C'est lors du cycle que
j'ai décidé de consacrer à l'acteur américano-français
originaire de New York Christophe(r) Lambert que je suis tombé par
erreur sur cette Proie
homonyme au long-métrage de J.F. Lawton sorti en salle en 1995,
mais cette fois-ci réalisée par Eric Valette en 2011. Les deux
œuvres n'entretiennent aucun rapport puisque le film met en scène
un Christophe Lambert témoin du meurtre d'une japonaise et
enseignant l'art des arts martiaux afin de combattre les assassins de
la jeune femme, tandis que La Proie
d'Eric Valette situe son intrigue en France, avec pour point de
départ une prison dans laquelle est incarcéré Franck Adrien, un
braqueur de banque reconnu coupable d'avoir dérobé la modique somme
de deux millions d'euros. Dire que le scénario de Laurent Turner et
Luc Bossi fourmille d'idées est un euphémisme. Car outre le
personnage de braqueur incarné par l'excellent Albert Dupontel, La
Proie
n'est pas avare en matière de personnages et d'intrigues
secondaires. Mais l'un des aspects les plus édifiants du
long-métrage d'Eric Valette, ce sont les points communs volontaires
ou non que son œuvre entretient avec l'une des affaires criminelles
françaises les plus sordides qu'ait connu l'hexagone. En effet,
outre le personnage incarné par Albert Dupontel, le récit est en
partie étoffé par la présence d'un violeur-tueur d'enfants du nom
de Jean-Louis Maurel (incarné par le glaçant Stéphane Debac et par
sa compagne à l'écran Natacha Régnier), lequel renvoie
irrémédiablement à l'affaire de L'Ogre
des Ardennes
surnom sous lequel était connu dans la presse le tueur et violeur
pédophile en série Michel Fourniret, aidé dans ses immondes
exactions par sa compagne Monique Olivier.
La Proie prend
alors diverses directions. Avant d'échapper à sa condition de
taulard, Franck est sujet à diverses menaces proférées à son
encontre par plusieurs co-détenus, dont l'un d'eux n'est rien moins
que l'un de ses complices lors du braquage. Enfermé dans la même
cellule que Jean-Louis Maurel, c'est en apprenant à faire confiance
à cet individu plus intelligent et moins innocent qu'il n'y paraît
que le film va prendre une toute autre direction par la suite. Car
alors que Franck a réussi à s'échapper de prison, l'intrigue de La
Proie
ne devient pas que la simple course-poursuite menée par une équipe
de policiers menée par l'inspecteur Claire Linné (excellente Alice
Taglioni) face à un fugitif cherchant à retrouver sa petite fille
supposément kidnappée par son ancien co-détenu, mais décrit
ponctuellement l'histoire tournant autour du tueur et violeur
pédophile, le film décrivant la technique imparable qu'il a mise au
point en compagnie de son épouse, Christine. Détail fort amusant :
la gamine incarnant la fille de Franck à l'écran ressemble
furieusement à la petite Anaïs Bret qui incarnait Jeanne Pignon,
dans la comédie de Francis Veber, Les Fugitifs
en 1986...
Le
film est l'occasion pour Eric Valette de décrire une police intègre,
même si pour le coup, elle a bien du mal à mettre la main sur le
fugitif (incarné par un Albert Dupontel exécutant lui-même, et
sans doublure, ses propres cascades), un milieu carcéral aseptisé,
mais violent, des gardiens de prison corruptibles, et malgré son
apparente quiétude, un tueur en série capable d'une grande
ingéniosité pour faire accuser à sa place, un simple braqueur de
banques. Le cinéaste démontre également à quel point notre cinéma
est capable de rivaliser avec celui d'Outre-Atlantique. Albert
Dupontel, Alice Taglioni, Stéphane Debac, Natacha Régnier, mais
également Sergi Lopez (dont le personnage de gendarme Manuel Carrega
travaille sur l'affaire des jeunes filles assassinées depuis des
années), Serge Hazanavicius, ou encore Zinedine Soualem (dans le
rôle du commandant Lucciani) excellent tous d'une manière ou d'une
autre en apportant tout leur savoir-faire en matière
d'interprétation. Tout juste la partition musicale du compositeur
Noko souffre-t-elle parfois d'être un peu trop cheap et quelques
petites invraisemblances viennent-elle noircir le tableau. Mais au
delà de ces infimes considérations, La Proie
est
un excellent thriller à la française...
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