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jeudi 14 mai 2026

Clash de Raphaël Delpard (1984) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

En 1965, Roman Polanski réalisait Répulsion. Un long-métrage britannique dans lequel le cinéaste franco-polonais mettait en scène l'actrice française Catherine Deneuve dans le rôle de Carol, jeune femme introvertie, psychotique et ayant déployé une peur viscérale envers les hommes. Si dans ce classique du septième art les raisons invoquant son aversion pour la gente masculine étaient peu explicites, les démons intérieurs qui dans Clash de Raphaël Delpard allaient faire de Catherine Alric l'héroïne d'un récit très étrange dans lequel la jeune femme allait être tourmentée par la présence d'un inconnu sont déjà beaucoup plus simples à comprendre. Incarnant Martine, une jeune femme confiante qui sur demande de son ami Be Schmuller (l'acteur Bernard Fresson) accepte de passer la frontière avec une mallette remplie d'argent jusqu'à un lieu très précis. Une usine désaffectée où elle patientera jusqu'à ce que l'homme en question la rejoigne. Seule, Martine angoisse. D'autant plus que ce nouvel environnement déploie chez la jeune femme de profonds tourments directement liés à son propre passé. Marquée par une enfance traumatique, elle va affronter ses démons intérieurs à travers la présence d'un étrange personnage interprété par Pierre Clémenti et supporter des visions cauchemardesques qui tiennent autant de souvenirs de sa petite enfance que des tentatives apparentes du nouveau venu de s'en prendre à elle... Les plus anciens se souviennent sans doute très bien du mythique Festival international du film fantastique d'Avoriaz qui en France et entre 1973 et 1993 présenta durant vingt ans diverses sélections de films d'horreur, d'épouvante, de science-fiction et fantastiques. Festival où émergèrent de futurs classiques parmi lesquels certains furent présentés en 1984. L'année même où y sera sélectionné Clash. Un privilège qui pour Raphaël Delpard et pour son antépénultième long-métrage de fiction se transformera en véritable chemin de croix face à une impitoyable concurrence et des critiques amères face à cette petite production hexagonale sortant très largement des carcans auxquels la presse et le public étaient habitués. Ayant abandonné la fiction peu de temps après pour se consacrer au documentaire historique, Raphaël Delpard signe ainsi une œuvre étrange, que d'aucun pourra considérer d'ennuyeuse, voire de très prétentieuse. Du ''cinéma d'auteur'' pourtant mis en scène par un cinéaste qui jusque là s'était adonné à la pornographie avec Perversions en 1976 et Lycéennes perverses en 1979, tous deux réalisés sous le pseudonyme Peter Rafael ainsi qu'à la comédie franchouillarde avec Ça va pas la tête en 1978 et surtout Les bidasses aux grandes manœuvres en 1981...


Mais Raphaël Delpard, on le connaît surtout pour La nuit de la mort! qu'il réalisa en 1980. Un film d'horreur parfois considéré de culte même s'il est plus simple de le ranger dans la catégorie des nanars bien de chez nous ! Avant de changer radicalement de registre, le voici donc en 1984 près à affronter une rude concurrence au festival d'Avoriaz. Face à lui, de grands noms de l'horreur et du fantastique : John Carpenter, Dick Mass (qui à ce moment très précis reste encore un inconnu chez nous), David Cronenberg ou bien Paul Verhoeven. Avec dans leur valise, rien moins que quelques classiques du genre, tels et respectivement, Christine, L'ascenseur, Dead Zone ainsi que Le quatrième homme... Bref, on l'aura compris, Clash y fait figure de véritable ovni et ça n'est que beaucoup plus tard qu'il faudra rendre à César, ou plutôt, à Delpard, ce qui est à Delpard... Car autant, effectivement, Clash peut se révéler ennuyeux, obscure et donc totalement incompréhensible, autant le film possède certains charmes. Car au-delà de la théâtrale incarnation de Pierre Clémenti dont la seule présence au générique témoigne d'un show à venir des plus étranges, Raphaël Delpard fait preuve d'une générosité qui dépasse de très loin le seul statut d'éventuel film d'auteur ''onaniste'' que revêt Clash. Une œuvre passionnée, passionnante si l'on reste accroché à ce wagon bourré jusqu'à la gueule d'idées toutes plus farfelues les unes que les autres, mais qui eut la mauvaise idée de sortir au mauvais moment. Face à des distributeurs frileux se demandant sans doute ce que pouvait vouloir signifier cet OFNI qui avait peut de chance d'attirer les foules dans les salles (ce qui fut le cas), Clash n'est alors visible que dans de rares salles de cinéma, omettant en outre d'être projeté dans la capitale, et n'attire que quelques spectateurs plutôt curieux à l'idée de découvrir ce qui pouvait se cacher derrière le titre et la présence d'interprètes généralement peu dévolus à ce genre de cinéma. On ne reprochera pas à ceux qui l'ont immédiatement détesté d'être depuis restés campés sur leur position. Sans doute le film de Raphaël Delpard mérite-t-il une double projection pour être véritablement apprécié. Et encore, ça n'est pas certain. Mais aussi bizarre que cela puisse paraître, le spectacle n'est pas aussi indigeste qu'on pourrait le croire. Et puis, voir Catherine Alric entièrement nue sous la douche ou recouverte de sang après avoir été attaquée par un Pierre Clémenti tout droit sorti de chez un ''Lucio Fulci low-cost'' ne nous étant pas offert tous les jours, pourquoi se priver... ?

