminée persuadée que l'invasion des Atlantes, que seuls quelques élus ont la possibilité de voir, a commencé. Ou encore, Hervé Delteil, qui rôde dans l'hôtel et passe son temps à geindre depuis le départ de son épouse deux ans plus tôt...



Guillaume Nicloux réalise ici une œuvre fantaisiste remplie de scènes savoureusement décalées. Déjà, le générique du début interloque avec ses matières qui s'écoulent et dont le spectateur se fait une idée aussi rapide que précise. Elle reflètent à elle-seules et résument le contenu de ce qui va suivre. Holiday est un rêve éveillé qui tient autant du songe que du cauchemar. Les vomissures, semences et autres tâches de sang sont le résultats des excès dont se rendent coupables les locataires de l'hôtel. Un nain libertin et fumeur d'herbe accompagné d'une femme qui met assez facilement sa poitrine à l'air propose à Michel (le toujours excellent Jean-Pierre Darroussin) une partie carrée que ce dernier rejette avec vigueur avant d'aller s'enfoncer dans les affres d'une drogue beaucoup plus efficace et officiellement admise par les autorités : le somnifère. Le début d'une incroyable aventure. Un chemin pavé de rencontres grotesques desquelles le spectateur parvient à s'arracher quelques sourires. Un humour noir, grinçant et parfois provoquant que quelques longueurs viennent entacher.


Darroussin dépérit en direct, devant nos yeux de voyeurs impuissants. Sa femme découvre l'orgasme auprès d'un parfait inconnu. On se fiche un peu du destin de cet homme qui voudrait motiver sa femme à extérioriser ses fantasmes mais qui la bride lorsqu'elle s'y met. Guillaume Nicloux, Jean-Bernard Pouy et Nathalie Lenthreau concoctent un scénario digne d'un roman d'Agatha Christie sous influence de drogues dures.

Autour d'une bande de joyeux lurons qui prennent leur rôle (peut-être pas) très au sérieux, le scénario rocambolesque chemine vers une issue qui confine à l'enquête policière avec à la clé, la révélation du meurtrier. Celle-ci se révèle finalement assez classique avec un regroupement des personnages à la manière d'un Hercule poirot du dimanche récoltant des applaudissements une fois le nom de l'assassin révélé. Holiday est donc un film plaisant, original, amusant sans vraiment être à mourir de rire. Une surprise agréable...
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