vendredi 11 mai 2018

L'Homme à l'Imperméable de Julien Duvivier (1956) - ★★★★★★★☆☆☆



Abordons dans ce nouvel article, l'excellent L'Homme à l'Imperméable du cinéaste français Julien Duvivier qui outre sa spécialisation dans le domaine du thriller et du policier entre les années 30 et 60, rendit populaire le duo incarné par l'acteur et son alter ego italien Gino Cervi, célèbre Peppone dans la série des Don Camillo. Bien que Fernandel soit le principal interprète de L'Homme à l'Imperméable, il ne s'agit plus ici pour l'acteur français de donner dans le burlesque mais davantage dans le drame avec ce récit tournant autour du meurtre d'une comédienne aux mœurs légères rencontrée par notre héros clarinettiste Albert Constantin qui, un soir d'abattement, et sur les conseils de son proche ami Émile Blondeau, choisit d'aller faire connaissance avec Eva. La jeune femme ayant pour habitude de boucler ses fins de mois en se prostituant accueille avec plaisir Albert dans son appartement. Mais alors qu'elle lui demande de bien vouloir patienter tandis qu'elle se met à l'aise, la jeune femme est poignardée dans le dos. Face à cet imprévu, Émile panique, croisé dans l'escalier par un certain Monsieur Raphaël, l'un des habitants de l'immeuble. Innocent, tout semble pourtant accuser le clarinettiste. Le pantalon tâché de sang de la victime, son étrange comportement laisse penser son ami Albert qu'il pourrait être l'assassin. De plus, Eva ayant assisté aux répétitions d'une pièce musicale à laquelle participe Émile, la police enquête sur les lieux, au théâtre du Châtelet. Pire : Monsieur Raphaël se révèle être un véritable maître-chanteur qui va tout mettre en œuvre pour soutirer de l'argent au pauvre Émile qui tentera de tout faire pour éviter que les soupçons pèsent sur lui...

Julien Duvivier réalise avec L'Homme à l'Imperméable, un excellent thriller mâtiné d'une pointe d'humour non négligeable rendant son œuvre un peu moins noire qu'à l'accoutumée. Le scénario qu'il écrivit en compagnie du journaliste et écrivain René Barjavel (La Nuit des Temps, Une Rose au Paradis, etc...) sur la base du roman Tyger by the Tail de l'anglais James Hadley Chase donne lieu à une succession d'imbroglio mettant face à un sympathique clarinettiste dont l'épouse est partie pour une semaine au chevet d'un oncle malade, un maître-chanteur, un gigolo, l'assassin d'Eva (l'amante de Maurice Langlois, le gigolo en question), des tueurs professionnels, ainsi, bien évidemment, que la police enquêtant sur le meurtre de la jeune prostituée incarnée à l'écran par Judith Magre.

Monsieur Raphaël, c'est l'excellent Bernard Blier qui campe ainsi le maître-chanteur. Un salaud de service étonnamment crapuleux qui se jouera de l'innocente implication du musicien et de plusieurs autres personnages pour tenter de leur soutirer à tous, un maximum d'argent. Affublé d'une barbe mal taillée, d'une robe de chambre trop serrée ou d'un imperméable trop grand pour lui, l'acteur se fond merveilleusement bien dans ce rôle de parasite, engluant un Fernandel contraint de faire profil bas et d'accepter le chantage du bonhomme s'il ne veut pas terminer ses jours en prison pour un meurtre dont il demeure innocent. Si les événements se précipitent durant la seconde moitié d'un long-métrage qui dure tout de même plus d'une heure quarante-cinq, surtout lorsque sont impliqués l'américain O'Brien (l'acteur John McGiver) et ses hommes de main, on pourra ou pas, préférer la première partie durant laquelle le personnage interprété par Fernandel se démène afin d'éloigner tout ce qui pourrait lui faire porter le chapeau, le long passage durant lequel Émile tente de se débarrasser de son encombrant colis demeurant fort sympathique.

Contrairement aux propos d'un certain François Truffaut qui à l'époque de la sortie de L'Homme à l'Imperméable se révéla dédaigneux en affirmant que Fernandel était 'faux' dans tous les rôles qu'il interpréta depuis le film concerné ici, l'acteur y dévoile au contraire toutes les facettes de son talent puisque capable de jouer dans un registre radicalement différent de celui auquel il nous avait habitué. On peut alors se demander quelle mouche a piqué le cinéaste et critique François Truffaut en ce jour du 13 mars 1957 où il écrivit de telles horreurs à l'encontre de l'un de nos plus sympathiques acteurs français. L'Homme à l'Imperméable est une très belle surprise. Un polar relativement moins sombre que les autres longs-métrages de Julien Duvivier, un chantage à l'argent, un jeu de massacre, doté d'excellents dialogues et d'une partition musicale signée par le compositeur français Georges van Parys, auteur de musiques de films et d'opérettes. A voir ou à revoir absolument. Pour Fernandel, Bernard Blier, et pour l'intrigue également...

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