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lundi 3 août 2026

Les Parfait(s) : Arnaques en famille de Ludovic Bernard (2026) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Avant de mettre en scène ses propres films, le réalisateur et scénariste français Ludovic Bernard a débuté sa carrière en tant qu'assistant-réalisateur sur près d'une quarantaine de longs-métrages parmi lesquels La haine et Assassin(s) de Mathieu Kassovitz, Ne le dis à personne et Les petits mouchoirs de Guillaume Canet, Brice de Nice de James Huth ou The Lady, Malavida et Lucy de Luc Besson. Sans oublier Taken 2 et (l'infâme) Taken 3 d'Olivier Megaton ! Sa carrière en solo démarre donc en 2017 avec la comédie L'ascension et se poursuit ensuite dans une même veine puisqu'il réalise en 2020 et 2023 10 jours sans maman et 10 jours encore sans maman ainsi que Ici et là-bas il y a deux ans. Bref, pas de quoi se sentir fébrile en patientant deux ans jusqu'à l'arrivée dans les salles de son dernier projet. Une comédie intitulée Les Parfait(s) : Arnaques en famille tournant autour d'une famille constituée de cinq membres. Du grand-père, jusqu'aux petits-enfants, en passant par les parents, les Toussaint pratiquent l'escroquerie en fonction de leurs compétences personnelles. Enfin, presque tous puisque pour l'instant, la jeune Léa (Nawelle Evad) nous est présentée comme une étudiante bien sous tous rapports. Un personnage comme la comédie nous en sert régulièrement. Le pendant féminin de Théo Fernandez, le benjamin de la famille Tuche issu de la franchise éponyme créée au début des années 2010 par le metteur en scène et scénariste Philippe Mechelen. Une fille parfaitement éduquée dont le frère, la mère, le père et le grand-père s'adonnent aux arnaques. Pourtant, leurs affaires battent actuellement de l'aile puisqu'ils doivent plusieurs centaines de milliers d'euros au malfrat Dragan Mitrovic (l'acteur croate Luka Peroš). Las de patienter que les Toussaint remboursent leurs dettes, l'homme les menace de les livrer à des ouzbèkes. Ils ont ainsi trois jours pour le payer. Se sachant incapables de réunir l'argent, Magalie (Audrey Fleurot), Sam (Ramzy Bédia), les enfants Léa et Hugo (Raphaël Lamaassab) et le grand-père André (Bernard Farcy) quittent la France pour se réfugier en Écosse en prenant l'identité des membres de la famille Toussaint dont le père est censé occuper un poste important au sein de l'entreprise d'un fabriquant de Whisky qu'ils comptent bien arnaquer afin d'éponger leurs dettes...


Il est toujours très amusant de parcourir et de comparer les critiques une fois quittée la salle. Le grand écart qu'opèrent entre eux le plus élogieux et le plus désapprobateur étant souvent étonnant. Voire même parfois amusant ! Il demeure cependant un fait que n'importe quel cinéphile ou cinéphage ne pourra contredire : Les Parfait(s) : Arnaques en famille n'a probablement aucune chance de devenir la comédie de l'année. À moins qu'aucune concurrence ne vienne ternir les ''efforts'' des scénaristes Laurent Turner, William Reymond et de Ludovic Bernard qui, oui, s'y sont mis à trois pour nous pondre un script mêlant comédie et action, drainant ça et là de tous petits éléments propres au thriller à travers le personnage de Dragan Mitrovic et de ses hommes de main. Audrey Fleurot campe une mère intelligente, tête pensante de la famille aux côtés d'un mari, Sam, et d'un fils, Hugo, véritables petits génies de l'informatique pour lesquels le piratage n'a presque aucun secret. Si le script joue en théorie tout d'abord autour de la barrière de la langue (française, anglaise et japonaise), les trois scénaristes abandonnent très rapidement l'idée de s'en amuser pour passer très (trop?) rapidement au concept suivant. L'ellipse est au cœur même du scénario. Et là où la présence de trois auteurs aurait dû permettre au récit de s'enrichir des idées des uns et des autres, le film de Ludovic Bernard ne fait souvent que les survoler en éludant le très sérieux problème d'inspiration dont sont finalement atteints le réalisateur et ses scénaristes. Le script facilite systématiquement les contraintes liées aux imprévus. À chaque problème, sa solution. Et entre les deux, aucun développement. Les seuls qui interviennent véritablement au cœur du récit sont ces insupportables séquences de flash-back explicatives qui donnent sans cesse l'impression de traiter le spectateur comme un idiot, alors soudainement devenu trop bête pour comprendre le sens d'une scène ou d'une autre ! Fort heureusement, toute l'équipe est là pour éveiller chez lui quelques plaisirs coupables et régressifs malgré la facture généralement banale de l'ensemble. L'acteur américano-britannique Alan Cumming incarne ainsi le boss de l'entreprise de production de whisky, Sean Mac Callaghan. Le film se termine par une longue séquence se déroulant lors d'une signature de contrat qui fait presque regretter que tout le film n'ait pas été de la même teneur. Alors, Les Parfait(s) : Arnaques en famille, comédie de l'été ? Certainement pas. Mais à la décharge de cette petite comédie familiale, assurons à ses futurs spectateurs le plaisir de découvrir des très belle images de l’Écosse et de profiter de la présence dans la salle d'une climatisation qui leur fera au moins oublier durant un peu plus de quatre-vingt dix minutes, les fortes chaleurs de l'été...

