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mercredi 27 mai 2020

Un Témoin dans la Ville d'Édouard Molinaro (1959) - ★★★★★★★☆☆☆



À bord d'un train de nuit, Pierre Verdier jette sa maîtresse Jeanne Ancelin par dessus bord parce qu'elle veut le quitter. Après avoir été soupçonné, il est finalement acquitté par le juge d'instruction. Mais l'époux de Jeanne, persuadé qu'elle ne s'est pas suicidée et que c'est son amant qui l'a tué est bien décidé à venger la mort de sa femme qui l'a pourtant trompée. Ancelin s'introduit chez Pierre Verdier, l'attend, et le tue par pendaison. Mais lorsque l'assassin quitte la demeure, il tombe sur le radio-taxi Lambert, témoin de sa présence sur les lieux. Alors qu'Ancelin tente de se constituer un alibi en payant une prostituée cinq mille francs en la faisant passer pour une conquête auprès d'un collègue chauffeur routier, l'homme n'a cependant qu'une obsession : retrouver et se débarrasser de celui qui l'a vu sortir de chez Verdier. Commence alors une folle aventure, entre la surveillance du domicile de Lambert et sa poursuite dans les rues de la ville...

Lorsque le réalisateur français Édouard Molinaro réalise en 1959 Un Témoin dans la Ville, il a déjà derrière lui toute une série de documentaires et de courts-métrages ainsi que deux longs-métrages, Le Dos au Mur en 1958 et Des Femmes Disparaissent l'année suivante. Un Témoin dans la Ville est une véritable tragédie. Ou comment un homme pourtant trahit par sa femme qui fréquentait l'homme qui finira par la tuer décide de venger sa mort en traquant et tuant son assassin. Édouard Molinaro réalise un troisième long-métrage convainquant incarné par un Lino Ventura formidable dont le personnage de Lancelin personnifie merveilleusement bien les difficultés que peut rencontrer un homme contraint de se débarrasser d'un témoin gênant. C'est ainsi que l'acteur adapte le comportement d'Ancelin en fonction de celui qu'il projette d'assassiner. Autant, l'immense Lino Ventura arbore le visage dur du bras vengeur qui malgré l'adultère de son épouse (l'actrice Françoise Brion) est bien décidé à faire payer l'auteur de son meurtre, autant on le voit défaillir à plusieurs reprises (et notamment lors de la séquence située sur un quai de métro), blêmissant à l'idée de se débarrasser d'un individu auquel, au fond, il ne peut que reprocher d'avoir été au mauvais endroit, au mauvais moment...

Tiraillé par son dégoût de l'acte en lui-même et de la nécessité de se débarrasser du seul homme qui pourrait le faire accuser du meurtre de Pierre Verdier (l'acteur Jacques Berthier), Lino Ventura se retrouve au cœur d'un thriller qui ne le voit non pas traqué à son tour par la police, mais par toute une équipe formée autour des collègues chauffeurs de taxi et standardistes de Lambert. Édouard Molinaro filme une grande partie de Un Témoin dans la Ville de nuit, offrant un caractère parfois sinistre à un récit qui ne l'est pas moins. Le choix fut proposé à la future star Lino Ventura d'incarner le rôle de Lambert. Cependant, l'acteur lui préféra nettement celui d'Ancelin, le rôle du chauffeur de taxi tombant alors entre les mains de l'acteur italien Franco Fabrizzi. Un personnage que tente de rendre attachant le réalisateur et les scénaristes Gérard Oury, Alain Poiré et Georges Tabet en lui offrant une idylle avec l'actrice Sandra Milo qui elle, incarne la standardiste Liliane.

