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jeudi 7 décembre 2023

Secrets de tournage : Alien, le huitième passager de Ridley Scott (1979)

 


 

Le véhicule de remorquage commercial USCSS Nostromo chargé de transporter vingt millions de tonnes de minerai est en direction de la planète Terre. Datant du tout début du vingt-deuxième siècle et construit par la compagnie Weyland Yutani, ce cargo n'est pas chargé d'explorer l'univers mais de prélever du minerai à la surface d'autres planètes situées aux confins de l'espace. Capable d'avancer à une vitesse équivalente à un dixième d'année-lumière, ses proportions demeurent relativement impressionnantes : deux-cent quarante-quatre mètres de long et cent-soixante cinq de large. Quant à sa hauteur, elle dépasse les soixante-dix mètres. Un beau bébé qui d'apparence semble pourtant ''rustique''. Nous sommes ici effectivement très loin de l'Enterprise de la franchise Star Trek.. Le maquettiste Martin Bower travaille pour la publicité avant d'être engagé sur la mythique série télévisée Cosmos 1999. L'homme participera ensuite au projet Alien mais c'est d'abord le fruit conjugué des efforts concédés par les illustrateurs Ron Cobb et Chris Foss qui avaient auparavant travaillé sur le Dark Star de John Carpenter qui donnera plus ou moins naissance au Nostromo tel qu'on le connaît de nos jours. Diverses versions sont proposées mais c'est l'une de celles créées par le premier qui sera retenue. Quant au second, il abandonnera la poursuite du projet bien avant que le premier tour de manivelle ne soit donné. Si lors de sa première apparition le fameux cargo écrase littéralement de toute sa masse le plan dans lequel il est intégré, la maquette la plus massive parmi les trois qui furent conçues ne mesurait cependant pas plus de deux mètres cinquante de long pour un poids tout de même estimé à deux-cent cinquante kilos ! Si de nos jours les onze millions de dollars qui furent apportés par les studios de productions pour le tournage de Alien peuvent paraître dérisoires, il faut savoir que sans le succès de Star Wars de George Lucas quelques années en arrière, sans doute le film de Ridley Scott n'aurait-il pas été aussi ''généreusement'' financé. Parmi les sept membres de l'équipage dont la quasi totalité seront décimés durant l'aventure, se trouve le personnage de Ripley. Femme au fort tempérament, incarné Sigourney Weaver, actrice qui à l'époque n'est pas encore devenue l'immense star qu'elle est désormais et qui avant cela n'avait joué que dans deux séries télévisées, une vidéo publicitaire pour la marque de soda Pepsi et deux longs-métrages dont le Anny Hall de Woody Allen en 1977 et dans lequel elle tint un tout petit rôle.


Le choix de faire porter la responsabilité du rôle principal par une interprète féminine est à l'époque un pari quelque peu osé. En effet, jusque là, il ne fut jamais envisagé de faire endosser par une femme le ''costume'' du personnage principal dans ce type de long-métrage. Un choix qui ne sera pas pris à la légère puisque Sigourney Weaver devra avant cela faire ses preuves devant un jury constitué par les femmes de la production ! Comme nous le découvrirons lors du récit, Ridley Scott n'aura pas poussé le bouchon au point d'en faire la responsable de l'équipage et du Nostromo puisque ce rôle là sera confié à l'acteur Tom Skerritt. Lequel interprétera le rôle de Dallas. Un individu particulièrement autoritaire qui pourtant disparaîtra rapidement des radars en devenant la seconde victime du xénomorphe après la mort tragique et particulièrement violente de Kane qu'incarne John Hurt. Un Kane dont la mort plutôt violente fut à l'origine d'une anecdote bien connue des fans du long-métrage. En effet, après que l'homme ait été attaqué par un FaceHugger qui après quelques temps s'était détaché de lui-même du visage de sa victime et après qu'un embryon se soit développé sous sa poitrine, Kane mourut dans d'atroces souffrances, le torse explosé faisant surgir un horrible ChestBurster. Une séquence lors de laquelle les autres acteurs furent présents et dont la surprise ne fut pas feinte. En effet, aucun d'entre eux n'avait été préparé à l'avance de ce qui allait arriver. D'où l'évidente surprise se dessinant sur leur visage lors de cette mémorable séquence. Notons que le très efficace FaceHugger à l'origine de la ''ponte'' dans le corps de Kane était notamment constitué de fruits de mer et de rognons de mouton ! Une fois le ChestBurster échappé des entrailles de Kane, les six membres restant de l'équipage se lancèrent à sa poursuite. Ripley, Brett (Harry Dean Stanton) et Parker (Yaphet Kotto qui en outre fut chargé de mettre la pression sur Sigourney Weaver) se firent une petite frayeur lorsque le chat prénommé Jones (de l'espèce Orange Tabby) fut confondu avec l'horrible petite créature qui s'apprêtait à prendre d'impressionnantes proportions.


