Les années quatre-vingt
furent riches en matière de thrillers français. Il en est même qui
furent bien au dessus du lot. Comme le génial Mort un dimanche
de pluie
de Joël Santoni en 1986. Quant à 1983, plusieurs d'entre eux durent
batailler pour obtenir le titre de meilleur thriller de l'année.
Mortelle randonnée
de Claude Miller, Tchao Pantin
de Claude Berri mais aussi et surtout, L'été
meurtrier
de Jean Becker. Un réalisateur et scénariste qui a toujours compté
dans le paysage cinématographique français et qui continua à
signer de très bons films comme l'incroyable Deux
jours à tuer
en 2008 avec Albert Dupontel... L'une des spécificités de L'été
meurtrier
est d'y voir réuni Isabelle Adjani et Alain Souchon dans les deux
principaux rôles d’Éliane et de Pin-Pon. Un peu à la manière de La
Maison assassinée
que réalisera cinq ans plus tard Georges Lautner, le long-métrage
de Jean Becker repose sur une vengeance tardive, motivée par un
drame qui s'inscrit dans une époque très lointaine et mue par
l'esprit de vengeance de l'héroïne même si les circonstances ne
sont pas les mêmes. Les deux œuvres se déroulent cependant dans
deux petits villages ruraux bien distincts. Nous sommes en 1976 et Éliane, son père paralytique Gabriel (Michel Galabru) et sa mère
Paula (Maria Machado) surnommée Eva Braun en raison de ses origines
germaniques viennent s'installer dans un village du sud de la France.
Tous les villageois assistent à l'arrivée de la petite famille et
pour cause : la jeune femme est d'une très grande beauté mais
aussi de mœurs apparemment très légères. Sexy, provocatrice et
pourtant très attachée à l'image qu'elle renvoie, tous les jeunes
hommes du village fantasment de la mettre dans leur lit. Et
d'ailleurs, les coucheries ne se font pas attendre puisque parmi eux,
le frère cadet de Pin-Pon, Mickey (François Cluzet) et leur ami
Georges Massigne (Martin Lamotte) n'ont pas tardé pour lui mettre le
grappin dessus... Pin-Pon, lui, attend calmement son tour.
Affectueux, sincère et plutôt naïf, son attitude finit par séduire Éliane qui très vite et contre toute attente tombe amoureuse de ce
jeune pompier volontaire...
Derrière
ce résumé relativement succinct du script de Jean Becker et
Sébastien Japrisot sur la base d'un roman écrit par ce dernier,
L'été meurtrier
cache non seulement un drame épouvantable mais également un
thriller érotique qui marque forcément par la présence à l'écran
d'Isabelle Adjani qui avant cela aura notamment tourné auprès de
Werner Herzog (Nosferatu, fantôme de la nuit),
d'Andrzej Żuławski (Possession),
de Claude Miller (Mortelle randonnée)
avant de tourner aux côtés de Luc Besson l'excellent Subway
en 1985, Camille Claudel de
Bruno Nuytten en 1988 ou encore La reine Margot
de Patrice Chéreau en 1994... Un an après qu'elle ait tourné Tout
feu, tout flamme
de Jean-Paul Rappeneau dans lequel elle allait déjà retrouver le
chanteur Alain Souchon, ce dernier joue donc de nouveau à ses côtés,
interprétant l'un de ses plus importants rôles au cinéma. Entre
drame poignant et thriller psychologique, L'été
meurtrier
décortique l'état mental d'une jeune femme totalement dévastée
par un drame remontant pourtant bien avant sa naissance. Une tragédie
qui l'obsède et qui l'empêche de vivre normalement. Face à elle,
toute une galerie de personnages incarnés par des interprète de
valeur sûre. Comme Jenny Clève et Suzanne Flon qui incarnent
respectivement la mère et la tante de Pin-Pon et Mickey. Evelyne
Didi qui interprète la maîtresse d'école amoureuse d’Éliane ou
encore Roger Carel, Manuel Gélin et même Marie-Pierre Casey,
devenue célèbre grâce à une publicité pour Pliz et qui dans
L'été meurtrier
incarne le petit rôle de Mademoiselle Tussaud, la garde-malade de
Gabriel qu'interprète le formidable Michel Galabru qui sorti de ses
innombrables rôles dans des comédies incarne un personnage grave...
Entre amour, vengeance, mensonges et traumatismes, L'été
meurtrier
est d'une maîtrise formelle remarquable. Une œuvre implacable,
fascinante et merveilleusement incarnée... Un classique qui remporta
quatre prix aux Césars 1984 dont le César de la meilleure actrice
pour Isabelle Adjani ou celui de la meilleure actrice dans un second
rôle pour Suzanne Flon...
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