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samedi 9 mars 2024

Kill Bill : Volume 1 de Quentin Tarantino (2003) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Je voudrais tout d'abord remercier mon grand ami Joël pour avoir su me convaincre de me lancer dans la projection de Kill Bill : Volume 1 de Quentin Tarantino. Si tu me lis, saches que je t'en serai éternellement reconnaissant. Et pourtant, c'était pas gagné, je vous le dis. Dans mon top dix des cinéastes les plus ennuyeux, les plus surcotés, l'américain tient une place de choix ! Le genre de bonhomme dont le style, souvent, m'exaspère. Au point que je ne suis que très rarement parvenu à aller au bout des quelques films que je me suis laissé convaincre de regarder. Reservoir Dogs ? Sympa, sans doute, vu que je n'en ai gardé aucun souvenir ou presque. Pulp Fiction ? Stoppé net lors de la scène de danse. Boulevard de la mort ? Très en deçà du Planète terreur de Robert Rodriguez avec lequel il partagea en 2007 l'affiche du double programme intitulé Grindhouse. Django Unchained ? Pas tenu plus de vingt minutes. Quant à Inglourious Basterds, Les Huit Salopards et Once Upon a Time… in Hollywood, je ne me suis même pas donné la peine de les regarder............. Oui, je sais, j'en ai oublié un : Jackie Brown, seul à trouver grâce à mes yeux jusque là. S'il n'est pas certain que Kill Bill : Volume 1 me réconcilie avec le cinéma de Quentin Tarantino et que je ne me sens pas encore près à reprendre sa filmographie depuis le début, je dois avouer que l'expérience fut extrêmement gratifiante. Surtout en ce vendredi 9 mars 2024 pluvieux, venteux, nuageux et glacial. Le genre de long-métrage qui réchauffe le cœur et l'âme à défaut des orteils ou de toute autre frileuse extrémité ! Surtout, et comme la légende entourant son auteur le veut, Kill Bill : Volume 1 est un vrai film de cinéphile, réalisé par un cinéphile pour les cinéphiles. Et même plus loin puisque les cinéphages eux-mêmes s'y retrouveront. De quoi faire revivre la mémoire cinématographique de chacun, avec ses propres références. Les miennes ? Baby Cart : Le Sabre de la vengeance de Kenji Misumi et ses suites ou la pantagruélique franchise initiée en 1962 par ce même réalisateur japonais, La Légende de Zatoïchi : Le Masseur aveugle. D'une certaine manière, Kill Bill : Volume 1 fait le pont entre le cinéma d'hier et celui qui allait devenir le cinéma de demain mais qui depuis est déjà derrière nous.


Brassant de nombreuses inspirations dont un large pan du cinéma d'action et d'arts-martiaux nippon des années 60 et 70 (si le sabre renvoie forcément aux deux franchises évoquées juste au dessus, la tenue que porte lors de la dernière partie Uma Thurman ici présente dans le rôle de Beatrix Kiddo/Black Mamba rappelle très clairement celle de Bruce Lee dans Le jeu de la mort réalisé en 1978) et reposant sur un concept on ne peut plus simple (une histoire de vengeance), Quentin Tarantino s'autorise toutes les folies. Qu'il s'agisse à proprement parler de la mise en scène, le bonhomme filme en couleur, en noir et blanc et intègre même quelques séquences animées comme lors de la formidable scène revenant sur le passé dramatique de O-Ren Ishii/Cottonmouth qu'interprète l'actrice sino-américaine Lucy Liu. Champs/Contre-champs, Plongées et Contre-plongées, Split-Screen (assez discret, il est vrai), Quentin Tarantino nous gratifie d'une mise en scène absolument remarquable permettant ainsi de transformer un script tout ce qu'il y a de plus commun en un film d'action et d'arts-martiaux auquel un certains nombres de longs-métrages et de cinéastes devront beaucoup. Parmi ses héritiers, on peut citer la franchise John Wick de Chad Stahelski ou la série de films Kingsman de Matthew Vaughn. Si les séquences d'arts-martiaux ne se comptent pas par dizaines, elles sont riches, longues et chorégraphiées avec suffisamment de brio pour contenter les amateurs. Des combats qui frisent d'ailleurs parfois le burlesque, surtout lorsque têtes, bras et jambes volent dans les airs en laissant derrière eux des geysers de sang qui n'effraieront cependant même pas les plus fragiles de l'estomac. Notons également la superbe bande originale. Autre passion de Quentin Tarantino qui s'en donne à cœur joie en sélectionnant une playlist des plus hétéroclites. Quelques vieux standards américains, de la musique typée western ou quelques airs mexicains interprétés à la trompette ! Bref, Kill Bill : Volume 1, c'est du grand spectacle absolument jouissif, souvent invraisemblable tout en conservant un certain sens du sérieux. Un film tout simplement culte auquel donna une suite son auteur dès l'année suivante sous le titre Kill Bill : Volume 2...

