samedi 30 juin 2018

La voie du Tigre, le signe du Dragon (épisode pilote de la série Kung-Fu - 1972)



Il m'arrive parfois de m'emballer un peu trop rapidement. De surévaluer une œuvre. Mais là, non, je suis certain de mon fait. Donner du bonheur au spectateur en véhiculant un message, simple, réconfortant, telle devrait être la mission de toute série. De tout long-métrage. La prise de risque ici, est énorme. On la dirait insurmontable, surtout qu'en comparaison, Kung-Fu est aussi contemplatif que sont très souvent exubérantes la plupart des séries télévisées. Surtout depuis un certain nombre d'années où produire pour le petit écran revêt autant d'importance que pour le grand. Quelle mouche a bien pu piquer le producteur et scénariste américain Ed Spielman et l'acteur sino-américain Bruce Lee pour envisager une seule seconde que la série incarnée par l'acteur David Carradine, lui-même 'habité' par le personnage de Kwai Chang Caine, pourrait avoir du succès ? Car il fallait oser imposer un tel personnage. Élève d'un monastère shaolin, élevé par des prêtres prônant aussi bien l'amour et le respect de leurs semblables que celui de la nature. Kwai Chang Caine, ce fugitif, accusé de meurtre dans son pays d'origine, la Chine, réfugié aux États-Unis où vivent là-bas ses semblables. Lesquels sont victimes de l'homme blanc. Rien qu'à travers son titre La voie du Tigre, le signe du Dragon, ce pilote d'une série au final constituée de soixante-deux épisodes divisés en trois saisons demeure à lui seul tout un programme. Et sous ce titre, c'est tout un pan du monachisme shaolin qui nous est révélé avec une pudeur presque déconcertante.

Comme cela sera l'habitude durant le déroulement de la série, nous découvrons un Kwai Chang Cain adulte, débarquant d'un désert qu'il a traversé pour aboutir dans le cas présent, dans une petite ville de l'ouest américain. C'est là qu'il fait la connaissance d'un vieil homme chinois qui l'aide à trouver un travail. Le voici désormais employé à la construction d'une ligne de chemin de fer. Tous ceux qui travaillent là sont comme Caine : chinois. Le responsable du projet ainsi que ses hommes lourdement armés sont tous américains. Les tensions sont nombreuses entre blancs et 'bridés'. Surtout depuis qu'il a été découvert que la colline que les ouvriers doivent creuser afin d'y aménager la voie de chemin de fer contient des poches de gaz très dangereuses. Bientôt, tous découvrent que Caine est un prêtre Shaolin. C'est sur lui que se reposent désormais les ouvriers contre le consentement du responsable du chantier qui apprend bientôt que le nouveau venu est recherché dans son pays pour meurtre...

La série Kung-Fu est l'expression même du Zen. Contemplative, et d'une profondeur incroyablement touchante de par les vertus qu'elle véhicule, les aventures de Kwai Chang Caine prônent la tolérance envers son prochain quel qu'il soit. Même si ce fait n'est pas encore véritablement établi dans cet épisode pilote, les vertus des enseignements prodigués par son maître à penser offrent au héros des capacités hors du commun telles que la médecine traditionnelle chinoise, la survie en milieu hostile (comme on le découvre dans cet épisode, Kwai Chang Caine est capable de déceler sous le sable du désert, de quoi se nourrir), et la maîtrise des arts-martiaux à travers le Kung-fu shaolin.

Ce qui stupéfait avant tout autre chose demeure dans cette immense source d'inspiration dans laquelle puise le héros lorsque surgissent les complications. A ce titre, le spectateur ne pourra rester insensible devant les préceptes évoqués par le vieil homme aveugle, figure remarquable de la série, et dont l'importance capitale dépasse ici le simple cadre de l'éducation de son élèvre comme nous l'apprendra la fin de cet épisode qui tient véritablement du miracle. La voie du Tigre, le signe du Dragon est une œuvre profonde. Un enseignement à l'attention de tous. Cruelle, tragique, émouvante et belle à la fois. L'embranchement parfait entre le cinéma ésotérique d'Alejandro Jodorowsky (El Topo, La Montagne Sacrée) et le film de kung-fu cher à Bruce Lee. Car si sur grand écran, le chilien, auteur du sublime Santa Sangre osa en 1970 le seul et unique western ésotérique de l'histoire du cinéma, ce parangon allait trouver sa formule télévisée à travers Kung-Fu et ses admirables interprètes que furent David Carradine et Keye Luke...

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