mardi 13 mars 2018

Saint Amour de Benoît Delépine et Gustave Kervern (2016) - ★★★★★★★☆☆☆



Saint Amour, c'est l'histoire de Jean, éleveur de bovins, qui une fois encore est monté à Paris pour le Salon de l'Agriculture afin d'y présenter sa plus belle bête, Nabuchodonosor, un taureau de plus de mille cinq cent kilos. C'est aussi celle de Bruno, son fils, qui en a décidément marre du métier d'agriculteur et qui espère bien se faire embaucher dans un Jardiland. Comme chaque année au Salon de l'Agriculture, son oncle et lui participent à leur propre Route des Vins en passant d'un stand de dégustation à l'autre en finissant toujours ivres. Bruno rêve de rencontrer celle qui partagera sa vie. Jean, lui, aimerait bien se rapprocher de son fils.

Depuis que sa femme est morte, il n'a plus que lui et pour rester au contact de Bruno, Jean décide de l'accompagner dans une Route des Vins grandeur nature. A bord d'un taxi conduit par le jeune Mike, père et fils vont apprendre à s'apprivoiser. Et ce, non seulement au contact l'un de l'autre, mais aussi grâce aux diverses rencontres qu'ils vont être amenés à faire durant leur périple de plusieurs jours...

Saint Amour est le septième long-métrage que le duo Benoît Delépine et Gustave Kervern, deux des auteurs et interprètes de l'émission trash diffusée sur Canal Plus, Groland (et ses dérivés), coréalisent. S'y croisent sur les routes de campagne, non seulement le couple formé par Gérard Depardieu et Benoît Poelvoorde qui signent ici une interprétation chargée d'émotion, d'amour et d'amitié, mais également Vincent Lacoste que l'on a pu notamment découvrir dans Lolo de Julie Delpy ou Camille Redouble de Noémie Lvovsky, Céline Sallette, Ana Girardot, Chiara Mastroianni, Andréa Férreol, Ovidie, ou encore l'écrivain Michel Houellebecq dans le rôle d'un propriétaire de chambre d'hôte tout à fait particulière.

Comme l'on pouvait s'y attendre, le film est décalé, acide, drôle, étonnant, parfois noir aussi tout en demeurant lumineux. Filmé caméra à l'épaule, l’œuvre de Benoît Delépine et Gustave Kervern peut tout à fait s'envisager comme un long-métrage indépendant, le genre de pellicule visible au festival de Sundance mais, ici, à la sauce française.

Le duo crée un décalage plutôt réaliste entre le monde rural et le monde urbain en assénant de véritable coups de poings qui s'en en avoir l'air et en disposant ça et là des répliques plutôt amusantes laissent en réalité un goût amer. A titre d'exemple, la scène de fête durant laquelle une future mariée n'ose pas avouer que son futur époux est agriculteur devant les visages jusque là amusés de Jean et Bruno finit de nous glacer les sangs lorsque le père et le fils réalisent le pourquoi de ce silence. Et des scènes comme celle-ci, Saint-Amour en regorge. Mai comme nos deux cinéastes sont également des êtres sensibles, ils composent équitablement chacune de leurs scènes avec l'humour noir qu'on leur connaît, mais aussi avec une certaine poésie que les deux immenses acteurs que sont Gérard Depardieu et Benoît Poelvoorde parviennent à rendre toujours crédible. Entre le père semblant idolâtrer son fils et ce dernier qui apparaît sans cesse au bord de la rupture, les deux acteurs font des miracles et parviennent à émouvoir même lorsque les situations paraissent improbables dans leur décalage.

La ritournelle musicale qui accompagne le film tout entier est composée par Sébastien Tellier. Quatre millions d'euros, c'est tout ce qu'à coûté le film de Benoît Delépine et Gustave Kervern. Un petit budget pour un très grand film. Une œuvre que l'on ne se lassera sans doute jamais de voir et revoir...


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