 

vendredi 14 août 2020

Jennifer 8 de Bruce Robinson (1992) - ★★★★★★★★☆☆



Le titre sonne comme celui d'une œuvre de science-fiction et pourtant, Jennifer 8 est bien un thriller. De cette veine qui fit les beaux jours des serial killer, enfermé entre deux des plus grands classiques du genre. D'un côté, Le Silence des Agneaux de Jonathan Demme sorti en 1991, et de l'autre, Seven de David Fincher qui lui se présenta sur les écrans de cinéma quelques années plus tard en 1995. Si d'un point de vue chronologique Jennifer 8 est plus proche du premier, il a en terme d'ambiance, davantage d’accointances avec le second. Le réalisateur britannique Bruce Robinson avait-il la prétention de rivaliser en 1992 avec ce qui demeure comme l'un des grands classiques du thriller horrifique ? En tout cas, on ne pourra pas lui reprocher d'avoir pillé l’œuvre de David Fincher puisque la sienne allait sortir sur les écrans trois ans auparavant. En terme de concordances, Jennifer 8 n'entretient en réalité pas grand chose d'autre avec les deux œuvres citées comme exemple. On pourra même vanter le mérite du scénario de Bruce Robinson qui n'a rien à envier à ceux de Ted Tally (inspiré par le célèbre ouvrage de Thomas Harris) et de Andrew Kevin Walker...

Si d'aucun pourra d'avance critiquer le fait que l'intrigue mêle la romance au thriller avec pour conséquence éventuelle de nuire au récit, le spectateur sera très rapidement rassuré. D'abord, il faut savoir que le casting est exemplaire. Qu'il s'agisse du couple vedette formé par Andy Garcia et Uma Thurman ou de la plupart des seconds rôles parmi lesquels on retrouve notamment Lance Henriksen, Kathy Baker, Graham Beckel et peut-être encore davantage bien que tardivement, John Malkovich, impossible de faire l'impasse sur l'interprétation de chacun. Bruce Robinson accorde aux uns et aux autres une importance en terme de caractérisation assez considérable, ce qui peut expliquer la durée du film qui aligne tout de même les cent-vingt quatre minutes. On verra d'ailleurs plus loin que le film aurait sans doute mérité une rallonge d'une bonne dizaine de minutes. Au cœur du récit, le Sergent John Berlin auquel le scénario offre un passé quelque peu troublé, une Helena Robertson timide, méfiante et aveugle dans le sens littéral du terme et des seconds rôles tout aussi bien campés. Andy Garcia et Uma Thurman incarnent donc ce couple, qui d'un côté veille à la sécurité de la seconde, ''témoin'' de l’enlèvement par un tueur en série d'une amie avec laquelle elle partageait une chambre dans un institut pour aveugles...