S'ensuivit la fameuse séquence lors de laquelle Jones allait se montrer particulièrement convainquant face à la présence du xénomorphe dans sa phase d'évolution définitive. Comme on s'en doute, le félin ne fut pas malmené au point de devenir méfiant envers l'équipe de tournage mais l'un de ses membres apporta sur le plateau de tournage un berger allemand qui amena tout naturellement le chat à lui ''cracher'' dessus ! Due au remarquable imaginaire du plasticien suisse Hans Ruedi Giger, la créature xénomorphe ne fut pas divulguée au public avant que le film ne sorte sur les écrans américains. C'est ainsi que la bande annonce d'origine ne la montrait dans aucun des plans. Au sujet de l'alien en question, il fut incarné par un jeune étudiant nigérian alors âgé de vingt-six ans du nom de Bolaji Badejo. Tragiquement disparu à seulement trente-neuf ans des suites d'une drépanocytose (une maladie modifiant le code génétique de l'hémoglobine), il fut repéré dans un pub en 1978 pour son impressionnante taille (deux mètres dix-huit) et fut même comparé par Ridley Scott à la fameuse sculpture d'Alberto Giacometti, L'homme qui marche. Après cela, le jeune homme ne réapparaîtra plus à l'image qu'en de très rares occasions. Tout d'abord en 1992, l'année de son décès, dans un épisode de la série Omnibus où on le découvrait dans le costume qui le rendit ''célèbre'' ainsi que de manière posthume dans deux des documentaires consacrés au long-métrage de Ridley Scott, The Alien Legacy de Michael Matessino en 1999 et The Beast Within : The Making of Alien de Charles de Lauzirika en 2003. Entre autres anecdotes, signalons que lorsque Dallas, Kane et Lambert quittent la navette pour explorer la planète d'où provient un signal d'origine inconnue, ce ne sont ni Tom Skerritt, ni John Hurt, ni même l'actrice Veronica Cartwright qui se cachent sous les combinaisons des spationautes mais les propres enfants du réalisateur et du directeur de la photographie Derek Vanlint. Pareil pour la rencontre avec le corps fossilisé du Space Jockey dont la maquette fut, en outre, entièrement détruite après qu'une cigarette abandonnée par inadvertance y ait mis le feu. Quant à celles et ceux qui se poseraient encore la question quant à savoir comment pu être réalisée la séquence lors de laquelle le sang du xénomorphe traverse les planchers de plusieurs niveaux du Nostromo, les concepteurs des effets-spéciaux usèrent d'un mélange en partie constitué d'acétone coloré qui au contact de maquettes en polystyrène donna le résultat que l'on connaît. Et puisque l'on parle de sang, justement, parlons pour finir de celui de Ash (l'acteur Ian Holm) que nous n'avions pas encore évoqué jusque là. Personnage Ô combien ambigu qui révélera sa véritable nature d'androïde tardivement. Lorsque Parker lui assène plusieurs violents coups d'extincteurs afin de lui faire lâcher prise alors qu'il tente de tuer Ripley, le liquide blanc qui s'échappa de sa bouche et de son cou fut constitué à base de lait, de pâtes et de caviar...

 

