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lundi 20 avril 2020

La Vie Sexuelle des Belges 4 - La Jouissance des Hystériques de Jan Bucquoy (2000) - ★★★★★★★☆☆☆



Après les fictions que furent La Vie sexuelle des Belges 1950-78 en 1994 et Camping Cosmos en 1996 et le documentaire qui suivit en 1998 Fermeture de l'usine Renault à Vilvoorde, le quatrième volet de l'hexalogie consacrée à la vie sexuelle des belges, La Jouissance des Hystériques, prend une tournure qui hésite entre les deux approches que prirent les trois précédents épisodes. C'est ainsi que l'on ne sait pas vraiment comment différencier la pure interprétation des moments pris sur le vif. Après avoir consacré le troisième volet aux ouvriers de l'usine Renault de Vilvorde, il choisit cette fois-ci de se concentrer sur sa propre personne mais en gardant toujours en tête les mêmes références, entre révolution et sexualité. Le réalisateur belge Jan Bucquoy évoque le tournage d'un long-métrage qui se veut tout aussi imaginaire que porteur des idées véhiculées par le roman de Lucien Israël, La Jouissance de l'Hystérique. Constitué de deux parties distinctes, La Jouissance des Hystérique, Jan Bucquoy continue donc d'y imposer son éternelle obsession du rapport aux femmes, ce quatrième volet prenant parfois les allures d'un fallacieux prétexte pour y séduire les futures interprètes féminines de son nouveau projet cinématographique.

Faisant fi du ridicule qu'arbore cette approche inefficiente de la séduction se soldant généralement par de consécutifs renvois au tapis, Jan Bucquoy n'a jamais peur de paraître ridicule à l'image. Qu'il s'agisse de postulantes le rejetant face caméra ou de sa propre compagne qu'il n'hésite pas à mettre en scène lors de leur ébats, le belge brouille les pistes de telle manière que le spectateur n'est jamais en mesure de démêler le réel du faux. Si d'une manière générale La Jouissance des Hystériques ne constitue jamais vraiment une réussite quant au message que tente de transmettre un réalisateur aidé par des moyens financiers ridicules et par une maîtrise de son art tout à fait relative, il n'en demeure pas moins une totale réussite dans le domaine de l'absurde. La difficulté de se faire entendre, comprendre et accepter demeurant sans doute un challenge compliqué à mettre en œuvre. Lorsque Jan Bucquoy est contraint de travailler avec à ses côtés, des interprètes qui eux-même rencontrent des difficultés à saisir toute la riche ambition de son projet, le résultat à l'écran donne lieu à des situations ubuesques.

En réalisateur narcissique ne souffrant d'aucune rébellion de la part de ses interprètes, répétant inlassablement qu'il est seul décisionnaire sur son œuvre en but avec un casting parfois révolté remettant sans cesse en question sa vision du projet, Jan Bucquoy offre avec La Jouissance des Hystériques, un long-métrage aux circonvolutions dramatico-humoristiques impayables. En mêlant fiction et réalité, le réalisateur belge supprime le contraste entre ce qui est vrai et ce qui est monté de toutes pièces. En résulte une œuvre, encore une fois, totalement libérée des contraintes budgétaire (Jan Bucquoy ayant lui-même financé le film) et foutraque. Le vent de liberté qui souffle sur son œuvre toute entière n'a jamais été aussi perceptible qu'avec La Jouissance des Hystériques. À noter que Jan Bucquoy dédie ce quatrième volet de La Sexualité des Belges à sa fille Marie, décédée par suicide en 2008 à l'âge de trente-trois ans, et qu'il immortalise ici dans son propre rôle. On retrouve à nouveau l'entarteur Noël Godin dans la peau de Pierre Mertens et Claude Semal dans son propre rôle. À noter également que l'on peut y voir l'actrice Alice Ley que l'on entrapercevra l'année suivante dans l'excellent Vélo de Ghislain Lambert du réalisateur français Philippe Harel...

jeudi 16 avril 2020

La Vie Sexuelle des Belges 3 - Fermeture de l'usine Renault à Vilvoorde de Jan Bucquoy (1999) - ★★★★★★★☆☆☆



