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vendredi 10 juillet 2026

Le pont de Cassandra (The Cassandra Crossing) de George P. Cosmatos (1976) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Lorsque trois écoterroristes s'introduisent dans des locaux scientifiques de l'Organisation Mondiale de la Santé à Genève, l'un d'eux est abattu par des agents de la sécurité, le second est blessé puis emmené à l’hôpital tandis que le dernier parvient à prendre la fuite. Malheureusement, pour lui et pour son complice, les deux hommes sont entrés en contact avec une souche de la peste pulmonaire. Si le premier meurt rapidement de la maladie, le second est parvenu à s'échapper pour ensuite monter clandestinement à bord d'un train reliant la gare de Genève à celle de Stockholm. L'armée américaine envoie à Genève le colonel du renseignement militaire Stephen Mackenzie (Burt Lancaster), lequel est chargé de mener les opérations tandis que le docteur Elena Stradner (Ingrid Thulin) est tenue d'étudier le cas du suspect transporté à l’hôpital afin de trouver une solution pour éviter le pire : En effet, maintenant que l'officier de l'armée américaine et la spécialiste en microbiologie et en santé publique connaissent l'origine de la maladie et savent que dans un train transportant plus de mille passagers se trouve un clandestin atteint de la peste pulmonaire, tous deux vont mener un combat pour éviter que l'affection dont est atteint l'écoterroriste ne s'étende en dehors du train... En pleine période de l'âge d'or du film catastrophe, Le pont de Cassandra (The Cassandra Crossing) de George P. Cosmatos relève de plusieurs courants cinématographiques puisqu'il empiète également sur les domaines du thriller et de la stratégie géo-politico-militaire. Ici, plus que la maladie, laquelle sert de lien entre les personnages et le caractère pernicieux de l'intervention de l'armée américaine, c'est bien d'un message anti-militariste qu'il s'agit puisque les valeurs humanistes sans cesse actionnées à travers le discours et l'attitude de la plupart des protagonistes enfermés dans un train lancé à vive allure entrent en résonance avec la logique militaire qui veut que le principal objectif soit de minimiser les conséquences d'une épidémie. Comme très souvent dans ce genre de production qui cette fois-ci prend place dans un train et non plus à bord d'un avion ou d'un paquebot, les rôles principaux sont tenus par de grandes vedettes du cinéma américain. L'on retrouve ainsi Burt Lancaster qui au tout début de la décennie avait déjà incarné le rôle du directeur général de l'aéroport international de Lincoln, Mel Bakersfeld dans Airport de George Seaton. Et il ne sera pas le seul à revenir au thème du film catastrophe puisque à ses côtés, l'on retrouve Ava Gardner dans le rôle de Nicole Dressler, deux ans après qu'elle ait joué celui de Remy Graff dans l'excellent Tremblement de terre de Mark Robson, Richard Harris dans celui du docteur Jonathan Chamberlain deux ans après avoir incarné le rôle du démineur et Lieutenant Commandeur Anthony Fallon dans le tout aussi réussi Terreur sur le Britannic de Richard Lester, ainsi que l'ancien joueur professionnel de football américain O. J. Simpson qui deux ans avant d'incarner le faux prêtre mais vrai flic Haley dans le film de George P. Cosmato avait interprété le rôle du chef de la sécurité Harry Jernigan dans le génial La tour infernale de John Guillermin...