 

samedi 14 mai 2022

Trois fois rien de Nadège Loiseau (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Autour de ceux que l'on évite, qui nous sont transparents, que l'on méprise (parfois) ou auxquels on donne une petite pièce ou un sandwich pour se donner bonne conscience, le cinéma et ses auteurs sont parfois bien plus généreux que le commun des mortels sans même avoir recours au don d'argent. Si mettre en scène clochards, SDF et marginaux de tous poils ne fera sans doute malheureusement jamais avancer les choses, les gagnants sont toujours les mêmes : ceux qui partagent le temps d'un long-métrage les galères de ces âmes perdues de la société avant de retourner vivre dans leur petit quotidien réconfortant. On parle évidemment là des spectateurs. Si l'on s'en tient exclusivement au cinéma français, le thème mériterait sans doute quand même que l'on s'attarde sur quelques films étrangers plus ou moins légers, plus ou moins cruels. Crazy Murder (2015) de de Doug Gerber et Caleb Pennypacker et son SDF serial killer schizophrène et scatophile. Street Trash (1987) de Jim Muro et ses amateurs de gniole à un dollar explosant ou fondant littéralement après absorption d'un alcool nommé Vyper. C.H.U.D (1984) de Douglas Cheek et ses clodos contaminés et transformés en d'affreuses créatures sanguinaires. Prince of Darkness (1988) de John Carpenter et sa horde de gueux alliés à un phénomène diabolique s'attaquant à des étudiants et des scientifiques dans une petite chapelle. Ou encore le magnifique The Fisher King (1991) de Terry Gilliam, rencontre improbable entre un animateur radio et un vagabond excentrique. Et la liste pourrait être rallongée à l'infini... En France l'on est moins porté sur une imagerie délirante que sur l'aspect social de ces femmes et ces hommes qui n'éveillent en général les consciences que lorsque l'hiver arrive et que les températures baissent drastiquement. On pense à La crise (1992) de Coline Serreau et le personnage de Michou qu'interprète savoureusement Patrick Timsit. Un individu obsédé par la bière mais dont la vision de notre société est des plus clairvoyante. Au formidable Sans toit ni loi (1985) d'Agnès Varda, lequel remonte le fil de l'existence d'une jeune marginale dont le corps vient d'être retrouvé dans un fossé au bord d'une route. À l'inoubliable Une époque formidable (1991) de et avec Gérard Jugnot, son histoire et ses personnages tous plus touchants les uns que les autres. Ou d'une manière beaucoup plus réaliste et donc radicale, l'excellent Les invisibles de Louis-Julien Petit qui a vu le jour sur les écrans français le 9 janvier 2019...


L'on est sans doute moins chez nous dans l'absurde et l'imaginaire qu'Outre-Atlantique, mais ces quelques exemples de cinéma hexagonal prouvent à eux seuls toute la richesse de notre patrimoine cinématographique. Trois fois rien est sorti sur les écrans français le 16 mars dernier et reste l'exemple le plus récent témoignant du sort de ''nos'' SDF. Réalisé par Nadège Loiseau, certains diront qu'il aura sans doute fallut toute la sensibilité d'une femme pour donner corps à ce trio de marginaux coincés entre la rue et des épreuves administratives parfois comparables à celles qui faillirent faire perdre la tête à deux de nos plus célèbres personnages de bande-dessinée, Astérix et Obélix lors de l'une des douze épreuves des Douze Travaux d'Astérix. Sur un ton nettement plus léger que Les invisibles et donc plus proche d'Une époque formidable, la réalisatrice signe une comédie sociale centrée sur trois SDF qui viennent tout juste de gagner au Loto. Avec un tel synopsis, on imagine déjà une comédie classique (genre, Ah si j'étais riche de Michel Munz et Gérard Bitton avec Jean-Pierre Darroussin et Richard Berry) dont la seule différence serait le statut de sans-abris des trois héros de cette histoire prénommés Casquette (Philippe Rebbot), Brindille (Antoine Bertrand) et La Flèche (Côme Levin). Mais là où Nadège Loiseau allie avec intelligence l'humour et le social, la distraction et les conditions de vie de ces trois exclus s'inscrit dans la subtile mixité des genres. Un regard objectif sur les galères de trois SDF liés par l'amitié mais également par les difficultés qu'ils vont rencontrer. Cette fameuse chaîne administrative qui contraint ces trois là à trouver un appartement s'ils veulent pouvoir toucher l'argent d'un gain estimé par une employée de La Française des Jeux à un peu plus de deux-cent vingt mille euros...


Trois fois rien, c'est aussi trois histoires personnelles, trois personnalités bien distinctes. La Flèche tout d'abord, qui après avoir été ballotté de foyers en foyers a décidé de voler de ses propres ailes dès l'âge de treize ans. Punk à chien, véritable électron libre à l'énergie débordante, son âge (la vingtaine tout au plus) justifie à peine son immaturité. Brindille, lui, est celui auquel la réalisatrice accorde sans doute le plus d'importance. Celui qui veut réussir. Sortir de la merde et pourquoi pas, revoir son ex-femme et ses deux enfants. On regrettera que le personnage de Casquette n'ait pas été un peu plus développé tant Philippe Rebbot s'avère convainquant. Mais comme le dit si justement La Flèche lors d'un dîner : ''Il ne dira rien. Pour faire comme dans les séries américaines...''. À mesure que le récit progresse, le récit devient de plus en plus intense, émouvant et parfois même, accablant. Nos trois principaux interprètes (auxquels ont ajoutera les touches féminines que représentent les actrices Émilie Caen et Nadège Beausson-Diagne) sont tous les trois formidables, chacun dans un registre sensiblement différent. Mais des trois, sans doute, l'on oubliera le plus difficilement l'incarnation de l'acteur d'origine québécoise Antoine Bertrand, lequel se montre parfois bouleversant. Une comédie douce, amère, sur l'amitié, la fraternité et une certaine forme de paternité, dans la droite lignée d'Une époque formidable même si ce dernier, dans sa catégorie, semble indétrônable...

 

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