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lundi 2 mars 2020

Cycle Les Inconnus: Les Trois Frères de Didier Bourdon et Bernard Campan (1995) - ★★★★★★★★☆☆



En y réfléchissant bien, cela faisait un moment que je ne m'étais pas lancé dans un cycle et c'est pourquoi j'ai décidé d'évoquer ces jours prochains l'un des plus fameux trios d'humoristes hexagonaux qui, certains d'entre nous ne le savent peut-être pas, étaient cinq à l'origine, lors de leur rencontre et de leur apparition dans l'émission culte de Philippe Bouvard, Le Petit Théâtre de Bouvard. En effet, aux côtés de Smaïn et de Seymour Brussel, Didier Bourdon, Bernard Campan et Pascal Légitimus formèrent le groupe des Inconnus le 23 juin 1984 pour y interpréter un certain nombre de sketchs qui, avouons-le, avec le temps ont bien mal vieilli. Les cinq hommes tournent ensemble un seul et unique long-métrage en 1985. Le culte Le Téléphone Sonne Toujours Deux Fois (titre faisant référence au Facteur Sonne Toujours Deux Fois réalisé en 1946 par le cinéaste américain Tay Garnett), une comédie policière dans laquelle apparaissent notamment Jean-Claude Brialy, Clémentine Célarié, Henri Courseaux, Darry Cowl, Michel Galabru, Jean Yanne ou encore Patrick Sébastien (et la liste est encore très longue!). Après avoir rencontré le succès dans les années quatre-vingt dix avec l'excellente série d'émissions parodiques La Télé des Inconnus, c'est en 1995 que Didier Bourdon, Bernard Campan et Pascal Légitimus réapparaissent sur grand écran sous le nom des Inconnus (le premier et le troisième ayant cependant tourné dans divers longs-métrages jusqu'à maintenant) avec Les Trois Frères. Réalisé par Didier Bourdon et Bernard Campan, le film est un immense succès et frôle les sept millions d'entrées pour un budget initial égal à 7 150 000 euros.

Si les trois humoristes interprètent trois demi-frères qui ne se sont jamais connu, le scénario de Didier Bourdon, Bernard Campan et Michel Lengliney (Il est Génial Papy ! de Michel Drach) joue sur les différences sociales de ces trois hommes que rien n'aurait pu rapprocher si ce n'est un héritage de trois millions de francs laissé derrière lui par une mère qu'ils n'ont jamais connue. Comme cela sera généralement le cas dans les films des Inconnus, les trois acteurs ne s'embarrassent pas de pseudonymes puisque chacun d'entre eux est ''reconnu'' sous son véritable prénom. C'est ainsi que Didier Bourdon incarne Didier Jean-Marie Latour, vigile dans un supermarché et supposé futur gendre de son patron avec la fille duquel il a prévu de faire sa vie. En réalité, un prétexte pour réussir son existence professionnelle. Scrutant les clientes à l'aide d'un réseau de caméra trafiquées par ses soins et installées dans les cabines d'essayage, il ne le sait pas encore, mais il est le père d'un petit Michaël (Antoine du Merle), fils de Christine Rossignol (Marine Jolivet) avec laquelle il eut une liaison quelques années auparavant. Bernard Campan, lui, interprète Bernard Michel Latour, petit acteur sans envergure qui pour péniblement subvenir à son existence accepte de travailler sur les marchés pour son ami Albert (Albert Dray). Quant à Pascal Légitimus, il incarne Pascal Eusèbe Latour, cadre ambitieux d'une entreprise de communication et ''propriétaire'' d'un luxueux appartement de cent mètres carré environs.