dimanche 19 décembre 2021

En plein cauchemar (Nightmares) de Joseph Sargent (1983) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Nightmares de Joseph Sargent (à ne pas confondre avec le film éponyme sans S réalisé par Romano Scavolini deux ans auparavant et connu chez nous sous le titre de Cauchemars à Daytona Beach) est d'un format un peu particulier puisque dans un même style que l'excellent Creepshow de George Romero ou Twilight Zone: The Movie réalisé en collaboration entre Steven Spielberg, Joe Dante et George Miller et John Landis, il s'agit d'un film à sketchs entre science-fiction, thriller et épouvante constitué de quatre courts récits. Chacun n'ayant absolument aucun rapport avec celui (ou ceux) qui le (ou les) précède ou lui succède. Sorti chez nous sous le titre En Plein Cauchemar, le film est pour Joseph Sargent l'occasion d'aborder différents sujets à travers des histoires interprétées chaque fois par des actrices et acteurs différents. Terror in Topanga se penche tout d'abord sur le cas de Lisa, jeune femme dépendante du tabac au point qu'elle ne parvient pas à se refuser une ''promenade'' nocturne afin de pouvoir acheter sa ''drogue'' la nuit même où un dingue particulièrement dangereux s'est évadé d'un hôpital psychiatrique. Comme l'on s'en doute, tandis que son mari garde sagement leurs enfants, Lisa en profite pour quitter leur maison et se mettre au volant de leur voiture. Croisant sur sa route divers personnages, la jeune femme imagine derrière chaque trait l'hypothèse selon laquelle les uns et les autres pourraient être l'homme que recherche vivement la police. Interprétée par l'actrice Cristina Raines qui se fit particulièrement remarquer dans le rôle principal de l'excellente Sentinelle des maudits de Michael Winner six ans auparavant, ce premier acte s'avère sympathique, quoique le visage systématiquement inquiétant des hommes que la jeune femme va croiser est un peu ''facile'' et trompeur...


Le second acte intitulé The Bishop of Battle change complètement d'univers puisque l'on y retrouve l'acteur Emilio Estevez (vu dans le film culte de John Hugues Breakfast Club en 1985 et dans la peau de Billy le Kid dans l'excellent western Young Guns de Christopher Cain trois ans plus tard) dans le rôle de J.J. Cooney qui, s'il ne fume pas, est lui-même complètement accroc à un autre type de drogue : les jeux vidéos. Ce petit escroc qui laisse gagner ses concurrents avant de leur proposer une dernière partie lors de laquelle il a l'habitude de les déplumer est tellement dépendant d'un jeu se déroulant sur treize niveaux qu'il y dépense tout son argent. Avec pour conséquence une conclusion qui sera aussi originale qu'inattendue. Nightmares se poursuit ensuite avec The Benediction qui met en vedette l'acteur Lance Henriksen, respectivement inspecteur de police dans le génial Terminator et androïde dans Aliens, le retour tout deux réalisés par James Cameron en 1984 et 1986 ainsi que personnage principal de la série télévisée Millenium entre 1996 et 1999. Dans le troisième sketch de l'anthologie, l'acteur interprète le rôle du père MacLeod, convaincu d'être responsable de la mort d'un gamin et victime de visions cauchemardesques se poursuivant jusque sur une route déserte où il est poursuivi par un pick-up de couleur noire. Pour finir, Nightmares se clôt avec Night of the Rat dont le titre ne laisse place à aucune ambiguïté. Dans ce qui s'avérera comme le plus long des quatre segments, Richard Masur (The Believers de John Schlesinger en 1987) et Veronica Cartwright (Invasion of the Body Snatchers de Philip Kaufman en 1978 et Alien de Ridley Scott l'année suivante) se partagent la vedette. Il y interprètent les rôles de Clair et Steven Houston, lesquels vont rencontrer quelques problèmes avec un énorme rat...


Il est assez triste de constater que d'une manière générale, l’œuvre de Joseph Sargent n'est pas vraiment à la hauteur des sujets qui y sont abordés, ni de ses interprètes. Si le premier sketch et le quatrième s'avèrent, disons, honorables, les deuxième et troisième sont par contre tout à fait dispensables. Le troisième peut-être même encore davantage que le second tant le scénario et sa mise en scène paraissent totalement bâclés. Sans être incroyablement angoissant, Terror in Topanga distille un très léger sentiment d'anxiété que seul Night of the Rat parvient relativement à rehausser même si là encore, on préférera redécouvrir l'excellent Of Unknown Origin (D'origine Inconnue) de George P. Cosmatos dans lequel l'acteur Peter ''Robocop'' Weller bataillait lui aussi la même année contre un rat récalcitrant. Note spéciale pour Richard Masur et Veronica Cartwright qui assurent malgré tout parfaitement le show... contrairement aux concepteurs des effets-spéciaux. Il n'y a qu'à voir la déplorable incrustation du rat à l'image pour s'en convaincre ! Pour le reste, Nightmares est une déception...

vendredi 1 juin 2012

Invasion of the Body Snatchers de Philip Kaufman (1978)



Dehors la pluie tombe. Accompagnée d'étranges particules tout droit venues du cosmos, d'étranges plantes se mettent à pousser sur les arbres comme de vulgaires parasites. Elisabeth Driscoll qui travaille pour le ministère de la santé s'interroge sur la provenance de ces drôles de bulbes qu'elle ne parvient pas à identifier et dont elle fait part à son mari Geoffroy après en avoir emporté un échantillon chez eux. Geoffroy ne semble pas aussi enthousiaste que sa femme à l'idée qu'elle ai pu découvrir une nouvelle espèce de végétal.
Le lendemain, Geoffroy se comporte étrangement. Jovial la veille, il est désormais froid et distant. Il ne semble d'ailleurs pas être le seul à avoir un comportement plutôt ambigu. Lui et d'autres personnes se regroupent dans la rue et forment de curieux rassemblements qui poussent Elisabeth à les suivre.

