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dimanche 8 février 2026

1978 de Luciano et Nicolas Onetti (2025) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Quelle affreuse déception... Quelle horrible impression d'avoir été trompé sur la marchandise... Enfermé dans un très joli écrin (Affiche et bande-annonce), son contenu est en revanche très discutable d'un point de vue technique et artistique. Tandis que les frères Luciano et Nicolas Onetti situent l'action de leur dernier long-métrage durant la coupe du monde de football ayant eu lieu en 1978 en Argentine, les deux hommes profitent de l'occasion pour régler leurs comptes avec la très violente dictature militaire qui fut mise en place entre le 24 mars 1976 et le 10 décembre 1983 à la suite du Coup d’État ayant visé la présidente Isabel Perón. Différents chefs de la junte militaire se succèdent alors à la tête de cette dictature, laquelle sera la cause d'environ trente-mille disparitions, d'arrestations illégales, ou de tortures systématiques exercées dans des centres de détention clandestins... C'est donc visiblement dans l'optique de traiter de ce sujet que les deux réalisateurs et scénaristes ont écrit ensemble et avec l'aide de Camilo Zaffora avec lequel ils ont déjà travaillé sur plusieurs projets, le script de ce long-métrage plutôt court puisque n'excédant pas les quatre-vingt minutes. La bande-annonce tout d'abord. Riche de bruit, de fureur et de plans qui laissent entendre que certains protagonistes vont passer un sale quart-d'heure. Des séances de tortures, de viols, d'humiliations et de meurtres que l'on pense d'emblée être insoutenables ! Un torture-porn historique éduquant son public sous le prisme du cinéma d'horreur le plus décomplexé. Le plus trash, aussi. Enfin, ainsi l'espérions-nous... Et au final ? 1978 est pire qu'une douche froide ; une douche gelée. Qui vous soulève le cœur, augmente vos palpitations et ce, pour les mauvaises raisons. S'il est vrai que l'on retrouve dans des versions forcément plus longues les quelques visions cauchemardesques effleurées dans la bande-annonce, l'espoir d'être incommodé, dérangé ou épouvanté par l'étalage de tortures plus sadiques les unes que les autres retombe comme un soufflé. C'est pourtant avec un luxe de perversité qui débute par quelques paroles faussement rassurantes à l'encontre de leurs victimes que Carancho (Carlos Portaluppi) ou Moro (Mario Alarcón) insinuent que ces dernières vont subir un véritable calvaire. Dans des décors qui ne sont pas sans rappeler ceux de nombreuses productions horrifiques, sombres dédales menant à l'Enfer, les deux frères mettent en scène toute une succession de tortures. Comme des décharges électriques de huit-cent volts sur les tétons ou la pratique du waterboarding, consistant à recouvrir le visage de la victime d'un chiffon avant de l'arroser d'eau afin de la faire suffoquer...


Dans un même ordre d'idée, l'on soupçonne d'entrée de jeu que l'on va avoir droit à quelques menus tourments particulièrement épicés, lesquels, cependant, ne demeureront qu'à l'état de projet... Au delà de la déception que revêt la contribution relativement réduite des actes de barbarie projetés à l'image, Luciano et Nicolas Onetti s'y connaissent malgré tout en matière d'ambiances lourdes, malsaines, mortifères... Accompagné par une bande musicale composée par Luciano Onetti lui-même, 1978 est à ce titre plutôt réussi. Le vrai malaise, celui qu'il convient de retenir s'agissant de toute cette affaire, est d'imaginer qu'en arrière-plan de la coupe du monde de football ayant eu lieu en Argentine cette année là, le contraste entre la joie que pouvait éprouver le peuple au moment de la victoire de son pays et les horreurs perpétrées parfois à seulement quelques centaines de mètres des stades peut être moralement éprouvant pour le spectateur capable de se projeter intellectuellement en plein cœur de ces deux événements majeurs et antinomiques du pays ! Mais alors, que penser de ce revirement de situation à trois-cent soixante degrés dont la violente intrusion irait même jusqu'à arracher la tête de celui qui l'a pourtant bien ancrée sur ses épaules ? Ici, la tâche des tortionnaires étant de faire avouer aux prisonniers leurs liens avec des mouvements extrémistes de gauche, l'on va rapidement se rendre compte que les geôliers n'ont pas fait arrêter les bonnes personnes et que celles et ceux qu'ils sont en train d'interroger sont les membres d'une secte satanique. Et lorsque ces derniers finissent par se révolter contre leurs bourreaux, c'est l'enfer qui se déchaîne sur Terre... Malheureusement, si l'on devine que 1978 a été tourné à l'aide d'un budget étriqué, c'est parce qu'à l'image, le spectacle est souvent affligeant. L'on a parfois l'impression d'un Soap Opera gore, aux effets-spéciaux ultra datés, à l'interprétation théâtrale et surtout, au jeu d'acteur parfois ringard. À l'image des membres de la secte, justement. Gesticulant devant la caméra, tentant ainsi de vainement générer l'effroi pour au contraire engendrer des rires sarcastiques. Pas vraiment Z, ni nanardesque, 1978 est en réalité une fausse promesse. Un contexte horrifico-historique terriblement mal exploité pour un résultat qui frise l'indigence...