D'autres grandes stars participent également au projet. Comme la superbe actrice italienne naturalisée française Sophia Loren qui interprète ici Jennifer Rispoli, l'ex épouse du docteur Chamberlain. Martin Sheen, célèbre comédien, père d'une flopée d'acteurs parmi lesquels Charlie Sheen et Emilio Estevez et qui joue ici le rôle de Robby Navarro, un jeune gigolo héroïnomane vivant aux crochets de Nicole Dressler. Plus anecdotiques sont les présences de Lionel Stander qui endosse l'uniforme du contrôleur du train Max (un prénom qu'il retrouvera lors de sa participation à la mythique série télévisée Pour l'amour du risque entre 1979 et 1984), d'Ann Turkel qui interprète le rôle de la hippie Susan ou encore celle de la toute jeune Fausta Avelli qui joue ici le rôle de Caterina et qui durant sa courte carrière côtoiera notamment Lucio Fulci (La longue nuit de l'exorcisme et L'emmurée vivante) ou bien Dario Argento (Phenomena). Une grande partie des scènes se situent donc dans un train menacé de devenir le terreau d'une épidémie foudroyante. Mais si le mot Peste effraie, bizarrement, la guérison s'avère relativement aisée grâce à l'apport d'une forte dose d'oxygène ! L'implication de l'armée vise ici à transformer le train en zone de quarantaine, des soldats en combinaison et armés jusqu'aux dents instaurant ainsi la loi martiale. Les voyageurs n'étant plus traités comme hommes ou des femmes mais comme de multiples foyers d'infection. Aucun droit à la parole et donc non décisionnaires de ce qui adviendra d'eux, l'on comprend alors peu à peu le projet mis en place par le colonel Stephen Mackenzie et ses supérieurs. Le message ici est très clair et s'inscrit finalement dans une certaine logique sécuritaire : la vie d'un millier d'hommes et de femmes vaut moins que la survie d'une ville ou d'une nation toute entière. De cette critique en ressort une œuvre qui ne ménage ni ses effets, ni les passagers du train puisque entre le ''jeu de massacre'' qui va opposer nos héros aux soldats en combinaison et une fin authentiquement tragique, le nombre de morts ne se comptera plus sur les doigts d'une ou deux mains mais sur des dizaines...

 

mardi 6 juillet 2021

Cyclone de René Cardona Jr. (1978) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Artisan du septième art auteur d'une centaine de longs-métrages en quarante ans de carrière, le réalisateur mexicain René Cardona Jr. fut le fils de René Cardona et le père de René Cardona III. Trois mêmes noms pour trois cinéastes. Une lignée de réalisateurs particulièrement prolifiques comme le souligne leur filmographie respective. Quant à René Cardona Jr., il signa quelques pépites chéries par les amateurs de petites productions de catégorie B parmi lesquelles on trouve notamment ce Cyclone de 1978 qu'il réalisa juste après Triangulo diabólico de las Bermudas la même année. Agrémenté de stock-shots et bricolé à l'aide d'effets-spéciaux faits mains, Cyclone tire davantage son intérêt des rapports humains particulièrement tendus que vont entretenir les passagers d'un minuscule bateau de croisière que de la présence de requins qui sillonnent les fonds marins à la recherche de viande fraîche. L'action se situe comme l'indique le titre à la suite des ravages provoqués par un cyclone qui a tout dévasté dans la région. L'occasion pour le réalisateur d'exposer des images tirées d'archives bien réelles de dégâts causés par cette force incontrôlable de mère nature. Cyclone s'intéresse alors à un groupe de vacanciers tranquillement installés à bord d'un petit bateau de croisière avant qu'une catastrophe naturelle ne vienne ruiner leurs vacances. Femmes et hommes vont bientôt accueillir contre leur gré les naufragés d'un vol commercial dont l'avion s'est abîmé en mer, laissant derrière lui une dizaine de cadavres. En plein soleil, l'eau et les vivres se faisant rare, certains des passagers vont apporter une solution des plus radicale afin de survivre à la faim qui bientôt va toutes et tous les tirailler. L'ombre du long-métrage Alive (Les survivants) que Frank Marshall réalisera quinze ans plus tard mais dont l'un des passagers évoque le cas réel d'hommes contraints de s'adonner au cannibalisme pour survivre plane sur le récit tiré d'un script écrit de la main de René Cardona Jr. et de Carlos Valdemar...