L'effet relativement ''facile'' du type au physique tellement inquiétant qu'on le soupçonne d'entrée de jeu pour mieux être dirigé dans la mauvaise direction (Eddie Korbich, dans le rôle de Myopic Janitor, possède un visage réellement extraordinaire) n'est en soit pas gênant puisque le spectateur devine assez rapidement que la vérité est ailleurs. L'absolue puissance de Jennifer 8 demeure dans la multitude de propositions qui font que l'on ne s'y ennuie jamais. Qu'il s'agisse de la relation tumultueuse qu'entretient John Berlin avec certains de ses collègues de travail, de celle, émouvante et charnelle, qu'il partage avec Helena (Uma Thurman y est troublante de timidité et de sensualité), de l'amitié qui lie ce couple à celui que forment Lance Henriksen et Kathy Baker (Freddy et Margie Ross dans le film), de l'interrogatoire qu'il subit face à un Agent St. Anne incarné par un John Malkovich époustouflant ou encore de quelques séquences dont une visite nocturne de l'institut pour aveugle absolument démente (mon dieu, ces ombres et ces lumières), Jennifer 8 aurait pu, et sans doute même dû devenir un chef-d’œuvre si seulement,la fin n'apparaissait pas tant si vite expédiée. D'où ces dix minutes supplémentaires que j'évoquais un peu plus haut. Si l'approche est maline, voire ingénieuse, une drôle d'ellipse vient clore un peu trop abruptement le récit de cette lugubre traque souvent nocturne. N'empêche, l'expérience vaut le détour. Le duo principal y est magnifique dès lors qu'il se retrouve. On est séduit, parfois effrayés, voire troublés comme lors de cette séquence durant laquelle Helena se perd dans la foule des invités d'une soirée avant d'être retrouvée quelque peu prostrée par un John forcément émouvant dans sa nouvelle quête de bonheur. Brillant !!!

vendredi 10 mai 2019

The House That Jack Built de Lars Von Trier (2018) - ★★★★★★★☆☆☆



Les actes perpétrés par les tueurs en séries ont beaux révulser lorsque dans le détail ils sont divulgués par la presse, force est de reconnaître qu'ils fascinent. Alors, lorsque Lars Von Trier se penche sur le cas de Jack, un personnage de fiction qui pourtant évoque bon nombre de serial killer, et dans sa psychologie, et dans sa méthodologie, il y a de quoi frémir d'impatience. Surtout que pour camper ce tueur obsédé par la propreté, quitte à mettre sa propre liberté en danger, le cinéaste danois convoque l'acteur américain Matt Dillon... le GENIAL Matt Dillon, dont les années ont donné une patine remarquable à son visage de cinquantenaire bien entamé. Si cela ne transparaît pas forcément dès les premières minutes, The House That Jack Built serait donc l’œuvre testamentaire d'un cinéaste qui fit beaucoup de bruit durant sa carrière, et pas toujours pour de bonnes raisons même si ses fans et les cinéphiles d'une manière générale auront de bon ton de ne retenir que son exceptionnelle filmographie. Une œuvre testamentaire ET, auto-biographique. Chose étrange, surtout si l'on considère que le personnage principal de ce long-métrage fleuve de plus de deux heures trente (de la petite monnaie pour un Lars Von Trier qui accouchait cinq ans auparavant d'un Nymphomaniac de cinq heure et vingt-cinq minutes dans sa version longue et hardcore !) est un tueur en série.

C'est donc avec un sens du scrupule parfois amusant que le cinéaste danois nous décrit le long cheminement d'un individu apparemment bien sous tout rapport se laissant glisser peu à peu vers le meurtre. Le spectateur n'échappe pas au flash-back nous montrant un Jack enfant coupant la patte d'un caneton à l'aide d'une paire de cisailles (une séquence que l'on espère avoir été conçue à l'aide des dernières technologie en matière d'effet-spéciaux car à défaut de quoi, Lars Von Trier pourrait bien passer pour le monstre qu'il filme avec un amour qui semble parfois immodéré). Car on le sait bien, en général, les futurs tueurs en série en passent pratiquement tous par là. Les animaux, chats, chiens, et donc ici, caneton, sont les premières victimes de ces êtres totalement dégagés de toute contingence morale.

A travers The House That Jack Built, le cinéaste danois parvient à concentrer toute son œuvre et sa créativité.