Très bien interprété, Un Témoin dans la Ville est surtout fort d'une mise en scène efficace, d'une interprétation soignée et d'un montage plutôt vigoureux. Mais l’œuvre d'Edouard Molinaro est surtout un thriller efficace, une descente aux enfers pour un homme pas ou peu préparé à ce qui l'attend. C'est toute la subtilité de Lino Ventura que d'avoir su incarner un homme comme tout le monde dans une aventure hors du commun. Adapté de l’œuvre des romanciers Pierre Boileau et Thomas Narcejac, le long-métrage d’Édouard Molinaro signe l'un des premiers rôles vraiment importants de Lino Ventura. Parmi les interprètes secondaires, on notera la présence de Jacques Monod qui au début incarne l'avocat de Verdier, de Daniel Ceccaldi en client de taxi étranger ou plus discrètement, de celle de Robert Castel dans le rôle de Bob la Tenaille...

samedi 2 juillet 2016

C'est Dur pour Tout le Monde de Christian Gion (1975)



Lorsque Dan Letellier apprend de la bouche de l'un de ses amis que Paul Tardel, PDG de la plus grande agence de publicité française, déjeune à quelques tables de la leur, il saute sur l'occasion pour lui demander une faveur : passer devant lui et le faire passer pour l'un de ses amis afin de le faire valoir auprès de son éventuel futur embaucheur. Appréciant le culot du jeune homme, Paul Tardel prend letellier sous son aile et lui confie un poste dans son agence. Mais le caractère contrariant de celui-ci énerve tant son nouvel employeur qu'il ne tarde pas à prendre la porte.

N'étant pas du genre à se laisser gagner par l'abattement, Letellier décide de monter sa propre affaire. Mais contrairement à Paul Tardel qui ne s'attarde jamais sur la qualité des produits dont ses clients lui confient la promotion, Letellier a à l'esprit une idée qui va révolutionner le monde de la publicité. Au sein de sa propre entreprise, et aidé par différents collaborateurs dont sa petite amie Carole et l'ancienne secrétaire de Tardel qui elle aussi a été débarquée, il va proposer à ses clients de dire toute la vérité sur les produits qu'il va avoir la charge de promouvoir. Et ça marche. Devant le succès de son concurrent, Paul Tardel convainc Laurent, l'un de ses collaborateurs, d'insister auprès de Letellier pour qu'il accepte de le rencontrer. Mais Letellier est bien décidé à ne pas se laisser faire et mène une guerre partagée avec son ancien employeur...

C'est Dur pour Tout le Monde est le quatrième long-métrage du cinéaste Christian Gion. On ne peut pas dire que sa filmographie ait brillé de mille feux. Car entre l'érotisme des Couples du Bois de Boulogne, l'humour zédifiant des Diplômés du Dernier Rang, et les très cons Les Bourreaux des Cœurs, Le Pion et Pizzaiolo et Mozzarel, il n'y a guère que Le Provincial et Sup de Fric pour surnager un tant soit peu dans une série de longs-métrages qui dans une grande majorité demeurent superficiels.

Le fait que soit présent au générique l'immense Bernard Blier (qui a lui seul sauve le film du naufrage) et que l’œuvre se déroule dans le monde impitoyable de la publicité rappelle forcément un autre film, lui, d'excellente qualité: Le Distrait de et avec Pierre Richard. Blier, déjà en « patron de pub ». mais cette fois-ci face à un Pierre Richard extraordinaire de drôlerie. Mais ne l'est pas qui veut, et ce n'est certainement pas le très mauvais Francis Perrin, bien meilleur sur une scène que devant une caméra, qui fera de l'ombre au grand comique. On peut adorer Claude Piéplu, ou même Robert Castel, et voir en leur présence au générique le signe annonciateur d'un sinistre à venir.

Reste heureusement Bernard Blier. Toujours présent, et impliqué quel que soit son rôle ou le film dans lequel il apparaît. Un acteur qui d'un simple regard faisait passer toute une gamme d'émotions sans qu'il n'ait jamais besoin de prononcer le moindre mot. C'est lui le personnage principal et non Francis Perrin. C'est sur lui que repose tout le film. Christian Gion peut le remercier (enfin non, merde) car sans la présence de cet immense acteur, le film n'aurait été rien d'autre que ce qu'il est en réalité : un bon gros nanar...
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