Gros succès de cette année 1995, Les Trois Frères est l'une de ces comédies cultes que l'on peut revoir sans cesse et sans jamais s'en lasser. En faisant croiser la route de ces trois frères qui n'ont absolument rien en commun, Bernard Campan, Pascal Légitimus et Didier Bourdon offrent une vision critique sous-jacente de notre société jamais rébarbative et démontrent que dans le désarroi le plus total, les liens familiaux même les plus ténus permettent de se soutenir et de relever la tête. Une vision, certes, puérile, voire utopique, mais néanmoins à l'origine de scènes toutes plus cultes les unes que les autres. Au hasard, on pense notamment au rendez-vous chez le notaire, les quelques scènes situées chez la belle-famille de Didier (dont un beau-père raciste savoureusement interprété par l'acteur et comédien Pierre Meyrand), la séquence des ''acides'', le repas chez Pascal, la visite de l'huissier (Maître Gonzalez interprété par l'excellent Jean-François Pastout) ou encore le passage à l'émission de télévision Le Millionnaire tout à fait dans le ton des pastiches que créa le trio lors de leurs diverses interventions télévisuelles dans La Télé des Inconnus. Le long-métrage est l'occasion de retrouver des seconds rôles irrésistibles avec en premier plan Bernard Farcy dans le rôle de Steven Marchand, le patron de Pascal, Élie Sémoun dans celui de son bras-droit Brice, ou encore Bruno Lochet et Yolande Moreau (ex-Deschiens) dans ceux des propriétaires du PMU. Certaines répliques demeurent toujours aussi fameuses, comme ''le jus de fruit'', ''le monochorme de Whiteman'', tout comme certains détails demeurent inoubliables comme l'entreprise de communication dont tous les employés portent une queue de cheval à l'effigie du boss, ou Didier, Bernard et Pascal contraints de se grimer pour échapper aux forces de l'ordre, convaincus d'avoir causé la mort de l'huissier. Culte !

mercredi 15 novembre 2017

LINDON - JOLIVET - MA PETITE ENTREPRISE (1999)



Entre Fred et Ma Petite Entreprise s'écoulent deux années au beau milieu desquelles le cinéaste français Pierre Jolivet tournera le drame En Plein Cœur. Changement complet de casting puisqu'il y conviera Gérard Lanvin, Virginie Ledoyen, Carole Bouquet, Denis Podalydès, ou encore Guillaume Canet. En revanche, en 1999, Pierre Jolivet forme autour de lui, et à quelques encablures près, le même casting que pour Fred. Clothilde Courau est partie tourner avec d'autres cinéastes. Le rôle de Nathalie, l'ex femme du héros, Ivan Lansi, le réalisateur le confiera à Zabou. Ce dernier, c'est donc pour la seconde fois, l'acteur Vincent Lindon. A ses côtés, François Berléand, Albert Dray et Roschdy Zem qu'il connaît pour avoir joué avec eux deux ans plus tôt. Si le sujet diffère désormais quelque peu, Pierre Jolivet continue cependant d'explorer des thèmes sociaux forts.
Pour cette seconde incartade dans l'univers du cinéaste, pas de meurtres, pas de récit tournant autour du sujet fumant de l'amiante mais, une entreprise partant littéralement en fumée. Un accident ? Un acte criminel ? Toujours est-il qu'Ivan, persuadé d'être assuré tous risques apprend de la bouche même de son ami et assureur Maxime Nassief qu'il n'en est rien. Victime d'une escroquerie ayant permis à ce dernier ainsi qu'à un complice d’empocher durant des années les cotisations versées par Ivan, celui-ci se retrouve sans possibilité d'honorer les contrats qu'il avec plusieurs clients et ne pourra par conséquent pas toucher la moindre assurance.

Ivan, c'est un personnage attachant. Très apprécié de ses employés. Il faut voir en effet avec quelle fidélité Louis (Pascal Leguennec) et Catherine (Françoise Sage) demeurent à ses côtés alors que l'espoir de toucher leur salaire s'amenuise de jour en jour. La petite entreprise du titre, c'est une minuscule menuiserie qui va disparaître sous les flammes. Mais Ma Petite Entreprise, c'est aussi et surtout un formidable témoignage sur la solidarité. Quand tout va mal et que les amis se comptent sur le bout des doigts. Pierre Jolivet aurait pu faire de son nouveau film un drame poignant, larmoyant, mais choisi au contraire d'y injecter une bonne dose d'humour. Pas de cet humour lourdingue, immédiat que partagent beaucoup de comédie, mais des gags plus discrets, s'inscrivant dans un contexte dramatique. Au hasard, le personnage campé par François Berléand. Ou ce gamin, ce petit arabe qui s'incruste au quotidien dans l'appartement que partagent Nathalie et son nouveau compagnon Sami (Roschdy Zem). Catherine également, dont la voix à peine perceptible ménage quelques moments fort amusants.