Constitué de cinq actes tous reconnus par son auteur sous la forme 'd'incidents', The House That Jack Built observe un comportement commun à beaucoup de tueurs en série qui prennent un immense plaisir à tuer et se révèlent incapables de s'arrêter après le premier meurtre. L'un des détails significatifs de ce plaisir ressenti peut s'observer chez Jack à travers cet étrange sourire qu'il arbore une fois le premier meurtre accompli alors même que c'est le comportement particulièrement dangereux de sa victime qui va le pousser à bout. Comme si Lars Von trier évoquait l'idée que la responsabilité du dit meurtre en incombait davantage à la victime qu'à son bourreau. Une approche terriblement arrogante pour L'HOMME et définitivement provocante pour le CINEASTE, lui-même coutumier de ce genre de comportement. Lars Von Trier semble donc fasciné par ce double dont l'activité est au final similaire au métier de cinéaste qu'il accomplit depuis maintenant trente-cinq ans depuis son Element of Crime de 1984 si l'on met de côté sa dizaine de court-métrages réalisés entre 1967 et 1982. Deux arts que le cinéma a rendu indissociables depuis que certains se sont penchés sur l'histoire de tueurs en série authentiques, Lars Von Trier leur donnant de nouvelles lettres de noblesse à travers son dernier projet...

Si tout d'abord The House That Jack Built est comparable au chef-d’œuvre Henry: Portrait of a Serial Killer que le cinéaste américain John McNaughton réalisa plus de trente ans auparavant, Lars Von Trier use d'une rhétorique tantôt complexe, tantôt parcourue de visions fascinantes, tantôt scolaire qui pourtant participent toutes à l'élaboration du mythe du tueur en série. Ce qui pousse très certainement le critique ou le spectateur à envisager Jack comme un double maléfique du cinéaste se situe au niveau des nombreuses archives culturelles qui accompagnent son œuvre et parmi lesquelles il intègre des extraits de ses propres long-métrages. Parfois très cruel et même éprouvant (le meurtre des deux enfants et de leur mère durant une partie de chasse, ou celui de celle que Jack avoue véritablement aimer), The House That Jack Built s'avère parfois (involontairement?) drôle malgré son caractère sinistre, la musique de Victor Reyes demeurant des plus discrète. Atteint de troubles obsessionnels compulsifs (ce qui donne lieu à une séquence qui, qu'on le veuille ou non, finit davantage par aspirer au rire qu'au tragique lors du second acte si je ne me trompe), fétichiste, asocial et totalement dépourvu de la moindre morale ou d'un quelconque ressentiment, Jack est admirablement interprété par un Matt Dillon parfois effrayant (les séquences durant lesquelles il se mire en train de simuler des émotions dont il est dénué paraîtront comme parmi les plus sinistres), parfois drôle (ses allées et venues sur le lieu d'un meurtre, conséquences de ses troubles obsessionnels compulsifs), et même, parfois, reconnaissons-le, touchant dans ce portrait d'un individu jamais attaché au moindre de ses semblables (son amour avéré pour Jacqueline, interprétée par Riley Keough, n'étant au final qu'un leurre) et plongé dans une solitude qu'il s'est lui-même créée et qu'il tente de pallier en conservant le corps de ses victimes dans une pièce réfrigérée. 

Déjà très particulier dans sa conception qui laisse planer le doute entre les visions du tueur et les propres goûts artistiques de Lars von Trier, le film s'enfonce peu à peu dans une sorte de catharsis finale comparable au cinéma ''grotesque'' mais définitivement brillant d'un Peter Greenaway période The Baby of Mâcon ou d'un David Lynch, lui, toutes périodes confondues. On pourrait même imaginer cette fin en forme d'apothéose aussi absurde que numériquement dévoyée (retour d'une cinéma-vérité sous l'impulsion d'un ''Dogme 95'' renaissant) comme un univers commun à celui d'un Tolkien époque Seigneur des Anneaux, plus sombre, plus désespéré, expression définitive de l'âme torturée de son héros. Si The House That Jack Built peut-être envisagé comme un film testament, et de la part des critiques, du public, et de Lars Von Trier lui-même, ce dernier avouait en octobre dernier ne pas savoir vraiment s'il s'agissait de son dernier long-métrage, un projet en amenant souvent un autre. L'avenir nous apprendra si le génie danois a décidé de raccrocher les gants ou si une fois encore, il viendra bousculer nos petites habitudes de cinéphiles...
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