Pourtant, l'on est bien loin des qualités intrinsèques de ce drame subtil qui fit comprendre les enjeux de la survie en milieu hostile. Ce qui n'enlève heureusement pas ses qualités au long-métrage du réalisateur mexicain même si en terme de moyens, il a forcément dû pallier à un budget anémique. Même sans argent, la catastrophe décrite au début du long-métrage vaut bien la plupart des séquences de certains films du genre aux budgets plus confortables. Car en mêlant images d'archives et effets-spéciaux comme purent les bricoler avec les moyens du bord Federico Farfán et Miguel Vázquez, la séquence, toute brouillonne qu'elle puisse être n'en est pas moins efficace. Du moins si l'on est en mesure de fermer les yeux sur ses nombreuses imperfections. Comme le bruit du vent qui par exemple tourne en boucle pour un effet plutôt étonnant, comme si le bruiteur s'était endormi sur sa table de mixage le doigt appuyé sur la touche ''repeat''... Contraint d'utiliser des astuces à moindre coût, le réalisateur fait appel à l'ingéniosité de ses artistes afin de mettre en scène des séquences qui autrement auraient coûté un bras. Comme lorsque l'avion s'abîme en mer et que pour simuler l’amerrissage filmé à bord du cockpit, les responsables des effets-spéciaux utilisèrent une vitre placée juste à la surface des eaux. Quelques attaques de requins sont fort heureusement prévues. Mais là encore, Federico Farfán et Miguel Vázquez durent faire preuve d'imagination pour que le budget déjà riquiqui ne soit pas entièrement englouti dans les effets-spéciaux...


Afin de simuler l'attaque des touristes par des requins affamés, les deux spécialistes en effets-spéciaux ont dû recourir à une technique consistant en un rembourrage de vêtements à l'aide de viande sans doute achetée dans le rayon boucherie d'une grande surface. Si les scènes se veulent très sanglantes, elles sont malheureusement assez mal fichues puisque incapables de dissimuler le subterfuge. Nous disions donc que l'intérêt de Cyclone était ailleurs et donc, dans les rapports entre les différents protagonistes dont certains vont se muer en antagonistes. Les personnalités se révèlent peu à peu et l'on devine assez rapidement quels vont être les enjeux de la survie. Ça commence par l'égorgement et le dépeçage d'un petit chien et se poursuit par l'utilisation d'un cadavre comme appât. La naissance d'un bébé sur le bateau qui passe son temps à brailler laisse même envisager le pire concernant ses espérances de vie. La question demeurant alors : René Cardona Jr. est-il suffisamment pervers pour rendre réel un acte que notre esprit se refuse à concevoir ? L'un des principaux soucis de Cyclone, c'est son interprétation. Alors que l'on aurait dû logiquement ressentir un certain malaise devant les enjeux de survie des passagers du bateau, on reste souvent indifférent à leur sort. Le long-métrage n'en demeure pas moins agréable à regarder malgré des défauts qui s'empilent les uns au dessus des autres. Accentué par de vraies ''gueules'' du cinéma, on peut notamment y remarquer les présences de l'acteur et réalisateur mexicain Hugo Stiglitz qui fut la vedette du nanar culte Incubo sulla città contaminata (L'avion de l'apocalypse) d'Umberto Lenzi, de l'acteur américain Arthur Kennedy qui joua notamment dans de nombreux westerns ou encore de Lionel Stander qui chez nous fut surtout connu pour avoir interprété le rôle de Max dans la célèbre série télévisée Pour l'amour du risque. Cyclone demeure l'un des meilleurs films de René Cardona Jr....

 

jeudi 15 septembre 2016

Antéchronologie en noir et blanc - Cul-De-Sac (1966)



J'oubliais par un trop grand empressement de dire la dernière fois que Répulsion, second long-métrage de Roman Polanski et premier film tourné en anglais, qu'il avait été scénarisé par les soins de Gérard Brach. L'auteur presque officiel du cinéaste franco-polonais puisque jusqu'à Lunes de Fiel, les deux hommes collaborèrent très souvent. Maintenant que l'erreur est réparée, revenons à l'essentiel. Et l'essentiel, c'est ce Cul-De-Sac réalisé une année seulement après Répulsion. Alors même que Polanski n'a pas encore mis la main sur celle qui interprétera le rôle féminin principal, c'est l'un des producteurs du projet qui lui conseille de confier l'interprétation du personnage de Teresa à l'actrice Françoise Dorléac. Et si vous trouvez qu'elle et Catherine Deneuve se ressemblent beaucoup, c'est parce que la première était l’aînée de la seconde. « Était », puisque celle qui n'interpréta que seize rôles au cinéma et cinq à la télévision entre les années 1960 et 1967 périt brûlée vive dans un accident de voiture alors qu'elle s’apprêtait à découvrir son dernier film, Les Demoiselles de Rochefort, traduit et doublé dans la langue de Shakespeare.