Quel rapport entre la fermeture de l'usine Renault à Vilvorde en Belgique et la vie sexuelle des belges peut-on se demander en visionnant ce qui s'apparente désormais plus à un documentaire qu'à une fiction. Le troisième volet des aventures ''sexuelles'' de nos amis les belges met en berne leur appétit pour la ''chose''. Si désormais il ne faut plus compter sur l'acteur Jean-Henri Compère pour incarner Jan Bucquoy, c'est parce que celui-ci assure maintenant la relève en interprétant lui-même son propre rôle. Il n'est d'ailleurs pas le seul à le faire puisqu'à ses côtés, l'entarteur Noël Godin, Nathalie Sartiaux ou Marie Bucquoy font de même. Et c'est sans compter sur Louis Schweitzer, l'homme par qui le scandale arrive, mis au pilori par les employés d'une usine Renault qui se révoltent contre le sort qui leur est accordé à l'annonce de sa fermeture. En anti-capitaliste chevronné, Jan Bucquoy suit le mouvement et condamne à la potence le président du groupe automobile Renault entre 1992 et 2005, Louis Schweitzer. Guignol involontaire de La Vie Sexuelle des Belges 3 Fermeture de l'usine Renault à Vilvoorde, hué, insulté, menacé par les employés de Vilvorde, certains allant même jusqu'à souhaiter sa mort. La caméra de Jan Bucquoy exacerberait-elle les esprits ou est-le ras le bol général qui pousse certains à tenir de tels propos ?

Le 27 février, Louis Schweitzer annonce la fermeture de l'usine Renault de Vilvorde. Une mesure qui soulève des contestations de la part des ouvriers qui stoppent les chaînes de montage. Malgré les menaces, les tentatives d'intimidation de part et d'autre, l'usine ferme finalement l'été suivant après qu'ait été négocié un plan social. Jan Bucquoy débarque avec sa caméra en plein conflit et participe au mouvement, profitant ainsi de l'occasion pour combattre à nouveau ce capitalisme qu'il n'a jamais cessé d'invectiver. Si La Vie Sexuelle des Belges 3 Fermeture de l'usine Renault à Vilvoorde est nettement moins délirant et provocateur que les deux précédents volets, le titre semble cependant ironiser sur le sort des ouvriers dont la pensée n'est désormais guidée qu'à travers leur combat contre la fermeture de l'usine.

C'est sans doute ainsi donc pourquoi, en dehors des quelques sursauts provocateurs du réalisateur belge, le troisième volet de La Vie Sexuelle des Belges n'aborde pas vraiment le thème de la sexualité. Tout dans ce documentaire tente à démontrer le bouleversement que génère une telle situation de crise. On n'y aborde plus les passions et les hobby de chacun, et donc moins encore le sexe. Tout au plus la politique répressive, les barricades, l'affrontement entre les forces de l'ordre et les ouvriers, le mépris des hautes instances et des dirigeants, certains ouvriers allant même jusqu'à alerter le téléspectateur des méfaits de la parole médiatique. En gourou de la provoc', Jan Bucquoy se désape devant la caméra, baise sa femme sur leur lit d'amour, avant de préparer en sa compagnie la révolution. Une thématique qui se répète chez le réalisateur belge de manière obsessionnelle depuis le premier volet de la saga. Un documentaire nerveux, sans langue de bois, plongeant le spectateur au cœur d'un confit retentissant qui frisa même jusqu'aux sourcils du Parlement Européen qui vota par la suite une directive visant à informer et consulter les personnels d'entreprises de plus de cinquante salariés concernés par des cas similaires. Fantasmant sur l'éradication du capitalisme ici représenté par le président du groupe Renault, Jan Bucquoy clôt son sujet en mettant à mort (un sosie de) Louis Schweitzer...