Soucieuse elle fait part du changement de comportement de Geoffroy à Mathew Bonnel, inspecteur de l'hygiène alimentaire plutôt rigoureux qui prends d'abord l'idée à la légère et préfère même présenter son amie au psychologue David Kibner lors d'une réunion visant à dédicacer un livre écrit de sa main. Alors que tout semble se dérouler normalement, elle découvre qu'elle n'est pas la seule à s'être aperçue du changement d'humeur de son mari puisqu'une femme au bord de la crise de nerf tente avec beaucoup de désillusion à convaincre l'auditoire que son mari lui aussi n'est plus le même.


Elisabeth finit par convaincre Mathew que quelque chose se trame à San-Francisco et tout deux, accompagnés par un couple d'amis, se lancent dans la recherche d'une vérité à laquelle ils ne sont pas préparés: :
Les plantes découvertes quelques jours auparavant sont les prémices d'une invasion extra-terrestre qui vise à annihiler l'espèce humaine et la remplacer par de vulgaires copies déshumanisées.

Commence alors la chasse aux vilains usurpateurs d'identité allant même jusqu'à créer une situation de panique et surtout de paranoïa dans un monde qui ne réalise toujours pas à quel point l'espèce humaine est en danger.

Un événement plutôt curieux mais assez amusant vient ponctuer l'effroyable invasion dont nous sommes victimes nous, pauvres humains, lorsqu'apparaît face à nos yeux ébahis un chien au visage humain. Un visage que l'on reconnaît comme celui du clochard musicien qui, plus tôt, tentait vainement, accompagné de son animal de compagnie, d'attirer sur lui toutes les attentions ne récoltant qu'un intérêt plus que limité lorsqu'il ne s'agissait pas purement et simplement de mépris. On peut se demander alors si le cinéaste à ce moment très précis réagit face à un système qui préfère rester aveugle face aux miséreux auxquels il donne naissance dans un ton humoristique en faisant d'un être "insignifiant" le personnage central et révélateur d'une anomalie génétique révélant enfin aux yeux des derniers incrédules que la fin d'un monde et la naissance d'un nouveau est en marche. Celui que l'on rejette devient un pion important dans la reconnaissance d'une ère nouvelle et désastreuse pour l'espèce humaine.


Le film de Philip Kaufman est le remake d'un vieux classique en noir et blanc. Abel Ferrara lui-même réalisera dans les années quatre-vingt dix un remake plutôt anecdotique. Cette version de 1978 fait la part belle au climat paranoïaque découlant d'une invasion ciblant la race humaine dans une volonté flagrante de la faire disparaître au profit d'une autre, menaçante et inhumaine, et ce dans la confusion la plus totale. Même si l'idée de manipuler les médias et de faire disparaître en premier lieu ceux qui sont à l'origine du maintien de l'ordre pour créer ainsi un état de désordre se ressent à travers les différentes situations proposées par le cinéaste, il faut tout de même avouer qu'il est difficile de s'y retrouver, comme si ce dernier avait en tête un projet tellement vaste et tellement peu de temps pour s'y consacrer que son film prends parfois des airs de brouillons. Mais il ne faut surtout pas bouder son plaisir car retrouver des acteurs de la trempe de Donald Sutherland ou encore Jeff Goldblum est un pur bonheur d'autant plus que le film sait aller droit à l'essentiel et regorge de scènes qui empêchent l'ennui de s'installer. Un nouveau remake est né dans les années 2000. Peut-être encore plus insignifiant que la version de Ferrara. Le film de Kaufman date maintenant d'une trentaine d'années et l'on peut sans prendre de risque, dire que sa version demeure la pus intéressante. Comme un bon vin qui se bonifie avec le temps, cette version restera sans doute la meilleure qui nous ai été donné de voir et il serait bon, une fois pour toute de démontrer aux plus jeunes que les artifices visant à camoufler la maigreur de scénarios indigestes ne font pas toute la réussite d'un film. 

 
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