Quelle affreuse
déception... Quelle horrible impression d'avoir été trompé sur la
marchandise... Enfermé dans un très joli écrin (Affiche et
bande-annonce), son contenu est en revanche très discutable d'un
point de vue technique et artistique. Tandis que les frères Luciano
et Nicolas Onetti situent l'action de leur dernier long-métrage
durant la coupe du monde de football ayant eu lieu en 1978 en
Argentine, les deux hommes profitent de l'occasion pour régler leurs
comptes avec la très violente dictature militaire qui fut mise en
place entre le 24 mars 1976 et le 10 décembre 1983 à la suite du
Coup d’État ayant visé la présidente Isabel Perón. Différents
chefs de la junte militaire se succèdent alors à la tête de cette
dictature, laquelle sera la cause d'environ trente-mille
disparitions, d'arrestations illégales, ou de tortures systématiques
exercées dans des centres de détention clandestins... C'est donc
visiblement dans l'optique de traiter de ce sujet que les deux
réalisateurs et scénaristes ont écrit ensemble et avec l'aide de
Camilo Zaffora avec lequel ils ont déjà travaillé sur plusieurs
projets, le script de ce long-métrage plutôt court puisque
n'excédant pas les quatre-vingt minutes. La bande-annonce tout
d'abord. Riche de bruit, de fureur et de plans qui laissent entendre
que certains protagonistes vont passer un sale quart-d'heure. Des
séances de tortures, de viols, d'humiliations et de meurtres que
l'on pense d'emblée être insoutenables ! Un torture-porn
historique éduquant son public sous le prisme du cinéma d'horreur
le plus décomplexé. Le plus trash, aussi. Enfin, ainsi
l'espérions-nous... Et au final ? 1978
est pire qu'une douche froide ; une douche gelée. Qui vous
soulève le cœur, augmente vos palpitations et ce, pour les
mauvaises raisons. S'il est vrai que l'on retrouve dans des versions
forcément plus longues les quelques visions cauchemardesques
effleurées dans la bande-annonce, l'espoir d'être incommodé,
dérangé ou épouvanté par l'étalage de tortures plus sadiques les
unes que les autres retombe comme un soufflé. C'est pourtant avec un
luxe de perversité qui débute par quelques paroles faussement
rassurantes à l'encontre de leurs victimes que Carancho (Carlos
Portaluppi) ou Moro (Mario Alarcón) insinuent que ces dernières
vont subir un véritable calvaire. Dans des décors qui ne sont pas
sans rappeler ceux de nombreuses productions horrifiques, sombres
dédales menant à l'Enfer, les deux frères mettent en scène toute
une succession de tortures. Comme des décharges électriques de
huit-cent volts sur les tétons ou la pratique du waterboarding,
consistant à recouvrir le visage de la victime d'un chiffon avant de
l'arroser d'eau afin de la faire suffoquer...
Dans
un même ordre d'idée, l'on soupçonne d'entrée de jeu que l'on va
avoir droit à quelques menus tourments particulièrement épicés,
lesquels, cependant, ne demeureront qu'à l'état de projet... Au
delà de la déception que revêt la contribution relativement
réduite des actes de barbarie projetés à l'image, Luciano et
Nicolas Onetti s'y connaissent malgré tout en matière d'ambiances
lourdes, malsaines, mortifères... Accompagné par une bande musicale
composée par Luciano Onetti lui-même, 1978
est à ce titre plutôt réussi. Le vrai malaise, celui qu'il
convient de retenir s'agissant de toute cette affaire, est d'imaginer
qu'en arrière-plan de la coupe du monde de football ayant eu lieu en
Argentine cette année là, le contraste entre la joie que pouvait
éprouver le peuple au moment de la victoire de son pays et les
horreurs perpétrées parfois à seulement quelques centaines de
mètres des stades peut être moralement éprouvant pour le
spectateur capable de se projeter intellectuellement en plein cœur
de ces deux événements majeurs et antinomiques du pays ! Mais
alors, que penser de ce revirement de situation à trois-cent
soixante degrés dont la violente intrusion irait même jusqu'à
arracher la tête de celui qui l'a pourtant bien ancrée sur ses
épaules ? Ici, la tâche des tortionnaires étant de faire
avouer aux prisonniers leurs liens avec des mouvements extrémistes
de gauche, l'on va rapidement se rendre compte que les geôliers
n'ont pas fait arrêter les bonnes personnes et que celles et ceux
qu'ils sont en train d'interroger sont les membres d'une secte
satanique. Et lorsque ces derniers finissent par se révolter contre
leurs bourreaux, c'est l'enfer qui se déchaîne sur Terre...
Malheureusement, si l'on devine que 1978
a été tourné à l'aide d'un budget étriqué, c'est parce qu'à
l'image, le spectacle est souvent affligeant. L'on a parfois
l'impression d'un Soap Opera gore, aux effets-spéciaux ultra datés,
à l'interprétation théâtrale et surtout, au jeu d'acteur parfois
ringard. À l'image des membres de la secte, justement. Gesticulant
devant la caméra, tentant ainsi de vainement générer l'effroi pour
au contraire engendrer des rires sarcastiques. Pas vraiment Z, ni
nanardesque, 1978
est en réalité une fausse promesse. Un contexte
horrifico-historique terriblement mal exploité pour un résultat qui
frise l'indigence...



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