À voir la filmographie
de son auteur dont l’œuvre la plus célèbre reste Le chêne
d'Allouville
en 1981 mais dont une majorité flirte avec ce que l'on avait
communément l'habitude de nommer à l'époque la Comédie
Franchouillarde, il est vrai qu'à la seule évocation de Tendrement
vache
ou du Gaffeur,
il était plus vraisemblable de s'attendre avec la sortie en 1982 du
Corbillard de Jules
à l'une de ces productions typiquement hexagonales qui firent et
continuent de faire la ''fierté nationale''. Pour éclairer le client
qui voudrait se laisser tenter par l'achat du film sur support dvd en
espérant le dénicher dans une brocante pour un ou deux euros
seulement, Le Corbillard de Jules ressemble
évidemment moins au Il faut sauver le soldat
Ryan
de Steven Spielberg qu'à la trilogie de La
septième compagnie
de Robert Lamoureux. Et encore, le film de Serge Penard ne s'en sort
pas trop mal face à la flopée de nanars que l'on serait presque
tentés de ranger dans la catégorie Z portant sur le sujet de la
Seconde Guerre Mondiale ! Un seul exemple, Le
Führer en folie
de Philippe Clair en 1974. Pourtant, ici, rien à voir. Le film se
situe presque très exactement à la frontière entre ces deux
versants extrêmes de la comédie la plus mièvre. Pas celle qui
sépare l'excellence ou le haut du panier de la pire engeance en la
matière mais plutôt, justement, les deux franges correspondant à ce
que d'aucun pourrait juger de pathétique : le nanar et la
comédie franchouillarde... Si la référence reste Mais
où est donc passée la septième compagnie
et ses deux séquelles, l'on est ici plus proches des Bidasses
en folie
de Claude Zidi si l'on s'en tient strictement à la mise en scène et
à l'interprétation. Pourtant, aussi peu optimiste que puisse être
le regard que l'on pose sur certains de ses interprètes parmi
lesquels l'on retiendra bien évidemment les noms d'Aldo Maccione,
Francis Perrin, Henri Courseau et Jean-Marc Thibault, Le
corbillard de Jules n'est
pas l'abominable navet auquel l'on pouvait s'attendre. À bien y
réfléchir l'on pourrait même, avec un peu d'effort et de
concentration, penser que Serge Penard et ses scénaristes Maurice
Fasquel et Alphonse Boudard (ce dernier adaptant ainsi son propre
roman éponyme) n'ont pas mis en boite l'une de ces comédies
atrocement beauf s'engluant dans des répliques totalement moisies
mais plutôt l'une de celles qui cherchent maladroitement à faire
passer le message d'une France qui fut parfois peu glorieuse...
Et
tout ceci en enrobant le récit d'une bande musicale pourtant bien
ringarde signée de Georges Garvarentz et ciblant les Bals Musette et
fêtes de villages ruraux. De quoi se sentir en pays étranger, avec
ces paysans dont la similarité physique presque ''consanguine'' crée
un sentiment de malaise presque aussi palpable que la fameuse et
glauquissime Danse du Village du film culte de Fabrice Du Welz,
Calvaire !
Ouais, bon, j'exagère un peu... Le corbillard de
Jules
porte bien son nom puisque le film met en scène Aldo, Alphonse et
Jean-Paul, trois soldats de l'armée française qui durant la Seconde
Guerre Mondiale et sur demande d'un certain Gaston Ribourdoir ont
pour mission de transporter le corps de son fils (et par contraction,
de leur camarade et ami) jusqu'à un village afin de l'y enterrer
avec les honneurs qui lui sont dus. Les trois hommes acceptent et les
voilà installés à l'arrière d'une camionnette conduite par le
père de leur compagnon décédé. En chemin, ils feront différentes
rencontres. Le corbillard de Jules
met en évidence l'absurdité de la guerre. Surtout que la mort de
Jules intervient alors même que le conflit s'apprête à prendre
fin. Le film met en outre en exergue le comportement de certains
français, entre résistance et collaboration. À ce titre, le
personnage d'Aldo incarné par Aldo Maccione dénote avec celui que
l'on rencontre dans ce genre de production. Amer et rancunier, le
personnage ne mâche pas ses mots et s'en remet à sa morale
lorsqu'il s'agit de juger celui qu'il pense avoir eu des sympathies
pour les nazis. La comédie décrit également les problèmes que
rencontrèrent les français pour se nourrir à travers l'évocation
du marché noir. Le long-métrage de Serge Penard est une œuvre
hybride qui peut se définir comme une comédie fauchée comme les
blés et surtout, très mal écrite et qui pourtant cherche à faire
passer un message. Le résultat est on ne peut plus étonnant. Ni
jamais vraiment drôle et ni tout à fait dramatique, Le
corbillard de Jules
reste une énigme qui pourtant de nos jours et à la revoyure risque
désormais de se casser les dents...