Mais Ma Petite Entreprise, c'est également une énergie qui se renouvelle à chaque instant. Pierre Jolivet y installe toute une série d'événements qui empêchent la sinistrose et l'ennui de s'installer. Des prises de têtes entre Ivan et Maxime, des rapports entre le patron de cette petite entreprise et ses fidèles employés, de l'intimité entre Nathalie et Sami, jusqu'à cette décision prise de s'introduire dans les locaux administratif de l'agence d'assurance afin « d'officialiser » le dossier d'assurance d'Ivan, en passant par les enquêtes (tronquées et officielles) menant à rendre éligible ou pas, le droit aux indemnités, le film de Pierre Jolivet, sous couvert de critique sociale se révèle être une excellent comédie, dont les dialogues ne sont pas en reste, et magistralement interprétés par les actrices et acteurs.
D'ailleurs, le film a reçu par la suite plusieurs prix dont L'étoile d'or du cinéma français de l’Académie de la presse du cinéma français en 2000, le César du meilleur acteur dans un second rôle la même année pour François Berléand et le prix du meilleur scénario au festival des films du monde de Montréal, toujours en 2000. A savoir que la musique originale est l’œuvre du chanteur Alain Bashung...

mardi 14 novembre 2017

LINDON - JOLIVET - FRED (1997)



Fred, c'est l'histoire (extra)ordinaire d'un homme, ordinaire. Un type au chômage qui n'y réfléchit pas à deux fois avant d'accepter d'aider son ami Michel à conduire un camion jusqu' à une adresse donnée. Fred a besoin d'argent, alors il s'exécute. Sans rien demander, il prend le volant d'un semi-remorque et roule jusqu'au lieu dit où il abandonne le véhicule. Pendant ce temps, Michel disparaît sans donner de nouvelle. Lisa, la compagne de Fred part comme tous les jours travailler dans le laboratoire médical qui l'embauche. Fred, lui, pour tromper l'ennui, traîne dans un bar où plusieurs anciens collègues de travail qui comme lui ont perdu leur emploi. Là, il s'engueule avec Yvan et les deux hommes finissent par en venir aux mains. Arrêtés par la police, ni Fred ni Yvan n'est décidé à chargé l'autre. Ils sont finalement libérés. Le lendemain, Yvan s'excuse. Il propose à Fred de l'accompagner jusqu'à l'usine désormais désaffectée qui les employait. Là-bas, ils tombent dans un guet-apens. Yvan y meurt tandis que Fred, effrayé à l'idée qu'on l'accuse du meurtre de son ami préfère prendre la fuite que de prévenir la police. Alors que l'inspecteur Barrère est lancé à ses trousses, Fred tente de démêler cette affaire dont il est l'un des principaux acteurs...