 

mercredi 24 juin 2020

La Nuit de la Mort de Raphaël delpard (1980) - ★★★★★★☆☆☆☆



Je m'étais promis de le voir celui-ci. Juste après avoir lu l'excellent dossier que lui ont consacré David Didelot, Patrick Callonnec et Jean-Sébastien Caboury dans le numéro 17 de Vidéotopsie. Éviter la redondance va se révéler un challenge de taille car si l'on considère la chose en des termes similaires, il est un fait que le film semble emprunter à d'autres quelques bonnes idées. Du Locataire de Roman Polanski, le cinéaste français Raphaël Delpard dont il s'agit ici du troisième long-métrage après le porno (soft?) Perversions en 1976 et la comédie Ça va pas la Tête en 1978, il intègre une galerie de personnages similaires. Ambigus, révélant des faciès inquiétants. Filmés parfois dans la pénombre et le visage blafard lorsque produit l'étrange cérémonie cannibale. Nous sommes en 1980, et au tout début des années quatre-vingt, on ne peut pas dire qu'en France les films d'horreur et d'épouvante pullulent sur le territoire hexagonal. Quant au gore, il faudra sans doute attendre jusqu'au Baby Blood d'Alain Robak en 1989 pour avoir l'honneur d'assister à un spectacle acceptable. Pourtant, c'est bien neuf ans plus tôt que le film de Raphaël Delpard débarque sur les écrans. Si le film n'attire pas les amateurs d'hémoglobine par millions, ça n'est sans doute pas à cause de ses qualités car contrairement à un Jean Rollin plus proche de la série Z que B, Raphaël Delpard réalise une œuvre pas tout à fait dispensable et même relativement surprenante.

Arghhh ! Si seulement ses interprètes n'étaient pas si mauvais pour la plupart, cette petite bande horrifique que certains tiennent comme culte ornerait peut-être le haut des étagères consacrées aux classiques de l'horreur et de l'épouvante. Si la véritable héroïne de La Nuit de la Mort est Isabelle Goguey (Le Pouvoir du Mal, La Grande Récré, Les Phallocrates), c'est évidemment la présence de Charlotte de Turckheim qui intrigue. Dans le rôle de Nicole, jeune infirmière aux services de la directrice d'une maison de retraite un peu spéciale (Betty Beckers dans la peau d'Hélène), l'actrice et humoriste ne va malheureusement pas faire long feu. Remplacée par la jeune et jolie Martine, foutue à poil, allongée sur une large table en bois, éventrée, éviscérée puis dévorée, on la retrouve plus tard suspendue à un crochet à viande que n'aurait sans doute pas renié une célèbre 'Tronche de Cuir'. Quelques effets gores du plus bel effet parsèment donc cette Nuit de la Mort mise en musique par le compositeur et chef d'orchestre Laurent Petitgirard qui se fera surtout connaître grâce à la série télévisée Maigret (la version avec Bruno Cremer) bien qu'il ait également composé un certain nombre de bande originales de films pour le cinéma.

Deux ou trois thèmes particulièrement austères ne venant surtout pas briser la monotonie des lieux où vivent des vieillards qui ressemblent davantage à des vampires qu'à de gentils retraités. Bien que le film ne soit pas à la hauteur sur certains points (il est très rare que l'on ressente le moindre sentiment de peur, les jump scares sont déficients et l'interprétation parfois médiocre), on passe cependant un assez agréable moment, le rythme et l'atmosphère trouvant malgré tout une belle impulsion lors du dernier quart-d'heure avec, un final inattendu bien qu'assez mal mené. En effet, en parallèle aux agissements des pensionnaires de la maison de retraite sévit un tueur qui transperce la gorge de ses victimes à l'aide d'une aiguille en or. Le sujet étant traité de manière relativement laconique, l'inefficience du climax final s'en ressent fortement. Bien que La Nuit de la Mort ne fasse pas partie des grands classiques de l'épouvante, on pourra toujours arguer avec un certain chauvinisme que Raphaël Delpard, bien avant Kevin Connot et son Motel Hell (les pensionnaires tentent de faire prendre du poids à leur futur repas tandis que le fermier de Motel Hell gavait ses victimes), ou Tony Scott et The Hunger (étrange similitude des corps qui se dégradent dès lors que leur est refusé leur comptant de sang humain), avait évoqué des situations reprises plus tard d'autres, et ce, bien entendu, par le plus grand des hasard. Au titre des interprètes qui retiennent notre attention, nous noterons la présence de Michel Flavius dans le rôle de Flavien, de type 'Igor', ce personnage rencontré dans bon nombre de récits et de films et dont l'un des plus connus demeure l'assistant du célèbre Frankenstein. Ce parfait inconnu qui ne semble pas avoir joué dans d'autres longs-métrages s'en sort relativement bien. Tout comme l'actrice Betty Becker qui elle, par contre, joua dans une trentaine de films.

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