jeudi 22 février 2018

Bienvenue à Suburbicon de George Clooney (2017) - ★★★★★★★☆☆☆



On connaît surtout l'acteur, réalisateur, scénariste, et producteur américain George Clooney depuis l'immense succès de la série Urgences diffusée chez nous à partir du 27 juin 1995, mais il faut savoir que l'interprète du Docteur Douglas Ross a débuté sa carrière à la télévision en 1984 (Riptide) et au cinéma deux ans plus tard (Combat Academy). En tant que cinéaste, son premier long-métrage Confessions of a Dangerous Mind date de 2002 et depuis, George Clooney a réalisé cinq autres films dont Bienvenue à Suburbicon. Dès le départ, il demeure dans ce long-métra une étrange sensation qui gagne peu à peu du terrain pour se révéler finalement une certitude lorsque se déroule le générique de fin.
Certains argumenteront que cette conviction aurait pu tout aussi bien être confirmée à l'orée du générique de début mais concentré sur l'esthétisme rétro-futuriste mis en place pour nous présenter une ville (village?) de Suburbicon idéale, vision d'un rêve américain tronqué, j'ai honteusement oublié de me renseigner sur quelques points importants du film à venir. Car à part avoir pris connaissance de son auteur, et sachant la présence de l'excellent acteur Matt Damon, le reste ne demeurait qu'un flou à peine éclairci par un court synopsis détaillant sommairement une histoire qui allait se révéler fort intrigante.

Cette sensation, cette certitude, cette conviction qui survole le récit et ses jardins scrupuleusement tondus (les créateurs de Suburbicon ont beau vanter ses qualités, son aspect concentrationnaire demeure quelque peu refroidissant), c'est cette fâcheuse tendance qu'à le film de George Clooney de nous rappeler le cinéma du célèbre duo de frangin connus sous le nom de Joel et Ethan Coen. Tout ou presque dans Bienvenue à Suburbicon nous rappelle le génial cinéma de l'inséparable binôme qui depuis plus de trente ans régale les cinéphiles du monde entier avec des œuvres remarquablement mises en scène et d'une créativité incomparables.
Cette impression se conforme peu à peu, donc, jusqu'au générique de fin qui révèle le nom des scénaristes :George Clooney, Grant Heslov, ainsi que... Joel et Ethan Coen! L'histoire de Bienvenue à Suburbicon ne date pas d'hier puisque les frères Coen en ont écrit le premier jet en 1986, après la sortie de leur premier long-métrage Blood Simple en 1984. Alors que l'année précédente il écriront en compagnie du réalisateur le scénario du délirant Crimewave (Mort sur le Grill), leur deuxième long-métrage ne sera pas l'adaptation de leur scénario Suburbicon, mais Arizona Junior avec Nicolas Cage, Holly Hunter, et déjà, l'un de leurs acteurs fétiches John Goodman.

A propos de ces acteurs qu'ils emploient régulièrement depuis l'année 2000 se situe justement George Clooney qui, à défaut de pouvoir écrire son propre scénario, en hommage aux deux frangins, ou plus simplement par intérêt pour le script écrit par ses derniers trente et un ans auparavant s'est donc lancé dans la réalisation de Bienvenue à Suburbicon. Une œuvre fort sympathique, avec tout ce qu'il faut d'humour et de suspens pour que l'on ne s'ennuie pas. Un climat très particulier, s'inscrivant à la toute fin des années cinquante (belles voitures, puritanisme vicié, racisme, et couleurs d'époques comprises). La vie idyllique et sans aspérités d'une grosse bourgade ayant déjà accueilli en son sein plus de soixante-mille habitants. Que des blancs. Mais l'arrivée d'une famille de noirs va venir chambouler le quotidien surfait d'une tribu blanche acquise à la cause de l'intégration des gens de couleurs mais, chez les autres. Et surtout pas à Suburbicon que tous veulent voir demeurée une ville purement constituée d'hommes et de femmes de race blanche. Les Mayers et leur fils s'installent juste à côté de la demeure des Lodge. Seule famille qui ne se préoccupera par de la présence dans leur quartier d'une famille de noirs. Car les Lodge ont des soucis nettement plus graves. En pleine nuit, ils reçoivent la visite de deux hommes qui attachent Gardner, le mari, Margaret, son épouse, Rose, la sœur de celle-ci, et l'enfant du couple, Nicky à la table de la cuisine. Tous endormis à l'aide d'un chiffon imbibé de chloroforme, tous se réveilleront plus tard à l’hôpital sauf Margaret qui décédera d'une dose trop importante d'anesthésique...

George Clooney met en parallèle le récit de cette famille de black (Karimah Westbrook, Leith Burke, Tony Espinosa) injustement refoulée par la population tandis qu'à côté se déroule un drame dont personne, même les autorités, ne soupçonnent la gravité. Le film intègre l'hypothèse selon laquelle l'installation d'étrangers (noirs de surcroît) est responsable des maux se produisant dans leur jolie petite ville depuis leur apparition. Bien que les événements se produisant au sein de la famille Lodge apparaisse aussi dramatique que la ségrégation dont sont victimes les Mayers, Bienvenue à Suburbicon distille une forte dose d'humour. L'urgence de la situation, rocambolesque, et l'enchaînement de péripéties rappelle le Crimewave de Sam Raimi dont les frères Coen écrivirent le scénario un an avant celui qui allait donner naissance au long-métrage de George Clooney plus de trente ans plus tard.

Matt Damon, Julianne Moore (dans un double rôle), Oscar Isaac (excellent) ou encore Gary Basaraba constituent le casting d'une œuvre sympathique qui souffre cependant de la comparaison que le spectateur pourrait entreprendre entre le travail de George Clooney et celui des Frères Coen dont la maîtrise est irréprochable. Bienvenue à Suburbicon n'est pas un mauvais film, au contraire, on s'y amuse beaucoup et l'on a vraiment hâte de connaître les tenants et les aboutissants de l'intrigue, mais l'on se prend également à rêver de ce qu'auraient pu faire de leur propre scénario Joel et Ethan Coen s'ils l'avaient eux-même adapté au cinéma...

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