mercredi 15 avril 2020

La Vie Sexuelle des Belges 2 - Camping Cosmos de Jan Bucquoy (1996) - ★★★★★★★☆☆☆



Deux ans après le premier volet de son hexalogie consacrée à La Vie Sexuelle des Belges, le réalisateur Jan Bucquoy poursuit son autobiographie avec Camping Cosmos. Une fois de plus, on retrouve logiquement l'acteur Jean-Henri Compère dans le rôle de Jan Buvquoy. Huit ans ont passé depuis le récit de La Vie Sexuelle des Belges 1 1950-1978. Maintenant, Jan est l'auteur de pièces de théâtre engagées interprétées par une comédienne qui ne croit pas en lui et animateur culturel envoyé par le Ministère de la Culture. De plus, Jan doit gérer la présence de sa fille Eve qui après avoir subit un viol en Italie est venue se réfugier au camping. Cependant, l'animateur ne se dépare pas de sa bonhomie, même lorsque tout semble aller de travers. Plus qu'un hommage aux femmes qu'il met parfois cependant au premier plan, Jan Bucquoy réunit une faune bigarrée figurant une population belge respectant la même tradition depuis des années : se retrouver au bord d'une plage, échanger des sujets de conversation, bronzer au soleil, tromper son épouse (et vice, versa), participer à un concours de chant, puis de beauté. Parler foot, politique et art dramatique. Une poésie brute qui a cependant rencontré quelques problèmes avec le gouvernement flamant qui refusa d'abord de financer en partie le projet de Jan Bucquoy avant que le Conseil d’État n'en décide autrement. Et tout ça parce que parmi les ''convives'' du cinéaste belge, on retrouve au générique l'actrice pornographique Lolo Ferrari...

Nanti d'un faible budget, le Camping Cosmos du titre ne bénéficie pas d'une infrastructure particulière. Une plage, la mer comme point d'horizon et des caravanes posées ici et là au petit bonheur la chance. Question décors, on a donc déjà vu mieux (Au hasard, Dupont Lajoie d'Yves Boisset), mais l'essentiel est ailleurs. Dans ces couples souvent dysfonctionnels parmi lesquels on retrouve justement Lolo Ferrari, surtout connue pour avoir subit de nombreuses opérations portant son tour de poitrine à 180 cm. L'entarteur Noël Godin, dans le rôle de l'écrivain bien réel Pierre Mertens, Jan Bucquoy lui-même qui incarne celui de Zbigniew Cybulski, le compagnon d'une terroriste. Ou encore le chanteur, auteur, acteur et humoriste Claude Semal qui interprète son propre rôle, affublé d'un pantalon de golf, d'un pull bleu ciel, d'une houppette et d'un fox-terrier (vous pensez à quelqu'un de connu en particulier?) et demeure incapable de jouir sans vomir sur sa partenaire !

Camping Cosmos, c'est le théâtre de l'absurde. Incongru, licencieux, tournant autour du sexe, du couple, de l'amour, de l'infidélité. Parfois scabreux (mais très peu), mais toujours poétique. Parmi les autres interprètes, on retrouve le chanteur culte Arno Hintjens (le Gainsbourg flamant auquel certains le comparent parfois) en couple avec Jan Decleir. L'écrivain Herman Brusselmans qui incarne ici un peintre recouvrant les caravanes de citations (''La femme est mystérieuse comme la vache !'' de l'écrivain et poète Louis Scutenaire). Ou encore Jacques Calonne qui comme Claude Semal interprète son propre rôle dans la peau d'un représentant du ministère de la culture. Les véritables héros ne sont pas tant les interprètes que les personnages qu'ils incarnent. Le vent se lève, le soleil se couche, et tout est à refaire. Une vendeuse de frites rêve d'une autre vie, un vieil homme lubrique échange des sucettes contre des culottes de poupées, Lolo Ferrari rêve de découvrir l'orgasme et Jan Bucquoy de retrouver l'amour de sa fille. Tout ceci est un peu foutraque et pas toujours très bien interprété. Mais là encore, l'essentiel est ailleurs. Ce second volet de La Vie Sexuelle des Belges est généreux, profondément humaniste et Jean-Henri Compère toujours aussi attachant. Une blague belge à la hauteur des ambitions d'un artiste qui, plus que de se ficher de ses semblables, leur rend un vibrant hommage...

