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mardi 3 novembre 2026

Le corbillard de Jules de Serge Penard (1982) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

À voir la filmographie de son auteur dont l’œuvre la plus célèbre reste Le chêne d'Allouville en 1981 mais dont une majorité flirte avec ce que l'on avait communément l'habitude de nommer à l'époque la Comédie Franchouillarde, il est vrai qu'à la seule évocation de Tendrement vache ou du Gaffeur, il était plus vraisemblable de s'attendre avec la sortie en 1982 du Corbillard de Jules à l'une de ces productions typiquement hexagonales qui firent et continuent de faire la ''fierté nationale''. Pour éclairer le client qui voudrait se laisser tenter par l'achat du film sur support dvd en espérant le dénicher dans une brocante pour un ou deux euros seulement, Le Corbillard de Jules ressemble évidemment moins au Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg qu'à la trilogie de La septième compagnie de Robert Lamoureux. Et encore, le film de Serge Penard ne s'en sort pas trop mal face à la flopée de nanars que l'on serait presque tentés de ranger dans la catégorie Z portant sur le sujet de la Seconde Guerre Mondiale ! Un seul exemple, Le Führer en folie de Philippe Clair en 1974. Pourtant, ici, rien à voir. Le film se situe presque très exactement à la frontière entre ces deux versants extrêmes de la comédie la plus mièvre. Pas celle qui sépare l'excellence ou le haut du panier de la pire engeance en la matière mais plutôt, justement, les deux franges correspondant à ce que d'aucun pourrait juger de pathétique : le nanar et la comédie franchouillarde... Si la référence reste Mais où est donc passée la septième compagnie et ses deux séquelles, l'on est ici plus proches des Bidasses en folie de Claude Zidi si l'on s'en tient strictement à la mise en scène et à l'interprétation. Pourtant, aussi peu optimiste que puisse être le regard que l'on pose sur certains de ses interprètes parmi lesquels l'on retiendra bien évidemment les noms d'Aldo Maccione, Francis Perrin, Henri Courseau et Jean-Marc Thibault, Le corbillard de Jules n'est pas l'abominable navet auquel l'on pouvait s'attendre. À bien y réfléchir l'on pourrait même, avec un peu d'effort et de concentration, penser que Serge Penard et ses scénaristes Maurice Fasquel et Alphonse Boudard (ce dernier adaptant ainsi son propre roman éponyme) n'ont pas mis en boite l'une de ces comédies atrocement beauf s'engluant dans des répliques totalement moisies mais plutôt l'une de celles qui cherchent maladroitement à faire passer le message d'une France qui fut parfois peu glorieuse...


Et tout ceci en enrobant le récit d'une bande musicale pourtant bien ringarde signée de Georges Garvarentz et ciblant les Bals Musette et fêtes de villages ruraux. De quoi se sentir en pays étranger, avec ces paysans dont la similarité physique presque ''consanguine'' crée un sentiment de malaise presque aussi palpable que la fameuse et glauquissime Danse du Village du film culte de Fabrice Du Welz, Calvaire ! Ouais, bon, j'exagère un peu... Le corbillard de Jules porte bien son nom puisque le film met en scène Aldo, Alphonse et Jean-Paul, trois soldats de l'armée française qui durant la Seconde Guerre Mondiale et sur demande d'un certain Gaston Ribourdoir ont pour mission de transporter le corps de son fils (et par contraction, de leur camarade et ami) jusqu'à un village afin de l'y enterrer avec les honneurs qui lui sont dus. Les trois hommes acceptent et les voilà installés à l'arrière d'une camionnette conduite par le père de leur compagnon décédé. En chemin, ils feront différentes rencontres. Le corbillard de Jules met en évidence l'absurdité de la guerre. Surtout que la mort de Jules intervient alors même que le conflit s'apprête à prendre fin. Le film met en outre en exergue le comportement de certains français, entre résistance et collaboration. À ce titre, le personnage d'Aldo incarné par Aldo Maccione dénote avec celui que l'on rencontre dans ce genre de production. Amer et rancunier, le personnage ne mâche pas ses mots et s'en remet à sa morale lorsqu'il s'agit de juger celui qu'il pense avoir eu des sympathies pour les nazis. La comédie décrit également les problèmes que rencontrèrent les français pour se nourrir à travers l'évocation du marché noir. Le long-métrage de Serge Penard est une œuvre hybride qui peut se définir comme une comédie fauchée comme les blés et surtout, très mal écrite et qui pourtant cherche à faire passer un message. Le résultat est on ne peut plus étonnant. Ni jamais vraiment drôle et ni tout à fait dramatique, Le corbillard de Jules reste une énigme qui pourtant de nos jours et à la revoyure risque désormais de se casser les dents...

 

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