Camée, paumée, Nikita
participe au braquage d'une pharmacie en compagnie de trois
complices. Son petit ami Rico (Marc Duret), Antoine (Patrick
Fontana), le fils du propriétaire surnommé Coyotte, ainsi que Zap
(Alain Lathière). Mais les choses tournent mal et les trois garçons
sont descendus par la police dépéchée sur les lieux. Quant à
Nikita, armée d'un flingue, elle assassine froidement trois flics
avant d'être arrêtée puis condamnée à perpétuité. Une fois
sous les verrous, un homme lui injecte en intraveineuse un produit
qu'il la plonge dans le sommeil. Officiellement, Nikita s'est
suicidée et ses obsèques ont lieu en son absence. Car en effet, la
jeune femme est toujours vivante et se retrouve désormais enfermée
dans l'une des chambres d'un complexe appartenant au Gouvernement
français. Un centre d'entraînement des services secrets dont un
agent prénommé Bob (incarné par l'excellentissime Tchéky Karyo)
est chargé de former la nouvelle ''pensionnaire''. Deux ans après
le succès de son second long-métrage Le grand bleu considéré
alors par beaucoup de spectateurs et de critiques comme un film
générationnel, le réalisateur, producteur et scénariste Luc
Besson change d'optique en proposant une œuvre beaucoup plus dure,
radicale et violente. Il profitera d'ailleurs de son passage dans
divers médias pour prévenir que son dernier long-métrage n'a rien
à voir avec son précédent. Au delà de la violence récurrente
visible lors de certaines séquences, Nikita reste
aussi et surtout un très beau portrait de femme. Et bien que son
œuvre actuelle soit désormais critiquée dans sa
quasi globalité, le cinéaste hexagonal savait à l'époque faire de
vrais bons films...
À l'image, donc, de ce
thriller parfois implacable mettant en scène la sublime Anne
Parillaud dans lequel l'actrice interprète le rôle-titre, Luc
Besson lui offre ainsi son premier vrai grand rôle avec à la clé,
le César de la meilleure actrice en 1990. Nikita
décrit tout d'abord l'éclosion d'une femme-enfant, enfermée jusque
là dans sa toxicomanie et ses mauvaises fréquentations. Prise en
charge par le très charismatique Bob qu'incarne superbement Tchéky
Karyo, la jeune marginale apprend l'informatique, le combat au corps
à corps, la façon de bien se comporter en société (auprès de
Jeanne Moreau qui incarne le rôle d'Amande) et le maniement des
armes, bien qu'en la matière, elle n'ait pas vraiment de leçons à
recevoir. Durant de longues années, enfermée dans ce centre, Nikita
se transforme peu à peu, laisse de côté son côté rebelle, mûrit
et se prépare à une carrière dont elle n'a même pas encore idée.
Car si la jeune femme s'est vue proposer l'occasion d'être formée
au bénéfice du Gouvernement français, ça n'est pas par simple
charité chrétienne mais bien parce que certains ont vu en elle le
potentiel suffisant pour en faire une tueuse à gages. Une fois
prête, Nikita quitte le centre, s'installe seule dans un
appartement, rencontre celui deviendra son petit ami (Jean-Hugues
Anglade dans le rôle de Marco) et attend son premier contrat...
Luc
Besson dresse donc ici le portrait d'une jeune femme asociale,
droguée, violente et réfractaire à toute forme d'autorité qui au
contact de Bob va laisser la place à une jeune femme fort
séduisante. La première partie du long-métrage se concentre donc
sur la formation de Nikita, entre séquences au premier degré et
courts passages humoristiques qui feront autant tiquer Bob que les
spectateurs (comme le coup de pied entre les jambes du professeur de
karaté). Ensuite, la partie la plus importante du récit se
concentre sur la vie à l'air libre de Nikita. Une femme presque
normale dont l'existence est non seulement chamboulée par l'arrivée
de Marco mais aussi par celle, parfois soudaine et inattendue des
différents contrats qu'elle sera menée à exécuter. L'occasion
pour Luc Besson de montrer sa maestria lorsqu'il s'agit de créer des
séquences de tensions comme celle s'agissant de l'exécution d'une
femme à travers la vitre d'une salle de bain d'un hôtel vénitien.
Le réalisateur joue sur deux contrastes qui s'opposent en
permanence. Entre le monde de l'espionnage et des contrats meurtriers
et l'existence beaucoup plus ordinaire que tente de vivre Nikita aux
côtés de Marco. Luc Besson pose ici la question de la rédemption
et de la réincarcération. Nikita
est une œuvre brillante, jouissive, émouvante et parfois
angoissante, parfaitement incarnée par une Anne Parillaud habitée,
sublimée et par un Tchéky Karyo impérial. Notons qu'en forme de
cerise sur le gâteau, le script ajoute en fin de partie le
personnage de Victor, un nettoyeur incarné par Jean Réno qui
réinterprétera quatre ans plus tard le même type d'individu dans
l'excellent Léon,
toujours mis en scène par Luc Besson. Enfin, Nikita
ne serait sans doute pas celui qu'il est sans l'excellente partition
du fidèle compositeur Eric Serra qui signe une bande musicale très
en accord avec le récit...
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