mercredi 14 novembre 2018

Aaltra de Benoît Delépine et Gustave Kervern (2003)



Aaltra, c'est l'histoire de deux hommes auxquels rien ne réussi vraiment. L'un bosse à Paris, l'autre, à la campagne. Au volant de son tracteur, le second emmerde le premier en lui barrant la route. Le quotidien de ces deux hommes qui se haïssent va être bouleversé le jour où ils vont en venir aux mains devant la machine agricole du second. Alors qu'ils se sont empoignés, c'est l'accident : l'énorme benne de l'engin est malencontreusement activée durant la bagarre et broie les jambes des deux hommes. Ils n'en retrouveront plus l'usage et après avoir passé quelques temps dans la même chambre d’hôpital, ils sont priés de la libérer.

Les voici donc désormais contraints de se déplacer en fauteuil roulant. L'épouse du citadin, qui le trompait déjà bien avant l'accident a pris la poudre d'escampette. Alors que les deux hommes n'attendent plus grand chose de leur existence, se toisant du regard chaque fois qu'il se croisent, le paysan détecte un vice de fabrication sur la machine incriminée dans l'accident qui leur a coûté leurs jambes : en effet, le bouton de sécurité censé stopper la machine en cas d'alerte ne fonctionne pas. Après avoir calculé eux-même le montant des indemnités qu'ils croient mériter toucher, il décident ensemble de partir en Finlande, pays où sont construites ces fameuses machines de marque Aaltra afin de toucher l'argent...

Tout premier long-métrage du duo Benoît Delépine et Gustave Kervern, Aaltra ne risque pas de convaincre ceux qui n'auraient éventuellement pas été conquis par leurs deux ou trois derniers longs-métrages. Déjà, à l'époque, les deux cinéastes faisaient preuve d'un humour noir féroce et de partis-pris risqués. Image dégueulasse, noir et blanc acnéique, mise en scène et montage anarchiques, scénario rachitique, dialogues fantômes, tout y est pour rebuter les amateurs de films esthétisants. Ici, on se fiche de filmer au milieu d'une foule qui n'a apparemment pas été alertée du tournage et qui regarde, amusée, la caméra de Benoît Delépine et Gustave Kervern, eux-mêmes principaux acteurs de leur propre film. De deux types à la base plutôt médiocres, les cinéastes en font des handicapés, mais pas de ceux sur lesquels on a l'habitude de se retourner avec un air de commisération hypocrite. S'ils ne sont pas forcément sales, affreux et méchants, ils le sont certainement.

N'hésitant pas à piller dans le sachet de chips d'un gamin ou de vivre de la générosité d'un couple de hollandais et de leur enfants, nos deux hommes n'ont rien pour plaire. Aaltra est un road-movie se déroulant au rythme des véhicules de ses deux interprètes. C'est lent, parfois même ennuyeux. On s'attend tellement à retrouver la trash attitude de Groland que les timides et rares scènes allant dans ce sens apparaissent bien faible au regard d'un récit qui ne nous conte pas grand chose de passionnant. Du moins, c'est l’a priori que l'on a lors de la toute première moitié du film. La seconde, elle, nous offre quelques moments de pure jubilation mais sont-ils assez nombreux et s'inscrivent-ils dans l'attente qui est la notre pour satisfaire une attention de plus d'une heure trente ? Pas sûr. Ce qui l'est par contre, c'est cette certitude que le film du duo ne laisse pas indifférent, quel que soit le degré d'empathie que l'on ressente ou non pour ses héros ou simplement pour leur histoire.

Contrairement à ces œuvres auxquelles on a peut-être la maladresse d'accorder immédiatement le statut de film culte, Aaltra se digère bien après qu'il ait été visionné. Un film qui aurait sans doute mérité un format plus court. Mais ne rechignons pas notre plaisir car tout de même, on y ressent quelques plaisirs, comme la présence de Benoît Poelvoorde en fan de moto-cross ou Bouli Lanners en chanteur finlandais...
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