 

dimanche 16 décembre 2018

Los Olvidados de Luciano et Nicolas Onetti (2018) - ★★★★★★★☆☆☆



La ville d'Epecuén en Argentine est connue pour avoir été le site d'une catastrophe en 1985. En effet, cette ancienne ville touristique dont les eaux de la lagune ont un degré de salinité très élevé fut engloutie en novembre de cette même année par sept mètres de fond. La population fut évacuée et ce n'est qu'en 1993 que les eaux commencèrent à redescendre, mettant ainsi à jour une ville-fantôme dont les ruines demeurent encore aujourd'hui visible, fossilisées par l'action du sel. C'est dans cet incroyable environnement que les cinéastes argentins Luciano et Nicolas Onetti (deux frères) ont choisi de poser leur caméra afin de tourner ce survival hardcore qui au delà du cadre très original servant de décor, rappelle de fumantes pellicules. Toute ressemblance avec une œuvre datant de 1974 n'étant pas fortuite, Los Olvidados reprend les grandes lignes du classique de Tobe Hooper, Massacre à la Tronçonneuse. A tel point que le film des argentins ressemble davantage à un plagiat qu'à une œuvre simplement inspirée du film culte de l'américain. Une route de campagne déserte, un van et ses occupants, une station-service, une famille de dégénérés, une maison « décorée avec goût », si les spectateurs ne trouvent pas à Los Olvidados (Les Oubliés) le même parfum que le long-métrage de Tobe Hooper, alors leur cas est désespéré.

Luciano et Nicolas Onetti poussent le vice et la caricature jusqu'à présenter un repas de famille et un membre similaire au « Tronche de Cuir » de Massacre à la Tronçonneuse. La seule véritable différence demeurant dans le fait que la famille victime du chômage chez Tobe Hooper ait été remplacée ici par les membres d'une autre dont le ressentiment envers leur propre pays à la suite des inondations s'exprime à travers leurs méfaits. Los Olvidados démarre sous les meilleurs augures. Trois jolies bombes argentines accompagnées par autant de garçons pour un projet de film qu'il espèrent présenter au festival de Berlin. Trois belles plantes, pour une fois pas trop connes, ainsi qu'un amateur de métal plutôt bon dessinateur, un réalisateur très impliqué dans le projet, et le beau gosse du lot très porté sur le sexe mais pas très malin. Dans un premier temps, Luciano et Nicolas Onetti parviennent à instaurer une ambiance plutôt lourde malgré un sujet déjà vu mille fois. La station-service est bien glauque, avec sa propriétaire proposant des tourtes à la viande dont une famille victime de la famine ne voudrait même pas, ses chiottes malodorantes lavées une fois l'an, et ce type qui se branle dans une pièce devant une télévision diffusant un programme de gymnastique. Les argentins plantent le décor. Los Olvidados sera glauque ou ne sera pas. Finement traduit aux states sous le titre What The Waters Left Behind (Ce que les eaux laissent derrière elles), le long-métrage de Luciano et Nicolas Onetti s’essouffle malheureusement en milieu de course.

Lorsqu'il s'agit pour les deux frères de mettre en scène des homicides, le résultat est assez décevant et malgré une ambiance poisseuse délivrée par l'incroyable décor offert par la ville d'Epecuén, les meurtres sont ratés, mal filmés et finalement peu sanglants. Luciano et Nicolas Onetti semblent avant tout tenter de repousser les limites du malsain avec des visions, il faut l'avouer, assez dérangeantes. Comme cette jeune femme violée par l'un des membres de la famille alors qu'elle est solidement harnachée sur une chaise, ou lorsque cette autre est amputée des deux jambes et assiste horrifiée à leur transformation en viande hachée par le chef de famille. Glauque ! Los Olvidados instaure un vrai climat accentué par des décors qui poussent le genre dans ses derniers retranchements. S'il n'atteint pas le niveau d’exception du classique de Tobe Hooper, du remake du classique de Wes Craven The Hills Have Eyes ou de l'excellent diptyque signé de l'australien Greg McLean, Wolf Creek 1 et 2, Los Olvidados demeure cependant une excellente production horrifique argentine. Une œuvre réalisée avec un amour et un engouement certain, et qui donne très envie de redécouvrir les précédents long-métrages de son auteur Luciano (son frère Nicolas, habituellement producteur, collaborant ici pour la première fois à la réalisation). Une bonne petite surprise accompagnée, de plus, par une excellente bande-originale rock...
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