Teresa, c'est donc elle. Une jeune et jolie jeune femme, encore. Mais cette fois-ci,l'héroïne ne vit plus dans un étouffant appartement mais dans le vaste décor d'une presqu’île plantée au milieu de nulle part et accessible uniquement lorsque la mer veut bien se retirer. Une vie presque trop tranquille pour Teresa qui s'amuse de la présence de son jeune voisin tandis que ses parents à lui accaparent George, le compagnon de la jeune femme. Face à cet étrange couple que tout semble opposer, du caractère au charisme, deux bandits, qui ne deviendront plus qu'un lorsque l'un d'eux mourra de ses blessures. Dick est patibulaire, grossier, peu aimable et surtout, pressé de pouvoir quitter ce lieu de perdition (l'île de Lindisfarne dans le comté de Northumberland en Angleterre servit de lieu de tournage) où il n'y a rien à faire de mieux que de creuser des trous, boire de l'alcool frelaté, cuisiner des omelettes et surtout, humilier ses hôtes, et notamment George.

Polanski condamne d'ailleurs dès le départ ce personnage en l'habillant des vêtements de sa compagne, signifiant dès lors à l'intrus que l'hôte qu'il a en face de lui n'est qu'un pleutre. Dick, c'est l'acteur Lionel Stander que dans notre pays nous connaissons surtout parce qu'il fut le domestique de Jennifer et Jonathan Heart dans la célèbre série américaine Pour l'Amour du Risque entre 1979 et 1984. Il semblerait que l'acteur ait prolongé son interprétation au delà du scénario et même hors caméra puisqu'il fut ingérable, débarquant sur le tournage quand bon lui semblait, se comportant comme son personnage envers les membres de l'équipe. Stander poussa le vice jusqu'à frapper réellement Françoise d'Orléac lors de la fameuse scène durant laquelle elle est fouettée à coup de boucle de ceinture par l'acteur américain.

Ce qui a sensibilisé le public américain de l'époque et a donc mis un terme à la projection du film dans les salles de cinéma fut la trop grande liberté de ton de Cul-De-Sac. A le découvrir aujourd'hui, on peut encore se demander ce qui a pu contrevenir au puritanisme du public, quoique l'engouement de ce dernier ne pu être évalué si l'on tient compte du fait que le film n'a pas eu le temps de faire ses preuves en étant retiré de l'affiche après seulement quelques jours. La presse fut assassine et sur les affiches américaines trônèrent un slogan qui ne laissait aucune ambiguïté sur le sort qu'en firent les médias : « Parfois, on ne peut plus rien faire d’autre qu’en rire ». Comme si l'on devait forcément condamner le film à n'être rien d'autre qu'une œuvre grotesque, sans fond, ni forme, et ne brillant d'aucune forme d'intelligence. Et pourtant...

George, c'est le formidable acteur britannique Donald Pleasance. C'est le personnage antinomique par excellence. Face à un Dick puissant, à la voix rauque et menaçante, il apparaît bien frêle. Même face à celle qu'il aime et qu'il a pourtant beaucoup de mal à retenir dans ses filets. D'autant plus que Teresa commence à s'intéresser à Dick plus qu'à son compagnon. Cul-De-Sac est gorgé d'humour noir. De cet humour qui sans doute rendit frileux le public américain. George n'a jamais été plus qu'un jouet entre les mains de Teresa. Mais lorsque Dick débarque, elle se le représente comme l'image du mâle. A côté, George fait peine à voir. Et même lorsqu'il tente de se donner un peu plus de consistance, on n'y croit pas un seul instant. Lui non plus d'ailleurs.
Après le huis-clos, les grands espaces. Et Polanski de nous prouver qu'il maîtrise aussi parfaitement ces derniers tout comme il maîtrise ses interprètes. Peut-être pas son meilleur long-métrage (on pourra toujours discuter des goûts et des couleurs) mais assurément un excellent film...
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