Nous sommes en 1997, et l'acteur français Vincent Lindon est âgé de trente-huit ans lorsqu'il tourne pour la première fois aux côtés du cinéaste Pierre Jolivet. Alors que bien des années en arrière il monte à Paris, qu'il y obtient un emploi de régisseur sur les tournées de l'humoriste Coluche, et qu'il intègre le fameux Court Florent à la sortie duquel il n'obtient malheureusement pas la reconnaissance méritée de ses pairs, Vincent Lindon commence tout d'abord par ramer. Des petits rôles, sans importances, mais qui façonnent les désirs de cet artiste qui au début des années quatre-vingt n'est pas encore connu du grand public. L'Addition de Denis Amar, Parole de Flic de José Pinheiro, Quelques jours avec Moi de Claude Sautet. Si les metteurs en scène demeurent frileux à l'idée de lui confier des rôles plus conséquents, le public le remarque. La scénariste Danièle Thompson également. La seule, en vérité, à croire en lui. C'est elle qui insistera auprès d'un Claude Pinoteau peu convaincu pour que Vincent Lindon soit l'interprète d'Edouard Jansen, le personnage auquel devra donner la réplique la déjà fort célèbre Sophie Marceau dans L’Étudiante. Bien en a pris à la scénariste d'avoir confiance en ce jeune acteur très prometteur puisque si les attentes des producteurs n'ont semble-t-il pas été comblées, le public, lui, a suivi avec intérêts la jolie romance de fiction entre Sophie Marceau et Vincent Lindon qu'un individu assez peu courtois du Court Florent avait prédit qu'il n’enlacerait jamais de belles femmes.
Claude Lelouch, Diane Kurys, Jacques Deray, et quelques autres encore lui confient des rôles de plus ou moindre importance. Puis arrive l'année 1992 et le film La Crise de Coline Serreau. Un véritable parcours du combattant. Un chemin de croix pour Vincent Lindon qui veut absolument obtenir le rôle. A force de persévérance, et malgré les réticences des débuts de la réalisatrice, on le découvre donc cette année là dans la peau de Victor, aux côtés de Zabou et de Patrick Timsit. Quatre ans plus tard, Coline Serreau lui confiera même l'un des principaux rôle dans La Belle Verte qu'elle interprétera d'ailleurs elle aussi.

C'est alors qu'entre dans sa vie professionnelle le cinéaste, acteur et scénariste Pierre Jolivet, frère du célèbre humoriste Marc Jolivet. L'auteur de Force Majeure a cinq films au compteur lorsqu'il fait appel à Vincent Lindon pour interpréter le rôle de Fred dans le film éponyme. Terminée la comédie. Si le film est loin d'être aussi sombre et définitif que l'excellent Série Noire qu'Alain Corneau réalisa dix-huit ans auparavant, on retrouve cependant ce type de personnage tout à fait banal voyant son univers (déjà particulièrement fragile) s'écrouler du jour au lendemain. Une descente aux enfers ancrée dans la réalité puisque évoquant des faits de société qui à l'époque, déjà, faisaient partie de l'actualité. Chômage, fermeture d'usine, difficultés financières, mais également dégradation de la cellule familiale. Quoique à propos de cette dernière, on ne peut pas dire que Pierre Jolivet se soit véritablement acharné sur le couple que forment Vincent Lindon et la charmante et talentueuse Clothilde Courau.
Face à cet individu, cet anti-héros qui recherchera très souvent une porte de sortie plutôt que d'affronter les dangers, l'excellent François Berléand. Flic désabusé, alcoolique,et dont les intentions demeurent difficiles à cerner. Et puis Stéphane Jobert, dans le rôle de Michel, l'ami pour lequel Fred « accepte » de se foutre dans la merde. On remarquera aussi la présence de Roschdy Zem, ce très précieux acteur franco-marocain qui en 1997, n'a qu'une dizaine de longs-métrages à son actif. Pierre Jolivet réunira deux fois encore Vincent Lindon et lui. Deux ans plus tard dans Ma Petite Entreprise, et en 2002 avec Filles Uniques. Fred est une très bonne surprise, qui présente un Vincent Lindon très charismatique, et prouvant sa capacité à se fondre dans des personnages chaque fois différents. Le film de Pierre Jolivet n'est cependant pas exempt de défauts. Il lui arrive parfois d'avoir des coups de mou. Heureusement, fort minimes mais tout de même. On a la forte impression que le scénario ne tient que sur un minuscule bout de papier. L'occasion finalement pour ses interprètes d'y montrer tous leurs talents puisque au final, Fred se révèle plutôt intéressant. Pas le meilleur de sa catégorie, mais une première rencontre entre un Pierre Jolivet et un Vincent Lindon dont la collaboration s’étendra sur cinq longs-métrages, entre 1997 et 2007...

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