Avec son premier
long-métrage tourné en solo suivant plusieurs courts et quelques
collaborations, l'acteur et réalisateur Grégory Morin a lâché en
2026 une véritable petite bombe. Imaginez la rencontre entre le
rachitique cinéma de Stéphane Ambiel (deux courts-métrages
seulement au compteur en 1988 et 1997) et celui de Gaspar Noé.
L'esprit trash du premier et l'esthétique du second. En fait, tout
ce dont les fans de gore français typé années
quatre-vingt/quatre-vingt dix espèrent toujours retrouver sur le
devant de la scène et qui depuis près de quarante ans les a
malheureusement laissé orphelin. Depuis le mythique Baby Blood
d'Alain Robak dont il serait sans doute plus judicieux pour les plus
anciens et à l'attention des néophytes qui voudraient aujourd'hui
le découvrir de prévenir ces derniers qu'il n'a pas forcément bien
vieilli ou encore avec le cultissime (oui, oui) Kamikaze
de Didier Grousset dans lequel Michel Galabru incarnait un inventeur
de génie ayant conçu un appareil lui permettant de faire exploser
les speakerines et autres présentateurs télévisés qui lui
déplaisaient, le gore à la française n'a me semble-t-il, plus tout
à fait la même saveur. Cet esprit très artisanal qui prévalait
chez ces auteurs et chez quelques autres dont par exemple Jean
Marboeuf et cet autre ''légendaire'' long-métrage qu'il réalisa en
1987 intitulé Grand Guignol
ne se retrouve plus guère que dans d'obscures productions. Renforcé
par la présence du toujours hilarant Jonathan Lambert qui dans le
rôle du personnage principal incarne le cocaïnomane Luc, Flush
part d'un contexte aussi invraisemblable que délirant. Luc débarque
dans les anciennes toilettes turques d'une boite de nuit dont on
entend le rythme binaire diffusé à l'étage pour se faire un rail
de coke. Rien que de très banal jusqu'au moment où celui-ci glisse
et se retrouve le pied coincé dans le trou des gogues ! Une
situation plutôt inconfortable qui n'est pourtant rien en
comparaison de ce qui va bientôt lui arriver. En effet, après avoir
finalement réussi à retirer son pied du trou et après avoir été
plus ou moins aidé par un certain Dindon (Rémy Adriaens), le
propriétaire de la boite déboule, très énervé au sujet d'un
sachet de cocaïne que son employé a eu la très mauvaise idée de
planquer dans le trou des chiottes ! Vous sentez arriver le
quiproquo ?
Bref,
sur ce postulat de départ, disons que le film va uniquement reposer
sur l'inconfortable situation de Luc qui après avoir passé la
première partie le pied dans la merde va endurer un calvaire dont
l'affiche elle-même ne laisse planer aucun doute... Derrière ce
premier long-métrage dont on appréciera qu'il n'excède pas les
soixante-dix minutes vu qu'en aussi peu de temps Grégory Morin
réussi malgré tout le tour de force de mettre en scène quelques
ventres mous, Flush
est typiquement le genre de production gore française et
indépendantes rêvée. Du gore, certes, mais beaucoup plus discret
qu'on ne le pense puisque au final, si on le compare aux nombreuses
séquences uro/scatologiques, ce sont bien ces dernières qui
pourraient pousser certains spectateurs à faire la grimace. Il est
vrai qu'en la matière, Grégory Morin n'a rien à envier au
cultissime Mongolitos
de Stéphane Ambiel tant son imagination dépasse parfois celle du
plus crapoteux adorateur de pipi/caca ! Imaginez donc ce que
l'on peut faire avec une canalisation bouchée par un tampon usagé,
avec un rat totalement addict à la coke, un propriétaire de boite
de nuit sur les nerfs et un employé complétement con ! Force à
Jonathan Lambert d'avoir tourné la quasi totalité du film sur le
ventre, la tête sous la faïence de toilettes turques assez peu
sobrement souillées d’excréments, d'urine et autres matières dont
on préfère ignorer l'origine. À sa manière, Grégory Morin est
peut-être plus encore que les deux exemples cités plus hauts le
digne descendant de Jan Kounen (celui des débuts avec Gisèle
Kerozène
ou Vibroboy)
ou du duo Jean-Pierre Jeunet/Marc Caro à l'époque de Delicatessen.
Autant dire que l'on tient là un sacré lascar qui espérons-le et
malgré son prix du public du meilleur film international au FanTasia
2025 ne déviera pas de cette voie qu'il trace maintenant depuis plus
d'un quart de siècle... Déjà culte !
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